Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Part 15

Chapter 153,618 wordsPublic domain

NOMBRE _parfait_, est celui qui est égal aux parties qui le composent, si on les ajoûte ensemble, comme 6. est parfait, parce qu'il égale la somme de 1. 2. 3. qui sont ses parties.

NOMBRE _sourd_, ou _irrationnel_, est un _nombre_ qui n'a pas de proportion avec un autre.

NOMBRES _cosiques_. Terme d'Algebre: ce sont les diverses puissances d'un _nombre_ multiplié plusieurs fois par lui-même. Racine, quarré, cubique quarré de quarré, cubo cubique, &c. sont des _nombres cosiques_.

NOMBRE _entier_, est celui qui n'est point divisé, qui est sans fraction.

NOMBRE _rompu_, c'est un _nombre_ divisé en plusieurs parties, ou fractions, qu'on écrit avec deux rangs de chifres, divisez par une barre, dont celui de dessus est le numerateur, celui de dessous le dénominateur.

NOMBRE _poligone_, en termes d'algebre signifie un _nombre_ à plusieurs angles qui se forme par des _nombres_ en progression Arithmetique ou égale; en telle sorte que s'ils étoient arrangez & marquez en points, ils feroient une figure à plusieurs angles. Par exemple, si on marque un point en haut, & deux en bas, cela fera un triangle, & le _nombre_ de trois fera un trigone: Si on marque deux en haut & deux en bas, cela fera un quadrangle, ou _nombre quarré_, qui fera quatre. Ce qui arrive quand la progression va seulement par un ou deux: mais si la difference des _nombres_ est de trois, elle fera un pentagone, si elle est de quatre un exagone; si elle est de cinq un eptagone, & ainsi du reste. Voyez l'Algebre du P. Malebranche, où les propriétez de ces _nombres_ sont bien expliquées.

NOMBRE, en termes de Palais, & en plusieurs Arts, se dit aussi d'une quantité incertaine, indéterminée. Quand on dit j'ai été mille fois chez lui, on prend un _nombre_ certain pour un incertain; un _nombre_ rond c'est cent ou mille, &c. Nous n'étions pas _nombre_, c'est à dire, nous n'étions pas assez pour juger, pour tenir Chapitre, & déliberer: il faut ceder au _nombre_, à la force, à la pluralité. Dans les grands Corps, la plûpart ne servent que de _nombre_. Il a _nombre_ d'envieux: il a un _nombre_ innombrable d'écus. On dit mettre au _nombre_, ou du _nombre_, pour dire dans le rang, dans la liste, dans le Catalogue; on l'a mis au _nombre_ des Saints. Il est du _nombre_ des exilez. Il s'est mis du _nombre_, pour dire il s'est mis dans la troupe. On dit aussi dans le blazon, des étoilles, des fleurs de lys sans _nombre_, quand l'écu en est chargé sans qu'il y ait de _nombre_ prescrit.

NOMBRE en Musique, en Poësie, en Rhetorique, se dit de certaines mesures, proportions, ou cadences qui rendent agréable à l'oreille un air, un vers, une période. Il y a un certain _nombre_ qui rend les périodes harmonieuses: les vers sont composez d'un certain _nombre_ de pieds ou de syllabes. Toute musique a un certain _nombre_ de notes.

NOMBRE en termes de Grammaire, se dit du singulier & du plurier, & du duel chez les Grecs & les Hebreux. Il faut que le substantif & l'adjectif s'accordent en genre, en cas, & en nombre.

NOMBRE _d'or_, est un terme du comput Ecclésiastique, qui est une période de dix-neuf ans, inventée par Methon Athenien, au bout de laquelle on void arriver les mêmes lunations, & la même Epacte, quoi que cette période ne soit pas tout à fait juste. Et on dit figurément en ce sens, qu'un homme entend le _nombre d'or_, quand il a trouvé l'art d'amasser beaucoup de bien.

En Théologie on appelle le Livre des _Nombres_ un des Livres du Pentateuque, qui contient les cérémonies de la Loi de Moïse.

En agriculture on appelle un _nombre_ de gerbes, douze gerbes: Il faut trois _nombres_ de bled pour faire un septier de grain. On a fourni trente _nombres_ de gluis pour recouvrir cette bergerie.

NOMBRER. _v. act._ Compter sçavoir le nombre. Il y avoit une quantité de peuple si prodigieuse qu'on ne la pouvoit _nombrer_. On met dans tous les Contracts, cette somme a été comptée & nombrée en presence des Notaires.

NOMBREUX. euse. _adj._ en grand nombre. La France est habitée par un peuple fort _nombreux_; l'assemblée étoit fort _nombreuse_.

NOMBREUX, signifie aussi agréable à l'oreille, harmonieux. Cette période est fort _nombreuse_, ces vers sont fort _nombreux_.

NOMBREUSEMENT. _adv._ en grand nombre. Le peuple vint _nombreusement_ & en foule faire ses plaintes au Roi, &c.

NOMBRIL _s. m._ C'est une partie du corps de l'animal composée de quatre vaisseaux umbilicaux, sçavoir une veine, deux artéres, & l'ouraque qui s'unissent ensemble, & sont renfermez comme dans un canal long, nerveux, tortillé; qu'on appelle _cordon_, _lacet_, ou _petit intestin_; c'est par où le fœtus prend sa nourriture dans le ventre de la mere, & quand l'enfant est né, ces quatre vaisseaux ayant fait leur fonction, dégénérent en un ligament qui fait comme un nœud au milieu du ventre, qu'on appelle le _nombril_. La veine du _nombril_ est le lien du foye, quand elle est coupée il tombe & tire quand & soi le diaphragme. Ce mot vient de _umbilicus_ Latin, & celui-ci de _umbo_, qui signifie _bouton_, ou _bosse_ qui est au milieu d'un bouclier.

NOMBRIL de _Venus_, est une plante que les Grecs appellent _cotyledon_, les Latins _umbilicus Veneris_, _myrepsus_, _cymbalium_; d'autres _cymbalaria_, & d'autres _scatuucellus_.

En Botanique on appelle le _nombril_, ou _l'œil_, dans les poires, les pommes, & autres fruits semblables l'endroit où sont enfermez les pepins.

En termes de Blason, on appelle le _nombril_ de l'écu un point qui est au milieu du dessous de la fasce, & qui la separe de la pointe. Il portoit d'or à un écusson de gueules mis au _nombril_.

NORD. _s. m._ Terme de Marine dont on se sert sur la mer Oceane pour signifier le pole arctique, ou Septentrional, qui est élevé sur nôtre horison. L'étoile du _Nord_ est la derniére de la queuë de la petite ourse, qui est à deux degrez du pole. On a fait virer le cap au _Nord_. La boussole est ce qui marque le _Nord_. Depuis le _Nord_ jusqu'au Sud. Le vent est tourné au _Nord_. Le Soleil revient en Eté vers le _Nord_.

_Nord_, signifie aussi la partie du monde qui est Septentrionale, à l'égard de quelque autre païs. L'Angleterre est au _Nord_ de la France. Les Princes du _Nord_ sont la Suéde, le Danemark, la Lapponie, &c. Les peuples du _Nord_ aiment bien à boire. Les Navires Hollandois qui n'osent entrer dans la Manche sont contraints de prendre leur route par le _Nord_ d'Ecosse.

NORD, est aussi le nom qu'on donne à un des quatre vents cardinaux, qui vient du côté du Septentrion, qu'on appelle autrement la _bise_, & sur la Mediterranée _tramontane_. Le _Nord_ qui souffloit avec violence nous empêcha d'aborder; le _Nord_ est un vent froid & sec. Ces mots de _nord_, _sud_, _est_, & _oüest_ sont de vieux mots François dont on se servoit du temps de Charlemagne, qu'on dit être celui qui leur a donné ces noms; qui passent aujourd'hui pour Allemans.

NORDEST, est un quart de vent entre l'Orient & le Septentrion, que sur la Mediterranée on appelle galerne: _Nordoüest_, est un quart de vent entre le Septentrion & l'Occident, sur la Mediterranée on l'appelle _maëstral_.

NORT _nordest_, _nordnord quart au nordest_, sont des subdivisions de vent entre l'Orient & le Septentrion; on fait la même subdivision à l'égard du _Nordoüest_.

NORDESTER. _v. n._ Terme de Marine qui se dit de l'aiguille aimantée, lors qu'elle décline du _Nord_ vers _l'Est_, ou l'Orient; & _Nordoüester_ se dit quand elle décline du même point vers _l'Oüest_, ou l'Occident.

NOTA. _s. m._ Terme Latin dont on use au Palais & dans l'Ecole, pour signifier une marque qu'on met en quelque endroit d'un livre ou d'un écrit, quand il y a quelque chose de remarquable, & dont on veut se souvenir.

NOTA, se dit aussi d'une explication, d'une restriction, ou d'une observation que font les Auteurs d'un Livre, ou ceux qui en font faire l'édition, soit dans le texte, soit dans la glose, pour empêcher que le Lecteur ne se trompe: ou pour l'avertir de quelque chose. Cet article de compte est alloüé, mais il y a un _nota_ qui montre qu'il en faut faire la reprise.

NOTA, se dit dans le discours ordinaire pour tenir lieu de parenthese. Cet importun me vouloit encore conter son procés, _nota_ qu'il étoit deux heures, & que j'étois à jeun.

NOTABLES. _adj. m. & f. & s._ qui est excellent, rare, singulier, remarquable, considerable; on le dit premiérement des personnes. L'élection des Echevins se fait par les _notables_ Bourgeois qu'on mande à la Ville pour cet effet. On a fait autrefois une Assemblée des _notables_ à Roüen, des personnes considerables de l'Etat.

On le dit aussi des choses. Nous avons eu un avantage _notable_ sur les ennemis. Ce Marchand a fait une perte _notable_ dans ce naufrage. Il est engagé pour une somme _notable_ dans cette banqueroute. Plutarque a fait un traité des Dits _notables_ des Lacedemoniens. Les Arrêts _notables_ ont été recueillis par les Arrestographes.

NOTABLEMENT. _adv._ d'une maniére considerable. On a interessé _notablement_ ce Favori en une telle affaire, pour la faire réüssir. Cet homme a été _notablement_ blessé dans une telle mêlée.

NOTAIRE. _s. m._ Officier dépositaire de la foi publique, qui garde les nottes & minutes des Contracts que les parties ont passé par devant lui, & qui en delivre des expeditions qui sont authentiques & obligatoires, & portent hypotéques. Les _Notaires_ du Châtelet ont maintenant la qualité de Conseillers du Roy & Gardenottes. Les Secretaires du Roy s'appellent Conseillers, _Notaires_ & Secretaires du Roy. Il y a quatre _Notaires_ & Secretaires du Parlement. Ragueau fait une distinction entre les _Notaires_ & _Tabellions_, & dit qu'en plusieurs Villes les _Notaires_ reçoivent & passent seulement les minutes & nottes des Contracts, & les peuvent délivrer aux parties en Brevet; mais qu'ils sont tenus de les porter aux Tabellions pour les garder & delivrer en grosse aux parties si elles le requérent pour avoir une execution parée; & il se fonde sur des Edits de François Premier dés années 1542. & 1543. mais ces Tabellions ont été supprimez par le Roy Charles IX. en l'Ordonnance d'Orleans; & maintenant on appelle _Notaires_ tous les Officiers Royaux qui reçoivent, & qui delivrent des grosses de toutes sortes de Contracts & conventions, & _Tabellions_ ceux qui font la même chose dans les Seigneuries & Justices subalternes. On appelle maintenant l'étude des _Notaires_. On disoit autrefois boutique, & on le dit encore en plusieurs Provinces.

Les _Notaires_ ont été ainsi appellez, parce qu'anciennement ils écrivoient par nottes ou écritures abregées, une lettre signifiant un mot entier; cela a donné occasion à Valerius Probus de travailler à l'explication des nottes des Anciens, comme il a fait trés-utilement. Magnon fit un traité des abbreviations du Droit dés le temps de Charles le Chauve; & Pierre Diacre en fit un plus ample au temps de l'Empereur Conrad; & Goltzius en a fait un pour l'intelligence des legendes des médailles.

Notaire Apostolique, est un _Notaire_ qui reçoit & expedie des actes en matiére spirituelle & beneficiale, comme les résignations de Benefices, concordats de permutation, &c. Il a une commission du Pape confirmée & approuvée par l'Evêque diocesain, & il est opposé à _Notaire_ Royal.

On dit proverbialement quand un homme est en réputation de garder sa parole, c'est autant que si tous les _Notaires_ y avoient passé. On dit aussi Dieu nous garde d'un &c. de _Notaires_, parce qu'ils font quelquefois six rolles pour expliquer ces trois mots de leurs minutes, promettant, &c. obligeant, &c. renonçant, &c.

NOTAMMENT. _adverb._ particuliérement: On a donné ordre à ce Sergent de contraindre tous les cottisez, & _notamment_ tels & tels.

NOTARIAT. _s. m._ Qualité, charge, fonction de Notaire. On ne doit admettre au _Notariat_ que des gens d'une vertu integre, d'une fidélité inviolable.

NOTTE. _s. f._ terme de pratique, minute d'un Acte qu'on passe chez un Notaire; il n'est plus en usage que dans le composé en cette phrase, les Notaires sont créez _Gardenottes_ du Roy.

NOTTE, marque qu'on fait à quelque feüillet ou passage d'un livre pour le retrouver au besoin. J'ai lû ce livre, & j'ai fait des _Nottes_ avec un crayon, avec des coups d'ongle. On met un, _hic_, ou une _Notte_ à la marge d'un Contract pour en remarquer la clause décisive, ou importante.

NOTTE. Est aussi une remarque ou explication qu'on met à la marge, ou au bas de la page d'un livre, d'un écrit, pour en faciliter l'intelligence. Le textuaire de Droit avec les _nottes_ de Godefroy est estimé. Les _nottes_ de Dumoulin sur la Coûtume de Paris. Les _nottes_ de Cujas, &c. Cette Bible est imprimée avec des _nottes_ marginales.

NOTTE, se dit aussi de ce qui marque quelque défaut, ou imperfection. Dans un Dictionnaire on doit mettre une _notte_ à un mot quand il est vieux ou particulier à quelque art ou science; quand il est dans l'usage commun il n'y faut point de _notte_. Cette fille a épousé un honnête homme, mais il est bâtard, c'est une grande _notte_. Quand quelqu'un est pendu, c'est une _notte_ pour toute sa famille. On appelle aussi _notte_ d'infamie, celle dont une personne est marquée par sa profession, ou par quelque jugement. Le métier de Comedien porte avec soi une _notte_ d'infamie. Toute condamnation à peine afflictive emporte _notte_ d'infamie.

NOTTES. Sont aussi des caractéres ou abreviations qu'on fait, soit pour écrire promptement, soit pour signifier quelque chose. Herigone a fait cinq tomes d'un cours de Mathematique en _nottes_, qu'il prétend être une langue universelle, & pouvoir être entenduës de tout le monde. Les Jurisconsultes ont des _nottes_, comme §. _paragrapho_, ff. _digestis_. E. _extra_. _Scto. senatus consulto._ Les Romains avoient des _nottes_ pour leurs inscriptions, _S. P. Q. R. Senatus, populusque Romanus_, _p. p. pater patriæ_. Ce sont ces _nottes_ anciennes qu'a expliqué Valerius Probus. Les Chimistes ont leurs nottes _a, a, a_, Amalgamer, _s, s, s_, _stratum super stratum_. L'Algebre a aussi ses _nottes_ expliquées à Algebre.

Les Medecins, Chirurgiens & Apoticaires se servent de _nottes_ ou caracteres, pour marquer le poids & les doses de leurs Ordonnances.

NOTTE, en termes de Musique se dit des caracteres qui marquent les tons, les élevations ou les abaissemens de la voix, & ses mouvemens vîtes ou lents; enfin toutes les variations qui y doivent faire de l'harmonie.

La _notte_ maxime est figurée par un quarré long avec une queuë, elle vaut 8 mesures, quoi que le Pere Mersenne la fasse de 12. La longue est un quarré avec une queuë qui en vaut la moitié, ou quatre mesures: la bréve est un quarré sans queuë, qui vaut deux mesures; la semi-bréve est un quarré sans queuë, qui est posé sur ses angles, ou en losange, qui vaut une mesure, ou le lever & le baisser de la main; la minime est une losange avec une queuë, qui vaut la moitié d'une mesure; la noire a la même figure; mais elle est pochée & vaut un quart de mesure; la crochuë est la même figure avec un croc par en bas, qui vaut un huitiéme de mesure, & la double crochuë un seiziéme.

Il y a aussi des _nottes_ ou caracteres pour signifier les pauses, les repos ou silences qui marquent qu'il faut se taire aussi long-temps qu'on est à chanter la _notte_ qui précéde; elles se font avec des points ou des lignes qui traversent d'un réglet à l'autre.

Les Grecs faisoient leurs _nottes_ de musique avec des lettres simples ou doublées, droites ou renversées, comme on prouve par les Livres de Bacchius, d'Alipius, de Porphire & de Boëce.

On dit en ce sens qu'un homme chante sur la _notte_, pour dire à livre ouvert sur un Livre _notté_, ou qu'il fait des accords sur la _notte_, sans avoir étudié ce qu'il chante.

NOTE, se dit aussi pour signifier le ton. Il y a sept _notes_ en Musique qu'on appelle _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, _si_; les six premiéres ont été inventées en l'an 1024. par Guy Aretin Moine Benedictin, qui les trouva à Pompose dans le Duché de Ferrare, sous le Pape Jean XX. lequel les reçût avec si grand applaudissement, qu'il commanda de mettre cette maniére de chanter en usage; aussi est-elle si facile, qu'on apprend plus de Musique en un jour avec cette méthode, qu'on ne faisoit autrefois en un an avec celle des Grecs, dont on s'étoit servi jusques alors. Il intitula _Micrologue_ le livre où il publia cette invention. Aretin a pris les _nottes_ _ut_, _re_, _mi_, _fa_, _sol_, _la_, de l'Hymne des Vêpres de S. Jean Baptiste, _Ut queant laxis, &c._

La septiéme _notte_ a été inventée de nos jours par le Maire, qui est un, _si_, qui differe d'un demi ton du, _la_; il sert à éviter la difficulté des muances qui étoient restées dans la gamme de Guy Aretin; cette syllabe est plus haute d'un demi ton que le, _la_, & quand on voudra avoir un ton entier, on mettra une diése au dessous.

On peut faire 720 variétez des six _nottes_ de Musique sans repeter la même deux fois; & on peut faire 40820 airs differens des _nottes_ de chaque octave. Il y a des Organistes qui font 32 _nottes_ dans la mesure binaire, qui dure seulement une seconde de minute.

NOTTE, se dit proverbialement en ces phrases: on dit d'un Menêtrier qu'il ne sçait qu'une _notte_, qu'il n'aura qu'un double, pour dire qu'il ne sçait qu'une chanson. On dit aussi qu'un homme change de _notte_, quand il parle d'une autre maniére qu'il n'avoit fait, quand il supplie au lieu de menacer. On dit aussi de celuy qui ne sçait rien de la matiére dont on l'interroge, qu'il n'en sçait _notte_, qu'il n'en a pas retenu une _notte_.

NYMPHE. _s. f._ Fausse divinité que les Payens croyoient présider aux eaux, fleuves & fontaines. Quelques-uns en ont étendu la signification, & les ont prises pour Déesses des montagnes, des forêts, & des arbres, qu'on appelle particuliérement, _Oreades_, _Dryades_, _Hamadryades_ & _Napées_, la _Nymphe_ de la Seine, de la Loire.

NYMPHE. Dans les Romans se dit des Dames de condition qu'on introduit, à qui on donne un rang au dessus des Bergeres, comme dans l'Astrée la _Nymphe Galathée_.

NYMPHE se dit en ce sens des Maîtresses, que chacun se fait, en une compagnie, ou qu'on meine en une promenade. En cette partie de divertissement chacun avoit sa _Nymphe_, chacun fit danser sa _Nymphe_ à ce Bal.

NYMPHES, en termes de Medecine sont de petits aîlerons, ou parties molles & spongieuses qui sortent & avancent hors les lévres de la matrice; elles servent à guider l'urine, & à la conduire comme entre deux parois, ce qui leur a donné le nom de _Nymphes_, comme qui diroit Dames des eaux, ou du conduit d'où l'urine coule comme d'une source. On les appelle aussi aîles.

Les Naturalistes appellent _Nymphe_ la petite coque des vers à soye qui reste aprés qu'on en a devidé le cocon; c'est une pellicule jaune dans laquelle sont enfermez leurs œufs; ils l'appellent en Latin _nympha aurea_, autrement _chrysalis_. Tous les insectes volans, comme papillons, mouches & chenilles ont de semblables _nymphes_, mais qui ne sont pas si sensibles. Voyez Swammerdam, qui en a fait un excellent volume.

O.

OBLAT. _s. m._ Est un Moine lay que le Roi mettoit cy-devant en chaque Abbaye ou Prieuré dépendant de sa nomination, auquel les Religieux étoient obligez de donner une portion monachale, à la charge qu'il sonneroit les cloches, qu'il balayeroit l'Eglise & la court. Ces places étoient destinées à des soldats estropiez & invalides. Cette prestation s'est convertie en argent, qui étoit taxée à vingt écus, puis à 100 livres, & enfin on l'a augmentée jusqu'à 150 livres. Depuis on a transferé tous ces oblats avec leurs pensions, à l'Hôtel des Invalides à Paris. Pasquier dit que les oblats commencerent à avoir lieu du temps des _Capets_, & que le Roi se départant du droit qu'il avoit d'assister à l'élection des Abbez, se réserva le privilege d'aumôner une place de Religieux à un pauvre soldat impotent; & alors il donna de ces Oblats dans les Monasteres électifs seulement.

OBTUS, _s. m._ Terme de Geometrie. Angle qui a plus de 90 degrez ou d'un quart de cercle. Un triangle _obtus_ est celuy qui a un de ses angles obtus.

OBTUS se dit figurément d'un esprit qui n'est point subtil ni pointu, qui est émoussé. C'est un homme qui a l'esprit _obtus_.

OBTURATEURS. _adj._ Terme de Medecine qui se dit de deux muscles de la cuisse, parce qu'ils bouchent le trou qui est entre l'os pubis & celuy de la hanche.

OGIVE. _s. f._ Terme d'Architecture. C'est le trait d'une voute qui au lieu d'être en berceau ou en plein ceintre, trace une diagonale en forme d'arrête.

Les deux _ogives_ diagonales en se croisant forment la clef de la voute. Les arcs en berceau d'où les _ogives_ sortent, s'appellent _arcs doubleaux_; & ce qui est entre les _ogives_ & les arcs doubleaux, s'appelle le _pendentif_ de la voute. Les parties des _ogives_ qui sont en saillie, s'appellent les _nerfs_.

OGOESSES. Terme de Blason qui se dit des tourteaux de sable pour les distinguer des autres qui se nomment _Gulpes_, quand ils sont de pourpre; quand ils sont de geules, _guses_; quand ils sont d'azur, _heurtes_; & quand ils sont de sinople, _pommes_ ou _volets_, quoy qu'ils retiennent tous en général le nom de _tourteaux_.

OIGNEMENT. _s. m._ Action par laquelle on oint, on parfume. Le lavement & l'oignement des pieds étoit une honnêteté que les juifs faisoient à leurs hôtes, à ceux qu'ils vouloient honorer, comme celuy que fit la Madelaine au Sauveur.

OISEAU. _s. m._ Animal qui s'éleve en l'air, qui le traverse, qui s'y tient suspendu par le secours de ses plumes & de ses aîles. Le Phenix, s'il y en a, passe pour le Roi des _oiseaux_. C'est une erreur de croire que les _oiseaux_ de paradis volent toûjours, ils ont des pieds avec lesquels ils s'attachent aux branches pour dormir. Les Romains observoient avec soin le vol des _oiseaux_. A l'arrivée des Européans dans les Isles de l'Amerique, tous les _oiseaux_, à ce qu'on dit, étoient privez parce qu'on ne leur faisoit point la guerre. Ce mot vient d'_Avicellus_, ou _Aucellus_, dont les Italiens ont fait aussi _Augello_. Ménage & Du Cange.

On appelle en termes de Fauconnerie, _oiseaux_ de proye, les gros _oiseaux_ qui vivent de grip, de rapt & de rapine, qu'on dresse & qu'on apprivoise. On appelle _oiseaux_ niais ceux qui sont pris au nid. _Oiseau_ branchier celuy qui n'a encore que la force de voler de branche en branche. Un _oiseau_ sor, celuy qui n'a point encore mué, il ne se dit que des oiseaux de passage, & non du niais & du branchier. Un _oiseau_ hagard, celuy qui a été à soi, qui est plus farouche. Un _oiseau_ de bonne ou de mauvaise affaire, celuy qui est docile ou farouche. On appelle parement de l'_oiseau_, la maille qui luy couvre le devant du col; manteau d'_oiseau_, le plumage des épaules, du dos & du dessus des aîles. Serres d'_oiseau_, ce sont leurs griffes. Mains d'_oiseau_, ce sont leurs pieds. La couronne de l'_oiseau_, c'est le duvet qui couronne, qui joint le bec à la tête. On appelle train de l'_oiseau_, son derriére, ou son vol.

On appelle _oiseau_ de poing, celuy qui étant reclamé, fond sur le poing sans entremise de leurre, comme l'autour & l'éprevier; _oiseau_ de leurre, celuy qui fond sur le leurre, quand on le luy jette, & delà sur le poing. On en compte dix ordinaires, faucon, gerfaut, sacre, lanier, aigle, tagarot, émerillon & hobereau, le faucon & le sacre bâtards, _oiseau_ de montée, est celuy qui s'éleve fort haut, comme le milan, le heron, &c. Il y a des _oiseaux_ pour la haute & pour la basse volerie. _Oiseau_ pillard celui qui pille & détrousse un autre; _oiseau_ chariard, qui dérobe sa perdrix; _oiseau_ bas & tenu par le Bec, c'est à dire, en faim. L'_oiseau_ Bâtard est, par exemple, un faucon né d'un tiercelet de faucon & du lanier; ou un sacre né du sacret & du lanier.