Part 2
On appelle au Manége _ailes_, ces piéces de bois qu'on met aux côtez de la lance pour la charger vers la poignée.
AILE en termes de Botanique se dit des branches ou des feuïlles, qui poussent à côté l'une de l'autre sur les tiges des arbres ou des plantes: d'où est venu le nom d'_Alaternus_.
AILE se dit aussi d'un moulin à vent: ce sont ces grands chassis couverts de toile où le vent s'engouffre pour les faire tourner, qu'on appelle autrement _volants_.
Les Ouvriers nomment aussi les _ailes_ d'une fiche ou couplet, ces deux petits morceaux de fer mobiles par le moyen de leurs charnieres, qui servent à soûtenir & à faire mouvoir des portes ou des fenêtres, ou des volets brisez. Ils appellent _ailes_ de lucarne les deux côtez qui posent sur les chévrons, & qu'on appelle autrement _Joüées_ de la lucarne. Les vitriers appellent encore _ailes_ ou _ailerons_ ces petites extrêmitez du plomb, qui sert à engager les losanges de verre dans les panneaux des vitres, & à les y tenir fermes.
AILE se dit figurément en choses morales & spirituelles, & signifie protection, tutelle: C'est une fille d'honneur qui a toûjours été élevée sous l'_aile_ de la mere; & sur tout en Poësie: _Cache-la sous ton aile au jour épouventable_, dit Desportes en parlant à Dieu en faveur de l'ame pécheresse. Malherbe a dit aussi: _Et son ame étendant ses ailes fut toute prête à s'envoler_. On dit aussi: La peur luy a mis des _ailes_ aux talons; pour dire, l'a fait fuir en diligence: On peint Mercure avec des _ailes_ aux talons: L'amour luy prêtera ses _ailes_: On en donne aussi au Cheval Pegase, aux vents & autres choses semblables, &c. On dit encore poëtiquement: Son nom volera sur les _ailes_ de la Renommée: Sur l'_aile_ des beaux vers; pour dire que sa réputation ira bien loin. On dit aussi: Sur l'_aile_ des zephirs.
On donne aussi figurément des _ailes_ aux Cherubins & aux Anges: Les Cherubins devant Dieu se couvrent la face de leurs _ailes_: Ils couvroient l'Arche de leurs _ailes_.
On appelle les _ailes_ d'un bâtiment, ce qu'on bâtit à droit & à gauche, pour accompagner le principal corps de logis, & faire les deux côtez de la cour: Ce bâtiment est imparfait, il n'y a qu'une _aile_ de bâtie. On appelle aussi ces _ailes_, _bras ou potences_.
On appelle aussi _ailes_ dans les Eglises ce qui est à droit & à gauche de la croisée, & quelquefois tout le tour des bas côtez, ou des petites voutes qui sont à côté de la grande: Le portail de l'_aile_ droite plus beau que celuy de la gauche: On n'a bâti que le Chœur, on va bien-tôt travailler aux _ailes_.
AILE se dit en termes de guerre des deux extrêmitez d'une armée rangée en bataille: L'_Aile_ droite fut la premiere rompuë: La Cavalerie se met sur les _ailes_. En ce sens ce mot vient de _alauda_ selon Bochart, qui signifioit une Legion Gauloise, ainsi nommée à cause de la figure des casques que portoient les soldats qui étoient crêtez comme des allouëttes. On dit que Pan, l'un des Capitaines de Bacchus, a été le premier inventeur de cette maniére de ranger une armée en bataille: d'où vient que les Anciens l'ont peint avec des cornes à la tête, parce qu'ils appelloient cornes ce que nous appellons les _ailes_.
AILE se dit aussi des deux côtez de chaque bataillon ou escadron; des derniéres filles: Les picquiers sont rangez au milieu, & les mousquetaires sur les _ailes_: On a commencé à défiler par l'_aile_ droite. Les manches d'un bataillon sont aussi ses _ailes_.
AILE se dit aussi dans le discours ordinaire, de ceux qui marchent à côté; & un peu à l'écart, pour donner secours au besoin: Il sembloit que ce Prevost marchât seul, mais il y avoit plusieurs Archers sur les _ailes_ pour l'assister.
AILE se dit aussi en termes de fortification du flanc d'un bastion, & plus ordinairement des longs côtez d'un ouvrage à corne ou à couronne, qui sont flanquez par quelque endroit de la place, par quelque dehors ou travail particulier.
AILE se dit proverbialement en ces phrases: Cet homme ne bat plus que d'une _aile_; pour dire que son crédit, sa fortune, son esprit, sont diminuez, & qu'il n'en peut plus: On luy a tiré une plume de son _aile_; pour dire qu'on luy a arraché quelque chose de son bien: qu'On en tirera pied ou _aile_; pour dire qu'on tirera quelque chose d'une affaire, & qu'on ne perdra pas tout: On luy a rogné les _ailes_; pour dire qu'on a retranché de son autorité, de ses richesses. On dit d'un téméraire, qu'Il a voulu voler avant que d'avoir des _ailes_, qu'Il n'a pas encore l'_aile_ assez forte; pour dire qu'il a commencé trop tost quelque entreprise au dessus de ses forces. On dit d'un homme malheureux, qu'Il en a dans l'_aile_, pour dire qu'il luy est arrivé quelque accident fâcheux, ou bien qu'il a passé les 50. ans qu'on marque avec une L.
AILÉ, ée. _adj._ qui a des _ailes_: Pegase est un cheval _ailé_. Les Poëtes appellent les oiseaux, les peuples _ailez_: Les papillons, les cigales sont des insectes _ailez_: Il y a des poissons _ailez_ qui sont fréquens sur l'Ocean Athlantique.
En termes de Blason on appelle un oiseau _ailé_, quand ses ailes sont d'une autre émail que son corps. On appelle aussi _ailé_ tout ce qui est peint avec des _ailes_, quoy que contre sa nature, comme un cerf _ailé_, un cœur _ailé_, des dragons, des serpens _ailez_, une main _ailée_, une tête de leopard _ailée_, une bande _ailée_, &c.
ALGEBRE. _s. f._ science qui sert à éclaircir, à étendre & à perfectionner l'Arithmetique, la Geometrie & toutes les sciences mathematiques. Quelques-uns l'ont définie, l'Arithmetique des nombres figurez, comme a fait Salignac de Bordeaux, qui en a fait un sçavant Traité. Elle considere les grandeurs, & s'applique aux nombres, aux lignes, aux figures, aux poids & aux vîtesses des mouvemens, tant en general qu'en particulier, en faisant abstraction de toutes matiéres: de sorte qu'on la pourroit appeller une _Geometrie metaphysique_. L'idée en a été prise sur la Régle qu'on appelle de fausse position en Arithmetique: car en operant sur une supposition incertaine, ou même fausse, elle fait connoître des veritez infaillibles & démontrées. Il y a deux especes d'_Algebre_: la premiere est la supputation des chiffres & des nombres avec des especes ou des lettres; la seconde est l'Analyse ou l'art de résoudre les questions, & de découvrir les veritez generales des Mathematiques. Ménage dérive ce mot de l'Arabe _Algebra_, qui signifie le rétablissement d'un os rompu, de la racine _Giabarra_, supposant que la principale partie de l'_Algebre_, est la consideration des nombres rompus: il y a apparence qu'il se trompe, & qu'il a pris l'origine d'un autre mot Espagnol _Algebrista_, qui signifie un Renoüeur de membres disloquez, que nous appellons en France un _Balleüil_: car la fraction n'a rien de commun avec l'_Algebre_, qui ne considere pas plus les nombres rompus que les entiers, & qui même exprime ses puissances par des lettres, qui ne sont pas susceptibles de fractions. Il est vray que le mot _Algebre_ est un mot Arabe, mais il est primitif de la langue, & il luy a été donné par son auteur qui étoit Arabe. Cardan dit qu'il se nommoit Mahomet fils de Moïse, & il le met au 9. rang des 12. plus excellens hommes, qu'il a choisis dans l'Antiquité pour la subtilité de leur esprit. Mais Scriverius en attribuë l'invention à Diophante Auteur Grec, dont Regiomontanus a recueilli 13. livres, qui ont été commentez par Gaspard Bachet, sieur de Meziriac, de l'Academie Françoise.
Les notes de l'Algebre sont telles:
+ signifie plus: ainsi 9 + 3 veut dire 9 plus 3.
- signifie moins: ainsi 14 - 2 veut dire 14. moins 2.
= est la note de l'égalité: ainsi 9 + 3 = 14 - 2 veut dire, neuf plus trois est égal à 14. moins deux.
:: Les quatre points entre deux termes devant & deux termes aprés, marquent que les quatre termes sont en proportion géometrique: ainsi 6. 2 :: 12. 4. veut dire, comme 6 est à deux, ainsi 12 est à quatre.
÷÷ est la note d'une proportion continuë. ÷÷ 3. 9. 27. veut dire que trois est autant de fois dans neuf, comme neuf dans 27.
: Ces deux points au milieu marquent la proportion arithmetique entre ces nombres. 7. 3: 13. 9. veut dire, 7. surpasse 3. comme 13. surpasse 9.
÷ Cette note marque la proportion arithmetique continuë: ainsi ÷ 3. 7. 11. veut dire, 3 est surpassé de 7. autant que 7. par 11.
Deux lettres ensemble marquent une multiplication de deux nombres ou grandeurs: ainsi _b d_ est le produit de deux nombres, comme 2. & 4. dont le premier s'appelle _b_, & l'autre _d_.
_V_ signifie racine, ainsi _V_4, c'est à dire, la racine de 4, qui est 2, lequel multiplié par lui-même fait 4.
On dit proverbialement quand quelqu'un n'entend rien à quelque chose qu'il lit, ou qu'il écoute, que C'est de l'_Algebre_ pour luy.
ALKALI. _s. m._ terme de Chymie & de Physique. C'est un sel vuide & poreux disposé à se joindre facilement à tous les acides. C'est par son moyen que les Chymistes rendent facilement la raison de la composition de tous les corps naturels, & la font voir par des experiences sensibles. Ils comparent ce sel à une terre vuide qui auroit été aux trois premiers jours du monde, avant qu'elle fut allumée par les rayons du soleil, qui s'étant incorporez dans cet _Alkali_, ont fait ensemble tous les corps sublunaires. L'acide donne les deux qualitez mâles, le chaud & le sec; & l'_Alkali_ les feminines, le froid & l'humide: ce qui a donné lieu à plusieurs beaux Traitez des Philosophes modernes, entre autres d'_Otho Takenius_, qui dans son _Hippocrates Chymicus_ en a écrit des premiers fort sçavamment; de _Bernard Swalue_ Medecin, dans le Combat de l'Art & de la Nature; & aux Entretiens de François André Medecin de Caën, sur l'Acide & l'_Alkali_. Ce mot est Arabe, & vient de _al_, qui signifie sel, & de _kali_ qui est une herbe que nous appellons _soude_. Et parce que son sel a la propriété d'absorber & de mortifier les acides, & de s'en impreigner plus facilement que les autres, on a appellé tous les sels de cette nature, sels _Alkali_, quelques-uns l'appellent autrement, _alun Catin_. Le tartre est le plus fort de tous les sels _Alkali_, & quand il est mêlé avec l'esprit de vitriol qui est un fort Acide, ils font une soudaine ébullition & coagulation, qui de liquides qu'ils étoient, font un corps solide. Les Philosophes proposent cette union comme un exemple general de la composition de tous les corps, qui se fait par les acides & les _Alkali_, à cause de la grande alteration qui arrive à la saveur & aux autres qualitez de ces sels unis. Il faut remarquer que leur effervescence & leur action cesse, lorsqu'ils se sont réciproquement pénétrez & rassasiez les uns des autres, car elle n'arrive plus par quelque addition qu'on puisse faire de l'un ou de l'autre, lors qu'ils sont proportionnellement unis. Ordinairement on appelle sels _Alkali_, tous les sels lexiviaux & artificiels qui se tirent des plantes.
ANTIMOINE. _s. m._ C'est un corps mineral qui approche de la nature des métaux, & que quelques-uns croyent en contenir tous les principes, parce qu'il se trouve prés des mines des uns & des autres, & sur tout dans celles d'argent & de plomb, & souvent il a sa mine propre. On l'appelle aussi Marchasite de plomb, & les Chymistes le nomment le _Loup_ ou le _Saturne des Philosophes_, parce qu'il devore les autres métaux, quand on les fond ensemble, & qu'il les consume tous à la réserve de l'or. On l'appelle aussi _Prothée_, à cause de la diversité des couleurs qu'il prend par le moyen du feu. On le tient composé d'un double soulfre mineral, l'un métallique approchant de la pureté & de la couleur de celui de l'or, & l'autre terrestre & combustible semblable presque au soulfre commun; d'un mercure fuligineux & mal digeré, participant de la nature du plomb & d'un peu de sel terrestre. Il ressemble à de l'écume d'argent, & il a une couleur claire & luisante, il se dissout difficilement au feu, & plus facilement dans l'eau. Il est fragile comme le verre, & tient le milieu entre les métaux & les pierres, parce qu'il se fond comme le métail; mais il n'est pas ductile non plus que les pierres. Il y en a un mâle qui est plus sablonneux, & un autre femelle qui est plus pesant, plus brillant & plus friable. On le mêle avec d'autres métaux pour faire des miroirs, parce qu'il les rend capables d'un plus beau poli. On le mêle aussi pour faire des cloches, parce qu'il rend leurs sons plus clairs; on le mêle à l'étaim pour le rendre plus dur, plus blanc & plus sonnant: & enfin au plomb dans les fontes des caracteres d'Imprimerie, pour les rendre plus durs & plus unis. Il aide generalement à la fusion des autres métaux, & sur tout à celle des boulets de canon. On a crû qu'il pouvoit servir à une medecine universelle: car c'est en effet celui qui fournit le plus de remédes, & pour un plus grand nombre de maladies. Sa principale qualité est de provoquer le vomissement, & de purger par haut & par bas: ce qui en fait faire diverses préparations, que les Medecins appellent _Emetiques_. Ils donnent aussi ce nom au vin blanc, dans lequel il est infusé, parce qu'il fait vomir. Les Latins l'appellent _stibium_, & les Grecs _stimmi_.
L'_Antimoine crud_ est celui qu'on broye sur le porphyre, tel qu'il vient de la mine.
L'_Antimoine préparé_ est celui qui a passé par les mains des Artistes, pour le purger de ses mauvaises qualitez, & faire diverses operations.
Le _Verre d'Antimoine_ est de l'antimoine broyé, cuit & calciné par un feu violent dans un pot de terre, jusqu'à ce qu'il ne jette plus de fumée: ce qui est une marque que tout son soulfre est évaporé. On le réduit en verre dans le fourneau à vent, & alors il est fort diaphane, rouge & brillant & de couleur d'hyacinthe.
Le _Regule d'Antimoine_ est le culot, ou ce qu'on trouve au fond & au dessous dans le creuset, où il y a de l'_Antimoine_, aprés qu'il a été fondu avec des matiéres capables de séparer ses parties pures d'avec les impures. On en fait des balles purgatives qui servent toûjours, & des gobelets, ou laissant reposer quelque temps des liqueurs, elles deviennent aussi purgatives.
Les _Fleurs d'Antimoine_ sont de l'_Antimoine_ en poudre sublimé dans un aludel, dont les parties volatiles s'attachent à ses pots, en projettant peu à peu la poudre.
Le _Beurre d'Antimoine_ est une liqueur blanche & gommeuse, qu'on nomme autrement _Liqueur glaciale d'Antimoine_, qui se fait avec du _Regule d'Antimoine_ & du sublimé corrosif. Cette liqueur se coagule en forme de glace dans le récipient, & est fort caustique, de sorte qu'on ne l'employe qu'à l'exterieur, pour arrêter la cangrene, guérir la carie des os, des cancers, des fistules, &c.
Le _Safran d'Antimoine_ se fait d'_Antimoine_ & de nitre mis en poudre & au feu, lequel aprés la détonation & la fusion, fait descendre au fond du vaisseau les parties les plus pures de l'_Antimoine_. Elles ont la figure d'un foye, qui font qu'on lui donne aussi le nom de _Foye d'Antimoine_, ou de _Safran des métaux_. On le nomme aussi _Magnesie Opaline_, à cause qu'il a la figure de Marchasite, & la couleur de l'Opale: on en fait les poudres & le vin Emetiques.
L'_Antimoine Diaphoretique_ est celui qui est mêlé & préparé avec du nitre, qui change ses qualitez vomitives & purgatives en diaphoretiques.
L'_Huile d'Antimoine_ est de l'_Antimoine_ pilé & mêlé, mis en digestion dans un vase plein de fort vinaigre sous du fumier pendant plusieurs jours, & aprés cette operation plusieurs fois réïterée, le vinaigre qu'on distile, donne une liqueur sanguine, qu'on appelle _Huile d'Antimoine_, & qui colore l'argent en or.
La _Chaux d'Antimoine_ s'appelle quelquefois _Ceruse_ à cause de son extrême blancheur.
La fortune de l'_Antimoine_ a souvent changé dans l'Ecole de Medecine. Elle fit donner un Arrest du Parlement en l'année 1566. qui fit défenses d'employer l'_Antimoine_ en médicamens, parce qu'elle prétendit qu'il avoit une qualité veneneuse, qui ne se peut corriger par quelque préparation que ce soit. Mais depuis, la même Faculté le fit mettre au rang des médicamens purgatifs dans l'Antidotaire, qui fut imprimé par son ordre en 1637. Et enfin elle a fait donner un Arrest du 29. Mars 1668. qui a donné permission aux Docteurs de Medecine de s'en servir, avec défenses aux autres personnes de l'employer que par leur avis.
Ce mot d'_Antimoine_ vient selon quelques-uns de ce qu'un Moine Allemand qui cherchoit la Pierre Philosophale, ayant jetté aux pourceaux de l'_Antimoine_, dont il se servoit pour avancer la fonte des métaux, reconnut que les pourceaux qui en avoient mangé, aprés avoir été purgez trés-violemment, en étoient devenus bien plus gras: ce qui lui fit penser qu'en purgeant de la même sorte ses confreres, ils s'en porteroient beaucoup mieux. Mais cet essai lui réüssit si mal, qu'ils en moururent tous: ce qui fut cause qu'on appella ce mineral _Antimoine_, comme qui diroit _contraire aux Moines_. Cette étymologie vient d'un vieux manuscrit d'Allemagne, qui est dans la Bibliotheque de M. Moreau Medecin du Roi, cité par M. Perrault dans son livre du Rabat-joye de l'_Antimoine_.
B.
BAN. _s. m._ publication à haute voix au son du tambour, ou de la trompette, ou des tymbales, de l'ordre d'un Superieur, ou de la part du Roi & de la Justice: On a fait un _ban_ portant défenses de sortir du camp, d'aller à la petite guerre: On a fait un _ban_ dans les carrefours, qui défend les passements d'or & d'argent. On trouve ces phrases dans les Coûtumes, Crier au _ban_, Cas de _ban_, A peine de _ban_, Proceder à _ban_, &c. On appelle aussi _ban_ la publication & le cri que fait faire le Seigneur feodal pour se faire rendre les hommages, ou lui payer les redevances, & le venir reconnoître. On dit aussi, _ban_ de vendanges, ouverture de _ban_, &c. pour dire, la publication de la permission des vendanges. Ménage dérive ce mot de l'Allemand _ban_, qui signifie proprement _publication_, & en suite _proscription_, parce qu'elle se faisoit à son de trompe, d'où sont venus les mots de _Bannir_, _Ban_, _Bannissement_, de _Bandi_, de _Ban_ & _arriére-Ban_, _Banlieuë_, _Banniére_, _Bannal_, _abandonner_, &c. Nicod le dérive d'un autre mot Allemand _Ban_, qui signifie champ & territoire, dautant que c'est en vertu de ce qu'on tient des fiefs, champs & heritages, qu'on est obligé au _ban_ & _arriére-ban_, & que le four à _ban_ est le four du territoire de la Seigneurie. Borel le dérive du Grec _pan_, qui signifie tout, parce que la convocation est generale.
BAN se dit aussi des publications qui se font aux Prônes des Paroisses, des noms de ceux qui veulent se marier, ou prendre les Ordres. Le Concile de Trente a ordonné la publication de trois _Bans_, pour empêcher les mariages clandestins. Ces publications ne sont pas de l'essence du mariage, on obtient aisément dispense des _Bans_, on achete les deux derniers _Bans_, quand le premier a été publié.
BAN se dit aussi de la publication qui se fait pour convoquer tous les Nobles d'une Province pour servir le Roi dans ses armées, suivant qu'ils y sont obligez par la Loy des Fiefs. On a publié le _Ban_ & l'_Arriere-ban_.
BAN est aussi l'Assemblée de ces Nobles en corps d'armée. Le _Ban_ & l'_Arriereban_ est long-temps à se mettre en campagne.
BAN se dit aussi des assignations qui se font à cri public aux vassaux pour comparoir devant leur Souverain en certaines occasions, & pour rendre compte de leurs actions. Les Princes d'Allemagne sont souvent assignez, sont mis au _Ban_ de l'Empire, & on confisque leurs Fiefs faute d'y rendre l'hommage, & le service dont ils sont tenus.
BAN signifie aussi bannissement, & on dit en termes de Palais: Il lui est enjoint de garder son _Ban_ à peine de la hart: Il a obtenu un Rappel de _Ban_.
BAN signifie encore un droit & un lieu public qu'ont les Seigneurs des grands Fiefs, pour obliger les Habitans d'une Seigneurie de venir cuire au four du Seigneur, moudre à son moulin, ou d'apporter leur vendange à son pressoir. Ainsi on dit, un four à _Ban_, un moulin à _Ban_, un pressoir à _Ban_; & on appelle sujets _banniers_ & droit de _bannée_, ceux qui sont obligez à ce droit. En quelques Coûtumes on appelle four _bandier_, moulin _banquier_, ce qu'on appelle ailleurs _Bannal_.
BANQUE. _s. f._ Trafic d'argent qu'on fait remettre de place en place, d'une Ville à une autre, par des lettres de change & par correspondance. Il est permis à toutes sortes de personnes de faire la _Banque_ sans être Marchand. Ce Marchand a quitté le négoce, il ne fait plus que la _Banque_. Ce mot vient de l'Italien _banca_, qui a été fait de _banco_. C'étoit un siége où les Banquiers s'asseoient dans les places de commerce, d'où on a fait aussi _banqueroute_. Ménage.
BANQUE se dit aussi du lieu public où s'exerce ce trafic, où les Banquiers s'assemblent, & où ils avoient autrefois un Banc. On l'appelle aussi d'autres noms; à Londres, c'est la _Bourse_; à Lyon, le _Change_; à Paris, la place du _Change_. On met son argent à la _Banque_, on y prête, & on y fait valoir son argent à gros interest, même en quelques lieux à fonds perdu.
BANQUE se dit aussi des Sociétez, Villes ou Communautez qui se chargent de l'argent des Particuliers, pour le leur faire valoir à gros interest: la _Banque_ de Venise, de Hollande: la Ville de Lyon a établi une _Banque_ pour prendre de l'argent à fonds perdu au denier huit & un tiers.
BANQUE se dit aussi en plusieurs Jeux, comme à l'Occa, à la Bassette; du fond de celui qui est maître du Jeu, qui se charge de payer ceux qui gagneront.
BANQUEROUTE. _s. f._ Faillite, fuite, abandonnement de biens que font des Banquiers, ou négocians publics à leurs créanciers avec fraude & malice. Beaucoup de Marchands s'enrichissent par des banqueroutes frauduleuses, en mettant leurs biens à couvert. La _Banqueroute_ est differente de la faillite, parce que la _Banqueroute_ est volontaire & frauduleuse, quand le _Banqueroutier_ s'enfuit & emporte le plus liquide de ses biens; la _faillite_ est contrainte & necessaire, & est causée par quelque fortune, ou accident. Et on tient qu'un homme a fait _faillite_ dés qu'il a manqué à acquitter des lettres de change, ou qu'il y a quelque desordre dans son négoce.
BANQUEROUTE se dit aussi de l'insolvabilité des Bourgeois, ou autres personnes, qui doivent plus qu'ils n'ont vaillant, & qui ne payent pas leurs dettes.
BANQUEROUTE se dit figurément en choses spirituelles: Il a fait _Banqueroute_ à l'honneur, au bon sens, à Dieu; & on le dit encore de ceux qui manquent à executer leurs promesses, à se trouver aux rendez-vous qu'ils ont donnez, ou de ceux qui se retirent secrettement d'une compagnie sans dire adieu. Ce mot vient de l'Italien _banca Rotta_, banque rompuë.
BANQUEROUTIER. iere. _s. m. & f._ Marchand ou Banquier qui fait Banqueroute: On n'est pas assez sévére pour condamner les _Banqueroutiers_ frauduleux, on ne les met qu'au pilori, & souvent ils méritent la corde, quoi que l'Ordonnance d'Henry IV. de l'an 1609. & celle de l'an 1673. ordonnent qu'ils soient poursuivis extraordinairement & punis de mort, ce qui a eu peu souvent son execution. On appelle proprement _banqueroutiers_ frauduleux ceux qui divertissent leurs effets, ou qui les mettent à couvert sous des noms interposez par de fausses ventes ou des transports simulez, ou qui font paroître de faux créanciers. On les condamne en quelques lieux à porter le bonnet verd, & à Luques à porter un bonnet orangé.
BANQUET. _s. m._ Festin, grand repas qu'on fait à ses amis: Assuerus fit un fameux _Banquet_ à toute sa Cour, dont il est parlé au Livre d'Esther. Plutarque a écrit du _Banquet_ des sept Sages. Ce mot vieillit & vient de l'Allemand _pancket_, dont les Italiens ont fait _banquetto_, & les Espagnols _banquette_.
BANQUET se dit aussi en matiére spirituelle: Tous les Chrêtiens doivent participer au sacré _Banquet_ celeste.
BANQUET en termes de manége, est la petite partie de la branche de la bride qui est au dessous de l'œüil, qui assemble les extrêmitez de l'embouchure avec la branche, & qui est cachée sous le chaperon ou fonceau.