Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Part 5

Chapter 53,644 wordsPublic domain

COHUE. _s. f._ Vieux mot qui signifioit autrefois l'assemblée des Officiers de Justice, que se faisoit en certain lieu pour juger les procés, comme on voit dans les Ordonnances de l'Echiquier de Normandie de l'an 1383. On s'en est servi depuis pour signifier le lieu destiné à tenir la Justice dans les Villages par des Juges pedanées, ainsi appellez _à coëunte multitudine_. Ménage témoigne que _coüa_ a été dit autrefois pour halle; or c'est dans les halles que se tiennent la plûpart des petites Justices. On appelle encore la halle & _cohuë_ de Quintin en Bretagne, le lieu où se font les publications de justice.

COHÜE, se dit figurément des assemblées tumultuaires où il n'y a point d'ordre, où chacun parle en confusion. On tenoit autrefois de belles conferences chez un tel, mais il y est venu tant d'impertinens, que cela est dégéneré en _cohuë_.

COULEUR. _s. f._ lumiére refléchie & modifiée selon la disposition des corps, qui les fait paroître bleus, jaunes, rouges, &c. & qui les rend objets de la vûë. Les experiences modernes ont prouvé clairement que les Anciens se sont fort trompez, en distinguant les _couleurs_ en vrayes & en apparentes. Virgile a eu raison de dire que la nuit ôtoit la _couleur_ à toutes choses. Il y a des _couleurs_ simples, comme sont les cinq _couleurs matrices_ des Teinturiers, dont toutes les autres dérivent; il y en a de composées, sçavoir le bleu, le rouge, le jaune, le fauve, ou _couleur_ de racine, & le noir. A l'égard du verd il n'y a point dans la nature de drogue qui serve à teindre en cette _couleur_, mais on teint les étoffes deux fois, d'abord en bleu, & puis en jaune, & elles deviennent verdes. Du mêlange des premiéres _couleurs_ il s'en fait un grand nombre, comme le violet, le gris de lin, incarnat, &c. expliquées à leur ordre. Le mercure est le fondement des _couleurs_, comme le sel des saveurs, & le soulfre des odeurs.

On appelle aussi _couleurs_ simples, celles qui servent aux Enlumineurs & aux Peintres, qui viennent des vegetaux, & qui ne peuvent pas souffrir le feu, comme le jaune fait de safran ou de graine d'Avignon, la laque, & autres teintures extraites des fleurs. Les autres sont minerales, qui se tirent des métaux, & qui souffrent le feu; ce sont les seules propres à faire l'émail: ainsi on tire de l'or & du fer le rouge, de l'argent le bleu, du cuivre le verd, du plomb le blanc ou la ceruse, quand il est dissous avec le seul vinaigre; mais quand la ceruse a été cuite dans le fourneau, elle donne du massicot, & du minium quand elle est poussée davantage au feu.

Les Peintres distinguent aussi les _couleurs_ en legéres & en pesantes; sous le blanc on comprend toutes les _couleurs_ légéres. L'outremer est mis au rang des _couleurs_ légéres. Sous le noir on comprend toutes les _couleurs_ pesantes & terrestres. Le brun-rouge, la terre d'ombre: le verd-brun & le bistre sont les _couleurs_ les plus pesantes & les plus terrestres aprés le noir. Les Peintres appellent aussi _couleurs_ rompuës, les _couleurs_ trop vives qu'ils affoiblissent par le mêlange d'autres plus sombres. On dit que l'azur d'outremer est rompu de laque & d'ocre jaune, pour dire qu'il y entre un peu de ces _couleurs_. Les _couleurs_ rompuës servent à l'union & à l'accord des _couleurs_, soit dans les tournans des corps, soit dans leurs ombres. On appelle _couleurs_ noyées, celles qui s'affoiblissent insensiblement, comme sont celles que forment les nuances. Et on appelle un ton de _couleur_, un degré de _couleur_, par rapport au clair obscur. Les _couleurs_ changeantes sont celles qui dépendent de la situation des objets à l'égard de la lumiére, comme celle des taffetas changeans, de la gorge des pigeons, &c. néanmoins quand on regarde attentivement avec un bon microscope les plumes de la gorge d'un pigeon, on voit que chaque petit fil de ses plumes est composé de plusieurs petits carrez alternativement rouges & verds, & ainsi ce sont des _couleurs_ fixes. Le Pere Kircher dit que les _couleurs_ changeantes qu'on void sur les plumes des pigeons & des paons viennent de ce que ces plumes sont diaphanes, & d'une figure semblable à celle des triangles de cristal, ou primes de verre, qui étant opposez à la lumiére font voir des iris. Les _couleurs_ fixes & permanentes ne se font point par des réflexions comme les changeantes, mais par le passage de la lumiére à travers certains corps, soit en les traversant entiérement, soit en se reflêchissant sur quelques-unes de leurs parties internes, ou aprés avoir un peu pénétré leurs superficies. Il y a deux ordres differens dans les _couleurs_, pour passer du blanc au noir; l'un est le blanc, le jaune, le rouge, & le noir; l'autre est le blanc, le bleu, le violet & le noir; c'est la doctrine du Sieur Mariotte dans l'excellent Livre qu'il a fait des _couleurs_. Il y a des _couleurs_ ou teintures fixes, comme la teinture jaune de l'or, ou la bleuë du _lapis lazuli_, que le feu ne diminuë point, & il est trés-difficile de les tirer par les dissolvans ordinaires.

COULEUR, se dit encore des corps solides, des drogues qui servent aux Peintres & aux Teinturiers pour faire paroître ces _couleurs_. Un Peintre prépare ses _couleurs_ sur sa palette. On appelle de mauvais Peintres des broyeurs de _couleurs_; & quand on dit que l'air mange les _couleurs_, on entend que son intemperie détache de petits corps des sujets, sur lesquels elles avoient été attachées, lors de leur teinture.

COULEUR, est quelquefois opposée au noir, parce qu'en effet le noir n'est pas une _couleur_, à cause qu'il imbibe toute la lumiére, & qu'il n'en refléchit aucune partie. En ce sens on dit que les gens de guerre, & les Courtisans portent des habits de _couleur_, & que les gens de robbe, ou d'Eglise en portent de noirs.

En approchant de ce sens on appelle _couleur_ haute, _couleur_ rude, _couleur_ forte, gaye, _couleur_ éclatante, _couleur_ claire, celle qui refléchit à nos yeux plus de rayons de lumiére, comme la _couleur_ de cerise, la _couleur_ de feu, l'incarnat; & au contraire on appelle _couleur_ douce, sombre, morne, triste, modeste, celle qui en refléchit le moins, comme le gris de lin, feüille-morte, _couleur_ d'olive, _couleur_ de pensée, &c.

COULEUR d'eau, c'est un certain brillant violet qu'acquiert le fer bien poli, quand il a passé au feu dans un certain degré de chaleur.

On dit qu'on met une chose en _couleur_, quand on rafraîchit les peintures, quand on les décrasse, quand on y met du vernis, & autres drogues qui en font revivre, ou paroître les _couleurs_ à demi effacées.

Nuance de _couleurs_, est une certaine disposition de la même _couleur_, mêlangée & montant par degrez depuis le plus clair jusqu'au plus obscur: leurs noms seront expliquez à leur ordre.

COULEUR se dit aussi de la disposition du teint, du visage, & des chairs. Les gens qui se portent bien ont la _couleur_ vermeille, sont hauts en _couleur_. Les Espagnols ont la _couleur_ olivastre. Les filles qui ont leurs ordinaires ont la _couleur_ plombée; celles qui sont trop amoureuses ont les pâles _couleurs_. Quand la cangrene paroît, elle rend la chair de _couleur_ livide.

On le dit aussi des alterations qui se font au visage par les mouvemens interieurs de l'Ame. Un reproche veritable fait à un homme, le fait changer de _couleur_, il rougit de honte, & pâlit de colere. La _couleur_ lui a monté au visage, pour dire il a rougi.

COULEUR, se dit encore des changemens qui arrivent aux corps par la differente cuisson & application du feu, & sur tout en Chymie. Ce pain, ce rost est cuit, mais il n'a pas encore assez de _couleur_. Les Chymistes admirent les changemens de _couleurs_ qui se font dans les métaux, & cherchent sur tout le beau rouge, le beau citrin, qui sont les _couleurs_ de la Benoiste.

COULEUR, en termes de Fleuriste, se dit d'une tulippe qui n'est que d'une _couleur_, dont la plus fantasque est la plus estimée: On a mis les panachées dans ces carreaux, & les _couleurs_ sont dans les costieres.

COULEUR, en termes de blason, est une des principales désignations des piéces de l'Ecu: On n'en admet que cinq, gueule c'est le rouge, azur le bleu, sinople le verd, le sable le noir, le pourpre est mêlangé de gueules & d'azur: leurs significations seront expliquées à leur ordre, c'est une maxime qu'il ne faut point mettre _couleur_ sur _couleur_, ni métail sur métail.

COUPELLE. _s. f._ Petit vaisseau plat préparé pour essayer les métaux; il est fait de cendres de bois leger, comme aubier de chêne, & de cendres d'os sans moëlle, comme de pieds de mouton. Dans ce vaisseau on fait fondre l'or, ou l'argent qu'on veut éprouver, ou purger, sur un feu ardent de charbon, & on y mêle un peu de plomb, lequel s'imbibe dans ce creuset, ou s'évapore; & il emporte avec lui toute l'impureté du métail.

On dit figurément qu'un homme a passé par la _coupelle_, quand il a subi un trés-severe examen, quand il a été bien seigné, & bien purgé, aprés une grande maladie, comme on examine & on purge les métaux par la _coupelle_.

D.

DEGRÉ _s. m._ Terme d'Architecture, escalier, montée qui sert à monter & descendre du haut en bas d'un Bâtiment. Il y a un beau _degré_ en rampe à la Chambre des Comptes. Un petit _degré_ est fort commode pour dégager les appartemens.

_Degré._ Est aussi chaque marche d'un escalier: Il lui a fait sauter les _degrez_ quatre à quatre.

_Degré._ Se dit figurément des choses qui servent de moyens pour parvenir à une plus haute, ainsi Corneille a dit d'Auguste dans le Cinna:

_Que de ses propres mains mon pere massacré Du Trône où je le voi fait le premier_ degré.

En Morale on dit qu'il faut aller de _degré_ en _degré_, venir au dernier _degré_ de perfection, au plus haut _degré_ d'honneur, de gloire, de vertu: Venir d'Avocat Conseiller, Maître des Requêtes, Président; de Soldat, Enseigne, Lieutenant, Capitaine, c'est monter par _degrez_: On le dit aussi en mauvaise part. Il est méchant, avare, orgueilleux au dernier, au souverain _degré_.

_Degré._ Se dit aussi des marques, ou divisions de plusieurs choses, qui reçoivent du plus ou du moins, qui vont en descendant, ou successivement les unes aprés les autres: ainsi on dit en Théologie il y a plusieurs _degrez_ de gloire dans le Paradis, plusieurs _degrez_ de peine dans l'Enfer: les vertus Chrêtiennes sont autant de _degrez_ pour monter au Ciel.

On appelle aussi _degrez_ de Jurisdiction, les Tribunaux qui reçoivent l'appel des Justices inferieures. On a vû jusqu'à cinq _degrez_ de Jurisdiction de Justices ordinaires: L'Ordonnance les a réduits à quatre.

_Degré._ Se dit aussi dans les Universitez, des Lettres qu'on donne à quelqu'un pour lui permettre d'enseigner, après qu'il en a été jugé capable par un long examen.

Le _degré_ de Maître és Arts, de Bachelier, de Licencié, de Docteur; ces trois derniers se donnent en Théologie, en Droit Civil, & Canon, & en Medecine: Il a obtenu un Benefice en vertu de ses _degrez_.

_Degré._ En terme de Jurisprudence se dit des générations, suivant lesquelles on compte la proximité où l'éloignemcnt des parentez & alliances. L'Ordonnance a permis les récusations & les évocations jusqu'au quatriéme _degré_ de parenté & d'alliance, c'est à dire, jusqu'au cousin issu de germain, & en matière criminelle jusqu'au cinquiéme _degré_: Un pere & son fils sont parens au premier _degré_. Le Droit Civil compte les _degrez_ de parenté autrement que le Droit Canon, il n'en faut qu'un de celui-là pour en faire deux de ceux-ci. On dit absolument au Palais, il a des parens au _degré_, pour dire, il ne peut être juge.

_Degré._ En termes de Fauconnerie se dit de l'endroit où l'oiseau durant sa montée ou élevation en l'air tourne la tête, & prend une nouvelle carriere qu'on appelle second ou troisiéme _degré_, jusqu'à ce qu'il se perde de vûë au quatriéme.

_Degré._ En termes de Medecine, est une certaine extention des qualitez Elementaires, on ne les divise qu'en quatre, le poivre est chaud en un tel _degré_.

En termes de Phisique ancienne les mêmes qualitez sont divisées en huit: Le dernier ou souverain _degré_ d'intention s'appelle dans l'Ecole _ut octo_: Le feu est chaud au huitiéme _degré_ & sec au quatriéme.

En termes de Chymie on appelle donner le feu par _degrez_, lors qu'on ouvre ou qu'on ferme les regîtres ou trous, qu'on fait exprés dans les fourneaux, pour augmenter ou diminuer la violence du feu.

_Degré._ Se dit aussi des divisions des lignes qui se font sur plusieurs instrumens de Mathematique, comme sur l'Arbalête ou Bâton de Jacob. Il sert aussi sur les Thermometres, ou Barometres, à marquer par les divisions qui sont sur la table qui les supporte, les _degrez_ de chaleur & de pesanteur des corps liquides, par le moyen desquels la Physique moderne a beaucoup encheri sur l'ancienne, pour la subdivision de ces qualitez.

_Degré._ En termes de Géometrie & d'Astronomie, c'est la division qu'on fait sur les cercles pour servir de mesure: tout cercle se divise en 360. _degrez_: Cet Astre est élevé de tant de _degrez_ sur l'Horison, il décline de l'Equateur de tant de _degrez_ de longitude & de latitude: Un angle droit est de 90. _degrez_. Ptolomée a observé qu'un _degré_ sur la terre valoit 68. milles & deux tiers, mais les Arabes n'ont trouvé que 56. milles, quand ils l'ont observé exactement dans les plaines de Seniar par l'ordre d'Almamoum. Ptolomée contoit sur le pied de 500. stades pour _degré_. Le mille Arabique étoit égal à sept stades & demie. Mais voici des observations plus modernes & plus certaines, Fernel a observé qu'un _degré_ d'un grand cercle de la terre contenoit 68096. pas Géometriques, qui valent 56746. toises, quatre pieds de Paris. Snellius a observé que ce _degré_ étoit de 28500. perches du Rhin, qui font 55021. toises de Paris. Riccioli a fait le _degré_ de 64363. pas de Boulogne qui font 62900. de nos toises; mais M. Picard de l'Academie des Sciences, l'ayant mesuré par ordre du Roi avec toute l'exactitude possible, a trouvé qu'il étoit de 57060. toises suivant l'étalon de Paris, lesquelles étant réduites à la mesure universelle ou invariable, qu'il établit sur la pendule qui a sa proportion avec la toise de Paris, comme de 881. à 864. le _degré_ se trouve de 55959. toises de la mesure universelle. En voici la réduction juste à diverses mesures.

_Chaque degré du grand cercle contient_

Toises du Chatelet de Paris 57060. Pas de Boulogne 58481. Verges de Rhin de 12. pieds 29556. Lieuës Parisiennes de 2000. toises 28. 1/4 Lieuës communes de France de 2280 toises 25. Lieuës de Marine de 2853. toises 20. Milles d'Angleterre de 5000. pieds 73. 7/200 Milles de Florence de 3000. brasses 63. 7/10 La minute d'un degré de la terre est de 951. toises & la seconde de 16. toises.

DEVISE. _s. f._ Terme de Blason, ce mot se dit en général des chiffres, des caractéres, des rebus, des sentences de peu de mots & des proverbes, qui par figure ou par allusion avec les noms des personnes ou des familles, en font connoître la Noblesse ou les qualitez. _La Devise_ en ce sens est d'un usage plus ancien que le Blason, & c'est d'elle que les armoiries ont pris leur origine; ainsi l'Aigle a été appellée la devise de l'Empire, & S. P. Q. R. étoit la devise du Peuple Romain, qui est encore aujourd'hui ce qui compose l'Ecu de la Ville de Rome. Les _devises_ ont été de simples Lettres semées sur les bords des cottes d'armes, sur les haussures & dans les Banniéres; ainsi le K. a été la _devise_ de nos Rois nommez Charles, depuis Charles V. jusqu'à Charles IX. Il y a eu aussi des devises par rebus, équivoques, ou allusions tant aux noms qu'aux armes, Messieurs de Guise ont pris des A. dans des O. pour signifier _chacun A son tour_, la Maison de Seneçay, _in virtute & honore Senesce_. Morlaix, _s'il te mord, mord-le_. Ceux qui ont eu des tours dans leurs armoiries, _turris mea Deus_, _&c._ Il y en a d'autres énigmatiques ou à demi mot, comme celle de la Toison d'or, _Autre n'aurai_, pour dire que Philippes le Bon qui institua cet Ordre, renonçoit à toute autre femme qu'à Isabelle de Portugal, qu'il épousoit alors. Les _Devises_ contiennent quelquefois des proverbes entiers & sentences, comme celle de Cesar Borgia, _aut Cæsar, aut nihil_. On met les _Devises_ des armes dans des rouleaux ou listons tout au tour des armoiries, ou bien en cimier, & quelquefois aux côtez & au dessous, & celles des Ordres sur leurs colliers.

_Devise._ En termes de Blason se dit de la division de quelques piéces honorables de l'Ecu. Quand une fasce n'a que la troisiéme partie de sa largeur ordinaire; elle s'appelle fasce en _Devise_, ou _Devise_ seulement, & il n'y en doit avoir qu'une en écu. On le dit aussi du chef lors qu'on le pose en sa partie basse, & qu'il n'a que le tiers de sa largeur ordinaire, & alors on l'appelle chef du second surmonté ou chargé de tant d'étoiles, de molettes, ou autres meubles semblables. Ce mot de _Devise_ s'est dit, parce qu'elle servoit à _diviser_, à separer, & à remarquer les gens & les partis, ce qui se faisoit par les habits, les livrées, les écharpes, & enfin par les paroles ou sentences particuliéres que les Chevaliers prenoient pour se faire remarquer. On les a en suite posées sur les Ecus, d'où sont venuës insensiblement les armoiries. On disoit en vieux François faire sa _Devise_, pour dire faire son testament ou la division de ses biens, comme on voir dans Villehardoüin.

On a appellé aussi autrefois _Devise_, les robes de deux couleurs, comme sont celles des Maires & Echevins, & des Huissiers & Bedaux des Villes, des Paroisses, & des Communautez de Marchands: Et cela par la même raison qu'elles étoient divisées en deux couleurs.

_Devise_ se prend maintenant en un sens plus étroit, & signifie une embleme qui consiste en la representation de quelque corps naturel, & en quelque mot qui l'applique en un sens figuré à l'avantage de quelqu'un; le tableau s'appelle le corps, & le mot l'ame de la _devise_. On met des _Devises_ sur les monnoyes, sur les jetons, sur les écus des Cavaliers, dans les ornemens des Arcs de triomphe, de feux d'artifice, & autres solemnitez. Les _Devises_ sont des espéces d'images qui representent les entreprises de guerre, d'amour, de pieté, d'étude, d'intrigue, de fortune, &c. Les François sont les premiers qui ont fait des _Devises_, & les Italiens les premiers qui en ont donné des régles. Les Peres Menétrier & le Moine Jesuïtes ont écrit de l'art des _Devises_.

DRAGON. _s. m._ Serpent monstrueux qui est parvenu avec l'âge à une prodigieuse grandeur. Les anciens Naturalistes se sont égayez à décrire ce monstre en diverses maniéres, ils lui ont donné des aîles, des crêtes, des pieds & des têtes de differentes figures, jusques-là qu'Aldroandus fait mention d'un _Dragon_ né de l'accouplement d'une aigle avec une louve, qui avoit de grandes aîles, une queuë de serpent & des pieds de loup: mais il est le premier à dire avec les modernes, que c'est un Animal chimerique, si on le prétend faire differer d'un vieux serpent. Quelques-uns mêmes ont dit qu'il y a en Afrique des _Dragons_ volans, qui peuvent emporter un homme & un cheval, & qu'ils emportent souvent des vaches. Albert le Grand fait mention d'un _Dragon_ de mer, semblable à un serpent qui a les aîles courtes & le mouvement trés-prompt, & si venimeux qu'il fait mourir par sa morsure. On appelle aussi la _Vive_, _Dragon_ de mer, ou _araignée_ de mer. Les Poëtes qui ont feint que le jardin des Hesperides étoit gardé par un _Dragon_, ont entendu la mer Oceane, qui fermoit l'entrée aux Iles fortunées ou à l'Amerique, d'où venoient de beaux fruits & où se trouvoient les mines d'or. On peint un _Dragon_ auprés de sainte Marguerite, on appelle _Dragon_ la gargoüille de Roüen. Voyez fierte.

_Dragon._ En termes de l'Ecriture se dit figurément du serpent infernal, de Satan. Ainsi quand il est dit dans l'Apocalypse, ch. 12. que le _Dragon_ & ses Anges combattoient contre Saint Michel, il est expliqué aussi-tôt que c'étoit le Diable, & Satan. Et de même au ch. 13. quand il est dit, que le _Dragon_ a été adoré, & pareillement quand il est dit dans les propheties d'Isaïe & de Daniel, que le _Dragon_ a été blessé, a été mis à mort, cela s'entend du mystére de la Rédemption, qui a détruit l'Empire de Satan.

_Dragon._ Se dit hyperboliquement de ceux qui font les méchans & les difficiles à contenir dans le devoir: on le dit même des femmes & des enfans. Cette femme crie toûjours son mari, c'est un vrai _Dragon_. Cet enfant est un vrai _Dragon_, il est incorrigible & mutin.

_Dragon._ En termes de guerre est une sorte de Cavalier sans bottes, qui marche à cheval & qui combat à pied. On a beaucoup multiplié en France le corps de _Dragons_. Les _Dragons_ sont postez à la tête du Camp, & vont les premiers à la charge comme les enfans perdus: ils sont réputez du corps de l'Infanterie, & en cette qualité ils ont des Colonels & des Sergens, mais ils ont des Cornettes comme la Cavalerie. Ménage dérive ce mot du Latin _Draconarÿ_, qu'on trouve dans Vegece dans la signification de Soldats, mais il y a plus d'apparence qu'il vient de l'Allemagne _tragen_, ou _draghen_, qui signifie Infanterie portée.

_Dragon_ volant, est aussi un nom qu'on a donné à une ancienne coulevrine extraordinaire qui a 39. calibres de long, & qui tire 32. livres de balle, selon Hanzelet.

_Dragon_ est aussi une maladie qui vient aux yeux des chevaux. Ce cheval a diminué de prix depuis qu'il lui est venu dans l'œil un _dragon_.

_Dragons_ en termes de marine, ce sont de gros tourbillons d'eau qu'on trouve souvent sous la ligne, qui briseroient ou couleroient à fonds les Navires s'ils passoient pardessus, & les Mariniers ont la superstition de croire qu'ils les détournent à côté en battant leurs épées nuës en croix du côté d'où vient l'orage, comme dit François Peyrard.

_Dragon_ est aussi une constellation celeste vers le Pole Arctique, ayant 31. Etoiles selon Ptolomée, 32. selon Kepler, & 33. selon Bayer, qui sont de la nature de Saturne & de Jupiter.

En terme d'Astronomie on appelle la tête & la queuë du _Dragon_, les points des intersections de l'Eclyptique par l'orbite des autres Planettes, & particuliérement par celle de la Lune. Le ventre du _Dragon_ est l'endroit de ces cercles où se trouve leur plus grande latitude & éloignement; comme ces cercles marquent une plus grande enflûre au milieu qu'aux extrêmitez, cela a fait croire qu'ils avoient la figure d'un _Dragon_, ce qui les a fait nommer ainsi, & c'est dans ces seuls points d'intersection que se font toutes les éclipses; on les marque dans les horoscopes avec ces signes Ω tête de _Dragon_, ℧ queuë de _Dragon_: mais il n'y a rien de plus vain que les prédictions que font là-dessus les Astrologues, car en effet ces points n'ont aucune vertu, ni influence.

_Dragon_ est aussi un méteore qui se forme de quelques nuées enflammées, qui jettent quelques étincelles qui ont divers plis, & qui imitent la figure d'un _Dragon_.

_Dragon_ en termes de Blason, quand on le dit simplement, s'entend du _terrestre_, qui doit avoir deux pieds, & la queuë en pointe. Il y en a d'autres qu'on appelle _monstrueux_, qui ont des aîles; & qu'on appelle _Dragonnez_, les autres animaux qui sont peints avec des queuës de _Dragons_, ou de Serpens.