Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Part 9

Chapter 93,778 wordsPublic domain

_S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir._

FIEF _s. m._ Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances. Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps de Clovis. On possede en _fief_ non seulement des heritages, mais des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances & même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns de _fœdus_ comme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le Seigneur; les autres de _fides_, à cause de la foi qu'on est obligé de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le mot _fedum_ latin vient par la contraction de ces lettres initiales, _fidelis ero domino vero meo_, qui est une ancienne formule de la foi & hommage; Nicod tient qu'il vient de _felo_ Allemand signifiant la même chose; d'autres de _foden_ qui signifie _nourrir_, ou du saxon _feod_ qui signifie _stipendium_, le _fief_ étant une espéce de prébende pour vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fief _dominant_ est celui à qui on doit foi & hommage; _fief_ servant, celui qui releve d'un autre _fief_, ou qui n'a sous soi que des rotures.

Un _fief en nuesse_ ou de _Hautbert_, est celui qui reléve de la Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi de _nud à nud_, qui tient du Roi sa Seigneurie en plein _fief_, ce qu'on appelle aussi fief _chevel_. Fief _noble_, est celui qui est tenu en plein hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse & d'ancienneté, on appelle les autres _fiefs_ ruraux & non nobles qu'on appelle quelquefois _fiefs restraints_ ou _abregez_. On a appelé aussi _fiefs roturiers_, des mairies, & _fiefs boursiers_ ou _boursaux_, des _fiefs_ acquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs lieux _coûtumiére_; les portions de _fief_ qui appartiennent aux aînez s'appellent aussi _Bourseaux_ en la Coûtume du grand perche. Franc fief, cette épithete est donnée aux _fiefs_, parce qu'ils ne doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides & subsides, & on appelle _francs fiefs & nouveaux acquets_, la taxe qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, les Communautez & gens de main morte pour les _fiefs_ qu'ils tiennent, ou qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le pied du revenu de six années à l'égard des _fiefs_ qui sont tenus du Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'en _arriére fief_. _Pied de fief_ est un fief dépecé & démembré dont il est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.

Fief de _danger_ est celui dont on ne peut prendre possession qu'aprés avoir fait la foi & hommage, & qu'on ne peut aliener sans le congé du Seigneur, autrement il est confisqué.

Il y a des _fiefs_ à vie, d'autres qu'on appelle _fiefs morts_ qui sont des heritages tenus à rente seche, qui ne portent point de profit de cens, ni de rente fonciére. On dit, qu'un Seigneur de son domaine fait son _fief_ quand de son plein _fief_ il en donne une partie à un vassal pour en faire un _arriére fief_, & au contraire, que de son _fief_ il fait son domaine, quand il y réünit un _arriére fief_, ou quand il le retire par puissance de _fief_. Il y a aussi des _fiefs_ en régale, ou des fiefs de dignité comme étoit autrefois la charge de Connêtable que le Roi donnoit en _fief_, & dont on lui faisoit foi & hommage.

Fief _en l'air_, c'est un _fief_ qui n'a point de Château ou principal manoir où les tenanciers soient obligez de venir faire les devoirs & payer les droits.

Profit de _fief_, se dit des droits Seigneuriaux, comme quints & requints, rachats, laods & ventes qui se payent à chaque mutation des heritages ou _fiefs_ servans quand le _fief_ est ouvert ou vacant. On dit aussi qu'un Seigneur peut se joüer de son _fief_, pour dire le démembrer.

Puissance de _fief_, est un droit Seigneurial qui donne pouvoir à un Seigneur de retirer & de prendre un heritage dépendant de lui, pour le même prix qu'il est vendu à un étranger, & non lignager de celui qui vend, ou du vassal.

Commise de _fief_, c'est la dénégation que fait un vassal de tenir un _fief_ de son Seigneur, ce qui en emporte confiscation, d'où est venu ce proverbe qui _fief_ nie, ou _fief_ rogne, perd son fief.

Arriére _fief_, est un _fief_ relevant d'un autre _fief_, lequel en a encore un autre au-dessus de lui.

Fieffer. _v. act._ donner en _fief_ une terre, un droit à la charge de foi & hommage, & de quelque redevance.

Fieffé, ée. _part._ un Officier, un Sergent _fieffé_, sont ceux qui dépendent d'un _fief_. Il y a quantité d'Offices _fieffez_ & hereditaires. On a appellé Tailleur _fieffé_, celui qui tenoit en foi & hommage du Roi le pouvoir de tailler les monnoyes de France. On dit aussi par injure & exaggeration, un coquin _fieffé_, une coquette _fieffée_, de ceux qui font profession d'être malhonnêtes gens ou qui sont galantes de profession.

FOYER _s. m._ l'âtre de la cheminée d'une chambre où on fait le feu. Les Penates des anciens étoient appellez les Dieux des _foyers_. Ce mot vient du latin _foculare_. Ménage.

Foyer se prend quelquefois pour la maison. Ce Gentilhomme a envoyé ses enfans à la guerre, & il est demeuré pour garder son _foyer_; cela se dit aussi des faineans ou poltrons qui ne veulent point s'éloigner du coin de leur feu.

Foyer, en termes de Marine se dit des feux allumez au haut d'une Tour éminente pour donner la nuit par leur lumiére l'adresse aux vaisseaux, comme la Tour de Cordoüan sur la riviére de Bourdeaux, les lanternes de la Rochelle, de Boulogne, de l'Ecluse, le Phare d'Alexandrie, &c. On le dit aussi des feux, que ceux qui font le guet sur la côte doivent avoir pour faire des signaux. On appelle aussi _foyer_ dans les vaisseaux l'endroit où on fait le feu.

Foyer en termes de Géometrie se dit des centres des ellipses, des paraboles & des hyperboles où aboutissent les réflexions des rayons qui tombent sur leurs surfaces, & d'où on tire des lignes qui ont de particuliéres proprietez amplement démontrées par Appollonius Pergeus dans ses sections coniques. Les Ellipses ont deux _foyers_ ou centres sur lesquels la figure est décrite, d'où les lignes qui sont tirées à quelque endroit que ce soit de la circonference égalent étant prises ensemble le grand Diametre.

On appelle aussi _foyer_ dans les miroirs ardens, le point brûlant où se rassemblent les rayons soit par la réflexion, soit par réfraction à travers un verre de lunette quand il est taillé en sorte que les rayons soient convergens.

Le foyer solaire est un rond ou cone de brillante clarté & fort vive qui se forme des rayons de lumiére brisez dans un verre sphérique & convergents qui aboutissent à un point brûlant. C'est une erreur de croire que ce _foyer_ soit justement au centre du verre qui a causé la réfraction, il ne va que jusqu'au tiers ou au quart du rayon. Il faut que la retine soit au _foyer_ du cristalin afin que la vision soit parfaite.

En termes de Médecine on appelle _foyer_ le lieu où on croit qu'est le principe & le levain de la fiévre. Les fiévres tierces & quartes viennent de ce que la corruption des humeurs est faite en deux ou trois _foyers_ differents.

FUGUE, _s. f._ Terme de musique, est une suite de consonances qui se chantent à deux parties, dont la premiere s'appelle _guide_ qui précede & montre le chemin à la seconde qu'on appelle _consequente_ ou _imitation_, _replique_, _redite_, _écho_, c'est à dire, qu'elle montre par quels degrez ou intervalles elle doit aller. La seconde commence à chanter par une notte qui est à la quinte ou à la quarte de la premiere notte. Lorsque la premiere notte de la consequente est à la quarte de la premiere de la _guide_, on l'appelle _fugue en diatessaron_, & quand elle est à la quinte _fugue en diapente_, & ainsi des autres. La _fugue grave_ se jouë dans la grande orgue sur le bourdon, prestant, trompette & clairon.

La _contrefugue_ se fait lors que l'une des parties monte, & que l'autre descend par mêmes intervalles, comme quand la guide fait la, sol, fa, & la consequente fa, sol, la, &c.

G.

GALEASSE. _s. f._ c'est un Bâtiment de bas bord, le plus grand de tous les Vaisseaux à Rames. Elle a ses Rameurs sous couverte, & elle peut porter 20. canons avec une pouppe capable de loger un grand nombre de Mousquetaires: elle va à Rames & à voiles, & à trois Masts, Maestre, Misaine & Artimon qu'elle ne desarbore point: elle a 32. bancs & six ou sept Forçats à chacun, elle a trois batteries à proüe l'une sur l'autre de deux canons chacune, de 36, de 24. & de dix livres de boulet; elle en a deux à pouppe chacune de trois canons de 18. livres. Les seuls Venitiens ont eu jusqu'ici des Vaisseaux de cette espece. Guillaume de Tyr fait mention de Galeasses qui ont 100. bancs de Rames.

GALEBANS. _s. m._ Terme de marine, ce sont deux cordages qui tiennent les masts de hune dans leur assiéte & qui secondent les aubans, on les appelle aussi _Galaubans_ & _Galans_.

GALEE, en termes d'Imprimerie, est la planche qui sert à poser les lettres à mesure qu'elles sont arrangées par le Compositeur avant que de les imposer pour en faire les formes.

GALIMATHIAS. _s. m._ Discours obscur & embroüillé où on ne comprend rien.

On le dit aussi des affaires fort embarassées & des maisons qui sont en trouble & en desordre; le mari plaide contre sa femme, le fils contre le pere, c'est un Galimathias où on ne comprend rien. Ce mot vient de _Polimathie_ qui signifie diversité de sciences; à cause que ceux qui ont la mémoire chargée de plusieurs sortes de sciences, sont d'ordinaire confus & s'expliquent mal.

GARDE. _s. f._ Terme de Guerre, de Chasse, &c. Défense ou conservation de quelque chose; Le Roi a commis la _garde_ de ce Château à un tel Capitaine: Cette Ville est de grande _garde_; Une fille à marier, de petits enfans, sont de difficile _garde_.

On le dit aussi des gens qui sont préposez pour aider à cette _garde_; Il faut bien deux mille hommes pour la _garde_ de cette Ville. Les Academiciens sont exempts de guet & de _garde_.

Garde, est aussi la faction ou la vigilance qu'on a dans le service pour la défense d'une Place; ainsi on dit, un tel Régiment est aujourd'hui de _garde_, entre en _garde_, monte, descend, réleve la _garde_, un Officier, un Sergent de _garde_. Un corps de _garde_ est un poste où on met plusieurs Soldats qui se relevent de temps en temps, & qui relevent aussi les sentinelles: il se dit non seulement du lieu, mais aussi des Soldats qui y sont postez pour s'y défendre, soit au Camp, soit dans la Ville.

On dit chez les Grands, que des Officiers, des Pages, des Laquais sont de _garde_, pour dire qu'ils sont de jour, & obligez à être assidus au service de leur Maître, tandis que les autres se reposent.

Grande _garde_, en termes de Guerre est un corps de Cavalerie composé de plusieurs Escadrons détachez à la tête d'un Camp pour résister quelque temps à l'ennemi, jusqu'à ce que l'Armée ait loisir de se mettre en ordre pour combattre.

On dit aussi _garde avancée_ ou _garde folle_, celle d'un corps de 15 ou 20 Maîtres qui est au delà de la grande _garde_ pour avertir des approches de l'ennemi.

On dit en termes de Palais, mettre à la _garde_ de quelqu'un, pour dire charger quelqu'un de la conservation du quelque chose: On a mis ce Prisonnier à la _garde_ d'un Huissier, pour dire qu'il sera tenu de répondre de sa personne. On a laissé tous les meubles saisis de cette maison, à la _garde_ d'un voisin qu'on en a chargé, qui a pris tout en sa _garde_. On a mis cette fille à la _garde_ d'une telle Dame.

On dit aussi payer la _garde_ de quelque chose, pour dire le salaire qu'on donne à celui qui a eu le soin de la garder & conserver. On lui a taxé tant pour ses frais de _garde_.

On appelle aussi lettres de _garde-gardienne_, des Lettres de privilége que le Roi donne à quelques personnes & Communautez, par lesquelles, il déclare qu'il les prend en sa _garde_ particuliére, & pour cet effet il leur assigne de certains Juges, par devant lesquels toutes leurs causes sont commises; anciennement c'étoit le Prévôt de Paris, & maintenant ce sont les Requêtes du Palais & de l'Hôtel. L'Université de Paris, l'Abbaïe de S. Victor ont des Lettres de _garde-gardienne_ attributives de Jurisdiction au Prévôt de Paris.

Garde-_noble_, Terme de Coûtumes, est un droit que les peres & les meres nobles ont de joüir du bien de leurs enfans mineurs jusqu'à un certain âge, qui est de 20. ans pour les mâles & de 15. ans pour les filles en la Coûtume de Paris, sans être tenus d'en rendre compte: à la charge de les entretenir selon leur qualité, de tenir les bâtimens en bon état, & de païer toutes leurs dettes mobiliaires. En Normandie le Seigneur Feodal à la _garde-noble_ des orfelins de ses vaisseaux & de leurs Fiefs tenus de lui en hommage.

Garde _Bourgeoise_ ou _roturiere_, est un droit ou privilége accordé aux Bourgeois de Paris par la Coûtume, qui est le même à l'égard des peres ou meres bourgeois, que celui de _garde-noble_ à l'égard des Gentilshommes.

Garde, en termes des Eaux & Forêts, est une étenduë de païs, dans laquelle certains _gardes_ & Officiers sont commis pour l'a conservation des bois: Les grands Maîtres sont obligez par l'Ordonnance de faire leurs visites de _garde_ en _garde_.

Garde, signifie quelquefois protection: Ainsi le Roi finit les Lettres qu'il écrit à ses sujets, priant Dieu qu'il vous ait en sa sainte _garde_: On dit aussi à ceux qu'on éconduit, allez vous-en à la _garde_ de Dieu.

Garde, signifie aussi précaution, & on dit absolument prenez _garde_, ou prenez _garde_ à vous, à vôtre conduite: Il faut bien se tenir sur ses _gardes_ quand on a à faire à des méchans: Il faut se donner de _garde_ des surprises des chicaneurs: Il faut être toujours en _garde_ contre les tentations de l'Esprit malin: Je n'ay _garde_ de manquer au respect que je vous dois: On dit aussi, il n'a _garde_ d'être aussi brave que son aîné, pour dire il s'en manque beaucoup.

Garde, signifie aussi considération. Vous ne prenez pas _garde_ que ce que vous dites fait contre vous: Quand on contracte il faut bien prendre _garde_ à ce qu'on dit, & à ce qu'on fait: Quand on juge, quand on fait des experiences, il faut prendre _garde_ jusqu'aux moindres circonstances, jusqu'aux moindres minuties: on dit aussi il faut toûjours être en _garde_ avec cet homme-là, pour dire qu'il est accoûtumé à tromper, à surprendre les gens: Cet avare prend _garde_ jusqu'à la moindre obole, il est exact à ne rien relâcher: Il ne faut pas prendre _garde_ à ce que dit un foû, un yvrogne, pour dire, s'en fâcher, y ajoûter foi, &c.

Garde, en termes de négoce, signifie conservation, durée, en même état: Le vin est verd cette année, il sera de _garde_. Les fruits d'Eté ne sont pas de _garde_, il les faut confire pour être de _garde_: La mode de ces étoffes se passe; la _garde_ n'en vaut rien.

On appelle chez les Joüeurs de Piquet une _garde_, certaine petite carte de même point que le Roi qu'ils ont en main & dont ils n'ont pas l'AS: On perd souvent une belle partie de Piquet pour avoir écarté sa _garde_: Une double _garde_, ce sont deux cartes de ce même point.

Garde, est aussi une femme qui est attachée au service d'un malade, ou d'une femme en couche: Les pareins & mareines font un présent à la sage femme & à la garde.

Garde, est aussi un terme d'escrime, & on dit être en _garde_ & se mettre en _garde_, pour dire se mettre en posture pour se défendre de son ennemi les armes à la main.

Il y a quatre _gardes_ générales de l'Epée, que pour bien concevoir, il faut se représenter un cercle décrit sur un mur à plomb & divisé en ses quatre points cardinaux, de haut en bas & de droit à gauche: quand on porte la pointe de son Epée au point inferieur du cercle, avec le fort opposé au point superieur du même cercle, & le corps fort penché en avant, c'est ce qu'on appelle la _prime_ ou la _premiere garde_; la _seconde garde_ que plusieurs nomment _tierce_, mais improprement, se fait en portant la pointe de l'Epée au deuxiéme point du même cercle distant d'un quart du premier point, & montant à gauche, le fort de l'Epée tourné à droit en dehors, & le corps relevé à proportion: La _tierce_ ou la _troisiéme garde_ se fait en posant la pointe de l'Epée au point superieur du même cercle, qui est diametralement opposé à l'inferieur de la _prime_, & alors le corps, le bras, & l'Epée sont dans leur naturelle disposition, & dans le milieu des extrêmitez de leurs mouvemens: La _quarte_ se fait en portant la pointe de l'Epée au quatriéme point du même cercle, directement opposé à celui de la seconde, en descendant à droit à un quart de la tierce, le côté exterieur du bras & le plat de l'Epée étant tournez vers la terre, le corps étant hors la ligne à droit, & le fort de l'Epée vers la ligne à gauche: Il y a une _quinte_ & cinquiéme _garde_ qui n'est que le retour de la pointe de l'Epée à droit aprés la révolution de ce cercle, au point inferieur de la _prime_ d'où elle étoit partie & néanmoins avec une autre disposition du corps, du bras, & de l'Epée.

Toutes ces _gardes_ s'appellent aussi _figures_ & _postures_; le centre de ces mouvemens doit être à l'épaule: En toutes ces sortes de _gardes_ il y en a de _hautes_ avancées, hautes retirées, hautes moyennes, quand elles sont posées devant la plus haute partie du corps, aiant le bras tout étendu, fort retiré, ou entre l'une & l'autre extrêmité: Les _gardes_ moyennes avancées, ou simplement moyennes sont celles où l'Epée est posée devant la partie moyenne du corps: Les _gardes-basses_ avancées, retirées, ou basses-moyennes sont celles où le bras & l'Epée sont avancez, retirez, ou entre les deux extrêmitez, & sont situez devant la partie basse du corps. Quelques-uns croyent que la principale _garde_ est celle de _prime_; les autres la _quinte_; d'autres avec plus de raison croyent que c'est la _tierce_, parce qu'elle est composée de lignes droites, qui sont plus aisées à défendre que les obliques comme sont du côté droit la prime & la seconde, & du côté gauche la quarte & la quinte.

GARDE. Se dit aussi de la défense qui est auprés de la poignée d'une épée pour empêcher que la main ne soit offensée par l'ennemi. Une _Garde_ d'argent, une _Garde_ damasquinée. Il lui a enfoncé son épée jusqu'à la _Garde_. Il lui en a donné jusqu'aux _Gardes_. Il y a des _Gardes_ à branches & des _Gardes_ à ponte.

Gardes. En termes de Venerie se dit des ergots du sanglier, ou des os de derriere les jambes proche les pieds, en Latin _apri calcaria_.

En termes de Marchands on appelle _garde_ forte & _garde_ foible dans la Balance Romaine, des broches de fer qui passent à travers de la branche, où est attaché l'anneau qui soûtient la Balance. La foible est la plus éloignée, & la forte la plus proche du centre de la balance: celle-ci soûtient un plus grand poids que l'autre.

Garde de peson sont des boucles qui sont attachées aux broches du peson.

Gardes. En termes de Marine, ce sont les deux Etoiles les plus voisines du Pole Arctique, qui sont les dernieres du chariot de la petite Ourse, sur lesquelles si on éleve un triangle équilateral, sa pointe tombera justement sur le point du Pole; car c'est abusivement qu'on dit l'Etoile Polaire, parce qu'il n'y en a point précisément sur le Pole. Quelques-uns mettent trois _gardes_ au lieu de deux.

Gardes. En termes de Serrurier sont de petites pointes ou lames de fer, qui sont tellement disposées pour entrer dans les dents ou les fentes du paneton de la clef, que pour peu qu'il y ait de changement la clef ne tourne plus: & quand on dit changer les gardes, c'est changer ces petites piéces de fer.

Garde, _s. m._ Archer ou soldat détaché d'une Compagnie pour protéger quelqu'un, ou pour l'arrêter, ou pour veiller à ses actions. Les Maréchaux de France ont envoyé un _Garde_ à chacun de ces Gentilshommes qui se vouloient battre. On le dit aussi de tout le corps des Compagnies, des Régimens d'Archers ou de Cavaliers: & en ce sens on dit Capitaine des _Gardes_, de ceux qui commandent les Compagnies des _Gardes_ du Corps du Roi, & Capitaine aux _Gardes_, des Capitaines du Régiment des _Gardes_ Suisses ou Françoises. Un cadet aux _Gardes_. Les _Gardes_ de la Manche, les Chevaux legers de la _Garde_.

On dit aussi les _Gardes_ d'un Prince, d'un Général, d'un Gouverneur. Les _Gardes_ de la Prévôté de l'Hôtel, du Prévôt de Paris. Les _Gardes_ du Sel, des Aides. Les _Gardes_ des Ports. _Gardes_ des pertuis, des riviéres, &c. Il est fait mention aussi dans les Coûtumes des _Gardes liges_, qui sont des vassaux qui sont obligez à garder le corps de leur Seigneur avec armes suffisantes.

Les _Gardes_ de la Marine sont des Gentilshommes destinez à servir sur les vaisseaux, pour être auprés de l'Amiral, ou pour aider aux Officiers dans leurs fonctions.

On appelle aussi _Garde_ celui qui a le soin de quelque chose. Le _Garde_ de la Bibliotheque du Roi. Le _Garde_ des Chartres. Le _Garde_ des Livres de la Chambre des Comptes.

On appelle aussi dans les six Corps des Marchands les Maîtres & _Gardes_, ceux qui sont élûs de ces Corps pour être Jurez, & faire observer par les autres les Statuts & Réglemens de chacune de ces Communautez. Dans les Corps des Artisans il n'y a que des Jurez. Il y a aussi des _Gardes_ & _Contre-gardes_ des marais, îles & salines.

Gardes. En termes des Monnoyes, ce sont des Officiers considerables & les premiers Juges des Monnoyes, dont les appellations ressortissent à la Cour; Il y en a deux établis dans chaque Hôtel, où on les fabrique. Leur institution est ancienne & auparavant l'an 689. comme il résulte d'un titre rapporté par Dargentré. Leur fonction est de veiller sur tout le travail de la Monnoye, à ce qu'il soit fait selon l'Ordonnance, de peser, rebuter & faire refondre les espéces trop foibles de poids & de loi, d'en tenir Registre & d'en faire des Procés verbaux, & de les envoyer à la Cour, avec les boëtes dans lesquelles ils enferment les piéces & échantillons pour être jugées.

Garde _bois_. _s. m._ Sergent ou Archer commis à la garde des Forêts.

Garde-_chasse_. _s. m._ Sergent ou Archer que le Roi ou les Seigneurs commettent à la _garde_ de leurs chasses.

Garde _côte_. _s. m._ Vaisseau armé en guerre qui croise la mer le long des côtes pour la préserver de la pillerie des pirates, & escorter les vaisseaux Marchands. Il y a aussi sur terre des Capitaines _Garde côtes_ distribuez le long des côtes de la mer pour veiller à la conservation de la côte, & empêcher les descentes dans une certaine étenduë de Païs dépendante de leur Capitainerie. Les Capitaines _Garde côtes_ sont exempts de l'arriere-ban, comme il est porté dans la Nouvelle Ordonnance de la Marine.

_Garde marteau._ Officier des Eaux & Forêts qui garde le marteau avec lequel on marque le bois qu'on doit couper dans les Forêts du Roi quand on fait des ventes. Le _Garde marteau_ assiste au jugement des procés, & y a voix déliberative, même y tient le Siege en l'absence du Maître & du Lieutenant.