Part 7
EAU _imperiale_, c'est de l'_eau_ distillée de noix muscade, écorce de citron, cloux de girofle, feüilles de laurier, d'hyssope, de thim, de marjolaine, de sauge, de romarin, de lavende, des fleurs d'orange, &c.
EAU _stiptique_, est celle qui est faite avec une dissolution de vitriol.
EAU de _vie_, c'est du vin qu'on fait distiller dans un matras au bain marie, ou à petit feu de flamme, & qu'on réduit environ à la sixiéme partie, le reste est une flegme insipide: on fait passer le col du matras en serpentant dans un tonneau d'_eau_ froide, pour le refroidir plûtôt; quand cette _eau_ de vie est distillée encore une fois & réduite à la septiéme partie, on a de l'esprit de vin, lequel étant derechef distillé, donne de l'esprit de vin rectifié.
EAU _gommée_, c'est celle qui se fait en y laissant tremper de la gomme arabique enfermée dans un morceau de linge: les femmes en font aussi pour gommer leurs cheveux, en y laissant tremper des pepins de coin.
EAU de _blanc d'œuf_, c'est de l'_eau_ qui se fait en foüettant bien le blanc d'œuf, ou bien en le faisant abreuver par une éponge plusieurs fois, & l'épreignant aussi-tôt, puis la faisant couler par le papier gris, c'est une _eau_ jaunâtre qui est la plus fine de toutes les colles.
Les Limonadiers font aussi des _eaux_, pour chatoüiller le goût, des _eaux_ de cerise, de groseille, de frangipane, qui sont des _eaux_ succrées & parfumées où on a mis des groseilles, des cerises, des parfums.
EAU, se dit aussi du suc de quelque fruit que ce soit: cette poire est de bonne _eau_.
En termes de Joüailliers on appelle _eau_ l'éclat des perles & des diamans, qu'on suppose être faits d'_eau_. Cette perle est de belle _eau_: l'_eau_ de ce diamant est trouble. Donner l'_eau_ à un drap, c'est le lustrer, le calandrer. On dit aussi des cuirs quand ils sont à la tannerie, qu'on leur donne plusieurs _eaux_ pour les préparer.
En Astronomie on appelle un signe celeste, le verseur d'_eau_ qui est l'onziéme à compter d'Aries.
EAUX, se dit au plurier en ces phrases: le grand Maître des _eaux_ & forêts prend la qualité d'Enquêteur & de Réformateur des _eaux_ & forêts. Les maîtrises particuliéres des _eaux_ & forêts, la réformation générale des _eaux_ & forêts, ce sont des Officiers, ou des Jurisdictions qui jugent des causes concernant les _eaux_ & les forêts. Intendant des _eaux_, celui qui a soin de faire aller les _eaux_ des Maisons Royales.
EAU, se dit proverbialement en ces phrases. Un Medecin d'_eau_ douce, c'est à dire un mal-habile Medecin qui n'a pour reméde que de l'_eau_ douce. On dit qu'un homme a mis de l'_eau_ dans son vin, pour dire qu'il est revenu de son emportement. Ses desseins vont à vau l'_eau_, pour dire ne réüssissent pas. L'_eau_ lui en vient à la bouche, pour dire cela lui donne l'envie d'en tâter. On dit d'un homme qui fait beaucoup de complimens ou de promesses, sur lesquelles il ne faut pas faire grand fondement, que c'est de l'_eau_ benîte de Cour, parce qu'on n'est point chiche de belles promesses à la Cour, non plus que d'_eau benîte_ à l'Eglise. On dit d'un homme dont le mérite n'est point connu, qu'il faut qu'il fasse voir de son _eau_, pour dire qu'il fasse voir ce qu'il sçait faire. On appelle des gens de delà l'_eau_, des gens grossiers & mal instruits des nouvelles & des affaires du temps. Les _eaux_ sont basses, pour dire qu'on n'a point de fonds, point d'argent en bourse. Suer sang & _eau_, pour dire faire un effort, ou un travail extraordinaire pour parvenir à quelque chose. On appelle un beuveur d'_eau_, un homme froid & incapable de grandes affaires. On dit faire venir l'_eau_ au moulin, pour dire faire venir du profit, de l'argent à la maison. Nager en grande _eau_, pour dire être en fortune, dans les grands emplois: il est heureux comme le poisson dans l'_eau_, pour dire il est en son élevement où il se plaît, ou il est bien.
Revenir sur l'_eau_, se dit d'un homme qu'on croyoit abîmé, & qui rétablit ses affaires, & r'entre dans le négoce. On dit aussi rompre l'_eau_ à quelqu'un, pour dire apporter quelque obstacle à sa fortune, à ses affaires, ce qui se dit au propre des chevaux, qu'on oblige à boire à plusieurs reprises. On dit qu'un valet est allé à la bonne _eau_, pour dire qu'il est trop long-temps à revenir d'un message. Laisser courir l'_eau_, pour dire ne se pas soucier comment vont les affaires. Battre l'_eau_, pour dire travailler inutilement. On dit encore, tant va la cruche à l'_eau_ qu'enfin elle se brise, pour dire qu'à la fin on périt dans les dangers, où on s'expose trop souvent. Nager entre deux _eaux_, c'est à dire, être incertain quel parti ou opinion on doit suivre. Pêcher en _eau_ trouble, c'est à dire, profiter du desordre du temps, du mauvais état d'une famille. On dit encore d'un homme malheureux, qu'il se noyeroit dans un verre d'_eau_, d'un avare, qu'il ne donneroit pas un verre d'_eau_, qu'il ne donne rien du tout; d'un mélancolique & méchant, que c'est une _eau_ dormante, qu'il n'y a point d'_eau_ pire que celle qui dort; d'un homme inutile, qu'il ne gagne pas l'_eau_ qu'il boit.
Porter de l'_eau_ à la mer, c'est à dire, donner à quelqu'un des choses dont il n'a déja que trop. C'est une goute d'_eau_ dans une mer, c'est à dire, que ce qu'on met dans quelque chose ne la fait pas paroître davantage. Il n'y fera que de l'_eau_ toute claire, pour dire qu'il ne réüssira pas en telle affaire. On dit de deux gemeaux, qu'ils se ressemblent comme deux goutes d'_eau_; de deux personnes qui se haïssent, que c'est le feu & l'_eau_; d'une affaire qui n'a point réüssi, tout s'en est allé en _eau_ de boudin, ou à vau l'_eau_; d'un homme niais & innocent, qu'il ne sçait pas l'_eau_ troubler. Tenir le bec en l'_eau_, c'est à dire, amuser long-temps une personne sans lui tenir ce qu'on lui fait esperer. On dit aussi d'un homme officieux, qu'il se mettroit dans l'_eau_ jusqu'au cou pour servir ses amis; d'un homme qui se noye, que l'_eau_ est entrée dans ses souliers par le collet de son pourpoint. On dit des enfans, qu'il les faut garder de feu & d'_eau_, jusqu'à sept ans. On dit encore ce crime est si grand, que toute l'_eau_ de la mer ne suffiroit pas pour le laver; & au contraire il fait aussi peu de scrupule de cela, que de boire un verre d'_eau_. On dit aussi si on l'envoyoit à la riviere il ne trouveroit point d'_eau_, pour dire qu'il ne pourroit pas trouver les choses les plus communes. On dit aussi il passera bien de l'_eau_ sous les ponts entre ci & là, pour dire cela n'arrivera de long-temps. On dit aussi gare l'_eau_ là bas, quand on veut jetter par les fenêtres quoi que ce soit.
EAU benîtier, termes d'Orfévres, ils nomment ainsi les vaisseaux d'argent qu'ils préparent pour mettre de l'_eau benîte_: ils doivent être contre-marquez au corps, au collet de pied & goupillon; à l'égard de la gorge, creux ou panache, quarré de pied ou anse, ils sont seulement marquez du poinçon du maître.
EBE. _s. f._ terme de Marine, c'est le reflus de la mer, la basse marée ou l'eau morte, lors que la mer refoule & s'en retourne. Il est opposé au flot & au montant; on l'appelle autrement _jussant_.
ELECTUAIRE. _s. m._ terme de Pharmacie, c'est un médicament composé de poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre; il est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être curieusement choisies, il est de consistance moyenne entre les opiates, les lenitifs & les confections; il y en a deux sortes, les mols sont en consistance d'opiate, & se font de trois onces de poudre sur une livre de miel écumé; les solides se font en forme de tablettes, où on met trois onces de poudre sur une livre de sucre clarifié, dissous en quelque liqueur & cuit en suite en perfection: sous les especes d'_électuaires_ on met le mithridate, la theriaque, la confection Hamec, celle d'Akermes, le catolicon, le diaprunum, diaphœnicum, diacartami, diatragagant, &c. qui sont expliquez à leur ordre.
_L'hiere_ picre de Galien, est mise aussi au rang des _électuaires_; il y a un _électuaire_ de citron qu'on nomme de _Guy de Cauliac_, fameux Chirurgien, qui l'a mis le premier en vogue, la benedicte de Nicolas, & autres.
ELIXIR. _s. m._ terme de Medecine, c'est une liqueur spiritueuse destinée à des usages internes, contenant la plus pure substance des mixtes choisis, qu'on lui a communiquée par infusion & maceration. Les esprits tirez des vegetaux, ou leurs eaux spiritueuses sont d'ordinaire la base des _elixirs_, & les menstruës dont on se sert pour dissoudre & retenir la vraye essence des médicamens, qui entrent dans leur composition. L'esprit de vin est l'_elixir_, le menstruë, le plus commode de tous. L'_elixir_ approche beaucoup de la nature des teintures.
ELIXIR de _propriété_, est un reméde inventé par Paracelse, composé d'esprits de soulfre, d'aloës, de myrrhe, de safran, &c. dissous par un puissant dissolvant nommé _alkaest_. Crollius veut que cet _elixir_ soit le baume des Anciens, & contienne toutes les vertus du baume naturel.
ELIXIR, terme de chymie, c'est la substance la plus subtile interne & specifique de chaque corps, qui en est comme l'essence. Les charlatans abusent beaucoup de ce nom, & le donnent à plusieurs simples extraits pour vendre plus cher leurs drogues: on l'appelle autrement _quinte-essence_. Ménage tient que ce mot vient de l'Arabe _elexir_, qui signifie proprement fraction, à cause que l'_elixir_ a la force de rompre les maladies, & de rompre les métaux en les dissolvant: d'autres le dérivent avec plus d'apparence de l'Arabe _alechstro_, qui signifie une extraction artificielle de quelque essence: d'autres veulent qu'il vienne du Grec _elayon_, & _syro_, comme une extraction d'huiles, qui est la partie essencielle des mixtes: d'autres enfin du verbe Grec _alexeo_, à cause du grand secours qu'on reçoit des _elixirs_. D'autres appellent _elicsir_, une prétenduë poudre qui convertit les métaux en or, qu'on appelle poudre de projection.
EOLIPILE. _s. f._ Terme des Hydraulyques. C'est une petite boule de fer ou de cuivre, ayant une queuë où il y a un fort petit trou pour la charger: on la chauffe pour rarefier l'air qui est dedans, & puis on la jette dans l'eau. Il y en entre autant qu'il faut pour remplir le vuide que laisse l'air condensé par la froideur de l'eau; & quand cette boule est derechef mise au feu, il en sort du vent, avec une impetuosité & une durée qui surprennent. On la nomme autrement poire à feu. C'est par la comparaison de ces _éolipiles_, que Descartes explique admirablement bien la cause naturelle des vents.
EPACTE. _s. f._ Terme de comput Ecclesiastique, c'est la difference de l'année Lunaire, qui n'est que de 354. jours d'avec l'année Solaire, qui est de 365. jours. Cette difference fait que les nouvelles Lunes reculent tous les ans d'onze jours. On trouve l'âge de la Lune en ajoûtant l'_épacte_ de l'année au nombre des jours du mois où on est, & au nombre des mois écoulez depuis celui de Mars. En observant aussi de retrancher trente jours quand ces trois sommes ajoûtées vont au-delà. Le cicle des _Epactes_ est de dix-neuf ans, répondant au nombre d'or, ou cicle Lunaire, aprés lequel toutes les Lunations reviennent au même jour.
EPARER. _v. n._ Terme de manége, qui se dit d'un cheval qui détache des ruades, & qui nouë l'aiguillette; un cheval doit s'_éparer_ de toute force à l'air des cabrioles.
EPANORTHOSE. _s. f._ Terme de Réthorique, c'est une figure, par laquelle on corrige, ou on révoque ingenieusement ce qu'on avoit auparavant allegué.
EPHEMERE _adj._ Terme de Medecine, qui ne dure qu'un jour, il se dit en cette phrase, fiévre _Ephemere_. La fiévre _Ephemere_ des Anglois est une espéce de peste.
EPHEMERE. En termes de Botanique, est une flambe sauvage, ses feüilles sont semblables à celles du lis, quoi que plus menuës, sa tige pareillement. Sa fleur est blanche & amére, sa graine est tendre, sa racine est grosse d'un doigt, longue, astringeante & odorante. Mathiole dit que l'_Ephemeron_ de Dioscoride est le _colchicum_, qui est un poison croissant au païs de Colchos, il est si dangereux qu'il fait mourir en moins d'un jour ceux qui en mangent, ce qui lui a donné ce nom d'_Ephemere_, & il ajoûte que ce n'est autre chose qu'un oignon blanc, que les Apothicaires appellent _hermodactylus_.
EPHEMERE, est aussi un petit animal qui ne vit que cinq heures, pendant lesquelles il naît, il étend ses membres, il paroît jeune, il change deux fois sa peau, il fait des œufs, jette des semences, vieillit & meurt. Aristote en a fait la description, & l'a ainsi nommé, parce qu'il ne dure qu'un jour. Il paroît vers la Saint Jean, c'est un insecte volant, qui naît à six heures aprés midi, & meurt à onze heures. Il est vrai toutefois qu'avant que d'avoir pris cette figure, il a vécu trois ans sous celle d'un verd au bord de l'eau, dans la vase, ou dans des trous qu'il y a creusé lui-même; il s'en trouve de deux ou trois pouces. Les pescheurs s'en servent pour appâter leurs hameçons. On a observé dans quelques-uns de ces insectes jusqu'à 7000. yeux semez par tout le corps, ils ne s'accouplent point, la femelle jette ses œufs, & le mâle les rend feconds en les couvrant de sa semence. Il ne prend aucun aliment depuis qu'il est changé, & il ne change que pour se multiplier. Aldrovandus, Jonston, & Clusius en ont écrit, mais bien plus incertainement que Swammerdam, qui en a fait les dissections & les observations avec le microscope. Il en est aussi parlé dans le recueil de Thevenot.
EPHEMERIDES. _s. f. plur._ Terme d'Astronomie, ce sont des Tables calculées par des Astronomes, qui marquent l'état du Ciel tous les jours à midi, c'est à dire, le lieu où à midi se trouvent toutes les Planettes, & ce sont des Tables qui servent à dresser les horoscopes, ou themes celestes. Les _Ephemerides_ d'Origan, de Kepler, d'Argolus, de Joannes Heckerus, &c. Jean Dominique Cassini a fait des _Ephemerides_ des Astres de Medicis, ou des satellites de Jupiter, qui servent à la découverte des longitudes.
Ephialtes. _Voyez_ Incube.
EQUATION. _s. f._ Terme d'Astronomie, qui se dit de la maniére de réduire le temps ou les mouvemens inégaux du Soleil, à un temps ou à un mouvement égal & moyen. Le jour astronomique se compte depuis le départ du soleil d'un Méridien jusqu'à ce qu'il y retourne le jour suivant, c'est ce qu'on appelle le jour & le mouvement égal; mais parce que cependant le Soleil avance dans l'Eccliptique tantôt plus, tantôt moins à nôtre égard, selon qu'il est apogée, & perigée, & parce que les arcs de l'Ecliptique sont aussi inégaux à nôtre égard, à cause de l'obliquité de la sphere; c'est ce qui rend les jours inégaux. Il a donc fallu que les Astronomes, qui ont besoin d'un jour égal pour faire leurs supputations, trouvassent ce mouvement, ou temps moyen, & c'est ce qu'on appelle _équation_, par laquelle on trouve 59. minutes & huit secondes qu'il faut ajoûter au vrai jour égal, pour faire ce moyen mouvement journalier. Jean Baptiste Morin a fait un beau traité des _équations_ en son Livre des longitudes. Monsieur Huggens a donné une Table exacte de l'_équation_ des jours, pour régler les mouvemens des horloges à pendules, où on void combien ces horloges doivent avancer ou reculer en chaque jour de l'année, à cause de l'irrégularité du mouvement du Soleil & de l'obliquité de l'Eccliptique.
EQUATION, en termes d'Algebre est la réduction de deux nombres heterogenes, ou de diverse nature à une même nature en valeur, pour les rendre égaux. L'_équation_ se dit aussi de la connoissance juste de la partie qu'il faut ajoûter à deux nombres differens, pour les mettre dans l'égalité. La science des _équations_ est la principale partie de l'algebre. L'_équation_ se marque ainsi.
ECHELLE. _s. f._ Instrument qui sert à monter; il est composé de deux perches ou piéces de bois longues & legéres, traversées de pied en pied de menus bâtons qu'on nomme _échelons_, sur lesquels on met les pieds l'un aprés l'autre pour monter. Jacob vit une _échelle_ par où les Anges descendoient & montoient du Ciel en terre. Les soldats, les voleurs se servent d'_échelles_ pour surprendre les Villes, pour entrer dans les maisons par les fenêtres, par dessus les murs. Les Maçons se servent d'_échelles_ pour monter sur les échaffauts.
On fait aussi des _échelles_ de corde, de soye, qui se plient & qui sont portatives; on en fait aussi de brisées. Il y en a aussi de doubles, qui sont étenduës par le pied, qui servent aux Peintres. Il y en a d'autres pour la guerre qu'on transporte sur des rouës, & qui sont de diverses constructions, dont on void les figures dans la pyrotecnie de Hanselet.
ECHELLE, se dit aussi d'un méchant escalier qui est tout droit. Les escaliers de la Halle sont des échelles, sont droits comme des _échelles_.
ECHELLE, se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on monte avec une _échelle_ ceux qu'on pend à une potence; ainsi on dit celui-là a été condamné à assister à l'execution, à avoir le foüet au pied de l'_échelle_: il a été long-temps sur l'_échelle_ avant que d'être jetté. On coupe souvent des bourses au pied de l'_échelle_.
ECHELLE, se dit aussi d'un rang de nœuds de Ruban, que les femmes mettent par ornement le long de leur busque, à cause que cela ressemble à une _échelle_. Cette Dame avoit une _échelle_ de rubans de satin bleu.
ECHELLE. En termes d'Architecture & de Géographie, se dit d'une ligne divisée en parties égales, qui sert de mesure commune à toutes les parties d'un bâtiment, à la description des cartes topographiques. Pour sçavoir combien cet étage a de haut, il en faut prendre avec un compas la mesure sur l'_échelle_. On en use de même pour sçavoir combien il y a de lieuës, entre deux Villes marquées sur une carte.
ECHELLE, ou bâton de Jacob, en termes de Marine est un instrument en croix divisé en semblables parties égales, qui a été décrit ci-devant au mot d'_Arbalête_.
ECHELLE, est aussi un nom qu'on donne sur la Méditerranée, ou mer du Levant aux Villes de commerce. La France a ses Consuls, ses Magasins, ses Bureaux en toutes les _échelles_ du Levant, aussi bien que la plûpart des autres Nations, à Smirne, à Said, à Alep, au Caire, &c. On appelle aussi ces places des Ports & Etapes. Ce mot vient d'_escale_, vieux terme de marine, qui signifie _port de mer_; qu'on trouve sur sa route, où on entre par occasion pour acheter quelques vivres, pour éviter la tempête ou les ennemis.
ECHELLE _campanale_, est une régle qu'ont les fondeurs pour proportionner la longueur, largeur, & épaisseur d'une cloche à son poids, & pareillement celle de son batail pour lui faire rendre un certain son, ils ont fait cette _échelle_ par une longue experience, plûtôt que par une voye géometrique; elle est cependant curieuse, & on la trouve au sixiéme Livre de la Pyrotecnie de Biringuccio, & dans le Pere Mersenne; on l'appelle aussi _Brochette_, _Bâton_, _Régle_, & _Diapason_.
ECHELLE, est aussi un instrument de musique assez grossier, composé de douze bâtons enfilez ensemble & separez l'un de l'autre par des grains de chapelet; ils vont toûjours en diminuant depuis le grand qui a dix pouces jusqu'au plus petit qui en a trois, leur figure peut être ronde ou quarrée, ou en forme de prisme, ou de parallellepipede; on en jouë avec un petit bâton, dont une des extrêmitez est tournée en boule; quand cet instrument est bien touché, il rend une symphonie assez agréable.
On dit proverbialement qu'il faut tirer l'_échelle_ aprés quelqu'un, pour dire qu'il n'y a rien à faire aprés lui, qu'il a épuisé la matiére, qu'il a appris tout ce qu'on en pouvoit sçavoir. On dit aussi qu'on punit comme voleurs, ceux qui tiennent le pied de l'_échelle_.
ECHELER, _v. act._ Vieux mot, au lieu duquel on dit à present _escalader_.
ECHELETTE. _s. f._ espéce de petite _échelle_ qu'on attache sur le bast d'une bête de somme pour y accrocher de la viande, du foin, de la paille, &c.
ECHELIER. _s. m._ Est une piéce de bois traversée de longues & grosses chevilles, qui sert à monter au haut des gruës, des engins, & des estrapades, on l'appelle aussi _Rancher_.
ECHELON, _s. m._ petite piéce de bois qui traverse l'_échelle_: cette _échelle_ avoit trente échelons.
ECHELON, se dit figurément en choses morales. La qualité d'Avocat est un _échelon_ pour monter à celle de Conseiller, de Maître des Requêtes. Il est monté d'un _échelon_, d'un degré, il est avancé d'autant.
ECROU. _s. m._ piéce de bois, ou de fer, ou d'autre métail qui a un trou, relatif à la grosseur d'une vis, & qui sert à la serrer, ou à la retenir quand on la fait entrer dedans. Il faut que les vis de ce lit ayent été changées, elles ne peuvent entrer dans leurs _écrous_.
En Mathematique on appelle le clou de l'alhidade l'_écrou_, ou le chevalet.
ECROU. Est aussi l'acte d'emprisonnement d'une personne écrit sur le Registre de la geole. Il faut attacher son _écrou_ à la Requête d'élargissement, quand on est recommandé pour plusieurs affaires, ce sont autant d'_écrous_, quand on déclare un emprisonnement injurieux, tortionaire & déraisonnable, on ordonne que l'_écrou_ sera rayé & biffé. On disoit autrefois _écrouë_.
ECROÜE. _s. f._ chez le Roi se dit des rolles ou états de la dépense de sa maison, qui se mettent dans des peaux de parchemin qu'on coud & qu'on attache les unes aux autres, dont on fait de gros rouleaux qui sont signez & arrêtez au Bureau par les Maîtres & Controlleurs de la maison du Roi. On le dit aussi des rolles que les Receveurs des tailles, ou des amendes baillent aux Sergens pour en faire le recouvrement, qui sont appellez _écrouës_ dans plusieurs Edits.
On void dans la Chambre des Comptes une _écrouë_ du Parlement tenu sous Louïs Hutin, qui contient la liste des Conseillers du Conseil étroit, des Maîtres des Requêtes, & autres Officiers.
ECROÜE, en plusieurs Coûtumes se dit de la déclaration, dénombrement & aveu d'heritages cottiers que le sujet donne à son Seigneur. En l'Edit de l'établissement de l'Echiquier de Normandie, on appelle _écrouës_ les écritures qui contiennent les faits & raisons des parties; où il est dit aussi que les Sergens doivent bailler leurs exploits par _écrouës_, c'est à dire, par écrit. Borel estime que ce mot vient d'_écrit_, ou _écrire_, parce qu'on a appellé aussi _écrouë_ une quittance en faveur de celui qui a manié les finances; & on dit bailler _écrouë_ à un Receveur de sa recepte, pour dire souder son compte.
ECROÜER. _v. act._ Charger un Geolier de la personne d'un prisonnier, en écrivant sur son registre par l'Officier qui l'arrête la cause pour laquelle il est emprisonné, & par quelle autorité, ou Ordonnance; il est défendu sévérement aux Geoliers de détenir qui que ce soit sans être _écroüé_. Cujas estime que ce mot vient du Grec _Encrouo_, c'est à dire, _injicio_: & Ragueau au contraire de _Eccrouein_ qui signifie _extendere_, _liberare_; _missum facere_.
ECROÜÉ, ée. _part. pass. & adj._
ECROÜELLES. _s. f. pl._ Terme de Medecine, ce sont des tumeurs sanguines faites aux parties glanduleuses, comme aux mammelles, aux aisselles & aux aînes. Elles sont presque toûjours enveloppées dans une membrane propre, engendrées de pituite gypsée, grosse & visqueuse. Lors qu'il s'y mêle de l'humeur mélancolique, elles s'échauffent & deviennent malignes, & font un ulcére corrosif & chancreux, qui ronge la substance des glandes; & quand cette humeur court par le corps, elle altére & pourrit les os où elle s'assied, alors c'est une maladie incurable par Art. Les Latins l'appellent _scrophulæ_ du mot _scropha_, qui signifie une truye, & les Grecs _choirades_ du mot Grec _choiros_ qui signifie un pourceau, parce que les pourceaux sont sujets à avoir ces tumeurs sous la gorge, & ceux qui mangent de leur chair y ont aussi plus de disposition. Le Roi de France a le don de guerir des _écroüelles_, en touchant les malades.
ECROÜI. _adj._ Est un terme de monnoye qui se dit des piéces durcies à la sortie du moulin, & qu'il faut faire recuire.
ECROULEMENT, _s. m._ Eboulement de terres, d'édifices qui ne sont pas soûtenus.