Part 22
Il y a aussi dans l'orgue un jeu de _trompettes_ qui a huit pieds de long & qui s'élargit par en haut comme le Pavillon des _trompettes_ militaires: il a environ un demi pied de diametre par en haut, & un pouce & demi par en bas. Il y a aussi une _trompette_ de pedales qui est de huit pieds; ce jeu est accordé à l'octave de la montre.
On appelle en général _trompettes_ & clairons les tuyaux qui s'élargissent par en haut.
TROMPETTE _marine_ est un instrument de musique composé de trois tables, qui forment son corps triangulaire, elle a un manche fort long & une seule corde de boyau fort grosse montée sur un chevalet qui est ferme d'un côté sur un de ses pieds, & tremblotant de l'autre côté sur un pied qui n'est point attaché à la table; on la touche d'une main avec un archet, & de l'autre on presse la corde sur le manche avec le pouce, c'est ce tremblement du chevalet qui lui fait imiter le son de la _trompette_, ce qu'elle fait si parfaitement qu'il n'y a presque pas moyen de la distinguer de la _trompette_ ordinaire, & c'est ce qui lui a fait donner ce nom, quoy que d'ailleurs ce soit une espece de _monocorde_.
TROMPETTE _parlante_, est une trompette longue de sept à huit pieds & quelquefois de quinze, qui est toute droite, faite de fer blanc, & qui a un fort large pavillon, son bocal est assez large pour y introduire dedans les deux lévres; que si on parle dedans, elle porte la voix jusqu'à mille pas & se fait entendre distinctement. On dit que l'invention en est moderne, & est du Chevalier Morlan Anglois, néanmoins le Pere Kircher a donné la figure d'une _trompette_ dont il dit qu'Alexandre se servoit pour parler à son armée, qui est presque la même chose, à la réserve que celle-ci se divise en deux tuyaux, qui par aprés se rejoignent.
TROMPETTE, _s. m._ est le Cavalier qui sonne de cet instrument. Ce sont les _trompettes_ qu'on envoye aux assiégez pour les sommer de se rendre, pour leur faire sçavoir quelque chose.
TROMPETTE se dit proverbialement en ces phrases. On dit qu'un homme est bon cheval de _trompette_, qu'il ne s'étonne pas pour le bruit, quand il ne se soucie pas des crieries qu'on peut faire contre lui. On dit qu'il faut déloger sans _trompette_, quand on chasse quelqu'un, quand on l'oblige de s'enfuir avec précipitation: On dit aussi à gens de village _trompette_ de bois, pour dire qu'il faut faire aux gens des traitemens proportionnez à leur condition.
TROMPETTER. _v. act._ publier à son de trompe & à cri public dans les marchez, dans les carrefours, quelque Réglement, quelque Ordonnance de Police, quelque ajournement à trois briefs jours. Un tel a été _trompetté_ pour la troisiéme fois.
TROMPILLON. _s. m._ petite _trompe_ d'Architecture. Les voutes ou _trompillons_ sous les marches droites d'un escalier se toisent pour mur sans reins.
TRUAND, ande. _adj._ mendiant valide qui demande l'aumône & qui aime la fainéantise, qui fait un métier de gueuser: Ce mot est fort ancien. L'Abbé Guibert en son Histoire de Jerusalem represente la vie & les gestes des gueux & truands qui suivirent l'armée croisée, qu'il nomme _trudents_. Leur Capitaine fut un Chevalier de Normandie qui se fit nommer le Roy _Thafur_, & il remarque que ces gens firent grand peur aux Sarrasins, qui craignoient fort de tomber entre leurs mains, parce qu'ils étoient antropophages; cette Royauté a toûjours continué depuis; & à present les gueux de France nomment leur Roy _Le grand Cosroê_, & _le Roy de Thunes_, comme on voit dans le jargon de l'Argot. Pasquier & Ménage aprés lui prétendent que le nom de _truand_ vient d'un vieux mot gaulois _treu_ ou _trud_ qui signifioit _tribut_, dont la pesanteur, disent-ils, avoit réduit ces gens à la mendicité, mais ils se trompent, parce que ce nom est bien plus ancien: car les Tailles ne furent imposées que du temps de Saint Louïs: outre que leur libertinage les rendoit exempts de toutes impositions. C'est pourquoy d'autres disent qu'il vient de _molæ trusatiles_, qui signifient les _moulins à bras_, qui étoient tournez par des gueux & des miserables avant l'invention des autres dont on se sert. D'autres croyent que ce nom vient d'un oiseau de marais qui a le pied d'oye & la taille d'un cigne, que les Latins appellent _truo_, & les Grecs _Onocrotale_, parce que cet oiseau a une bourse tenant à la partie inferieure du bec, qui descend en poche ou besace, où il ramasse toutes les bribes qu'il trouve, pour les retirer & manger à loisir, ce qui a fait qu'on a nommé _truands_, les gueux qui font la même chose.
On appelle _truands_ en Espagne, les Bouffons, Bâteleurs, joüeurs de gibeciére & faiseurs de tours de passe-passe. Borel dit que ce mot signifioit autrefois gens de pied, & des gens mal-propres & sales; comme qui diroit des Tripiers, qui ont donné le nom à la ruë de la _truanderie_ à Paris où demeuroient les Tripiers.
Il y a quelques coûtumes qui font mention d'un cens _truand_, dormant ou mort, c'est à dire, qui ne porte aucun profit, ni droits Seigneuriaux, qui n'est qu'une espéce de Rente Roturiére. Il y a un vieux Proverbe cité dans l'indice de Ragueau, qui dit _qui fit Normand, fit truand_. Ce qui vient de ce que dit Pasquier que les Normands ont été les plus chargez de _trus_, qui en vieux gaulois signifioit _impost_.
TRUANDAILLE, _s. f._ Vieux mot qui signifie aussi gueux ou vau-rien. On trouve ce mot employé dans la vieille Bible des Noëls. Vous ne semblez que _truandailles_, vous ne logerez point céans.
TRUANDER, _v. n._ Demander l'aumône par libertinage & pure faineantise. Il y a des gens qui sont nez avec l'inclination de _truander_, on dit maintenant _trucher_.
TURBIT, _s. m._ Espéce de petite plante que les Latins nomment _tripolium_, c'est aussi l'écorce d'une racine laiteuse. Il doit être obscur au dehors, blanc au dedans & nettoyé de son cœur dur & fibreux, & n'être ni moisi, ni chansi, ni vermoulu; il doit être aussi gommeux, car il contient au dedans de la resine.
Dioscoride dit, que le _turbit_ blanc est la racine d'une herbe nommé _alypum_ ou _alypia_, dont les jettons & les feüilles sont menuës, les fleurs tendres & legéres, & qui a sa racine comme la Bette; sa racine est grêle & pleine d'un jus acre & piquant, sa graine semblable à celle d'Epithymum. Il dit aussi que ses fleurs changent trois fois de couleur par jour, car au matin elles sont blanches, sur le midy purpurines, & deviennent rouges sur le soir: il dit encore que ses feüilles sont semblables au pastel & qu'il croît sur le bord de la mer. _Turbit_ est le nom que les Arabes donnent au _tripolium_.
Mathiole dit, que le _turbit_ est la racine de pityusa, qui est une espéce de tithymale que les Apoticaires appellent _Esula major_. Le _turbit_ est une drogue dangereuse parce qu'elle purge trop violemment.
Les Chymistes appellent aussi _turbit mineral_, &c.
V.
VARECH. _s. m._ Terme de Marine. C'est une herbe qui croît sur les rochers, que la mer arrache en montant & jette sur ses bords. Les Riverains s'en servent pour engraisser leurs terres: cette herbe est ainsi appellée sur les côtes de Normandie. Sur celles de Bretagne on la nomme _Goüesmon_, & sur les côtes du païs d'Aunis _Sar_. Tout ce que la mer jette sur ses bords, soit de son crû, soit qu'il vienne de bris & naufrage, est de là appellé _Varech_ sur les côtes de Normandie; & dans cette même Province les droits que les Seigneurs des Fiefs voisins de la mer prétendent sur les effets qu'elle pousse sur son rivage, est appellé droit de _Varech_: on l'appelle en d'autres lieux _chose du flot_.
Les Réglemens pour le _Varech_ sont contenus au tître 10. du livre 4. de l'Ordonnance de la Marine, il est défendu de couper le _Varech_ la nuit, & hors des temps réglez. On l'appelle autrement _Vraicq_.
La Coûtume de Normandie a un tître particulier du _Varech_, qu'elle appelle autrement, _choses gayves_, où elle ne parle point de l'herbe, mais elle comprend seulement les choses que l'eau jette à terre par tourmente & fortune de mer, ou qui arrivent si prés de terre, qu'un homme à cheval y puisse toucher avec sa lance, article 598. Ménage tient que ce mot vient de l'Anglois _Vrac_, qui signifie bris & naufrage.
VARENNE. _s. f._ Plaine, étenduë de païs uni, qui ne se fauche, ni ne se laboure, fonds plat entre des côtaux. Les habitans de ce Village menent paître leurs bestiaux dans la _Varenne_ où il y a de bons pâturages. La _Varenne_ du Louvre est une Jurisdiction qui se tient au Louvre, établie pour la conservation de la chasse dans les plaines qui sont à six lieuës à la ronde de Paris.
VENT. _s. m._ Agitation de l'air. Air rarefié. L'Ecriture dit que Dieu tire le _vent_ de ses tresors. Descartes démontre la formation du _vent_ par la comparaison des Eolipiles. Le _vent_ est mis au rang des Méteores. On fait du _vent_ avec un éventail en remuant l'air; les anciens croyoient que les Cavales du Portugal concevoient du _vent_, à cause de leur vîtesse. En ce sens on dit qu'il fait _vent_, que le _vent_ s'éleve, que le vent souffle de ce côté-là, qu'une maison est à l'abry du _vent_, du mauvais _vent_, quand elle en est à couvert; que des arbres sont à plein _vent_, quand ils ne sont point attachez à quelque muraille.
On appelle _Vent-coulis_ un petit _vent_ qui entre par l'ouverture des portes, ou des fenêtres & cloisons qui joignent mal.
_Vents sous-terrains_ sont les _vents_ enfermez dans les entrailles de la terre, & qui sont cause de ses tremblemens.
Vent, signifie simplement de l'air. Bailler _vent_ à un tonneau; ce tuyau prend _vent_, ce soufflet prend _vent_; un balon est rempli de _vent_.
_Vent_, signifie encore l'haleine, l'air qu'on respire. Il faut faire une pause pour reprendre son _vent_. Ce plongeon retient bien son _vent_. Ce Trompette a bon _vent_. Tirer son _vent_, c'est respirer.
Vent signifie aussi l'air enfermé dans le corps des animaux, quand il sort par haut ou par bas. Cet homme est travaillé de _vents_. La bile engendre bien des _vents_. Il a lâché un _vent_ par derriére. En Médecine on connoît une hydropisie de _vents_.
Vent, signifie aussi une chose petite & legére: Vivre de _vent_, c'est à dire, presque de rien: se repaître du _vent_, de chiméres, la gloire de ce monde n'est que du _vent_. Il croyoit gagner beaucoup en cette affaire, mais il n'en retirera que du _vent_. Ce mets n'est point solide, ce n'est que du _vent_. On a crû que le Cameleon vivoit de _vent_, quoi qu'il vive de petites mouches qu'il attrape avec sa langue.
En ce sens il signifie figurément vanité, orgueil. Cet homme a bien du _vent_ dans la tête.
En Musique on appelle instrumens à _vent_, ceux que l'air ou le _vent_ fait joüer, comme les orgues, les flûtes, la musette, la trompette, la saquebutte, le cor, &c.
Une arquebuse à _vent_, est celle qu'on charge avec du _vent_ condensé. Moulin à _vent_, celui que le _vent_ fait tourner.
Vent, en termes de venerie se prend pour l'odeur & le sentiment qu'une bête laisse en son passage. Le cerf est de plus grand _vent_ & de sentiment que le liévre, il fuit toûjours à vau le _vent_, & ne met jamais la gueule ni le nez dedans le _vent_. Le sanglier prend le _vent_ de toutes parts, pour sentir & flairer s'il n'y a rien qui luy puisse nuire. On dit aussi chasser au _vent_, pour dire chasser contre le _vent_. On dit le _vent_ du trait lors que le cerf a eu le matin le _vent_ du limier; ce qui fait qu'il s'en va souvent de hautes erres, & l'on trouve buisson creux. On dit aussi qu'il ne faut pas se fier aux chiens, qui en veulent au _vent_, c'est à dire, qui ne mettent point le nez à terre.
En terme de Fauconnerie on dit qu'un oiseau va à vau le _vent_, quand il a la queuë ou le balay au _vent_; qu'il va contre le _vent_ quand il a le bec au _vent_; & qu'il va aise au _vent_, pour dire qu'il vole à côté du _vent_. On dit qu'il bande au _vent_ quand il se tient sur les chiens, faisant la crecerelle. On dit aussi qu'il tient bec au _vent_, qu'il chevauche le _vent_, lors qu'il résiste au _vent_, sans jamais tourner queuë. On appelle à la chasse _vent_ leger, le _vent_ qui est propre à la chasse, qui n'est point trop fort, mais doux & gracieux; c'est un _vent_ clair lors qu'il souffle pendant que le Ciel est serain.
En ce sens il signifie figurément un bruit confus, une connoissance imparfaite qu'on a de quelque chose. Cette entreprise étoit fort secrette, néanmoins on en a eu quelque _vent_, on en a senti le _vent_. On a bien cherché les Auteurs de ce vol, mais on n'en a ni _vent_, ni _voix_, quelques-uns disent, _voyes_.
Vent du Bureau, se dit au Palais des Nouvelles qu'on apprend, qu'on découvre, du sentiment qu'ont les Juges d'une affaire qu'on leur rapporte, quand ils s'ouvrent un peu trop. Il faut accommoder cette affaire, le _vent_ du Bureau n'est pas pour nous.
Vent en terme de Manége se dit en parlant d'un cheval qui commence à être poussif: ce cheval a du _vent_. On dit aussi qu'il porte le nez au _vent_, ou qu'il porte au _vent_, quand il tient la tête haute, comme font les chevaux Croates, ou Cravates. On le dit aussi des hommes qui levent trop la tête.
Vent, en termes de Marine se dit aussi de cette agitation de l'air considerée comme le fondement de toute la Navigation, ainsi on dit avoir _bon vent_, ou _vent arriére_, pour dire _vent_ en pouppe.
Vent de quartier, c'est le _vent_ qui souffle à côté, & qui est meilleur que le _vent_ en pouppe, lequel ne donne pas dans toutes les voiles, à cause que l'artimon l'en empêche: Vent à la _Bouline_, c'est à dire, qui se prend de côté. Ce qu'on appelle un lit de _vent_, qui s'étend jusqu'à cinq ou six Rumbs éloignez de la route; on l'appelle aussi _vent largue_. Un rumb de _vent_, c'est la route que fait le vaisseau en suivant un des 32. _vents_ marquez sur la boussole. Mettre la voile au _vent_, c'est à dire, partir. On dit qu'un vaisseau est battu du _vent_, du mauvais _vent_, quand il a souffert un orage. On navige à tous _vents_. _Vent_ de terre est celui qui repousse les vaisseaux en mer, & empêche qu'ils n'abordent.
On dit avoir _vent_ devant, faire vent _devant_, prendre _vent_ devant, pour dire prendre le _vent_ par prouë; ce qu'on appelle aussi être _debout au vent_; avoir le _vent_ contraire. On dit aussi tenir au _vent_, pour dire naviger malgré le _vent_ contraire.
On dit aussi être au _vent_ d'un vaisseau, passer au _vent_ d'un vaisseau; monter au _vent_, lui gagner le _vent_, avoir l'avantage du _vent_, le dessus du _vent_, lors que le _vent_ porte un vaisseau sur un autre, & au contraire être sous _vent_, c'est avoir le desavantage du _vent_; être à vau le _vent_, c'est se laisser aller selon le cours du _vent_. On dit aussi être porté d'un bon _vent_, pour dire d'un _vent_ foible; serrer le _vent_, pour dire prendre l'avantage du _vent_ de côté: Bouliner le plus qu'il est possible pour se servir du _vent_ qui souffle. Tomber sous le _vent_ c'est perdre l'avantage du _vent_. On dit aussi que le _vent_ tombe lors qu'il cesse, qu'il fait place au calme, & qu'il ne fait point de mer. On appelle aussi partager le _vent_, chicaner le _vent_ quand on le prend en louviant, en faisant plusieurs bordées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. On dit que le _vent_ se fit nord, qu'il se rangea au sud, qu'il vint à l'oüest, pour dire que le _vent_ changea & soufla de ces côtez-là.
Mettre le _vent_ sur les voiles, c'est empêcher que les voiles ne prennent du _vent_, les disposer en une situation paralelle au _vent_, en sorte qu'il ne fasse que les raser, ou friser. On appelle le beau temps _vent_ gaillard, une fraîcheur _vent_ à volonté, & favorable.
Vents Cardinaux, ce sont les principaux _vents_ qui souflent aux quatre points Cardinaux de l'horison. On appelle un _vent réglé_, ou _alisé_ celuy qui est favorable, & qui se maintient sans sauter d'un Rumb à l'autre. On le dit aussi des _vents_ de saison, qui souflent toûjours en même saison sur certaines côtes, comme la _monson_ dans les Indes, les _vents Etesiens_, &c.
Vents d'aval, ce sont des _vents_ mal-faisans qui viennent de la mer & du Midy; ceux qui font des Relations, les appellent _Brises_, ou vents _d'abas_, vers les côtes de Canada & de la Floride, ils sont grandement vehemens.
Vent _d'Amont_, c'est un vent qui vient de terre & d'en haut, & d'Orient.
Vent _frais_ est celui qui est doux & rafraîchissant sur terre, ou qui est favorable sur la mer.
On appelle coup de _vent_ un orage ou une tempête qui dure souvent plusieurs jours, & grain de _vent_ un orage subit & violent, qui d'ordinaire desempare les vaisseaux, & ruïne les manœuvres. On l'appelle aussi dragon de _vent_, tourbillon, les Portugais _œil de bœuf_, les Levantins _typhon_ & _syphon_.
Les _vents_ les plus dangereux sur les côtes Occidentales sont l'Est & Suroüest, ou Lebecio, & le Nortoüest, qu'on nomme _galerne_; & sur la Mediterranée aux côtes d'Europe sont le Sud nommé _Austro_, & le Nort-est ou bise nommé _Græco_; & le plus dangereux de tous est le _Circius_, que les Anciens nommoient _Typhon_.
Les Anciens ont fort varié sur le nombre des _vents_. Aristote n'en compte que onze, & obmet Libonotus; Vitruve en met vingt-quatre, les modernes trente-deux.
En tout l'Ocean les _vents_ ont des noms Allemans & Flamens, sur la Mediterranée des noms Italiens. Voici leurs noms modernes avec les anciens Grecs & Latins pour les faire mieux connoître.
Est, ou _vent_ Oriental, solaire & équinoctial; _vent_ d'Amont sur l'Ocean, sur la Mediterranée Levante, en Grec Apeliotes, en Latin Solanus.
Est quart sudest, hypeliotes subsolanus.
Est sudest, demi rumb, ornithias, ethesias, aviarius.
Sudest, nordest, quart dest, Elioteurus, Meseurus.
Sudest en l'Ocean: en Mediterranée Siroco, Eurus.
Sudest quart de sudest, Vulturnus.
Sud sudest, Euronotus, Phænicias.
Sud quart de sudest, Altanus.
Sud, _vent_ de Midi, ou Meridional, Autan en l'Ocean: en Italien Abrego, mezzodi, austro, marin _vent_ d'aval sur la Mediterranée, en Latin Auster, en Grec Notus.
Sud quart sud-oüest, Hyponotus, Sub-auster.
Sud sud-oüest, demi vent, Libonotus.
Sud-oüest quart de sud, Mesolibs.
Sud-oüest en l'Ocean: Afro, Garbino, Lebeschio en Mediterranée, Africus, libs, c'est celui qui fait geler les vignes.
Oüest, quart de sud-oüest, Subvesperus.
Oüest sud-oüest, demi vent Libozephirus.
Oüest quart de Sud-oüest, Mezozephirus, Etesiæ.
Oüest, _vent_ Occidental, _vent_ d'aval, _vent_ d'abas, Brises en l'Ocean: Ponente, _vent_ de Ponant, en la Mediterranée: Favonius, Zephirus.
Oüest quart de Nort-oüest, Circius.
Oüest Nort-oüest, demi _vent_, Argesto Zephirus, Caurozephirus.
Nort-oüest quart d'oüest, Leuconotus, Albicaurus.
Nort-oüest en l'Ocean: Maestral ou Maestro, Gaillego en la Mediterranée, Argestes, Caurus, Corus.
Nort-oüest quart de Nort, Hypargestes, Scyron, Olimpias.
Nort Nort-oüest, demi _vent_, Thrascias.
Nort quart de Nort-oüest, Supernas.
Nort, bize en l'Ocean: Nordebrida, Tramontana en la Mediterranée, Aparctias, Boreas, Septentrio.
Nort quart de Nort-est, Gallicus, Hypoboreas.
Nort Nort-est demi _vent_, Aquilo, Meses. Nort-est quart de Nort, Hypomeses, subaquilo.
Nort-est, galerne, sur l'Ocean: Greco, Gregale en Mediterranée, Cæcias, Hellespontius, Japix.
Nort-est quart d'est, Hypocæcias.
Est Nort-est, demi _vent_, Cæcieliotes.
Est quart de Nort-est, Carbas.
Les _vents_ Ethesies & Ornithies sont expliquez à leur ordre.
Il faut noter qu'en Italien la troisiéme division des _vents_ se fait par la conjonction de deux _vents_ les plus voisins, comme Græco tramontana, Maëstro tramontana; & pour la quatriéme division on les appelle les quartes, comme la quarte de la tramontane au Grec. La quarte du Lebesche au Ponant. Et à l'égard de ces quartes qui étoient inconnuës aux Anciens; leurs noms sont la plûpart inventez par les modernes & factices. Les _vents_ qui souflent entre les points Cardinaux s'appellent _vents_ collateraux.
Vent se dit proverbialement en ces phrases: mettre flamberge au _vent_, pour dire tirer l'épée. On dit qu'il ne fait ni _vent_, ni haleine, pour dire qu'il y a un grand calme. On dit qu'un homme vend du _vent_, de la fumée, quand il promet des choses qu'il ne peut tenir. On dit aussi qu'il pleut à tous _vents_, pour dire qu'il peut venir du bien & du mal de tous côtez. On dit qu'un homme s'en est allé plus vîte que le _vent_, quand il s'en est enfuy avec grande diligence. On dit quand on fait une mauvaise comparaison, que cela ressemble comme à un moulin à _vent_.
On dit des promesses vaines & qu'on ne veut pas tenir, autant en emporte le _vent_. Jetter la paille ou la plume au _vent_, quand on est incertain de ce qu'on doit faire, quand on s'en raporte au hasard. Petite pluye abat grand _vent_. Fendre le _vent_, pour dire s'en aller, faire banqueroute. On dit d'un miserable qui ne sçait de quel côté se tourner pour faire fortune, qu'il regarde de quel côté vient le _vent_; & d'un homme en fortune, qu'il est au dessus du _vent_, qu'il a _vent_ en pouppe; & de celui qui fait une entreprise mal à propos, qu'il va contre _vent_ & marée.
On dit d'un homme leger & inconstant, que c'est une giroüette qui tourne à tous _vents_: & d'un homme logé dans un lieu mal fermé, qu'il est logé _aux quatre vents_.
VENTRE. _s. m._ partie de l'animal, qui dans sa capacité enferme les entrailles, ou les autres choses nécessaires pour faire agir toutes ses facultez. Les Medecins divisent le corps humain en trois _ventres_, régions ou capacitez; le premier est la tête, le second la poitrine jusqu'au diaphragme; & le troisiéme celui où sont les intestins: & c'est celui-ci qu'on appelle plus communément le _ventre_. Ce _ventre_ inferieur se subdivise en trois régions; la premiére & la plus haute s'appelle _Epigastrique_, & s'étend depuis l'os Xiphoïde jusqu'auprés du nombril; la seconde _Umbilicale_, qui est aux environs du nombril; elle a trois ou quatre doigts de large, & contient les lombres & les reins: la troisiéme est l'_Hypogastrique_, qui s'étend jusqu'aux parties honteuses, c'est proprement ce qu'on appelle _le bas ventre_: Hippocrate l'appelle _estron_, ses deux côtez s'appellent les _flancs_, & ses plus basses extrêmitez s'appellent les _aines_, que les Grecs nomment _boubons_.
Ventre, signifie aussi la partie exterieure du bas _ventre_. Le nombril est au milieu du _ventre_. Il a de l'eau jusqu'au _ventre_. On lui a donné un coup de pied dans le _ventre_. On lui a dansé à deux pieds sur le _ventre_: & figurément il est à la paille jusqu'au _ventre_, pour dire il est bien à son aise, il est fort riche. On dit qu'on a passé sur le _ventre_ à ses ennemis, pour dire qu'on les a défaits & mis en fuite. En ce dernier sens on dit qu'un homme a un benefice de _ventre_, quand il a un petit cours ou flux de _ventre_ qui lui lâche le _ventre_, qui lui rend le _ventre_ libre, qui l'empêche d'avoir le _ventre_ dur, qui lui fait décharger son _ventre_. On dit aussi se coucher sur le _ventre_; des douleurs de _ventre_ quand on a la colique. Les organes naturels qui servent à la digestion & à la génération sont contenus en la basse région du _ventre_.
Ventre, se dit aussi de l'estomac, qui est enfermé dans la même capacité, & qu'on appelle pour cela petit _ventre_. Jonas fut trois jours dans le _ventre_ de la Baleine. On nous a donné une bonne carrelure de _ventre_, pour dire un bon repas. Le _ventre_ lui tire, pour dire il y a long-temps qu'il n'a mangé; qu'il n'a rien dans le _ventre_, c'est à dire dans l'estomac. Cet homme est sujet à son _ventre_, il fait son Dieu de son _ventre_: il est raisonnable de servir Dieu devant son _ventre_.
Ventre, signifie aussi la poitrine, & c'est en cette seconde concavité ou région, où est situé le cœur: en ce sens on dit tant que le cœur me battra dans le _ventre_. Il lui a crevé le cœur au _ventre_; & figurément on dit de celui à qui on ôte ce qu'il aime, c'est lui arracher le cœur du _ventre_; & de celui qu'on a encouragé, on lui a remis le cœur au _ventre_. Les organes qui servent à la respiration & au battement du pouls sont compris dans ce _ventre_ moyen.