Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Part 14

Chapter 143,675 wordsPublic domain

MASSORE. _s. f._ Terme de Théologie. C'est un travail fait sur la Bible par quelques sçavans Rabbins pour en empêcher l'alteration. Buxtorfe la définie une Critique d'un texte Hebreu, que les anciens Docteurs Juifs ont inventée, par le moyen de laquelle on a compté les versets, les mots, & les lettres de texte, & l'on en a marqué toutes les diversitez; car le texte des Livres sacrez étoit autrefois écrit tout d'une suite, sans aucune distinction de Chapitres, ni de versets, ni même de mots; de maniére que tout un Livre n'étoit qu'un mot continu à la maniére des Anciens, dont on voit encore plusieurs manuscrits Grecs & Latins, écrits de cette sorte. Ce mot ne signifie que _tradition_, comme si cette critique n'étoit autre chose qu'une tradition que les Juifs avoient reçûë de leurs peres. On tient que ce sont les Juifs d'une école fameuse qu'ils avoient à Tiberiade qui ont fait, ou du moins commencé cette _Massore_, comme dit Elias Levita. Aben Esra les fait Auteurs des Points & des accens qui sont dans le texte Hebreu qu'on a aujourd'hui, qui servent de voyelles. Les Arabes ont fait aussi la même chose sur leur Alcoran, que les _Massoretes_ sur la Bible. Il y a une grande & une petite _Massore_ imprimées à Venise & à Bâle avec le texte Hebreu en different caractére. Voyez là-dessus le P. Morin & le P. Simon, Buxtorfe dans le Commentaire _Massoretique_ qu'il a intitulé Tiberias. On appelle _Massoretes_ ces Auteurs qui ont travaillé à la _Massore_, & l'exemplaire _Massoretigue_ est le texte Hebreu dont on se sert aujourd'hui.

MAST. _s. m._ grand arbre posé dans les Vaisseaux, où on attache les vergues & les voiles pour recevoir le vent nécessaire à la navigation. Il y en a quatre dans les grands Vaisseaux, quelquefois on y en ajoûte un cinquiéme qui est un double artimon. Le grand _mast_, ou le _mast_ de maître est le principal _mast_ du Vaisseau; le second s'appelle de _misaine_, _mast de bourset_, ou _mast d'avant_, qui est entre le grand _mast_ & la prouë; le troisiéme l'_artimon_, qui est entre le grand _mast_ & la pouppe; & le quatriéme _beaupré_, qui est couché sur l'esperon à la prouë. Le _mast_ de _contremisaine_, ou petit artimon est sur l'arriére dans les galions, Naos, ou grands Vaisseaux. Le grand _mast_ jusqu'à la premiére hune est ordinairement égal à la quille du Vaisseau.

On appelle aussi _mâts_ les brisures ou divisions des _mâts_ qui sont posez les uns sur les autres: le grand _mast_ & celui de _misaine_ en ont chacun trois, le grand _mast_, le _mast de hune_, qui est au dessus & tout d'une piéce, & le _mast_ de perroquet qui est sur celui de hune; & au dessus encore est le bâton du pavillon, ce qui fait quelquefois plus de trente-quatre toises. L'artimon qu'on appelle aussi _mast de foule_, & le beaupré n'ont qu'une brisure chacun, on l'appelle de _perroquet_, & non de _hune_. Le grand _mast_ est posé au milieu du premier pont ou franc tillac, & descend au fond de cale, sur la contrequille; il n'est pas tout à fait perpendiculaire, mais il panche du côté de la pouppe à proportion de sa hauteur depuis deux jusqu'à six pieds. Sa plus grande grosseur est au franc tillac, & il va en diminuant par haut & par bas du tiers de sa grosseur. Le _mast_ de misaine passe à travers le château d'avant au dessus de l'estrave, à l'extrêmité de l'escarlingue. Le _mast_ de beaupré est enchassé par le bout d'embas sur le premier pont dans le _mast_ de misaine. Le mot de _mast_ en est François, en Allemand, en Flamand & en Anglois la même chose; l'Italien dit _masto_, & l'Espagnol _mastel_.

MAST _gemellé_ ou _jumellé_, est celui qui est fortifié par plusieurs piéces de bois qui y sont étroitement jointes, qu'on appelle _jumelles_ ou _gaburons_, ou _costons_. On l'appelle aussi _mast reclampé_, _renforcé_, ou _surlié_, & s'il est enté par le haut, on le nomme _mast affusté_, _ajusté_. On dit aller à _mâts_ & à cordes, ou se _mettre à sec_, quand on a abaissé toutes les voiles & les vergues pour éviter la furie du vent.

Les bateaux navigeans sur les riviéres ont aussi un _mast_ par où passe le cable, qui sert à les tirer avec des chevaux.

MAST, se prend quelquefois pour un Vaisseau. Il y avoit cent _mâts_ dans cette armée, c'est à dire, cent vaisseaux. On voit une forest de _mâts_ dans le port d'Amsterdam.

On appelle aussi _mâts_ dans un camp les piéces de bois qui servent à soûtenir les tentes.

En termes de blason on appelle un _mast_ desarmé, quand il est peint sans voiles.

MEDIASTIN. _s. m._ terme d'anatomie; c'est une continuation de la membrane qui s'appelle _pleure_, laquelle est tenduë sous toutes les côtes & enferme la région moyenne ou vitale, autrement nommée le _thorax_. Quand cette membrane est arrivée au milieu de la poitrine, elle se double de part & d'autre, & va de l'épine du dos au brechet séparant le côté droit d'avec le gauche, & c'est ce qu'on appelle vulgairement le _mediastin_, qui s'étend en longueur depuis les clavicules jusqu'au diaphragme, & en hauteur depuis l'os de la poitrine jusqu'au corps des vertebres, il soûtient les visceres, de peur qu'ils ne tombent d'un côté ni d'autre.

MEDIN, terme de relations, c'est une monnoye de Turquie, d'argent fin qui vaut dix-huit deniers monnoye de France, ou deux aspres de Turquie. Il y a aussi des _Medins_ de Barbarie, qui est une monnoye Africaine dont Bodin fait mention.

MENEAU. _s. m._ terme d'architecture; c'est la séparation des ouvertures des fenêtres ou grandes croisées. Autrefois on faisoit de gros _meneaux_ & croisillons de pierre au milieu des croisées qui défiguroient tout un bâtiment. Les _meneaux_ ou croisillons doivent avoir quatre ou cinq pouces d'épaisseur.

MESOLABE. _s. m._ instrument de Mathematique inventé par les Anciens pour trouver méchaniquement deux moyennes proportionnelles, lesquelles on n'a pû faire encore géometriquement; il est composé de trois parallelogrames qu'on fait mouvoir dans une coulisse jusqu'à certaines intersections. Sa figure est décrite dans Eutocius en ses Comm. sur Archimede.

MESPLAT. _adj._ Terme d'artisan, qui se dit des piéces des ouvrages qui ont plus d'épaisseur d'un côté que d'autre, & particuliérement des piéces de bois de sciage.

METACARPE. _s. m._ Terme d'anatomie. C'est une partie du squelet qui contient quatre os de la paume de la main, situez entre ceux du poignet & ceux des doigts: on l'appelle aussi avant-poignet, & c'est ce qui forme la paume de la main: les Latins l'appellent _post brachiale_.

METAPHYSIQUE. _s. f._ Derniére partie de la Philosophie dans laquelle l'esprit s'éleve au dessus des êtres créez & corporels, s'attache à la contemplation de Dieu, des Anges & des choses spirituelles, & juge des principes de toutes connoissances par abstraction & détachement des choses materielles. Aristote a écrit plusieurs Livres de _Métaphysique_. Descartes a laissé plusieurs méditations _métaphysiques_ incomparables. On l'appelle aussi Théologie naturelle, & c'est comme le tronc ou la racine de toutes les sciences; son objet est l'être en général en tant qu'il est séparé de toute matiére, soit réellement, soit par la pensée. M. Duhamel prétend que ce nom a été forgé par les sectateurs d'Aristote, & qu'il lui a été tout à fait inconnu.

METAPHYSIQUEMENT. _adv._ D'une maniére _métaphysique_ élevée au dessus de la matiére & des êtres sensibles. Il y a des choses qu'on ne peut concevoir que _métaphysiquement_.

METATARSE. _s. m._ Terme de Medecine. C'est une partie du squelet de l'homme, qui compose la partie mitoyenne du petit pied, & qui contient cinq os entre le talon & les arteils.

METOPE. _s. m._ Terme d'Architecture. C'est l'intervalle ou quarré qu'on laisse entre les trigliphes de la frise de l'ordre dorique, il represente l'endroit où aboutissent les solives ou poutrelles d'un bâtiment: ces quarrez sont quelquefois emplis d'ornement, comme de têtes de bœuf, & autres choses qui servoient aux sacrifices des Payens.

METOPION. _s. m._ Est un arbre qui naît en Afrique vers l'Ethiopie, d'où, selon Pline, distile sur le sable la gomme de l'ammoniac; mais Pline se trompe, & l'ammoniac est un sel & non une gomme. Dioscoride dit que _Metopion_ est une plante de Syrie, d'où distile le galbanum.

METOPOSCOPIE. _s. f._ Art qui enseigne à connoître le temperament & les mœurs des personnes par la seule inspection des traits du visage. Ce n'est qu'une partie de la physionomie, parce que celle-ci fonde ses conjectures sur toutes les parties du corps. L'une & l'autre sont fort incertaines. Le mot est Grec & signifie inspection du visage.

MEZZANIN. _s. m._ terme de Marine. C'est un arbre ou troisiéme mast qu'on met quelquefois sur la Mediterranée, dans les Galeres entre l'arbre de mestre & la pouppe, qui est garni de sa voile.

MEZZANINE. _s. f._ Est un terme qui se trouve employé par quelques Architectes, pour signifier une _entre-solle_.

MEZELINE. _s. f._ Est une sorte d'étoffe mêlée de soye & de laine.

MEZEAU. _s. m._ Vieux mot qui signifioit autrefois _ladre_, d'où on a fait _mezelerie_, qui a signifié ladrerie; il vient de l'Italien _mezzo_, qui veut dire _pourri_, _gâté_, _corrompu_, Ménage: d'autres le dérivent de _miser_ & _miseria_, & de _misellus_.

MEZARAIQUE. _adj._ Terme de Medecine, qui se dit des veines du mesentere qui succent le chyle des intestins pour le porter au foye: on les appelle aussi _mesenteriques_.

MEZAIL. _s. m._ Terme de Blason, qui se dit du devant, ou plûtôt du milieu du devant du heaume qui s'avance à l'endroit du nez, & comprend le nazal & le ventail; de là vient que les Princes & grands Seigneurs portent leurs timbres ayant le _mezail_ tarré ou tourné de front, c'est à dire, le _mezail_ paroissant également éloigné des oreilles. Ce mot vient du Grec _messon_. Borel.

MEZEREON. _s. m._ terme de Pharmacie: c'est une plante medicinale qu'on appelle _thimælea_, qui porte le granum gnidium, que plusieurs confondent avec la laureole, dont les Apoticaires font des pilules qui sont si violentes & dangereuses dans les purgations, que les Arabes l'appellent _lyon de la terre_, ou herbe qui fait les femmes veuves: les Païsans appellent son fruit _poivre de montagne_, à cause qu'étant seche il ressemble au poivre, & qu'il est si piquant au goût qu'on ne le sçauroit souffrir tout seul.

MICROSCOPE _s. m._ Terme d'Optique. C'est une lunette qui sert à découvrir les moindres parties des plus petits corps de la nature, parce qu'elle grossit les objets extraordinairement. Il s'en fait de plusieurs façons, les uns avec quatre verres qui ont un tuyau long d'un pied; d'autres avec une petite lentille grosse comme une tête d'épingle qui font un fort bel effet. L'Inventeur du _Microscope_ est le même que celui qui a inventé le Telescope, appellé Zacharias Jansen ou Joanides; on attribuë à M. Hugenes l'invention de celui qui est fait avec une petite lentille, & néanmoins on trouve que le Pere Maignan Minime en a parlé long-temps auparavant dans le 4. tome de son Cours Philosophique, &c.

N.

NAVIRE. _s. m._ Terme de Marine, Vaisseau de haut bord pour aller sur la Mer avec des voiles; on le dit en général de toutes sortes de grands Vaisseaux, à la réserve des Galéres, on l'appelle aussi simplement _Bord_, ou _Vaisseau_, & ce mot est le plus en usage. Ce Port est capable de tant de _Navires_. Les _Navires_ sont à l'ancre en une telle Rade. _Navire_ de guerre, _Navire_ marchand. On dit armer, équipper, fretter un _Navire_. La grandeur d'un _Navire_ s'estime par son port, qui est de tant de tonneaux, dont chacun pese deux milliers. On distingue aussi les _Navires_ du premier, du second, du troisiéme, du quatriéme & du cinquiéme rang selon la grandeur de leur quille, leur port ou capacité, le nombre de leurs ponts, ou des canons dont ils sont montez. Les _Navires_ sont réputez meubles par le titre dix du Livre second de l'Ordonnance de la Marine; ils peuvent être néanmoins vendus par decret, si leur port est au dessus de dix tonneaux, suivant les formalitez du tître quatorziéme du même Livre; ils ne laissent pas d'être réputez immeubles à l'égard des hypotecques seulement; mais ils ne doivent point de lods & ventes, & ils ne sont point sujets au retrait lignager, ni à la licitation à l'égard des combourgeois. Les affiches des criées s'appliquent au grand mast du _Vaisseau_, & au parquet de l'Admirauté. Tout _Navire_ allant en guerre ou en long cours doit être consideré en ces trois parties, la _Bourgeoisie_ à qui appartient le _Vaisseau_, qu'elle doit fournir avec bons apparaux, armes & artillerie; l'_Equipage_ qui consiste aux gens de guerre & Mariniers, pages, garçons & gourmettes; le _Victuailleur_ qui fournit les victuailles, les poudres, boulets, cloüages, chaînes, carreaux, grenades, & tout ce qu'on nomme _armement_, & chez les Levantins _sartie_. Le _Navire_ est composé de plusieurs parties qui seront expliquées à leur ordre; ce mot vient du Latin _Navis_. Plusieurs croient que Janus a été l'inventeur des _Navires_, à cause qu'il y en avoit de marquées sur le revers des plus anciennes monnoyes de Gréce, de Sicile & d'Italie, suivant le témoignage d'Athenée.

On dit au feminin la _Navire_ d'Argo, en parlant de ce fameux Vaisseau qui le premier traversa la mer de la Gréce pour aller à la conquête de la Toison d'or sous la conduite de Jason, & de cinquante-quatre Argonautes.

Le plus fameux _Navire_ de l'Antiquité est celui de Ptolomée Philopator, qui étoit long de 280. coudées, large de 38. haut de 48. & qui du haut de la pouppe jusqu'à la mer en avoit 54. Il portoit 400. rameurs, 400. matelots, & 3000. soldats; celui qu'il fit pour naviger sur le Nil étoit long d'une demi stade, & large de 30. coudées, mais ce n'est rien en comparaison du _Navire_ d'Hieron construit sous la conduite d'Archimede, de la fabrique duquel Moschion, au rapport de Snellius, a écrit un Livre entier; on y employa le bois destiné à faire 60. Galéres, & 300. Ouvriers sans les manœuvres; le dedans étoit si bien distribué, qu'il y avoit une loge particuliére pour chacun des rameurs, des matelots, des soldats & passagers: il y avoit aussi plusieurs salles à manger, chambres, promenoirs, galeries, jardins, viviers, fours, écuries, moulins, un Temple de Venus, des bains, des salles de conference, &c. Outre cela il y avoit un rempart de fer, huit tours, deux en prouë, deux en pouppe, les autres sur les côtez, avec des murs & bastions, sur lesquels il y avoit plusieurs machines de guerre, dont une entr'autres jettoit une pierre du poids de trois cens livres, ou une fléche de douze coudées, à la portée de six cens pas, avec plusieurs autres merveilles admirables dont Athenée fait mention.

En termes de blason on appelle un _Navire équippé_, & _habillé_ d'argent ou de gueules, & de sable, quand les agreils sont de ces émaux.

NAZAL. _s. m._ Terme de Blason, qui s'est dit de la partie supérieure de l'ouverture d'un casque ou heaume qui tomboit sur le nez du Chevalier quand il l'abaissoit; il est opposé à _ventaille_, qui est la partie inferieure.

NAZARD. _s. m._ C'est un des jeux de l'orgue dont les tuyaux sont de plomb, & d'environ cinq ou six pieds; ce jeu est bouché, & ses tuyaux sont à cheminée accordez à la douziéme de la montre. Il y a aussi un second _nazard_ qui est à l'octave du précédent, & une quarte du _nazard_.

NAZARD, ou _nazillard_, se dit d'une personne qui parle du nez, & sur le ton du jeu d'orgue qu'on appelle _nazard_.

NAZARDE. _s. f._ Chiquenaude que l'on donne sur le bout du nez. On dit d'un homme ridicule & timide, qu'il a un nez à camouflets & à _nazardes_.

NAZARDER. _v. act._ donner des _nazardes_. Les pages, les écoliers se _nazardent_ les uns les autres.

NAZEAUX. _s. m._ Ouvertures du nez des animaux, particuliérement des chevaux, qui leur servent à la respiration. On ouvre les _nazeaux_ aux chevaux qui ont de la peine à respirer. Ovide dit, que les chevaux du Soleil soufloient le feu par les _nazeaux_. On appelle proverbialement un fanfaron, un fendeur de _nazeaux_.

NAZILLER. _v. n._ parler du nez, d'où vient le mot de nazillard, qui ne parle pas distinctement. Il y a des Ordres de Religieux qui affectent de _naziller_ en chantant, qui croyent que cela est plus devot.

On dit en termes de chasse, que le sanglier se foüille, ventroüille & _nazille_ dans la bouë.

NEPHRETIQUE. _adj. & subst._ Maladie causée ordinairement par quelque pierre ou gravier qui se forme dans les reins. La colique _nephretique_ est une douleur qui provient de cette cause; on la sent dans les reins & sur les boyaux; & elle est plus cruelle que toutes les autres coliques: ce mot est dérivé du Grec _nephros_, qui signifie le Rein.

NEPHRETIQUE, est aussi une pierre précieuse, ou espéce de jaspe, qui ordinairement est mêlée de blanc, de jaune, de bleu, & de noir, & en cela elle differe de l'heliotrope, parce qu'on y découvre ces couleurs quand on la veut polir; ce qui n'arrive pas à l'heliotrope.

Il y a aussi un bois qu'on appelle _nephretique_, qui vient des Indes, qui étant rappé ou fendu en petits morceaux, & infusé dans l'eau, la teint en sorte qu'elle paroît d'or à travers le jour, & d'un bleu foncé à contre jour. La pierre _girasole_ fait le même effet.

NICOTIANE. _s. f._ Tabac, Petun, herbe à la Reine. Ce sont les noms qu'on donne à une herbe qui vient de l'Amerique, qui desseiche le cerveau, & fait éternuer, à qui on donne diverses préparations pour la prendre en poudre par le nez, ou en machicatoire par la bouche, ou en fumée avec une pipe. Nicod l'envoya en France pendant qu'il étoit Ambassadeur en Portugal en 1560. & il lui a donné son nom, comme il témoigne lui-même dans son Dictionaire. Il dit qu'elle a une merveilleuse vertu contre toutes les playes, dartres, ulceres, & _Noli me tangere_. Catherine de Medicis la voulut faire appeller _Medicée_, de son nom; de là vient qu'on l'appelle encore en plusieurs lieux herbe à la Reine. Elle étoit venuë originairement de la Floride, où quelques-uns disent qu'on l'appelloit _Petun_.

NIL. _s. m._ Fleuve qui traverse une grande partie de l'Afrique, il s'employe dans la langue en cette phrase proverbiale; c'est un homme obscur qui cache son logis, il est aussi inconnu que la source du _Nil_, parce que cette source a été inconnuë jusqu'à ce dernier siécle; elle est dans un territoire que les Habitans appellent _abavi_, ou _sacahala_, c'est à dire, le pere des eaux; ce Fleuve sort de deux fontaines éloignées de trente pas, chacune de la grandeur d'un de nos puits. Les Habitans qui sont Payens adorent la plus grande, & lui offrent plusieurs sacrifices de vaches, dont ils mangent la chair comme sainte, & ils laissent les os dans un endroit destiné pour cela, qui font maintenant une montagne assez considerable; ces Habitans s'appellent _Agaus_ dans le Royaume de Goyam à douze degrez de latitude Septentrionale, & 55. de longitude; c'est dans une plaine d'environ trois quarts de lieuë, enfermée de montagnes; au sortir de là il entre en un petit lac, puis il se perd sous terre par l'espace d'une portée de mousquet, & à trois journées de sa source: il est assez large & profond pour porter des Vaisseaux, mais à cent pas plus loin il passe à travers des rochers, en sorte qu'on le passe aisément sans se moüiller le pied; on y navige avec des bateaux de natte bien serrées: il reçoit trois riviéres assez grandes nommées Gema, Linquetil & Brantil; & quand il est sorti du lac de Dambea, qui a cinquante lieuës de large, il reçoit de trés-grands fleuves, comme le Gamara, Abea, Baixo & Aquers; & enfin prés de l'Egypte le Tacase. Il y a deux principales cataractes ou saults; à la deuxième il tombe dans un profond abîme, le bruit s'en entend à trois lieuës de là. L'eau est poussée avec tant de violence qu'elle fait une arcade, sous laquelle elle laisse un grand chemin; où on peut passer sans être moüillé, & où il y a des siéges taillez dans le roc pour reposer les voyageurs. La premiére catadoupe ou cataracte du _Nil_ est d'environ cinquante pieds; la seconde est trois fois plus haute. On dit qu'Albuquerque eut dessein de faire un traité avec les Abissins pour détourner le _Nil_, & le faire jetter dans la mer Rouge, afin de rendre les campagnes d'Egypte stériles, & que pour empêcher cela le Turc paye tribut au grand Negus; mais c'est une fable, & la chose est entiérement impossible. Alexandre consulta l'Oracle de Jupiter Ammon pour apprendre où étoit cette source, Sesostris, Ptolemée, la firent chercher inutilement. Cambises, à ce que dit Strabon, employa une armée pour la chercher. Lucain témoigne que Cesar disoit qu'il eût quitté la guerre Civile s'il eût été assuré de la trouver. Saint Augustin & Théodoret ont cru que c'étoit le Fleuve appellé _Geon_, qui arrousoit le Paradis terrestre, & qui alloit par dessous la mer Rouge renaître en Afrique. Ce que dessus est extrait de l'histoire écrite en Portugais par le Reverend Pere Balthasar Tellés Jesuïte. Isaac Vossius a écrit de l'Origine du _Nil_, & des autres Fleuves, & en attribuë la source & le débordement aux pluyes abondantes en ce païs là en Eté. Monsieur de la Chambre attribuë la cause de sa cruë au nitre dont le lit de ce Fleuve est plein, qu'il dit être cause d'une vehemente fermentation, mais il se trompe.

NILLE, ou _Nigle_, ou _Nelle_, terme de blason, qui se dit d'une espéce de croix ancrée, beaucoup plus étroite & plus menuë qu'à l'ordinaire. Il y en a qui confondent _Nille_ & _Anille_. Voyez croix _Nillée_.

_NOLI me tangere_, terme Latin. C'est un nom que donnent les Médecins à un ulcére malin qui vient au visage.

NOLIS & _Nolissement_. _s. m._ Termes de Marine, ils signifient sur la Méditerranée la même chose que fret & affrettement sur l'Ocean. On dit aussi sur l'Ocean _naulage_, pour dire le _fret_ des Navires qu'on louë pour aller en guerre, ou pour courir le bon bord; & on dit _noliger_ & _nauliser_, pour dire loüer & fretter. Tout ces mots viennent du Latin _naulum_.

NOMBRE. _s. m._ quantité discrete, assemblage de plusieurs corps separez, considerez comme s'ils occupoient une certaine étenduë. Euclide le définit une multitude composée de plusieurs unitez. La quantité continuë est l'objet de la géometrie, la quantité discrette, celui de l'Arithmetique, ou de la science des _nombres_: ce mot vient du Latin _numerus_.

Dieu a tout fait en _nombre_, poids & mesure. 2. DIOPHANTE a bien écrit des _nombres_. Il a été commenté par Gaspard Bachet de Meziriac, qui a fait aussi des problêmes pour deviner les _nombres_ qu'un autre a pensé. Les mystéres des _nombres_ de Pithagore avoient plus de vanité que de solidité, aussi bien que toutes les allégories que plusieurs Docteurs en ont voulu tirer. Voyez le traité des _nombres_ du Sieur Freniel inseré dans les mémoires de l'Academie des sciences, où il en fait voir plusieurs belles propriétez.

NOMBRE, signifie particuliérement le premier caractére d'une suite de chifres, qui ne contient que des unitez; c'est un _nombre_ simple. On commence à compter par _nombre_, dixaine, centaine, mille, &c. Le _nombre_ binaire, ternaire, centenaire, se dit des caractéres qui marquent ces quantitez.

NOMBRE _pair_ est celui qui se peut diviser en deux parties égales. Tout _nombre_ pair multiplié par un _nombre_ pair fait un _nombre_ pair.

NOMBRE _impair_ qui ne se peut diviser également sans fraction, qui est plus grand d'une unité que le pair. La somme de deux _nombres_ impairs fait un _nombre_ pair.

NOMBRE _Pairement pair_, est celui qu'un _nombre_ pair mesure par un _nombre_ pair, comme deux fois quatre c'est huit, ce huit est un _nombre pairement pair_.

7. NOMBRE _pairement impair_, celui qu'un _nombre_ pair mesure par un _nombre_ impair; quatre multiplié par cinq fait vingt, _nombre pairement impair_.

NOMBRE _premier_, ou _primitif_, est celui qui ne peut être mesuré que par la seule unité: comme 19. 29. dans la division desquels en quelque partie qu'on les divise, il reste toûjours une unité.

NOMBRE _composé_, est celui qui se peut diviser en plusieurs parties égales, qui peut être mesuré par d'autres _nombres_.