Essais de Montaigne (self-édition) - Volume III

Part 18

Chapter 183,012 wordsPublic domain

_Verum, vt opinor, habet nouitatem summa, recénsque Natura est mundi, neque pridem exordia cœpit: Quare etiam quædam nunc artes expoliuntur, Nunc etiam augescunt, nunc addita nauigiis sunt Multa._

Nostre monde vient d'en trouuer vn autre (et qui nous respond si c'est le dernier de ses freres, puis que les Dæmons, les Sybilles, et nous, auons ignoré cettuy-cy iusqu'à cette heure?) non moins grand, plain, et membru, que luy: toutesfois si nouueau et si enfant, qu'on luy apprend encore son a, b, c. Il n'y a pas cinquante ans, qu'il ne sçauoit, ny lettres, ny poix, ny mesure, ny vestements, ny bleds, ny vignes. Il estoit encore tout nud, au giron, et ne viuoit que des moyens de sa mere nourrice. Si nous concluons bien, de nostre fin, et ce poëte de la ieunesse de son siecle, cet autre monde ne fera qu'entrer en lumiere, quand le nostre en sortira. L'vniuers tombera en paralysie: l'vn membre sera perclus, l'autre en vigueur. Bien crains-ie, que nous aurons tres-fort hasté sa declinaison et sa ruyne, par nostre contagion: et que nous luy aurons bien cher vendu nos opinions et nos arts. C'estoit vn monde enfant: si ne l'auons nous pas fouëté et soubsmis à nostre discipline, par l'auantage de nostre valeur, et forces naturelles: ny ne l'auons practiqué par nostre iustice et bonté: ny subiugué par nostre magnanimité. La plus part de leurs responces, et des negotiations faictes auec eux, tesmoignent qu'ils ne nous deuoient rien en clarté d'esprit naturelle, et en pertinence. L'espouuentable magnificence des villes de Cusco et de Mexico, et entre plusieurs choses pareilles, le iardin de ce Roy, où tous les arbres, les fruicts, et toutes les herbes, selon l'ordre et grandeur qu'ils ont en vn iardin, estoient excellemment formees en or: comme en son cabinet, tous les animaux, qui naissoient en son estat et en ses mers: et la beauté de leurs ouurages, en pierrerie, en plume, en cotton, en la peinture, montrent qu'ils ne nous cedoient non plus en l'industrie. Mais quant à la deuotion, obseruance des loix, bonté, liberalité, loyauté, franchise, il nous a bien seruy, de n'en auoir pas tant qu'eux. Ils se sont perdus par cet aduantage, et vendus, et trahis eux mesmes. Quant à la hardiesse et courage, quant à la fermeté, constance, resolution contre les douleurs et la faim, et la mort, ie ne craindrois pas d'opposer les exemples, que ie trouuerois parmy eux, aux plus fameux exemples anciens, que nous ayons aux memoires de nostre monde pardeçà. Car pour ceux qui les ont subiuguez, qu'ils ostent les ruses et batelages, dequoy ils se sont seruis à les piper: et le iuste estonnement, qu'apportoit à ces nations là, de voir arriuer si inopinement des gens barbus, diuers en langage, religion, en forme, et en contenance: d'vn endroit du monde si esloigné, et où ils n'auoient iamais sçeu qu'il y eust habitation quelconque: montez sur des grands monstres incongneuz: contre ceux, qui n'auoient non seulement iamais veu de cheual, mais beste quelconque, duicte à porter et soustenir homme ny autre charge: garnis d'vne peau luysante et dure, et d'vne arme trenchante et resplendissante: contre ceux, qui pour le miracle de la lueur d'vn miroir ou d'vn cousteau, alloyent eschangeant vne grande richesse en or et en perles, et qui n'auoient ny science ny matiere, par où tout à loysir, ils sçeussent percer nostre acier: adioustez y les foudres et tonnerres de nos pieces et harquebuses, capables de troubler Cæsar mesme, qui l'en eust surpris autant inexperimenté: et à cett'heure, contre des peuples nuds, si ce n'est où l'inuention estoit arriuee de quelque tyssu de cotton: sans autres armes pour le plus, que d'arcs, pierres, bastons et boucliers de bois: des peuples surpris soubs couleur d'amitié et de bonne foy, par la curiosité de veoir des choses estrangeres et incognues: ostez, dis-ie, aux conquerans cette disparité, vous leur ostez toute l'occasion de tant de victoires. Quand ie regarde à cette ardeur indomtable, dequoy tant de milliers d'hommes, femmes, et enfans, se presentent et reiettent à tant de fois, aux dangers ineuitables, pour la deffence de leurs dieux, et de leur liberté: cette genereuse obstination de souffrir toutes extremitez et difficultez, et la mort, plus volontiers, que de se soubsmettre à la domination de ceux, de qui ils ont esté si honteusement abusez: et aucuns, choisissans plutost de se laisser defaillir par faim et par ieusne, estans pris, que d'accepter le viure des mains de leurs ennemis, si vilement victorieuses: ie preuois que à qui les eust attaquez pair à pair, et d'armes, et d'experience, et de nombre, il y eust faict aussi dangereux, et plus, qu'en autre guerre que nous voyons. Que n'est tombee soubs Alexandre, ou soubs ces anciens Grecs et Romains, vne si noble conqueste: et vne si grande mutation et alteration de tant d'empires et de peuples, soubs des mains, qui eussent doucement poly et defriché ce qu'il y auoit de sauuage: et eussent conforté et promeu les bonnes semences, que Nature y auoit produit: meslant non seulement à la culture des terres, et ornement des villes, les arts de deça, en tant qu'elles y eussent esté necessaires, mais aussi, meslant les vertus Grecques et Romaines, aux origineles du pays? Quelle reparation eust-ce esté, et quel amendement à toute cette machine, que les premiers exemples et deportemens nostres, qui se sont presentez par delà, eussent appellé ces peuples, à l'admiration, et imitation de la vertu, et eussent dressé entre-eux et nous, vne fraternelle societé et intelligence? Combien il eust esté aisé, de faire son profit, d'ames si neuues, si affamees d'apprentissage, ayants pour la plus part, de si beaux commencemens naturels? Au rebours, nous nous sommes seruis de leur ignorance, et inexperience, à les plier plus facilement vers la trahison, luxure, auarice, et vers toute sorte d'inhumanité et de cruauté, à l'exemple et patron de nos mœurs. Qui mit iamais à tel prix, le seruice de la mercadence et de la trafique? Tant de villes rasees, tant de nations exterminees, tant de millions de peuples, passez au fil de l'espee, et la plus riche et belle partie du monde bouleuersee, pour la negotiation des perles et du poiure. Mechaniques victoires. Iamais l'ambition, iamais les inimitiez publiques, ne pousserent les hommes, les vns contre les autres, à si horribles hostilitez, et calamitez si miserables. En costoyant la mer à la queste de leurs mines, aucuns Espagnols prindrent terre en vne contree fertile et plaisante, fort habitee: et firent à ce peuple leurs remonstrances accoustumees: Qu'ils estoient gens paisibles, venans de loingtains voyages, enuoyez de la part du Roy de Castille, le plus grand Prince de la terre habitable, auquel le Pape, representant Dieu en terre, auoit donné la principauté de toutes les Indes. Que s'ils vouloient luy estre tributaires, ils seroient tres-benignement traictez: leur demandoient des viures, pour leur nourriture, et de l'or pour le besoing de quelque medecine. Leur remontroient au demeurant, la creance d'vn seul Dieu, et la verité de nostre religion, laquelle ils leur conseilloient d'accepter, y adioustans quelques menasses. La responce fut telle: Que quand à estre paisibles, ils n'en portoient pas la mine, s'ils l'estoient. Quant à leur Roy, puis qu'il demandoit, il deuoit estre indigent, et necessiteux: et celuy qui luy auoit faict cette distribution, homme aymant dissension, d'aller donner à vn tiers, chose qui n'estoit pas sienne, pour le mettre en debat contre les anciens possesseurs. Quant aux viures, qu'ils leur en fourniroient: d'or, ils en auoient peu: et que c'estoit chose qu'ils mettoient en nulle estime, d'autant qu'elle estoit inutile au seruice de leur vie, là où tout leur soin regardoit seulement à la passer heureusement et plaisamment: pourtant ce qu'ils en pourroient trouuer, sauf ce qui estoit employé au seruice de leurs dieux, qu'ils le prinssent hardiment. Quant à vn seul Dieu, le discours leur en auoit pleu: mais qu'ils ne vouloient changer leur religion, s'en estans si vtilement seruis si long temps: et qu'ils n'auoient accoustumé prendre conseil, que de leurs amis et cognoissans. Quant aux menasses, c'estoit signe de faute de iugement, d'aller menassant ceux, desquels la nature, et les moyens estoient incongnuz. Ainsi qu'ils se despeschassent promptement de vuyder leur terre, car ils n'estoient pas accoustumez de prendre en bonne part, les honnestetez et remonstrances de gens armez, et estrangers: autrement qu'on feroit d'eux, comme de ces autres, leur montrant les testes d'aucuns hommes iusticiez autour de leur ville. Voylà vn exemple de la balbucie de cette enfance. Mais tant y a, que ny en ce lieu-là, ny en plusieurs autres, où les Espagnols ne trouuerent les marchandises qu'ils cherchoient, ils ne feirent arrest ny entreprinse: quelque autre commodité qu'il y eust: tesmoing mes Cannibales.

Des deux les plus puissans Monarques de ce monde là, et à l'auanture de cettuy-cy, Roys de tant de Roys: les derniers qu'ils en chasserent: celuy du Peru, ayant esté pris en vne bataille, et mis à vne rançon si excessiue, qu'elle surpasse toute creance, et celle là fidellement payee: et auoir donné par sa conuersation signe d'vn courage franc, liberal, et constant, et d'vn entendement net, et bien composé: il print enuie aux vainqueurs, apres en auoir tiré vn million trois cens vingt cinq mille cinq cens poisant d'or: outre l'argent, et autres choses, qui ne monterent pas moins (si que leurs cheuaux n'alloient plus ferrez, que d'or massif) de voir encores, au prix de quelque desloyauté que ce fust, quel pouuoit estre le reste des thresors de ce Roy, et iouyr librement de ce qu'il auoit reserré. On luy apposta vne fauce accusation et preuue: Qu'il desseignoit de faire sousleuer ses prouinces, pour se remettre en liberté. Sur quoy par beau iugement, de ceux mesme qui luy auoient dressé cette trahison, on le condamna à estre pendu et estranglé publiquement: luy ayant faict racheter le tourment d'estre bruslé tout vif, par le baptesme qu'on luy donna au supplice mesme. Accident horrible et inouy: qu'il souffrit pourtant sans se desmentir, ny de contenance, ny de parole, d'vne forme et grauité vrayement royalle. Et puis, pour endormir les peuples estonnez et transis de chose si estrange, on contrefit vn grand deuil de sa mort, et luy ordonna on des somptueuses funerailles. L'autre Roy de Mexico, ayant long temps defendu sa ville assiegee, et montré en ce siege tout ce que peut et la souffrance, et la perseuerance, si onques Prince et peuple le montra: et son malheur l'ayant rendu vif, entre les mains des ennemis, auec capitulation d'estre traité en Roy: aussi ne leur fit-il rien voir en la prison, indigne de ce tiltre: ne trouuant point apres cette victoire, tout l'or qu'ils s'estoient promis: quand ils eurent tout remué, et tout fouillé, ils se mirent à en chercher des nouuelles, par les plus aspres gehennes, dequoy ils se peurent aduiser, sur les prisonniers qu'ils tenoient. Mais pour n'auoir rien profité, trouuant des courages plus forts que leurs tourments, ils en vindrent en fin à telle rage, que contre leur foy et contre tout droict des gens, ils condamnerent le Roy mesme, et l'vn des principaux seigneurs de sa cour à la gehenne, en presence l'vn de l'autre. Ce seigneur se trouuant forcé de la douleur, enuironné de braziers ardens, tourna sur la fin, piteusement sa veue vers son maistre, comme pour luy demander mercy, de ce qu'il n'en pouuoit plus. Le Roy plantant fierement et rigoureusement les yeux sur luy, pour reproche de sa lascheté et pusillanimité, luy dit seulement ces mots, d'vne voix rude et ferme: Et moy, suis ie dans vn bain, suis-ie pas plus à mon aise que toy? Celuy-là soudain apres succomba aux douleurs, et mourut sur la place. Le Roy à demy rosty, fut emporté de là. Non tant par pitié (car quelle pitié toucha iamais des ames si barbares, qui pour la doubteuse information de quelque vase d'or à piller, fissent griller deuant leurs yeux vn homme: non qu'vn Roy, si grand, et en fortune, et en merite) mais ce fut que sa constance rendoit de plus en plus honteuse leur cruauté. Ils le pendirent depuis, ayant courageusement entrepris de se deliurer par armes d'vne si longue captiuité et subiection: où il fit sa fin digne d'vn magnanime Prince. A vne autre fois ils mirent brusler pour vn coup, en mesme feu, quatre cens soixante hommes tous vifs, les quatre cens du commun peuple, les soixante des principaux seigneurs d'vne prouince, prisonniers de guerre simplement. Nous tenons d'eux-mesmes ces narrations: car ilz ne les aduouent pas seulement, ils s'en ventent, et les preschent. Seroit-ce pour tesmoignage de leur iustice, ou zele enuers la religion? Certes ce sont voyes trop diuerses, et ennemies d'vne si saincte fin. S'ils se fussent proposés d'estendre nostre foy, ils eussent consideré que ce n'est pas en possession de terres qu'elle s'amplifie, mais en possession d'hommes: et se fussent trop contentez des meurtres que la necessité de la guerre apporte, sans y mesler indifferemment vne boucherie, comme sur des bestes sauuages: vniuerselle, autant que le fer et le feu y ont peu attaindre: n'en ayant conserué par leur dessein, qu'autant qu'ils en ont voulu faire de miserables esclaues, pour l'ouurage et seruice de leurs minieres. Si que plusieurs des chefs ont esté punis à mort, sur les lieux de leur conqueste, par ordonnance des Roys de Castille, iustement offencez de l'horreur de leurs deportemens, et quasi tous desestimez et mal-voulus. Dieu a meritoirement permis, que ces grands pillages se soient absorbez par la mer en les transportant: ou par les guerres intestines, dequoy ils se sont mangez entre-eux: et la plus part s'enterrerent sur les lieux, sans aucun fruict de leur victoire. Quant à ce que la recepte, et entre les mains d'vn Prince mesnager, et prudent, respond si peu à l'esperance, qu'on en donna à ses predecesseurs, et à cette premiere abondance de richesses, qu'on rencontra à l'abord de ces nouuelles terres (car encore qu'on en retire beaucoup, nous voyons que ce n'est rien, au prix de ce qui s'en deuoit attendre) c'est que l'vsage de la monnoye estoit entierement incognu, et que par consequent, leur or se trouua tout assemblé, n'estant en autre seruice, que de montre, et de parade, comme vn meuble reserué de pere en fils, par plusieurs puissants Roys, qui espuisoient tousiours leurs mines, pour faire ce grand monceau de vases et statues, à l'ornement de leurs palais, et de leurs temples: au lieu que nostre or est tout en emploite et en commerce. Nous le menuisons et alterons en mille formes, l'espandons et dispersons. Imaginons que nos Roys amoncelassent ainsi tout l'or, qu'ils pourroient trouuer en plusieurs siecles, et le gardassent immobile.

Ceux du royaume de Mexico estoient aucunement plus ciuilisez, et plus artistes, que n'estoient les autres nations de là. Aussi iugeoient-ils, ainsi que nous, que l'vniuers fust proche de sa fin: et en prindrent pour signe la desolation que nous y apportasmes. Ils croyoyent que l'estre du monde, se depart en cinq aages, et en la vie de cinq soleils consecutifs, desquels les quatre auoient desia fourny leurs temps, et que celuy qui leur esclairoit, estoit le cinquiesme. Le premier perit auec toutes les autres creatures, par vniuerselle inondation d'eaux. Le second, par la cheute du ciel sur nous, qui estouffa toute chose viuante: auquel aage ils assignent les geants, et en firent voir aux Espagnols des ossements; à la proportion desquels, la stature des hommes reuenoit à vingt paumes de hauteur. Le troisiesme, par feu, qui embrasa et consuma tout. Le quatriesme, par vne émotion d'air, et de vent, qui abbatit iusques à plusieurs montaignes: les hommes n'en moururent point, mais ils furent changez en magots (quelles impressions ne souffre la lascheté de l'humaine creance!) Apres la mort de ce quatriesme soleil, le monde fut vingt-cinq ans en perpetuelles tenebres. Au quinziesme desquels fut creé vn homme, et vne femme, qui refirent l'humaine race. Dix ans apres, à certain de leurs iours, le soleil parut nouuellement creé: et commence depuis, le compte de leurs annees par ce iour là. Le troisiesme iour de sa creation, moururent les Dieux anciens: les nouueaux sont nays depuis du iour à la iournee. Ce qu'ils estiment de la maniere que ce dernier soleil perira, mon autheur n'en a rien appris. Mais leur nombre de ce quatriesme changement, rencontre à cette grande conionction des astres, qui produisit il y a huict cens tant d'ans, selon que les astrologiens estiment, plusieurs grandes alterations et nouuelletez au monde. Quant à la pompe et magnificence, par où ie suis entré en ce propos, ny Græce, ny Rome, ny Ægypte, ne peut, soit en vtilité, ou difficulté, ou noblesse, comparer aucun de ses ouurages, au chemin qui se voit au Peru, dressé par les Roys du païs, depuis la ville de Quito, iusques à celle de Cusco (il y a trois cens lieuës) droit, vny, large de vingt-cinq pas, paué, reuestu de costé et d'autre de belles et hautes murailles, et le long d'icelles par le dedans, deux ruisseaux perennes, bordez de beaux arbres, qu'ils nomment, Moly. Où ils ont trouué des montaignes et rochers, ils les ont taillez et applanis, et comblé les fondrieres de pierre et chaux. Au chef de chasque iournee, il y a de beaux palais fournis de viures, de vestements, et d'armes, tant pour les voyageurs, que pour les armees qui ont à y passer. En l'estimation de cet ouurage, i'ay compté la difficulté, qui est particulierement considerable en ce lieu là. Ils ne bastissoient point de moindres pierres, que de dix pieds en carré: ils n'auoient autre moyen de charrier, qu'à force de bras en trainant leur charge: et pas seulement l'art d'eschaffauder: n'y sçachants autre finesse, que de hausser autant de terre, contre leur bastiment, comme il s'esleue, pour l'oster apres. Retombons à nos coches. En leur place, et de toute autre voiture, ils se faisoient porter par les hommes, et sur les espaules. Ce dernier Roy du Peru, le iour qu'il fut pris, estoit ainsi porté sur des brancars d'or, et assis dans vne chaize d'or, au milieu de sa bataille. Autant qu'on tuoit de ces porteurs, pour le faire choir à bas, car on le vouloit prendre vif, autant d'autres, et à l'enuy, prenoient la place des morts: de façon qu'on ne le peut onques abbatre, quelque meurtre qu'on fist de ces gens là, iusques à ce qu'vn homme de cheual l'alla saisir au corps, et l'aualla par terre.

CHAPITRE VII.

_De l'incommodité de la grandeur._