Part 21
TEINDRE. _v. act._ Terme de negoce. Préparer une étoffe, ou un autre corps avec des sels, liqueurs, ou drogues colorantes, en telle sorte qu'ils paroissent d'une certaine couleur. On _teint_ les draps, les laines, les soyes & les toiles en noir, en rouge, en violet, &c. On _teint_ en blanc les laines, lors qu'on les tond & qu'on les dégraisse. Il est défendu de _teindre_ aucune étoffe de blanc en noir, pour quelque cause que ce soit, & de _teindre_ les soyes sur le crud ou à demi-bain. Quand on _teint_ une étoffe en jaune & puis en bleu, elle se trouve _teinte_ en verd. On _teint_ en cramoisi quand le premier pied de _teinture_ se fait avec de la graine d'écarlate, ou la cochenille. On _teint_ les cheveux, les bois, les gommes. On _teint_ les pierres & le verre pour en faire de fausses pierreries. On _teint_ aussi des liqueurs en les mêlant avec d'autres. Cet homme est si sobre qu'il ne fait que _teindre_, que rougir son vin.
On dit figurément _teindre_ ses mains du sang des innocens, pour dire, faire mourir des innocens. On dit aussi que les Riviéres étoient _teintes_ du sang des ennemis, pour dire, qu'on en avoit fait grand carnage.
TEINT. einte. _part. pass._ & _adj._
TEINT. _s. m._ Art de _teindre_. Il se dit aussi des drogues qu'on y employe. Les Réglemens du métier distinguent les choses qui doivent être _teintes_ du grand _teint_, d'avec celles du petit teint: ce qui fait deux corps & deux maîtrises separées. La premiére est celle du grand & bon _teint_, l'autre est du petit _teint_. Les Teinturiers du bon _teint_ sont ceux qui donnent aux étoffes un pied necessaire, de pastel, garance, ou cochenille, puis ils les mettent en la main du Teinturier du petit _teint_ pour les raciner, engaller, noircir, brunir & griser. Les Teinturiers du bon _teint_ doivent laisser des Rosettes, sçavoir au verd, une du jaune & l'autre du bleu; au feüille morte une du jaune & l'autre du fauve; au cramoisi, une Rosette du bleu, & l'autre du rouge de la Cochenille; au tanné ou amarante, une Rosette de guesde, & l'autre de la garance ou demi rouge cramoisi, & il faut laisser une Rosette en blanc dans toutes les couleurs simples, comme le bleu, le rouge & le jaune; le tout pour faire connoître la bonté ou la qualité du grand & du petit _teint_. Les Teinturiers du petit _teint_ peuvent _teindre_ toutes sortes de bisage ou repassage, & se servir pour cela de brunitures de galle, orseille & bois d'Inde, & les étoffes usées en toutes sortes de noir, de racinages, grisages, & bisages.
Le bleu, le rouge, & le jaune appartiennent aux Teinturiers du bon _teint_, pour les teindre seuls sans la participation du petit _teint_. Le fauve & le noir appartiennent aux Teinturiers du bon _teint_ & du petit _teint_, le noir devant recevoir le pied de guesde, ou garence du bon _teint_, & être engallé & noirci par le petit _teint_.
TEINT, se dit aussi d'une lame d'étain fort mince, appliquée par le moyen du vif argent derriére les glaces d'un miroir.
TEINT, se dit aussi de la couleur & de la delicatesse de la peau du visage. Cette femme n'a point de _teint_, elle a eu le _teint_ gâté de la petite verole. Cette fille a le _teint_ blanc, vermeil, a un _teint_ de lis & de roses. Le grand hale rend le _teint_ brun & basané. Ce jeune homme a le _teint_ frais & fleuri, on luy vient de faire la barbe. La pommade nourrit le _teint_; la Ceruse mange le _teint_.
TEINTE. _s. f._ Terme de Peinture, maniére d'appliquer les couleurs pour donner du relief aux figures pour bien marquer les jours, les ombres, les éloignemens. Le grand secret de la Peinture c'est de bien donner les _teintes_, les _demi teintes_. Cette draperie est d'une bonne _teinte_, pour dire d'une forte couleur. La _demi teinte_ est un ménagement de lumiére par rapport au clair obscur, ou un ton moyen entre la lumiére & l'ombre: car s'il y a cinq tons ou degrez de clair obscur, le second ou le troisiéme qui suivent la grande lumiére, seront appellez _demi teinte_.
TEINTURE. _s. f._ Action par laquelle on teint. La _teinture_ demande beaucoup d'experience. Cet homme est sçavant en l'Art de la _teinture_. La perfection de la _teinture_ consiste à donner le lustre à la soye, à la bien décreuser, dégorger & aluner. La matiére avec laquelle on teint, c'est l'indigo qui sert à la teinture bleuë, la cochenille à la teinture en écarlate: la noix de galle en noir. Les drogues qui croissent en France, pour la teinture sont le pastel de Lauragais, Albigeois & Languedoc, ou la voüede. La cochenille, le pastel d'écarlate, graine d'écarlate; le Vermillon & la garance pour le rouge; la gaude, la Sarrette & la genestolle pour le jaune; la galle à l'épine, & d'alep, la racine écorce de Noyer & coque de Noix pour le _fauve_, autrement appellé couleur de _racine_ ou _noisette_; le Rodoul, le fovic & la couperose pour le noir. L'Agaric, le sumac, l'arsenic, l'alun, la gravelle & le tartre servent pour les boüillons. On employe aussi la cendre cuitte & la potasse, la Cassenolle, la malherbe, le trentanel, la garoüille. Les ingrédiens faux, qui peuvent servir au petit _teint_ sont bois d'Inde, bois de bresil, bois de Campeche, bois jaune, fustel, tournesol, Raucour, Orseille, le Safran bâtard, l'écorce d'aulne. Ces mots sont expliquez à leur ordre.
La Teinture de ces Etoffes de cotton qu'on void en Europe, se tire d'une plante qui croît dans l'Inde qu'on appelle _Chai_, où elle est autant estimée que la Cochenille l'est en France.
Regnier a dit agréablement en parlant de la nuit,
_Il faisoit un noir brun d'aussi bonne_ teinture, _Que jamais on en vid sortir des Gobelins_.
On appelle en Chymie la grande _teinture_ Minerale, la Pierre Philosophale, parce qu'on croit qu'il ne s'agit que de donner au Mercure fixé la couleur, ou _teinture_ de l'or.
TEINTURE, se dit aussi de l'extraction ou separation qu'on fait de la couleur d'un ou de plusieurs mixtes, & de l'impression qu'elle fait dans quelque liqueur ou menstruë propre, qui emporte une portion de leur plus pure substance; car elle quitte son propre corps en se dissolvant, & s'unit aux menstruës, pour leur communiquer sa couleur & ses vertus, & ainsi on fait dans la Pharmacie des _teintures_ cephaliques, stomachiques, antiscorbutiques, &c. On tire des _teintures_ de Rose, de Corail, &c. Dans les memoires de l'Academie des sciences, il est fait mention de certaines liqueurs mixtes (par exemple, des sels qu'on tire du bled) qu'on dit être trés-propres à tirer des _teintures_, même de quelques pierres précieuses: & qu'elles sont plus capables de produire cet effet à proportion qu'elles rougissent davantage la solution du Vitriol.
TEINTURE se dit figurément en choses morales, des bonnes ou mauvaises impressions dont l'ame de l'Homme est susceptible. On prend dans les Seminaires de si fortes _teintures_ de piété, qu'elles ne s'effacent jamais. On ne doit point parler de Physique, lors qu'on n'en a qu'une legere _teinture_, qu'on ne la sçait point à fonds.
TEINTURIER, iere. _s. m. & f._ qui fait métier de _teindre_; il y a des Teinturiers de grand _teint_, & d'autres de petit _teint_. Les teinturiers de la Ville de Roüen sont divisez en trois fonctions, en _guesderons_, _garanceurs_, & _noircisseurs_. Il y a de nouveaux Statuts des Teinturiers de l'année 1669. qui portent la qualité des drogues qui doivent être employées à la _teinture_, suivant les diverses couleurs, & selon le mérite & le prix des Etoffes. Les _Teinturiers_ du grand & bon teint, ne peuvent teindre en petit teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues appartenantes au bon teint; & ceux du petit teint ne peuvent teindre en bleu, à cause du pastel qui appartient au bon teint, & ne doivent avoir chez eux que les drogues qui appartiennent au petit _teint_. Ils ne doivent teindre que des frisons, tiretaines, petites serges à doubler, & qui ne valent au plus que 40. sols l'aune en blanc.
TEINTURIER, est aussi une espece de raisin, dont le suc est fort rouge, & dont on mêle quelques seps, parmi un plant de raisin blanc, pour colorer & faire du vin clairet, son suc est fort doux & sa feüille est rouge.
THÉ. _s. m._ quelque Medecins l'écrivent _Tay_. Est un petit arbrisseau domestique de la hauteur des Groselliers ou Grenadiers & Myrthes, fort estimé chez les Chinois & Japonnois, ils l'appellent _Cha_ ou Theia. Il croît en la Province de Kiagnon prés la Ville de Hoicheu & auprés de Nankin: il y en a aussi au Royaume de Siam: le meilleur de tous est celui du Japon: on dit qu'il en vient aussi en Tartarie: Il a la feüille petite comme celle du Sumac des Corroyeurs, dont il est une espece selon quelques-uns, mais sa Fleur tire davantage sur le jaune, & ses Branches sont vêtuës de Fleurs blanches & jaunes, pointuës & dentelées, sa graine est noirâtre, & l'arbrisseau croît en trois ans malgré les neiges & les rigueurs de l'hyver: il a des Racines Fibreuses & dentelées. On fait un Breuvage de sa premiére feüille qui naît au Printemps, qu'on cueille feüille à feüille avec les mêmes soins qu'on fait les Vendanges en Europe: on la fait chauffer & seicher, & aprés l'avoir gardée en des vaisseaux d'étain bien bouchez, si on la jette en de l'eau boüillante, elle réprend sa premiére verdure, & donne une teinture verdastre à l'eau avec une odeur & un goût agréable. Les Chinois ne boivent que l'eau où la feüille a trempé le plus chaudement qu'ils peuvent. Les Japonnois boivent l'eau & la poudre qu'ils y ont laissé infuser. On en met le poids d'un écu sur un bon verre d'eau, & on y met un peu de sucre pour corriger son amertume. Elle est si differente en bonté, qu'il y en a dont la livre vaut 100 ou 150. francs; d'autre qui ne vaut que deux écus; il y en a même à sept deniers. Les Hollandois la vendent en France 30. livres, & elle ne leur coûte que dix sols; sa bonne marque est d'être verte, amere & seche, en sorte qu'elle se brise avec les doigts.
Elle guerit la goute & la gravelle, & on croit qu'elle est la cause de ce qu'on n'entend point parler de ces maux à la Chine & dans l'Inde; & de ce que les peuples parviennent à une extrême vieillesse. Elle guérit les indigestions de l'estomac; elle des-enyvre, & donne de nouvelles forces pour boire & dissiper les vapeurs qui causent le sommeil; elle fortifie la raison que le vin affoiblit, & guérit soudain la migraine, & les douleurs de ventre.
Les Chinois en prennent en toutes rencontres, & sur tout à dîner; ils en offrent aux Amis qu'ils veulent régaler. Les plus moderez en prennent trois fois par jour, les autres dix fois & à toute heure. Les personnes de la plus grande qualité font gloire de le préparer eux-mêmes dans leurs appartemens les plus magnifiques, & ont plusieurs Vaisseaux de prix pour cet effet.
Ceux qui en ont écrit sont le Pere Maffée, Louïs Almeyda, Mathieu Riccius, Aloisius Frois, Jacob Bontius, Jean Linscot, le Pere Alexandre de Rhodes dans leurs Voyages, & les Auteurs du voyage de l'Ambassade de la Chine, & de celui de Monsieur l'Evêque de Berite, & Nicolas Tulpius Medecin d'Amsterdam; mais Simon Paul Medecin du Roy de Dannemarck, qui a fait un Traité exprés de cette Plante, dit que ces vertus qu'on lui attribuë n'ont point de lieu pour ceux qui habitent en Europe; & que ceux qui ont passé 40. ans n'en doivent pas user, parce qu'elle avance leur mort, étant trop dessicative. Il prétend que le _Thé_ n'a pas plus de vertu que la Betoine, & que ce n'est qu'une espece de myrte qu'on trouve en Europe aussi bien qu'aux Indes; qu'on l'appelle _Chamæleagnus_ ou _Piment Royal_, dont la description, les experiences & les analyses qu'il en a faites sont tout à fait semblables.
TIERCER, _v. act._ terme d'agriculture; qui signifie donner aux terres le troisiéme labour; la troisiéme façon, comme on dit biner de la seconde. On le dit pareillement de la troisiéme façon des Vignes.
TIERCER, signifie aussi séparer les fruits d'une Abbaye en trois, pour en donner le tiers à l'Abbé; le tiers aux Religieux, & réserver le tiers pour les réparations, en ce sens il vient du Latin _tertiare_.
TIERCER, en terme de Finances, signifie faire un tiercement, ou une enchere du tiers du prix sur une Adjudication déja faite: ou dans les fermes du Roy, encherir du triple de l'enchere courante.
TIERCEUR, _s. m._ encherisseur qui fait une enchere d'un tiers, ou un tiercement aprés une Adjudication. L'Ordonnance des Eaux & Forêts, veut qu'aprés le tiercement & doublement on ne reçoive les encheres qu'entre le _tierceur_ & _le doubleur_.
TIERS, tierce, _adj._ qui est aprés le second, c'est chaque partie d'un tout divisé en trois. L'Eglise, la Noblesse & le tiers Etat.
En perspective, on appelle le _tiers_ point: un point qu'on prend à discretion sur la ligne de vûë, où aboutissent toutes les diagonales qu'on tire pour racourcir les figures.
En Architecture, on appelle une voute en _tiers_ point, quand elle est élevée au dessus du plein cintre.
On appelle aussi un _tiers_ point, ce qui donne un branle à plusieurs machines dans la méchanique.
En termes de Marine, on appelle des voiles à _tiers_ point: les voiles triangulaires qu'on nomme autrement voiles latines dont on se sert sur la Mediterranée & sur les Galéres, & à l'artimon.
Au feminin, on appelle la fiévre _tierce_, celle qui laisse l'intervalle d'un jour entre deux accés. Voyez fiévre. Et tierce.
TIERS, en termes de négoce se prend aussi substantivement: il faut une aulne & un _tiers_ de drap pour faire un habit. Un _tiers_ est un pot ou mesure entre la chopine & le demi septier. Il est aux champs un _tiers_ de l'année. Cette somme se doit partager par _tiers_; j'y ay mon _tiers_ ou les deux _tiers_. Il faut faire boüillir ce Sirop jusques à ce qu'il soit réduit au _tiers_.
TIERS, en Jurisprudence se dit des entremetteurs, des Experts, des sur-arbitres. Ces deux parties plaidoient, un _tiers_ les a accommodées. Ils avoient l'épée à la main, un _tiers_ s'est mis entre-deux qui les a séparez. Voilà des rapports qui se contredisent, il faut qu'il y ait un _tiers_ nommé d'Office. Quand deux arbitres sont de contraire avis, on leur donne pouvoir de nommer, de prendre un _tiers_ pour sur-arbitre. On dit aussi en amour qu'il ne faut point de _tiers_, si ce n'est pour appareiller, aussi une femme qui fait ce métier s'appelle en Espagnol _tercera_.
Il y a aussi au Palais des _tiers_ referendaires, & en matiére de Taxe de dépens on appelle le _tiers_ celui qui régle les dépens, dont les Procureurs ne sont pas d'accord.
TIERS & _danger_, termes d'eaux & forêts, c'est un droit qui appartient au Roy & à quelques Seigneurs, & sur tout en Normandie, sur les bois possedez par les Vassaux. Il consiste au _tiers_ de la vente qui se fait d'un bois, soit en argent ou en espece, & outre cela au Dixiéme: ainsi de trente arpens, c'est treize arpens: de 3000. livres, c'est 1300. livres: quelques-uns ne payent que le _danger_, qui est le dixiéme. La derniére Ordonnance déclare le droit de _tiers & danger_ imprescriptible.
On dit proverbialement qu'un homme hante le _tiers_ & le quart, qu'il médit du _tiers_ & du quart, qu'il prend sur le _tiers_ & le quart, pour dire indifferemment, sans choix & discretion de toutes sortes de personnes.
TON. _s. m._ Terme de musique, inflexion de voix qui marque diverses passions de l'ame. Un _ton_ doux & agréable, est le _ton_ dont on parle en conversation. Un _ton_ aigre & menaçant, est celui qui marque un homme en colere. Un _ton_ fier & imperieux, est celui qui commande, lors qu'on parle d'un _ton_ de maître. Un _ton_ moqueur & ironique, est le _ton_ d'une personne qui a de la haine ou de l'envie. Un _ton_ plaintif & dolent, est celui qui témoigne de l'affliction, de la douleur. Un _ton_ de Déclamateur, de Comedien, est celui dont on use dans les harangues & sur les théatres. Ce mot de _ton_ exprime sa principale cause, qui est la tension du corps qui le produit, le _ton_ est grave ou aigu, selon que le corps sonnant a une differente tension, comme on voit arriver aux cordes des Instrumens.
TON se dit particuliérement en musique de l'élevation de la voix par certains degrez ou intervalles égaux ou mesurez, qui servent à former des accords, & qui sont réglez par les nottes, _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, _si_; on le dit des Instrumens aussi bien que de la voix. Il faut hausser ou baisser sa voix ou son instrument d'un _ton_, d'un _demi ton_. Un _ton_ faux est celui qui n'est pas juste. Le _ton_ mineur est la difference de la quinte & de la sexte majeure, ou de la quarte & de la tierce mineure: il est composé de deux _demi tons_ l'un majeur & l'autre mineur, & aide à composer la tierce majeure. Le _ton_ majeur est la difference de la quinte & de la quarte; & le _demi ton_ majeur est la difference de la quarte & de la tierce majeure. Le _ton_ majeur surpasse le _ton_ mineur d'un comma. Le _demi ton_ est toûjours placé entre deux _tons_ d'un côté, & trois de l'autre. On appelle aussi le _ton_ majeur, le _ton_ parfait; & _demi ton_ mineur, le _demi ton_ imparfait. L'intervalle en nombres du _ton_ majeur est de 8. à 9. celui du mineur de 9. à 10.
TON se dit aussi d'une maniére de chanter ou d'accorder un instrument. Ce luth est accordé sur le _ton_ de B quarre, on n'y peut joüer cette piéce qui est sur B _mol_, sans changer de _ton_. C'est le Maître de Musique qui donne le _ton_ pour accorder les Instrumens, pour commencer à chanter. On dit aussi le _ton_ enrhumé. Dans le plein chant on dit les 8. _tons_ du Magnificat, le _ton_ de la Préface, de l'Evangile, &c.
TON se dit aussi en peinture d'un degré de couleur par rapport au clair obscur.
TON se dit figurément en Morale. Depuis la perte de son procés, il a bien changé de _ton_, il est bien humilié, il parle bien d'une autre maniére. Cet homme l'a pris sur un _ton_ trop haut, pour dire, Il ne pourra soûtenir ce qu'il a entrepris. On dit aussi ironiquement, il est bon sur ce _ton_-là, pour dire, qu'une chose est ridicule ou mal fondée.
TROMPE, _s. f._ vieux mot qui signifioit autrefois la même chose qu'à present _trompette_: il se dit encore en cette phrase, tout ce qu'on veut faire sçavoir au peuple se publie à son de _trompe_. On l'a crié à trois briefs jours à son de _trompe_.
La TROMPE de chasse est une espece de cor ou grand tuyau de cuivre recourbé & qui fait un tour au milieu comme un cercle ou un anneau, elle sert pour appeller les chiens.
TROMPE, est un petit instrument de leton ou d'acier, dont se servent les laquais pour en tirer quelque harmonie; elle est faite de deux petites branches & d'une languette au milieu qui fait ressort & qu'on remuë sans art avec les doigts tandis qu'on la tient entre les dents; elle rend un son fremissant, modifié par le mouvement de la langue, & l'ouverture de la bouche, ce qui cause un bourdonnement sourd assez agréable. On l'appelle aussi _gronde_ & _rebube_, & quelques-uns _trompe de Bearn_.
TROMPE en termes d'Architecture, est une espece de voûte trés-artistement taillée, dont la clef est en l'air & qui semble n'être soûtenuë de rien, sur laquelle pourtant on éleve des murailles de pierre. La _trompe_ du château d'Anet, & celle de la ruë de la Savaterie sont fort estimées par Philbert de Lorme qui bâtit cette derniére en faveur d'un de ses amis.
TROMPE se dit aussi d'un membre particulier qu'ont les Elephans, qui leur sert de main, qui est comme un nez allongé qui leur sort du milieu du front, à laquelle est joint un petit Appendice en forme de doigt. Le Cameleon a aussi une _trompe_, qui est sa langue qu'il lance hors de sa gueule comme s'il la crachoit, puis il la racourcit en un moment, lors qu'il la retire: elle lui sert comme la _trompe_ de l'Elephant pour prendre sa nourriture. Le microscope nous a fait aussi découvrir une espece de petite _trompe_ dans les mouches & cousins, par le moyen de laquelle ils succent le sang des animaux ou les liqueurs pour se nourrir. Quelques Medecins appellent aussi la _trompe_ de la matrice _les cornes_ de la matrice des brutes, qu'on appelle autrement _portiéres_.
TROMPER, _v. act._ abuser de l'ignorance ou de la facilité de quelqu'un, lui faire passer des choses pour autres qu'elles ne sont. Dieu ne peut _tromper_, ni être _trompé_. Un Marchand _tromperoit_ son pere sur sa Marchandise. Il y a peu de personnes qui ne _trompent_ au jeu, quand ils le peuvent faire.
TROMPER, avec le pronom personnel, se dit de soy-même, quand par erreur on prend une chose pour une autre. Les plus grands esprits sont sujets à se _tromper_. Cet homme, si je ne me _trompe_, est un hypocrite. Ces jumeaux se ressemblent si fort qu'il n'y a personne qui ne s'y _trompe_. Ménage croit que ce mot vient de l'Espagnol _traupa_, qui signifie un instrument à prendre des souris que les Italiens appellent _trappola_, & les Latins _decipula_.
TROMPER, se dit aussi des choses qui sont cause que nous sommes trompez. Le calme, le beau temps nous a _trompez_, nous a fait mettre en chemin. L'œil nous _trompe_; nous fait voir les choses autres qu'elles ne sont. Sa maladie ne m'a pas _trompé_; je n'en ay jamais eu bonne opinion. Cette perspective _trompe_ agréablement. Cette grêle a _trompé_ l'esperance des Laboureurs.
TROMPER, se dit figurément en choses morales. Les passions _trompent_ nôtre jugement. On est bien _trompé_ par l'apparence. Le malin esprit nous _trompe_ par des illusions, par des songes & des visions trompeuses.
TROMPETTE. _s. f._ Terme de guerre. Instrument de musique qui est le plus noble des instrumens à vent portatifs, qui sert à la guerre dans la Cavalerie pour l'avertir du service. On la fait d'ordinaire de leton, & on en peut faire de fer, d'étain, de bois ou d'argent. Moïse en fit faire deux d'argent qui servoient aux Prêtres, comme il est porté dans le dixiéme chap. des Nombres; & Salomon en fit faire 200. mille, telles que Moïse avoit ordonnées, comme témoigne Josephe, livre 8. ce qui fait voir que c'est le plus ancien des instrumens. La _trompette_ est composée d'un bocal par où on l'embouche, large de dix lignes, quoy que le fonds ne soit que de trois lignes. Les deux premiers canaux qui portent le vent s'appellent _branches_; les deux endroits par où elle se recourbe & replie s'appellent _potences_, & le canal qui est depuis la seconde courbure jusqu'à son extrêmité s'appelle _pavillon_; les endroits où les branches se peuvent briser & séparer ou souder, s'appellent les _nœuds_, qui sont au nombre de cinq; & qui en couvrent les jointures. On appelle _Banderolle_ le petit étendart armorié qui est attaché à ses branches, & _bandereau_ le cordon qui sert à la pendre au cou de celui qui en sonne. Quand on en ménage bien le son, il est de grande étenduë, & il passe les quatre octaves qui sont l'étenduë des claviers des épinettes & des orgues, & il peut aller jusqu'à 32. intervalles. Le jeu de la trompette dépend de l'adresse de celui qui l'embouche, qui est obligé de mettre le bout des lévres dans le bocal. A la guerre il y a huit principales maniéres de sonner la _trompette_; la premiére s'appelle le _cavalquet_, dont on se sert quand l'armée approche des Villes, ou quand elle passe par dedans durant la marche; la seconde s'appelle le _Boute-selle_; dont on use quand on veut déloger ou marcher, & puis on fait suivre la levée du _Boute-selle_; la troisiéme est quand on sonne _à cheval_, & puis à l'_étendart_; la quatriéme est la _charge_; la cinquiéme est le _guet_; la sixiéme s'appelle double _cavalquet_; la septiéme la _chamade_; & la huitiéme est la _retraite_. On fait aussi des fanfares avec la _trompette_ dans les réjouïssances.
On dit figurément qu'un Ange viendra avec la _trompette_ annoncer le jour du Jugement & réveiller les morts pour y comparoître. Les Payens ont mis aussi une _trompette_ à la bouche de la Renommée, dont ils ont fait une divinité fabuleuse. Les Poëtes disent qu'ils sont les _trompettes_ de la gloire des Heros. Cet Ecrivain a été la _trompette_ de la guerre qui a publié des manifestes qui ont été cause de la guerre. Ménage dérive ce mot du Grec _strombos_ qui signifie une _conque_ dont on usoit autrefois au lieu de _trompette_.