Essais de Montaigne (self-édition) - Volume I

Part 33

Chapter 333,018 wordsPublic domain

Ils auoyent d'autres moyens, à quoy l'vsage les dressoit, et qui nous semblent incroyables par inexperience: par où ils suppleoyent au deffaut de nostre poudre et de noz boulets. Ils dardoyent leurs piles, de telle roideur, que souuent ils en enfiloyent deux boucliers et deux hommes armés, et les cousoyent. Les coups de leurs fondes n'estoient pas moins certains et loingtains: _saxis globosis funda, mare apertum incessentes: coronas modici circuli, magno ex interuallo loci, assueti traijcere: non capita modó hostium vulnerabant, sed quem locum destinassent_. Leurs pieces de batterie representoient, comme l'effect, aussi le tintamarre des nostres: _ad ictus mænium cum terribili sonitu editos, pauor et trepidatio cæpit_. Les Gaulois noz cousins en Asie, haïssoyent ces armes traistresses, et volantes: duits à combattre main à main auec plus de courage. _Non tam patentibus plagis mouentur, vbi latior quàm altior plaga est, etiam gloriosius se pugnare putant: ijdem quum aculeus sagittæ aut glandis abditæ introrsus tenui vulnere in speciem vrit: tum, in rabiem et pudorem tam paruæ perimentis pestis versi, prosternunt corpora humi._ Peinture bien voisine d'vne arquebusade. Les dix mille Grecs, en leur longue et fameuse retraitte, rencontrerent vne nation, qui les endommagea merueilleusement à coups de grands arcs et forts, et des sagettes si longues, qu'à les reprendre à la main on les pouuoit reietter à la mode d'vn dard, et perçoient de part en part vn bouclier et vn homme armé. Les engeins que Dionysius inuenta à Syracuse, à tirer des gros traits massifs, et des pierres d'horrible grandeur, d'vne si longue volée et impetuosité, representoient de bien pres nos inuentions. Encore ne faut-il pas oublier la plaisante assiette qu'auoit sur sa mule vn maistre Pierre Pol Docteur en Theologie, que Monstrelet recite auoir accoustumé se promener par la ville de Paris, assis de costé comme les femmes. Il dit aussi ailleurs, que les Gascons auoient des cheuaux terribles, accoustumez de virer en courant, dequoy les François, Picards, Flamands, et Brabançons, faisoyent grand miracle, pour n'auoir accoustumé de les voir: ce sont ses mots. Cæsar parlant de ceux de Suede: Aux rencontres qui se font à cheual, dit-il, ils se iettent souuent à terre pour combattre à pied, ayant accoustumé leurs cheuaux de ne bouger ce pendant de la place, ausquels ils recourent promptement, s'il en est besoin, et selon leur coustume, il n'est rien si vilain et si lasche que d'vser de selles et bardelles, et mesprisent ceux qui en vsent: de maniere que fort peu en nombre, ils ne craignent pas d'en assaillir plusieurs. Ce que i'ay admiré autresfois, de voir vn cheual dressé à se manier à toutes mains, auec vne baguette, la bride auallée sur ses oreilles, estoit ordinaire aux Massiliens, qui se seruoient de leurs cheuaux sans selle et sans bride.

_Et gens, quæ nudo residens Massilia dorso, Ora leui flectit, frænorum nescia, virga.

Et Numidæ infræni cingunt._

_Equi sine frænis, deformis ipse cursus, rigida ceruice et extento capite currentium._ Le Roy Alphonce, celuy qui dressa en Espaigne l'ordre des Cheualiers de la Bande, ou de l'Escharpe, leur donna entre autres regles, de ne monter ny mule ny mulet, sur peine d'vn marc d'argent d'amende: comme ie viens d'apprendre dans les lettres de Gueuara, desquelles ceux qui les ont appellées Dorées, faisoient iugement bien autre que celuy que i'en fay. Le Courtisan dit, qu'auant son temps c'estoit reproche à vn Gentilhomme d'en cheuaucher. Les Abyssins au rebours: à mesure qu'ils sont les plus aduancez pres le Pretteian leur Prince, affectent pour la dignité et pompe, de monter des grandes mules. Xenophon recite que les Assyriens tenoient tousiours leurs cheuaux entrauez au logis, tant ils estoient fascheux et farouches: et qu'il falloit tant de temps à les destacher et harnacher, que, pour que cette longueur ne leur apportast dommage s'ils venoient à estre en desordre surprins par les ennemis, ils ne logeoient iamais en camp, qui ne fust fossoyé et remparé. Son Cyrus, si grand maistre au faict de cheualerie, mettoit les cheuaux de son escot: et ne leur faisoit bailler à manger, qu'ils ne l'eussent gaigné par la sueur de quelque exercice. Les Scythes, où la necessité les pressoit en la guerre, tiroient du sang de leurs cheuaux, et s'en abbreuuoient et nourrissoient,

_Venit et epoto Sarmata pastus equo._

Ceux de Crotte assiegez par Metellus, se trouuerent en telle disette de tout autre breuuage, qu'ils eurent à se seruir de l'vrine de leurs chenaux. Pour verifier, combien les armées Turquesques se conduisent et maintiennent à meilleure raison, que les nostres: ils disent, qu'outre ce que les soldats ne boiuent que de l'eau, et ne mangent que riz et de la chair salée mise en poudre, dequoy chacun porte aisément sur soy prouision pour vn moys, ils sçauent aussi viure du sang de leurs cheuaux, comme les Tartares et Moscouites, et le salent. Ces nouueaux peuples des Indes, quand les Espagnols y arriuerent, estimerent tant des hommes que des cheuaux, que ce fussent, ou Dieux ou animaux, en noblesse au dessus de leur nature. Aucuns apres auoir esté vaincus, venans demander paix et pardon aux hommes, et leur apporter de l'or et des viandes, ne faillirent d'en aller autant offrir aux cheuaux, auec vne toute pareille harangue à celle des hommes, prenans leur hannissement, pour langage de composition et de trefue. Aux Indes de deçà, c'estoit anciennement le principal et royal honneur de cheuaucher vn elephant, le second d'aller en coche, trainé à quatre cheuaux, le tiers de monter vn chameau, le dernier et plus vil degré, d'estre porté ou charrié par vn cheual seul. Quelcun de nostre temps, escrit auoir veu en ce climat là, des païs, où on cheuauche les bœufs, auec bastines, estriers et brides, et s'estre bien trouué de leur porture.

Quintus Fabius Maximus Rutilianus, contre les Samnites, voyant que ses gents de cheual à trois ou quatre charges auoient failly d'enfoncer le bataillon des ennemis, print ce conseil: qu'ils debridassent leurs cheuaux, et brochassent à toute force des esperons: si que rien ne les pouuant arrester, au trauers des armes et des hommes renuersez, ils ouurirent le pas à leurs gens de pied, qui parfirent vne tres-sanglante deffaitte. Autant en commanda Quintus Fuluius Flaccus, contre les Celtiberiens: _Id cum maiore vi equorum facietis, si effrænatos in hostes equos immittitis: quod sæpe Romanos equites cum laude fecisse sua, memoriæ proditum est. Detractisque frænis bis vltrò citróque cum magna strage hostium, infractis omnibus hastis, transcurrerunt_. Le Duc de Moscouie deuoit anciennement cette reuerence aux Tartares, quand ils enuoioyent vers luy des Ambassadeurs, qu'il leur alloit au deuant à pied, et leur presentoit vn gobeau de lait de iument, breuuage qui leur est en delices, et si en beuuant quelque goutte en tomboit sur le crin de leurs cheuaux, il estoit tenu de la lecher auec la langue. En Russie, l'armée que l'Empereur Baiazet y auoit enuoyée, fut accablée d'vn si horrible rauage de neiges, que pour s'en mettre à couuert, et sauuer du froid, plusieurs s'aduiserent de tuer et euentrer leurs cheuaux, pour se getter dedans, et iouyr de cette chaleur vitale. Baiazet apres cest aspre estour où il fut rompu par Tamburlan, se sauuoit belle erre sur vne jument Arabesque, s'il n'eust esté contrainct de la laisser boire son saoul, au passage d'vn ruisseau: ce qui la rendit si flacque et refroidie, qu'il fut bien aisément apres acconsuiuy par ceux qui le poursuiuoyent. On dit bien qu'on les lasche, les laissant pisser: mais le boire, i'eusse plustost estimé qu'il l'eust renforcée. Crœsus passant le long de la ville de Sardis, y trouua des pastis, où il y auoit grande quantité de serpents, desquels les cheuaux de son armée mangeoient de bon appetit: qui fut vn mauuais prodige à ses affaires, dit Herodote. Nous appellons vn cheual entier qui a crin et oreille, et ne passent les autres à la montre. Les Lacedemoniens ayant desfait les Atheniens, en la Sicile, retournans de la victoire en pompe en la ville de Syracuse, entre autres brauades, firent tondre les cheuaux vaincus, et les menerent ainsin en triomphe. Alexandre combatit vne nation, Dahas, ils alloyent deux à deux armez à cheual à la guerre, mais en la meslée l'vn descendoit à terre, et combatoient ore à pied, ore à cheual, l'vn apres l'autre. Ie n'estime point, qu'en suffisance, et en grace à cheual, nulle nation nous emporte. Bon homme de cheual, à l'vsage de nostre parler, semble plus regarder au courage qu'à l'addresse. Le plus sçauant, le plus seur, le mieux aduenant à mener vn cheual à raison, que i'aye cognu, fut à mon gré Monsieur de Carneualet, qui en seruoit nostre Roy Henry second. I'ay veu homme donner carriere à deux pieds sur sa selle, demonter sa selle, et au retour la releuer, reaccommoder, et s'y rasseoir, fuyant tousiours à bride auallée: ayant passé par dessus vn bonnet, y tirer par derriere de bons coups de son arc: amasser ce qu'il vouloit, se iettant d'vn pied à terre, tenant l'autre en l'estrier; et autres pareilles singeries, dequoy il viuoit. On a veu de mon temps à Constantinople, deux hommes sur vn cheual, lesquels en sa plus roide course, se reiettoyent à tours, à terre, et puis sur la selle, Et vn, qui seulement des dents, bridoit et harnachoit son cheual. Vn autre, qui entre deux cheuaux, vn pied sur vne selle, l'autre sur l'autre, portant vn second sur ses bras, piquoit à toute bride: ce second tout debout, sur luy, tirant en la course, des coups bien certains de son arc. Plusieurs, qui les iambes contre-mont, donnoient carriere, la teste plantee sur leurs selles, entre les pointes des simeterres attachez au harnois. En mon enfance le Prince de Sulmone à Naples, maniant vn rude cheual, de toute sorte de maniemens, tenoit soubz ses genouz et soubs ses orteils des reales: comme si elles y eussent esté clouées: pour montrer la fermeté de son assiette.

CHAPITRE XLIX.

_Des coustumes anciennes._

I'EXCVSEROIS volontiers en nostre peuple de n'auoir autre patron et regle de perfection, que ses propres meurs et vsances: car c'est vn commun vice, non du vulgaire seulement, mais quasi de tous hommes, d'auoir leur visée et leur arrest, sur le train auquel ils sont nais. Ie suis content, quand il verra Fabritius ou Lælius, qu'il leur trouue la contenance et le port barbare, puis qu'ils ne sont ni vestus ny façonnez à nostre mode. Mais ie me plains de sa particuliere indiscretion, de se laisser si fort piper et aueugler à l'authorité de l'vsage present, qu'il soit capable de changer d'opinion et d'aduis tous les mois, s'il plaist à la coustume: et qu'il iuge si diuersement de soy-mesme. Quand il portoit le busc de son pourpoint entre les mammelles, il maintenoit par viues raisons qu'il estoit en son vray lieu: quelques années apres le voyla aualé iusques entre les cuisses, il se moque de son autre vsage, le trouue inepte et insupportable. La façon de se vestir presente, luy fait incontinent condamner l'ancienne, d'vne resolution si grande, et d'vn consentement si vniuersel, que vous diriez que c'est quelque espece de manie, qui luy tourneboule ainsi l'entendement. Par ce que nostre changement est si subit et si prompt en cela, que l'inuention de tous les tailleurs du monde ne sçauroit fournir assez de nouuelletez, il est force que bien souuent les formes mesprisées reuiennent en credit, et celles là mesmes tombent en mespris tantost apres; et qu'vn mesme iugement prenne en l'espace de quinze ou vingt ans, deux ou trois, non diuerses seulement, mais contraires opinions, d'vne inconstance et legereté incroyable. Il n'y a si fin entre nous, qui ne se laisse embabouiner de cette contradiction, et esbloüyr tant les yeux internes, que les externes insensiblement. Ie veux icy entasser aucunes façons anciennes, que i'ay en memoire: les vnes de mesme les nostres, les autres differentes: à fin qu'ayant en l'imagination cette continuelle variation des choses humaines, nous en ayons le iugement plus esclaircy et plus ferme. Ce que nous disons de combatre à l'espée et la cape, il s'vsoit encores entre les Romains, ce dit Cæsar, _sinistras sagis inuoluunt, gladiósque distringunt_. Et remarque dés lors en nostre nation ce vice, qui y est encore d'arrester les passans que nous rencontrons en chemin, et de les forcer de nous dire qui ils sont, et de receuoir à iniure et occasion de querelle, s'ils refusent de nous respondre. Aux bains que les anciens prenoyent tous les iours auant le repas; et les prenoyent aussi ordinairement que nous faisons de l'eau à lauer les mains, ils ne se lauoyent du commencement que les bras et les iambes, mais depuis, et d'vne coustume qui a duré plusieurs siecles et en la plus part des nations du monde, ils se lauoyent tous nudz, d'eau mixtionnée et perfumée: de maniere, qu'ils tenoient pour tesmoignage de grande simplicité de se lauer d'eau simple. Les plus affetez et delicatz se perfumoyent tout le corps bien trois ou quatre fois par iour. Ils se faisoyent souuent pinceter tout le poil, comme les femmes Françoises ont pris en vsage depuis quelque temps, de faire leur front,

_Quod pectus, quod crura tibi, quod brachia vellis,_

quoy qu'ils eussent des oignemens propres à cela.

_Psilothro nitet, aut acida latet abdita creta._

Ils aymoient à se coucher mollement, et alleguent pour preuue de patience, de coucher sur le matelats. Ils mangeoyent couchez sur des lits, à peu pres en mesme assiette que les Turcs de nostre temps.

_Inde toro pater Æneas sic orsus ab alto._

Et dit on du ieune Caton que depuis la bataille de Pharsale, estant entré en dueil du mauuais estat des affaires publiques, il mangea tousiours assis, prenant vn train de vie austere. Ils baisoyent les mains aux grands pour les honnorer et caresser. Et entre les amis, ils s'entrebaisoyent en se saluant, comme font les Venitiens.

_Gratatúsque darem cum dulcibus oscula verbis._

Et touchoyent aux genoux, pour requerir et saluer vn grand. Pasiclez le Philosophe, frere de Crates, au lieu de porter la main au genouil, la porta aux genitoires. Celuy à qui il s'addressoit, l'ayant rudement repoussé, Comment, dit-il, cette partie n'est elle pas vostre, aussi bien que l'autre? Ils mangeoyent comme nous, le fruict à l'yssue de la table. Ils se torchoyent le cul (il faut laisser aux femmes cette vaine superstition des parolles) auec vne esponge: voyla pourquoy _spongia_ est vn mot obscœne en Latin: et estoit cette esponge attachée au bout d'vn baston: comme tesmoigne l'histoire de celuy qu'on menoit pour estre presenté aux bestes, deuant le peuple, qui demanda congé d'aller à ses affaires, et n'ayant autre moyen de se tuer, il se fourra ce baston et esponge dans le gosier, et s'en estouffa. Ils s'essuyoient le catze de laine perfumée, quand ils en auoyent faict,

_At tibi nil faciam, sed lota mentula lana._

Il y auoit aux carrefours à Rome, des vaisseaux et demy-cuues, pour y apprester à pisser aux passans:

_Pusi sæpe lacum propter se ac dolia curta, Somno deuincti, credunt extollere vestem._

Ils faisoyent collation entre les repas. Et y auoit en esté, des vendeurs de nege pour refréchir le vin: et en y auoit qui se seruoyent de nege en hyuer, ne trouuans pas le vin encore lors assez froid. Les grands auoyent leurs eschançons et trenchans; et leurs fols, pour leur donner du plaisir. On leur seruoit en hyuer la viande sur les fouyers qui se portoyent sur la table: et auoyent des cuysines portatiues, comme i'en ay veu, dans lesquelles tout leur seruice se trainoit apres eux.

_Has vobis epulas habete lauti, Nos offendimur ambulante cœna._

Et en esté ils faisoyent souuent en leurs sales basses, couler de l'eau fresche et claire, dans des canaux au dessous d'eux, où il y auoit force poisson en vie, que les assistans choisissoyent et prenoyent en la main, pour le faire aprester, chacun à sa poste. Le poisson a tousiours eu ce priuilege, comme il a encores, que les grans se meslent de le sçauoir apprester: aussi en est le goust beaucoup plus exquis, que de la chair, aumoins pour moy. Mais en toute sorte de magnificence, desbauche, et d'inuentions voluptueuses, de mollesse et de sumptuosité, nous faisons à la verité ce que nous pouuons pour les égaler: car nostre volonté est bien aussi gastée que la leur, mais nostre suffisance n'y peut arriuer: nos forces ne sont non plus capables de les ioindre, en ces parties là vitieuses, qu'aux vertueuses: car les vnes et les autres partent d'vne vigueur d'esprit, qui estoit sans comparaison plus grande en eux qu'en nous. Et les ames à mesure qu'elles sont moins fortes, elles ont d'autant moins de moyen de faire ny fort bien, ny fort mal. Le haut bout d'entre eux, c'estoit le milieu. Le deuant et derriere n'auoient en escriuant et parlant aucune signification de grandeur, comme il se voit euidemment par leurs escris: ils diront Oppius et Cæsar, aussi volontiers que Cæsar et Oppius: et diront moy et toy indifferemment, comme toy et moy. Voyla pourquoy i'ay autrefois remarqué en la vie de Flaminius de Plutarque François, vn endroit, où il semble que l'autheur parlant de la ialousie de gloire, qui estoit entre les Ætoliens et les Romains, pour le gain d'vne bataille qu'ils auoyent obtenu en commun, face quelque poix de ce qu'aux chansons Grecques, on nommoit les Ætoliens auant les Romains, s'il n'y a de l'amphibologie aux mots François. Les Dames estans aux estuues, y receuoyent quant et quant des hommes, et se seruoyent là mesme de leurs valets à les frotter et oindre.

_Inguina succinctus nigra tibi seruus aluta Stat, quoties calidis nuda fouêris aquis._

Elles se saupoudroyent de quelque poudre, pour reprimer les sueurs.

Les anciens Gaulois, dit Sidonius Apollinaris, portoyent le poil long par le deuant, et le derriere de la teste tondu, qui est cette façon qui vient à estre renouuellée par l'vsage effeminé et lasche de ce siecle. Les Romains payoient ce qui estoit deu aux bateliers, pour leur naulage dez l'entrée du bateau, ce que nous faisons apres estre rendus à port.

_Dum as exigitur, dum mula ligatur, Tota abit hora._

Les femmes couchoyent au lict du costé de la ruelle: voyla pourquoy on appelloit Cæsar, _spondam Regis Nicomedis_. Ils prenoyent aleine en beuuant. Ils baptisoient le vin,

_Quis puer ocius Restinguet ardentis falerni Pocula prætereunte lympha?_

Et ces champisses contenances de nos laquais y estoyent aussi.

_O Iane! à tergo quem nulla ciconia pinsit, Nec manus auriculas imitata est mobilis albas, Nec linguæ quantum sitiet canis Apula tantum._

Les Dames Argiennes et Romaines portoyent le deuil blanc, comme les nostres auoient accoustumé, et deuroient continuer de faire, si i'en estois creu. Mais il y a des liures entiers faits sur cet argument.

CHAPITRE L.

_De Democritus et Heraclitus._