Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Part 8

Chapter 83,767 wordsPublic domain

ECROULER, _v. n._ Vieux mot qui signifie s'ébouler. Aprés une vingtaine de volées de canon, tout le bastion s'écroula.

ECROUTER. _v. act._ Oter la croûte du pain, le couper mal proprement. On dégoûte les gens quand on écroute le pain.

ECROUTÉ. ée. _part. & adj._

ECRÜE. _adj._ c'est une épithete qu'on donne aux soyes & aux toiles qui n'ont jamais été moüillées. Il est défendu aux tapissiers de doubler les tapisseries de toiles _écrües_, parce qu'elles se retirent. Les belles étoffes se font de soye cuitte, & les petites de soye _cruë_ ou _écruë_. Il est sévérement défendu de mêler la soye cuitte avec la soye _écruë_. On dit aussi du fil _écru_.

F.

FANON _s. m._ le devant d'un bœuf, d'un taureau. Rampale dans ses Idiles a dit, _la peau d'un gras fanon lui bat sur les genoux_. Les Latins l'appellent _Paleare_.

FANON en termes de manége se dit d'un gros toupet de poil ou de crin, qui vient au derriére du Boulet de plusieurs chevaux. Les chevaux de carrosse ont souvent de gros _fanons_.

FANON, se dit aussi des barbes de Baleine, qui pendent des deux côtez de la gueule de ce monstre: le cent pesant de _fanons_ de Baleine a été réglé par Arrêt du Conseil à 67l. 10. sols: c'est ce qui sert à mettre dans le corps de juppe des femmes & à plusieurs sortes d'ouvrages, où on a besoin d'une matiére pliante & qui fasse ressort.

FANON en termes de marine est un racourcissement du point d'une voile & particuliérement de celle d'Artimon, lors qu'on la trousse & ramasse avec des garcettes, pour prendre moins de vent. Ces _fanons_ sont des bouts de corde divisez en plusieurs articles ou marticles attachez aux grandes voiles, qui les embrassent & serrent quand il est de besoin.

FANON en termes d'Eglises signifie un manipule ou ornement sacerdotal, que les Prêtres, les Diacres & soûdiacres mettent au bras gauche en officiant: il est fait en forme de petite étole. Voyez manipule où on a fait voir que c'étoit autrefois une espéce de mouchoir blanc, comme témoigne Durandus: son primitif est _Pannus_, dont les Allemans ont fait _fanus_, parce qu'ils changent ordinairement le p. en f.

FANON se dit aussi des deux pendants, qui sont au derriére de la Mître d'un Evêque, & aussi du bonnet ou de la Couronne de l'Empereur.

FANON, en termes de blason est un large brasselet fait à la maniére du _fanon_ de Prêtre pendant du bras droit, au lieu que celui du Prêtre pend du bras gauche: c'étoit autrefois une manche pendante qu'on portoit prés du poignet sur tout en Allemagne d'où ce nom nous est venu, parce que les Allemans appellent _fanen_ une piéce de linge ou d'étoffe, & quelquefois une banniére, on l'appelle autrement _Dextrochere_.

FANON se prend aussi quelquefois pour _gonfanon_, voyez gonfanon; & en ce sens Borel le dérive du grec _phaino_, _appareo_, parce qu'on le void de loin étant au bout d'une pique.

FAUCON _s. m._ Oiseau de leurre, qui a le plus beau vol & qui est le plus noble & le plus estimé entre les oiseaux de proye, c'est pourquoi il donne le nom à la _fauconnerie_, il a les pieds jaunes, la tête noire, & est semé sur le dos de plusieurs taches. Le bon _faucon_ a la tête ronde, le bec court & gros, le col long, les épaules larges, les pennes des aîles subtiles & déliées, les cuisses longues, les jambes courtes, les pieds, ou mains longs, larges & grands: il y a des _faucons_ riviereux, d'autres champêtres propres à voler sur les riviéres ou les campagnes, en Latin _falco_, _triorches_, _buteo_, & en général _accipiter_, qui est le nom de la meilleure espéce, qui l'a donné aux autres.

FAUCON _pelerin_, est celui qui vient des païs lointains, dont on ne trouve point l'aire, qui est pris depuis le mois d'Octobre jusqu'en Janvier.

FAUCON _gentil_, de passage, qui vient des païs circonvoisins, le plus aisé à dresser, qui est pris en Août ou en Septembre; ce mot vient de _Gentilis_.

FAUCON _niais_, qui n'a jamais été à soi qui est pris au nid, ou dans le roc quand il est fort petit, on l'appelle aussi _faucon_ Royal, parce qu'on l'éleve facilement.

FAUCON _sor_, c'est un faucon qui a encore son premier plumage, les pennes du premier an.

FAUCON _hagard_, c'est à dire, _fier_ & _bisarre_ celui qui n'est plus sor quand on le prend, qui a mué ou changé de plumes, on l'appelle aussi _faucon de repaire_.

FAUCON _antanaire_ ou _antenaire_, qui est pris au printemps avant la muë.

FAUCON _mué_ en main d'homme se dit simplement du _faucon mué_; quand il est mué des champs & puis pris au passage il se dit _ardoisé_, _madré_ ou _fleuri_, hors de connoissance, & vieil _faucon_.

FAUCON _tagarot_, c'est un oiseau fort long & flouet, d'une espéce particuliére, on l'apporte du côté d'Egypte.

FAUCON _Tartaret_, qui vient de Tartarie, c'est un grand oiseau dit de _haute maille_, appellé des Turcs _faucon sahin_.

FAUCONS _Balarins_, qui viennent de Hongrie sont des _faucons_ communs petits, de pennage brun avec la tête noire.

FAUCON _familleux_, c'est un faucon famelic, ou sujet à la faim.

Le _Faucon montanier_ est brun & hardi, & se doit entretenir entre gras & maigre.

Le Faucon _Thunisien_, qui vient de Thunis, nommé autrement _alphanet_ de _alpha_, parce que les Grecs le mettent au premier rang des faucons. Il y a des _faucons_ qu'on appelle du Perou, & autrement _neblies_, qui volent plus haut que les autres, qui ont des serres fortes & une couleur tirant sur le noir.

Le gerfaut, le sacre, le lanier sont des espéces de _faucons_.

FAUCON. Terme d'artillerie espéce de Canon qui a trois pouces de diamêtre & qui porte une livre & demie de balle.

FAUCONNEAU _s. m._ piéce d'artillerie, qui tient le sixiéme rang entre les Canons, qui a six à sept pieds de long, & deux pouces de diamêtre, dont la balle pese environ une livre & demie, mais selon Hanzelet c'est une huitiéme de coulevrine qui a 35. calibres de long, qui tire deux livres & demie de fer avec deux livres de poudre, & le bâtard à 30. calibres, tire trois livres de fer avec autant de poudre.

FAUCONNEAU chez les maçons, est la piéce de bois la plus haute d'un engin à élever des fardeaux, elle porte les deux poulies par où passent les cables.

FAUCONNERIE _s. f._ l'art de dresser, d'affaiter, de gouverner, d'apprivoiser & d'assûrer les oiseaux de proye, Desparon a bien écrit de la _fauconnerie_.

FAUCONNERIE se dit aussi de l'équipage de la chasse, qui se fait avec les oiseaux. Ce Prince aime la _fauconnerie_, il a beaucoup d'Officiers de _fauconnerie_. La _fauconnerie_ du Roi est en tel endroit.

FAUCONNIER _s. m._ affaiteur, ou apprivoiseur d'oiseaux, celui qui dresse & qui gouverne, ou qui a le soin des oiseaux de proye, des gants de _fauconnier_. Le grand Seigneur entretient ordinairement six mille _fauconniers_ & le moins qu'il en ait eu c'est trois mille.

On appelle chez le Roi le grand _fauconnier_, l'officier qui a soin de toute sa fauconnerie.

On dit en termes de manége, monter à cheval en _fauconnier_, pour dire monter du pied droit.

FAUCONNIERE _s. f._ poche ou bourse de fauconnier.

On appelle aussi _fauconniére_ une espéce de Bissac de cuir ou double gibeciére qu'on porte à cheval & qu'on met des deux côtez de l'arçon de la selle, où on serre les menuës hardes nécessaires pour un voyage.

FEU. _s. m._ Element chaud & sec, qui entre en la composition de tous les corps naturels, & sur tout de ceux qui sont animez. Les anciens ont crû qu'il y avoit un _feu_ élementaire dans le concave de la Lune, ce qui est une pure vision établie sans fondement. Le _feu_ n'est autre chose qu'une matiére fort subtile & violemment agitée. Le _feu_ est le plus violent de tous les acides. Dans les forges on n'employe que du _feu_ de Charbon, dans les Verreries que du _feu_ de bois sec; dans les Chambres on allume du _feu_ clair, du _feu_ de fagot quand on veut prendre l'air du _feu_, une poignée de _feu_. Les pauvres font du _feu_ de tourbes & de mottes. Les volcans sont de grands gouffres de _feu_, des feux soûterrains qui sortent de temps en temps. On fait du _feu_ avec des pierres, avec un fuzil. Aux Indes Orientales on en fait en frottant deux morceaux de bois de Candou l'un contre l'autre. Aux Occidentales avec un autre bois qu'on appelle _Ticaca_, qui ressemble à la canelle & qui sert de fuzil. Mathiole dit que les Anciens avant l'invention de l'Acier, tiroient le feu d'un bois dur, frotté avec un bois tendre & spongieux, tel que le bois de la vigne sauvage.

FEU, en termes de Chymie, se dit des degrez de la chaleur, qui servent à en faire les operations. Ainsi les Chymistes appellent _feu_ de digestion, le fumier qu'ils nomment autrement ventre de Cheval, dont la chaleur est telle qu'on ne sçauroit tenir la main dans le milieu d'un grand tas de fumier échauffé, ni souffrir dans la main une verge de fer qu'on y aura introduite & tenuë quelques momens. Le second _feu_ est celui du bain vaporeux, du Bain marie, du Bain de cendre, du Bain de sable, du Bain de limaille & autres qui sont expliquez à Bain. Le troisiéme est le _feu_ ordinaire qu'on applique sous le Vaisseau. Le quatriéme _feu_ est le _feu_ de Lampe qui est moderé & égal, qu'on peut augmenter par la grosseur & le nombre des méches qu'on allume, c'est celui qui sert aux Emailleurs. Le cinquiéme est le _feu_ de Roüe qu'on allume en rond autour d'un Creuset, qu'on approche peu à peu autour du vaisseau également & pour l'échauffer. Le sixiéme _feu_ est nommé de suppression, qui se donne lorsque non seulement on environne le vaisseau, mais aussi lors qu'on le couvre tout à fait de charbons allumez, dont on augmente la force suivant le besoin. Le septiéme _feu_, est celui de Reverbere clos, qui se fait dans un fourneau, où non seulement il frappe le vaisseau, mais encore il le refléchit & le refrappe par dessus & tout autour: il y a encore _feu_ de Reverbere ouvert, qui se fait dans un fourneau qui n'a point de couverture. Le huitiéme _feu_ est le feu de flame ou de fusion, qui se fait pour la fusion & calcination des Métaux & Mineraux, on l'appelle aussi feu d'atteinte. Le neuviéme _feu_ est celui des grandes Verreries, qui sert à vitrifier les Cendres des plantes, les sables & les caillous, qui est plus violent que tous les autres.

ON dit mesurer le _feu_, donner le _feu_ par degrez, pour dire le donner plus ou moins violent, en ouvrant ou fermant les registres ou trous du fourneau, & on l'appelle alors un _feu_ gradué.

ON croit aussi en Chymie qu'il y a un _feu_ central qui cuit & produit les métaux & les mineraux qu'on nomme l'_Archée_. On dit aussi qu'on éprouve les métaux par le _feu_, qu'il faut qu'ils souffrent le _feu_, pour dire la coupelle: en d'autres occasions on dit qu'il faut qu'ils passent par le _feu_, sur le _feu_, pour les purger du mauvais air.

ON a vû ces derniéres années quelques Charlatans à Paris qui ont mangé du _feu_, qui ont marché sur le _feu_, qui ont lavé leurs mains de plomb fondu; ce qui n'est pas un secret nouveau, puis qu'Ambroise Paré dit avoir éprouvé lui-même, qu'aprés avoir lavé ses mains de son urine, ou bien avec de l'_unguentum aureum_, on les peut laver seurement de plomb fondu. Il dit aussi qu'il fit distiller du lard fondu avec une pelle rouge sur ses mains, aprés les avoir lavées avec du _jus d'oignon_.

FEU, signifie aussi incendie, embrasement. Le _feu_ a pris à la maison, à la cheminée. On sonne le tocsin, on crie au _feu_ quand le _feu_ est quelque part. Une petite bluette, une étincelle de _feu_ cause souvent une grande incendie. Il a fallu abattre ce corps de logis à cause que le _feu_ gagnoit.

FEUX d'artifice ou _feux_ de joïe, sont des _feux_ faits artistement avec de la poudre à Canon, qu'on tire dans les réjouïssances publiques, ou dans les régals magnifiques. Ils sont composez de fusées volantes, saucissons, petards, lances à feu, pots à feu, girandoles, &c. Et accompagnez pour l'ornement de plusieurs figures & devises. On fait à la gréve un _feu_ de joïe la veille de la Saint Jean, on en fait aux naissances, entrées & mariages des Rois, dont les compositions se trouvent dans les pyrotecnies de _Hanzelet_, _Vanoccio_, _Malthus_, & sur tout de _Casimir simieirowies Polonnois_, qui en a fait un excellent Livre in folio. On dit aussi au figuré qu'un homme fait des _feux_ de joïe dans son cœur, quand il se réjouït secrettement dans son ame de quelque chose qui est arrivée.

FEU, se dit souvent en termes de guerre. On voyoit les _feux_ de l'Armée, c'est à dire, les _feux_ qu'on allume la nuit dans un Camp. Les Armes à _feu_ sont celles qu'on charge de poudre, comme pistolets, mousquets, fusils, carabines, canons, grenades, bombes & carcasses, on les appelle quelquefois bâtons à _feu_. On dit des Villes prises d'assaut, qu'on y a mis tout à _feu & à sang_. Le _feu_ de la place, c'est le flanc, ou la partie de la courtine où aboutit la ligne de défense, d'où on a fait _feu_ pour défendre la face du Bastion opposé: la meilleure façon de fortifier est celle qui donne plus de _feu_, en cet Assaut la courtine étoit toute en _feu_, il falut soûtenir, essuyer le feu de cette demi-lune. Cette trenchée étoit en filée, exposée au _feu_ de la place.

ON appelle _feu gregeois_ un _feu_ d'artifice qui brûle dans l'eau, qu'on dit avoir été inventé par Callinicus, vers l'an de grace 660. comme remarque le P. Petault fondé sur l'autorité de Nicetas & de Zonare: ce fut par son moyen que l'Empereur Constantin Pogonat ou Barbu défit les Agarennes ou Sarrasins qui le tenoient assiégé à Constantinople. Il est inextinguible, si ce n'est avec du sable, du vinaigre, ou des cuirs verds. Mais d'autres soûtiennent qu'il est plus ancien, & qu'il fut inventé par Marcus Gracchus: en effet il y a quelques Auteurs qui font mention que les Grecs & les Romains s'en sont servis dans leurs guerres, pour attaquer & défendre les Places & les Vaisseaux.

On dit d'un homme brave & intrépide qu'il ne craint point le _feu_, qu'il va au _feu_ comme à la nopce.

FEU, signifie quelquefois simplement la lumiére d'une bougie, d'une chandelle, d'un flambeau. Dans les Villes policées il est défendu de marcher la nuit sans _feu_, sans flambeau & sans lanterne. On demande du _feu_ pour cacheter une lettre. Les fermes du Roi s'adjugent au premier _feu_, au second _feu_, c'est à dire, à l'extinction de la premiére ou seconde bougie qu'on allume pendant les Enchéres. Il est défendu de pêcher, de chasser au _feu_, c'est à dire, la nuit avec de la lumiére.

FEU, en termes de Marine signifie le fanal ou lanterne, qui est sur la pouppe des Vaisseaux pour servir de guide la nuit. L'Amiral porte quatre _feux_, fanal de quatre _feux_. Le Vice-Amiral, le Contre-Amiral, & chef d'Escadre en portent chacun _trois_, les autres Vaisseaux n'en portent qu'un; le _feu_ sert aussi de signal pour régler la route, la voilure & la manœuvre: on le met en divers endroits & aux haubans de divers mats, suivant qu'il a été concerté entre les Officiers. On dit des grands vaisseaux qu'ils ne craignent que la terre & le _feu_, un Corsaire qui craint la corde s'il est pris, met le _feu_ aux poudres & fait sauter le Vaisseau. On appelle aussi _feux_, ces fanaux qui sont allumez sur le haut d'une tour, sur la côte ou à l'entrée des Ports & des Riviéres pour éclairer & guider pendant la nuit les vaisseaux dans leur route.

FEU, signifie quelquefois la cheminée. Il y a tant de _feux_ en cette maison, c'est à dire, tant de chambres à _feu_ ou à cheminées, quelquefois il se dit du _feu_ actuel qu'on entretient dans un âtre. Il me faut 20. voïes de bois par an, car j'ai toûjours deux _feux_ jour & nuit; quelquefois il se dit des utenciles qui servent à attiser, détiser, entretenir & souffler le _feu_, comme grille, pelle, pincettes, tenailles, soufflet. Un _feu_ garni d'argent.

FEU. Se dit quelquefois aussi d'un ménage, de toute une famille, il y a tant de _feux_ en cette Paroisse. Le beaupere & son gendre ne font qu'un _feu_, c'est à dire, vivent ensemble, ne font qu'un ménage: ce mot vient du latin _focus_.

FEU. En termes de Théologie, se dit des _feux_ immateriels dont Dieu se sert pour punir les méchans. Les _feux_ d'Enfer, & du Purgatoire sont des _feux_ inextinguibles qui brûlent les malheureux sans les consumer. Le monde doit périr par un deluge de _feu_. Sodome & Gomorre furent punis par le _feu_ du Ciel: ils avoient fait des crimes qui méritoient le _feu_. Dieu apparut à Moïse sous la figure d'un _feu_ ardent en un buisson, le S. Esprit descendit sur les Apôtres en langue de _feu_. Le Camp des Israëlites étoit guidé par une colonne de _feu_. Les Hebreux conservoient un _feu_ sacré dans le Temple. Les Payens ont adoré le _feu_. Les Vestales gardoient le _feu_ sacré des Romains. Les Perses ont encore des _feux_ qui brûlent depuis plus de mille ans sur des montagnes.

FEU. Se dit aussi des Astres & des Méteores. Les Poëtes appellent tous les Astres les _feux_ du firmament, les _feux_ de la nuit, des globes de _feu_. La Lune est un des moindres _feux_ du Ciel, les _feux_ follets ou ardens sont des exhalaisons qui s'enflamment. On dit que le Ciel est tout en _feu_, pour dire qu'il tonne & éclaire beaucoup. On appelle sur la mer le _feu_ saint Elme, certains _feux_ volans autour des mâts & des manœuvres, & de la cage, causez apparemment par quelques exhalaisons qui restent aprés une tempête & qui en présagent la fin. Les Mariniers les appellent saint Nicolas, sainte Claire, sainte Helene. Les Italiens _hermo_, les Castillans _san Elmo_, les Anciens _Castor_ & _Pollux_: quand il n'en paroît qu'un on l'appelle _furolle_ ou _helene_, ce qu'on tient de mauvais présage, quand il en paroît deux les Mariniers s'en réjouïssent & les saluent avec leurs sifflets.

FEU. Se dit aussi en Médecine & en Chirurgie. Le _feu_ saint Antoine étoit autrefois une maladie fort dangereuse. Le _feu_ volage est une espece de dartre qui s'enflamme & qui vient sur tout au visage. On ôte le vin aux malades de crainte de mettre le _feu_ dans une playe, d'augmenter le _feu_ de la fiévre. L'Arsenic met le _feu_ dans la bouche, dans les entrailles. Il y a des playes qui ne se guérissent qu'avec le _feu_. Le _feu_ actuel est un bouton de _feu_, un fer chaud. Un _feu_ potentiel est celui qui est enfermé dans les remédes caustiques comme les cauteres, & en quelques minéraux ou plantes corrosives. On dit aussi donner le _feu_ à un Cheval, quand on lui applique un bouton ou un couteau de _feu_ pour le guérir du farcin ou de quelques autres maladies.

FEU. Se dit en termes de Lapidaires, de l'éclat, de la vivacité de quelque corps, de la lumiére qu'il jette ou qu'il refléchit. Un Diamant fin jette bien du _feu_, de l'éclat. L'Escarboucle est une pierre imaginaire qu'on dit jetter assez de _feu_ pour éclairer une chambre. Des yeux vifs & brillans jettent du _feu_. Les vers luisans, la pierre de Boulogne, le phosphore la nuit jettent du _feu_. On appelle couleur de _feu_ un rouge vif & foncé qui a l'éclat du _feu_.

FEU. Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont curieux.

FEU. Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien du _feu_, c'est un esprit tout de _feu_. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut jamais de _feu_. Le _feu_ brille par tout dans ses écrits. Il a l'ame échauffée d'un beau _feu_, d'un noble _feu_.

On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout en _feu_, que le _feu_ lui a monté au visage, qu'il jette _feu & flammes_, qu'il lui faut laisser jetter son _feu_. On dit aussi d'un homme amoureux qu'il brûle d'un beau _feu_, qu'il nourrit un _feu_ discret, un _feu_ caché sous la cendre, un _feu_ qui le devore. La bonne morale veut qu'on éteigne le _feu_ de la concupiscence. On dit aussi brûler d'un _feu_ divin, d'un _feu_ celeste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il faut laisser passer le _feu_ de la jeunesse, ses emportemens. Le _feu_ se dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premier _feu_, la premiére impetuosité des François.

FEU. Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des Huguenots tout le Royaume étoit en _feu_. Des Prédicateurs séditieux mettoient le _feu_ par tout, le Roi a éteint enfin le _feu_ de la sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit qu'il y faut appliquer le fer & le _feu_.

On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra fera _feu_, pour dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.

FEU. Se dit proverbialement en ces phrases. Un _feu_ à rôtir un bœuf, c'est un grand _feu_ de reculée. On dit aussi il n'est _feu_ que de gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bon _feu_. On dit aussi qu'un homme a mis le _feu_ à la cheminée, pour dire qu'il a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le gosier, le palais en _feu_. On dit aussi c'est un _feu_ de paille, d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on n'achevera point. On dit aussi faire du _feu_ violet pour dire faire quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que le _feu_ de bois vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois tortu fait le _feu_ droit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte, qu'il court comme s'il avoit le _feu_ au cul. On dit de deux personnes ennemies qui ne se sçauroient souffrir, que c'est le _feu_ & l'eau. On dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de son _feu_, pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot au _feu_, ni écuelles lavées. On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a ni _feu_ ni lieu, quand il n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé du coin de son _feu_. On dit faire mourir quelqu'un à petit _feu_, pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il a besoin. On dit que le _feu_ ne va point sans fumée, pour dire qu'il paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on dit publiquement. On dit encore mettre les fers au _feu_, en parlant d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer vigoureusement. On dit aussi, que le _feu_ est à une marchandise, pour dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme au _feu_. On dit mettre le _feu_ aux étouppes, mettre le _feu_ aux poudres, jetter de l'huile sur le _feu_, mettre le _feu_ sous le ventre à quelqu'un: pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit, qu'un homme se mettroit au _feu_ pour son ami, pour dire qu'il est prêt de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du soupçon que son mari avoit contre elle, en marchant les pieds nuds sur 12 socs de charruë ardens.

FEU. Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des défunts, dont la mémoire est encore assez récente. Le _feu_ Roi se dit du Roi dernier mort; la feuë Reine. _Feu_ mon pere, mon oncle. Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurier _furent_ en parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que ce mot vient de _fuit_ & de _fuerunt_, néanmoins, Ménage prétend avec quelque apparence qu'il vient de _functus_, au lieu de _fato functus_.