Part 16
On appelle _oiseaux_ vilains, poltrons & tripiers ceux qui ne suivent le gibier que pour la Cuisine, qu'on ne peut affaiter ni dresser, comme les milans & les corbeaux, qui ne combattent que les poulets, lesquels n'ont ni vol ni défense. Un _oiseau_ dépiteux, qui ne veut pas revenir, quand il a perdu sa proye. Un _oiseau_ attrempé est celuy qui n'est ni gras ni maigre. Un _oiseau_ âpre à la proye, bien armé de bec & d'ongles. Un _oiseau_ fort à Delivre, qui n'a point de corsage qui est quasi sans chair, comme le heron. On appelle _oiseau_ allongé, celuy dont les pennes sont bien entieres, qui ont toute la longueur qu'elles doivent avoir; un _oiseau_ trop en corps, celuy qui est trop gras. On dit aussi un _oiseau_ de bonne aire, un _oiseau_ de grand travail & de bon guet, un _oiseau_ de bonne compagnie, un _oiseau_ pantois ou asthmé, un _oiseau_ égalé, quinteux, escartable, rebuté, un _oiseau_ d'échappe. Un _oiseau_ bon chaperonier. Il y a aussi des _oiseaux_ de nuit, de mauvais augure, de voirie, des _oiseaux_ de jour, _oiseaux_ de parade, de babil, & cageolleurs, _oiseaux_ sauvages, passagers, de combat, de volerie, de marais, de marine, qui rasent les étangs, & sont bons poissonniers, &c.
Les _oiseaux_ de leurre doivent avoir les mahutes hautes, les reins larges, bien croisez, bas assis, cour-jointez, les mains longues. On dit aussi apoltronir un _oiseau_, l'acharner, l'abecher, l'abattre, l'abaisser, l'entraver, l'essimer, & plusieurs autres phrases qui sont expliquées à leur ordre.
On appelle _oiseaux_ de riviére, les canards, sarcelles & autres aquatiques qui aiment les eaux. _Oiseaux_ de bois, les gelinottes, les faisans. _Oiseaux_ passagers, les beccasses, les cailles, les guignards. _Oiseaux_ domestiques, les poulles, les canes, oyes. On appelle _oiseaux_ de voliére, ceux qu'on garde en cage pour leur chant, leur ramage, leur gazoüillement, comme rossignols, serains, linottes, chardonnerets, &c.
Il y a des _oiseaux_ qui ne sont bon qu'à mettre à l'engrais, comme les coqs qu'on chaponne, qui perdent leur chant. Il y a des _oiseaux_ qui ne volent jamais, comme l'Autruche & le casuel. Kircher dit qu'il y a un _oiseau_ en la Chine qu'on appelle _hoang cio yu_, qui change de nature deux fois l'an; il est _oiseau_ tout l'Eté & se transforme en poisson durant l'hiver. Ce nom veut dire poisson jaune.
On appelle tirer à l'_oiseau_, quand on dispute le prix en s'exerçant à tirer de l'arc ou du fusil sur un _oiseau_ de bois qu'on nomme le papegay.
Les _oiseaux_ de leurre en terme de Blason témoignent la noblesse, parce qu'ils sont des marques d'hommage & de redevance; ce qui a fait que dans les sceaux anciens on a representé les Chevaliers avec une épée nuë à la main droite & un _oiseau_ de leurre à la gauche. Les Poëtes ont appellé l'Aigle l'_oiseau_ de Jupiter, le paon l'_oiseau_ de Junon, le hibou l'_oiseau_ de Pallas, le pigeon l'_oiseau_ de Venus, & le peuple appelle maintenant un bœuf _oiseau_ de S. Luc.
OISEAU de Limosin est une espece de vaisseau qui sert à porter le mortier dans les ateliers: il est composé de deux ais joints d'un côté en équerre & arrondis par l'autre extrêmité, il se porte sur les épaules.
OISEAU se dit proverbialement en ces phrases: Petit à petit l'oiseau fait son nid, en parlant des choses qui se font lentement & peu à peu. On dit que la belle plume fait le bel _oiseau_. On dit aussi: Ce n'est pas viande pour vos _oiseaux_, pour dire, Cela ne vous est pas destiné, c'est pour des gens d'une plus grande qualité. On dit qu'un homme a battu les buissons, & qu'un autre a pris les _oiseaux_, pour dire qu'il a travaillé, & que les autres en ont profité. On dit qu'un homme est comme l'_oiseau_ sur la branche, quand il n'a point de logement d'employ, de fortune assurée.
On dit aussi qu'un homme est battu de l'_oiseau_, quand il lui est arrivé plusieurs malheurs, plusieurs pertes qui lui ont abattu le courage. On dit aussi d'un prisonnier qu'on a manqué, ou qui a brisé les prisons, que l'_oiseau_ s'en est envolé. On dit aussi: Voilà une grande cage pour un petit _oiseau_, quand un homme de peu de considération est logé dans un logis magnifique. On dit qu'un _oiseau_ en a dans l'aîle, quand il a reçû un coup qui l'empêche de voler; on le dit figurément des hommes, dont la santé ou la fortune sont ruinées. On dit aussi ironiquement qu'un homme est un bel _oiseau_, pour témoigner un grand mépris de sa personne.
OISELER. _v. act._ terme de Fauconnerie qui signifie dresser un _oiseau_; oiseler un faucon pour le faire Bon gruyer, bon heronnier, l'affaiter, le leurrer & assurer, commencer à le mettre dedans & l'employer à voler. On dit aussi mettre l'_oiseau_ à poil, pour dire le dresser à voler gibier à poil.
OISELERIE _s. f._ métier de prendre, d'élever & de vendre des _oiseaux_.
OISELET ou OISILLON _s. m._ petit oiseau.
OISELEUR. _s. m._ celui qui prend des oiseaux. On le dit particuliérement de ceux qui prennent des _oiseaux_ de chasse au passage. Ménage a fait une belle Eglogue intitulée l'_Oiseleur_.
OISELIER. _s. m._ celui qui vend des _oiseaux_ de voliére, qui les éleve en cage.
OMBELLE. _s. f._ Terme de Blason qui se dit d'une espece de parassol que le Doge de Venise met sur ses Armes par une concession d'Alexandre III. quand il se réfugia à Venise en fuyant la persecution de Federic. Elle est quelquefois sur les Armes de la République.
OMBELLE en termes de Botanique est une partie de la plante, dont le bout de la tige se divise en plusieurs autres moindres tiges, lesquelles portent des bouquets ou graines; comme le fenoüil & l'anet sont des plantes à _ombelle_. Ce mot vient de ce que ces petites tiges s'ouvrent & sont disposées de la même maniére que les bâtons qui supportent un parassol, ou _ombelle_.
OREILLE. _s. f._ partie double de la tête des Animaux qui leur sert à ouïr, à entendre les sons qui la frappent. Pour la perfection de l'ouïe la Nature nous a donné une oreille exterieure & une interieure: l'exterieure est d'une substance membraneuse, & cartilagineuse, c'est à dire, mitoyenne entre l'os & la chair. Sa figure est presque en demi cercle, & creuse par dedans, comme une petite caverne; le haut de l'_oreille_ s'appelle l'aîle ou l'aîleron; l'extrêmité de son tour enfoncé du devant au dedans s'appelle gibbeuse, le trou & le creux de dedans s'appelle _la petite coquille_, ou _conque_, parce qu'elle ressemble à l'entrée de la coquille d'un limaçon; la cavité qui est auprés du conduit de l'_oreille_, en laquelle s'amassent ses ordures, s'appelle _Ruche_; & cette glu ou ordure qu'on en tire avec un cure-oreille, s'appelle le _suif_, & par quelques-uns la _cire_; le bout ou tendon qui est plus gras & charnu, s'appelle _lobe_, ce bout-là rougit d'ordinaire, quand on a de la honte; & tout le circuit de l'_oreille_ se nomme _helix_, c'est à dire, _tour_ ou _tortis_. Le conduit de l'_oreille_ est formé de parties cartilagineuses & osseuses. Les animaux couverts de plumes ou d'écailles n'ont point d'_oreilles_ exterieures, mais ils ont un trou ouvert pour ouïr.
L'_oreille interne_ est située en l'os pierreux derriére l'apophyse mamillaire, dans la partie écailleuse de l'os des temples, & est separée de l'organe externe de l'ouïe par la membrane du tambour: Elle est composée de quatre conduits; le premier qui est tourné vers le dehors, & toûjours ouvert, est celui qui donne passage au son, il est tortueux, biaisant, long & étroit, au bout duquel il y a cette membrane qu'on nomme tambour, qui est mince & seche, déliée & qui a le sentiment extrêmement vif. Ceux qui l'ont trop dense & épaisse dés leur naissance sont des sourds incurables. Derriére cette membrane on trouve une seconde cavité, que quelques-uns appellent la _quaisse_ du tambour, & d'autres le _bassin_, dans laquelle est contenu un certain air naturel & interne, que les anciens Medecins ont appellé implanté, qui selon eux, reçoit aisément l'impression de celui de dehors, & ils tiennent qu'il sert à l'ouïe, comme le crystalin à la vûë. Là on découvre trois petits os à qui on a donné le nom de leur figure; le premier est fait comme un petit _marteau_, le second comme une _enclume_, & le troisiéme qu'on nomme _étrier_, est triangulaire, comme étoient les étriers antiques. M. du Vernay en a découvert un quatriéme sur la tête de l'étrier; & ce qui est à remarquer, c'est qu'ils sont aussi gros & aussi grands aux enfans qu'aux hommes d'âge. Ils sont placez dans la cavité de la quaisse. Il y a une corde fort deliée qui passe derriére la peau du tambour, de même que le tymbre qui fait resonner un tambour de guerre. On doute si c'est une veine, un nerf ou une artere, tant elle est petite. Du Vernay dit que c'est un nerf. Il y a aussi des muscles dans cette cavité, dont deux servent au mouvement du marteau, & l'autre à celui de l'étrier. Ils sont si déliez qu'à peine les peut-on voir. Ils servent au flux & au reflux, ou au double mouvement du marteau: il y a aussi deux petites fenêtres, dont la plus haute s'appelle _ovale_, à cause de sa figure. La seconde est sans nom; & il y a un conduit qui va jusques dans le palais. La troisiéme cavité qui est creusée dans l'os pierreux, s'appelle le _labyrinthe_, pour ce qu'il y a plusieurs trous & chambrettes cachées. Elle est faite comme une coquille d'escargot. Sa premiére partie s'appelle le _Vestibule_, qui a 9. ouvertures, & la derniére le _limaçon_ ou _trou aveugle_, parce qu'il est sans bout & issuë. Il est composé d'une lame spirale montante, qui separe en deux un canal demi ovallaire, qui fait deux tours & demi au tour du noyau du limaçon toûjours en diminuant, & forme comme deux rampes d'escalier. C'est dans cette partie que du Vernay met l'organe immédiat de l'ouïe. Enfin on trouve le nerf de l'ouïe qu'on nomme le _nerf auditif_, qui prend son origine de la cinquiéme conjugaison suivant les Anciens, & la septiéme suivant les Modernes. Il y en a aussi un rameau de la seconde paire vertebrale, qui porte les images de tous les sons au sens commun. Enfin il y a un petit conduit cartilagineux, qui va de l'ovale dans le palais de la bouche, qu'on nomme _aqueduc_, & qui est fermé par une petite valvule, ou sous pape: de là vient que les sourds entendent un peu par la bouche, & qu'en leur faisant prendre le manche d'un luth avec les dents, ils en entendent l'harmonie. Dessous & derriére les oreilles il y a des glandules qu'on appelle _parotides_, qui sont des émonctoires par où le cerveau se décharge, & quand elles sont trop humectées, il s'y fait des tumeurs que le peuple appelle _orillons_ ou _oripeaux_. Ce mot d'_oreille_ vient du Latin _auris_, que Dulaurens dérive de _haurire_, qui signifie tirer ou puiser, parce que les oreilles tirent & reçoivent la voix & les sons dans leurs cavitez. Quelques Medecins ont crû que quand les _oreilles_ étoient coupées, les hommes devenoient stériles, & que de là est venuë la coûtume de couper les _oreilles_ aux larrons de peur qu'ils n'engendrassent de petits larronneaux.
Les _oreilles_ des Animaux sont faites diversement. Le Veau marin & toutes les especes de lezards & de serpens n'ont point du tout d'_oreilles_ externes; le singe & le porc-épic les ont applaties contre la tête comme les hommes; il y a une espece de Baleine qui a l'ouverture de l'_oreille_ sur les épaules. Les taupes ont le conduit de l'_oreille_ fermée par une petite peau qui s'ouvre comme une paupiére. La tortuë, le cameleon aussi bien que la plûpart des poissons, ont le conduit de l'_oreille_ tout à fait bouché.
Les bruits, les tintoins, les bourdonnemens sont des maladies des _oreilles_. Quand on dit qu'un homme a l'oreille dure, c'est à dire, honnêtement qu'il est sourd.
Les Incas du Perou se faisoient particuliérement remarquer par leurs _oreilles_, dont la largeur étoit si prodigieuse qu'elle est incroyable. Ils accordoient aux Capitaines qui les avoient bien servis, comme un grand privilege la permission de se percer les _oreilles_, à condition que le trou n'en seroit pas la moitié si grand que celui de l'Inca, & on leur donnoit même la mesure du trou, afin qu'il ne fût pas plus grand que le privilege portoit. Ils y portoient des pendans d'_oreille_ attachez à deux filets, longs d'un quart d'aune, & gros d'environ la moitié d'un doigt, ce qui les fit appeller par les Espagnols _orejones_, c'est à dire, hommes à grandes _oreilles_. Cette coûtume de se percer les _oreilles_ étoit aussi en usage chez les Indiens d'Orient, dont il est fait mention ci-aprés au mot PENDANS D'OREILLE.
OREILLE en termes de Musique, se dit du jugement que l'_oreille_ fait des sons. Cet homme danse bien, il a l'_oreille_ fine, juste, delicate, il observe la cadence. Cet homme n'a point d'_oreille_, ne distingue pas les tons & les mesures. On dit aussi des Orateurs & des Poëtes qu'ils doivent avoir de l'_oreille_, pour dire qu'ils doivent observer la cadence de leurs Vers, de leurs périodes, éviter les cacophonies. Un Ancien a dit que le jugement de l'_oreille_ étoit fort rigoureux.
On dit en ce sens d'un discours, des paroles, qu'elles blessent, qu'elles choquent les _oreilles_, quand elles déplaisent. Les ordures blessent les _oreilles_ chastes. Les barbarismes choquent les _oreilles_ des gens polis. Les belles paroles n'écorchent point l'_oreille_. Les grands ont les _oreilles_ delicates, se choquent de peu de chose. La Musique charme, flatte, chatoüille l'_oreille_. Il y a bien des gens qui se laissent prendre par l'_oreille_, charmer par une belle voix, persuader par un beau discours. On dit aussi qu'une chose sonne mal aux _oreilles_, quand elle est odieuse, quand on en a mauvaise opinion. On dit qu'un homme a l'_oreille_ d'un Prince, d'un Ministre, pour dire qu'il en a de favorables audiences, & tant qu'il veut; qu'il lui souffle, qu'il lui corne aux _oreilles_ quelque chose, pour dire qu'il fait tant qu'il le persuade. Il lui a dit un mot à l'_oreille_, pour dire qu'il lui a donné un avis secret.
A Syracuse il y a un lieu qu'on appelle l'_oreille_ de Denis le Tiran, c'est un trou qui perce dans une montagne, & qui fait qu'on entend en haut tout ce qui se dit en bas, quoi qu'à une grande distance.
On dit que la gelée, le vent, la grêle ont donné sur l'_oreille_ aux fruits, au bleds, pour dire qu'ils en ont été endommagez, qu'ils baissent l'_oreille_. On dit aussi d'un chapeau, qu'il baisse l'_oreille_, pour dire que les bords ne le soûtiennent pas bien; qu'il fait le clabaud: c'est une métaphore tirée des chiens de chasse qui ont de grandes oreilles pendantes.
OREILLE de cochon, est la partie du cochon la plus delicate pour manger en ragoût.
OREILLE de Parisien est un petit ouvrage de Patisserie fait de bœuf fort épicé, enveloppé d'une pâte legere en forme d'_oreille_, qu'on appelle autrement _rissolle_.
OREILLES du cœur sont deux petites parties ou ouvertures du cœur faites en forme d'_oreilles_, dont la droite aboutit à la veine cave, & la gauche à l'entrée de l'artere veineuse. Elles servent à recevoir le sang, & à en faire la circulation dans le cœur; l'_oreille_ gauche du cœur se dilate, quand le cœur se resserre pour en faire sortir le sang.
OREILLE en terme de mer se dit des voiles Latines qui sont triangulaires, qu'on appelle _oreilles_ de liévre ou à tiers point à la difference de celles qui sont à trait quarré. On appelle aussi les _oreilles_ ou les pattes d'un ancre.
OREILLE en termes d'Artisans, se dit aussi de deux petites avances qu'on applique au bord d'une écuelle pour la tenir plus facilement. Une écuelle à _oreilles_.
On appelle aussi _oreille_ la partie d'un cercle de fer qui est au haut d'un chauderon dans laquelle l'anse est mobile; & dans un minot la partie du cintre où sont attachez les deux bouts de la potence.
On appelle aussi _oreille_ les deux grosses dents d'un peigne qui sont aux extrêmitez, qui conservent les autres.
On appelle _oreilles_ d'un cadenas, ses ouvertures dans lesquelles son anse est mobile.
OREILLE se dit aussi du bord replié d'un livre, quand on veut y faire quelque marque pour retrouver aisément quelque endroit singulier, ou l'endroit où on en est demeuré en le lisant, cela arrive aussi aux livres frippez, qu'on a beaucoup maniez avec peu de soin.
OREILLE se dit aussi de cette petite courroye où se termine le quartier du soulier, qui sert à y attacher des rubans, ou des boucles pour le serrer.
OREILLE en terme d'Organistes, se dit de deux petites plaques de plomb que l'on soude sur les tuyaux à côté de leur bouche ou lumiére, qu'on abaisse ou qu'on releve pour faire des sons plus graves ou plus aigus: ils les nomment ainsi, parce qu'il semble qu'elles écoutent si les tuyaux sont d'accord.
On appelle en termes de Blason _oreilles_ deux petites pointes qui sont au haut des grandes coquilles, comme celles de S. Jaques.
On appelle _oreilles_ d'abricots des abricots confits dont on a ôté les noyaux, & dont on a rejoint les deux moitiez, en sorte que l'extrêmité de l'une n'aille qu'au milieu de l'autre, ce qui represente une espece d'_oreille_.
_Oreille_ d'ours est une petite fleur printaniére qui pare agréablement un parterre, quand on la sçait bien disposer: car il y en a de plusieurs couleurs. Cette herbe est une espece de saniclet qui a les feüilles grandes comme le plantain, & roulées dans le bourgeon: elles ont certains replis ou bords fort artistement faits, on l'appelle en Latin _Ursi auricula_, ou _dentaria minor_, ou _lunaria sanicula_, ou _artritica_.
_Oreille d'âne_, est aussi un nom qu'on donne à la grande consolide qui est une plante fameuse en Medecine. Voyez CONSOLIDE.
_Oreille_ de Rat, ou de souris, est le nom d'une plante qu'on appelle en Latin _pilosella_, c'est une espece de mouron, elle rampe toûjours par terre, & a des feüilles disposées en étoile, couvertes de poils blancs, ses tiges aussi rampantes ressemblent à de petites cordes souples rondes & veluës, qui prennent racine & poussent des branches nouvelles. Ses fleurs sont jaunes, qui à leur maturité s'envolent en bourre; ses racines sont déliées, & pourtant difficiles à arracher. Si on coupe la plante, elle rend du lait: son suc est astringeant, constipe le bêtail, & le fait mourir. Mathiole.
OREILLE se dit proverbialement en ces phrases: Un chien hargneux a toûjours les oreilles déchirées, pour dire que les gens quérelleux sont sujets à être battus. On dit que les murs ont des _oreilles_, pour dire qu'on a beau parler secretement & à l'_oreille_, il y a toûjours quelque espion qui écoute, &c.
On dit qu'un homme se fait tirer l'_oreille_, pour faire quelque chose, quand il la fait à regret, ce qui se dit par allusion à une coûtume qu'avoient les Romains d'amener par l'oreille en justice, ceux qui ne vouloient pas y venir rendre témoignage d'une action qu'ils avoient vûë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'_oreille_, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs témoignages dans Plaute, Virgile, & Horace, &c.
OREILLÉ. ée. _adj._ terme de Blason qui se dit des dauphins, lorsque leurs _oreilles_ sont d'un émail different de leurs corps; on le dit aussi des grandes coquilles, quand elles ont des _oreilles_ aussi d'émail different.
ORGUE. _s. f._ & autrefois _masculin_. C'est le plus grand & le plus harmonieux de tous les instrumens de Musique qui est particuliérement eu usage dans les Eglises, pour célébrer l'Office Divin avec plus de solemnité. On fait pourtant dans les maisons particuliéres quelques _orgues_ portatives, qu'on nomme cabinets d'_orgues_, mais dans les Eglises, on appelle buffet d'_orgues_ cette construction de menuiserie qui enferme toute la machine. Le grand Buffet sert pour le grand jeu, qu'on appelle le grand corps, & le petit buffet pour le petit jeu qu'on nomme le _positif_. Ce mot vient du Latin _organum_.
L'_orgue_ est composée de plusieurs tuyaux qui reçoivent le vent de gros soufflets, lequel est distribué par un sommier & par le moyen de plusieurs registres, qui ouvrent & ferment les ouvertures de ces tuyaux; & il y entre selon qu'on appuye les doigts sur les differentes touches du clavier.
On appelle accompagnement en l'_orgue_ les divers jeux qu'on touche pour accompagner le Dessus, comme sont le bourdon, la montre, la flûte, le prestant, &c. Ceux de la grande _orgue_ sont differents de ceux du positif.
La plûpart des piéces qui composent l'_orgue_ sont expliquées à leur ordre alphabetique: on dira seulement ici que le _chassis_ est une des principales piéces de l'_orgue_, parce qu'on enchasse dedans l'ais du sommier sur lequel on pose les tuyaux; on applique sur la table du sommier des tringles d'épaisseur de membrure, qu'on appelle _Barreaux_, éloignées les unes des autres de deux doigts, pour faire place à 48. _Raynures_ ou _crans_ ou _graveures_, sur lesquelles on met des _chappes_ ou des ais qui les couvrent, & dans l'intervalle vuide de ces _Raynures_, on fait entrer des Régles planettes & mobiles en forme de lattes, qu'on nomme _Registres_, on perce ces trois piéces vis à vis l'une de l'autre, pour donner passage au vent dans les tuyaux, lesquels on applique sur le plus haut de ces trous, & cet assemblage s'appelle le _sommier_ de l'_orgue_. On appelle le _secret_ de l'_orgue_ une layette ou quaisse, où est reçû & réservé le vent de la souflerie, pour le distribuer par les sous-papes au sommier qui est derriére. Vitruve nomme le _sommier canon musical_.
On appelle le _tamis_, la piéce de bois percée, à travers laquelle passent les tuyaux de l'_orgue_, & qui les tient en état.
L'orgue a deux ou trois & quelquefois quatre ou cinq claviers, dans les grands Buffets: ils sont divisez en plusieurs touches ou marches, comme ceux de l'Epinette & du clavessin. Chaque octave doit avoir 13. marches, & le clavier harmonique parfait en doit avoir 19. Une _orgue_ a pour le moins 2000. tuyaux tant dans le grand Buffet que dans le positif, & elle a jusqu'à 8. octaves d'étenduë depuis le tuyau de 32. pieds jusqu'à celui d'un demi-pied. Ces tuyaux sont de bois, d'étain, ou de plomb. Il y a des tuyaux à anche & des tuyaux ouverts & d'autres bouchez, où on remarque que le tuyau bouché descend deux fois plus bas que celui qui est deux fois plus long, & qui est ouvert, parce que l'air qui y entre, & qui en sort, a deux fois autant de chemin à faire. Les tuyaux à cheminée sont ceux qui ont un petit tuyau soûdé au bout d'en haut d'un plus grand.
Les simples jeux de l'_orgue_ sont, la montre, le premier & le second bourdon, le prestant & la doublette, le flageolet, & le nazard, la flutte d'allemand, la tierce, la fourniture, la grosse cimbale, la seconde cimbale, le cornet, le larigot, la trompette, le clairon, le cromorne, la régale ou la voix humaine, la pédale, la trompette & la flûte de pédale, sans compter le tremblant qui n'est qu'une modification des jeux.
De ces jeux on en fait plusieurs composez, qu'on varie en une infinité de façons. On appelle le plein jeu de l'_orgue_ celui qui est composé de la montre, du bourdon, du 16. & du 8. pieds, du prestant & de la doublette, de la fourniture & de la tierce. Les facteurs d'_orgue_ y ajoûtent d'autres jeux, ou en retranchent suivant leur different genie, ou la dépense qu'on y veut faire.
On appelle le _temperament de l'orgue_ une diminution du ton majeur d'un comma, dont on augmente le ton mineur par une espece d'équation pour les rendre plus justes. L'invention de l'_orgue_ est fort ancienne: Vitruve en décrit une dans son dixiéme livre. L'Empereur Julien a fait une Epigramme à sa loüange. Saint Jerôme fait mention d'une _orgue_ qui avoit 12. souflets, dont la layette étoit faite de deux peaux d'Elephant, & on l'entendoit de mille pas: il dit qu'il y en avoit une en Jerusalem qu'on entendoit du Mont des Olives.