Essais d'un dictionnaire universel contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Part 13

Chapter 133,703 wordsPublic domain

LUT. _s. m._ En termes de Chymie, se dit de toute sorte de ciment ou d'enduit qui sert tant pour le bâtiment des fourneaux, que pour mettre autour des vaisseaux de verre & de terre qui doivent résister à un feu violent. On le fait de terre grasse, de sable de riviére, de fiente de cheval, de la poudre des pots de beurre cassez, de la tête morte du vitriol, du machefer, du verre pillé & de la bourre ou laine courte des Tondeurs, mêlez avec de l'eau salée ou sang de bœuf. Il y a aussi un _Lut_ qui sert à luter les chappes avec les cucurbites ou recipiens, ou pour réparer les fentes des vaisseaux, qui se fait avec de l'amidon cuit, ou de la colle de poisson dissoute dans l'esprit de vin & des fleurs de soulfre, du mastic & de la chaux éteinte dans du petit lait. On appelle aussi _lut de sapience_ le sceau hermetique qui se fait en fondant le bout d'un matras de verre au feu de lampe, & en le tortillant avec la pincette. Ce mot vient de _lutum_.

LUTH. _s. m._ Instrument de musique monté de cordes de boyau, qui n'avoit autrefois que six rangs de cordes; mais avec le temps on y a ajoûté quatre, cinq, ou six autres rangs plus bas. Le _luth_ est composé de quatre parties, de la table de sapin ou de cedre, du corps composé de neuf ou dix éclisses, qu'on appelle aussi le _ventre_ ou _la donte_; du manche qui a neuf touches ou divisions marquées avec des cordes de boyau; & de la tête ou de la crosse où sont les chevilles. Il y a aussi une rose au milieu de la table par où sort le son; un chevalet où sont attachées les cordes, & un fillet ou mourceau d'ivoire qui est entre le manche & la tête, sur lequel les cordes portent par l'autre extrêmité. On pince les cordes de la main droite, & de la gauche on appuye sur les touches. On appelle le _temperament du luth_, l'alteration convenable que l'on est obligé de faire des intervalles tant à l'égard des consonances, que des dissonances, pour les rendre plus justes sur l'instrument. Les _luths_ de Boulogne sont les plus estimez par la qualité du bois, qui est cause qu'on en tire un plus beau son. On est plus long-temps à accorder un _luth_ qu'à en jouër. Les concerts se font avec des dessus & des basses de _luths_. On dit qu'un _luth_ est bien monté quand on y a mis de bonnes cordes, qui sont bien d'accord & au ton convenable. Un Auteur digne de foy dit qu'on a vû à Paris un _luth_ d'or, qui revenoit à trente-deux mille écus. Ce mot vient de _laud_ Espagnol, qui est venu de _allaud_ des Maures, qui signifie la même chose, comme témoigne Scaliger. Quand on le veut nommer en Latin, on l'appelle _testudo_, _cythara_, _chelys_.

LUTHÉE. _s. f._ Est une épithete qu'on donne à la Mandore, lors qu'elle a plus de quatre rangs de cordes, & qu'elle approche plus prés du _luth_.

M.

MAGDALLON. _s. m._ C'est ainsi qu'on appelle un rouleau ou petit cylindre de soulfre, d'onguent, &c. tels qu'on les vend chez les Epiciers & Apotiquaires: ce mot vient de Magdalis Latin, tiré du Grec Magdalis, signifiant la même chose.

MAGISTERE. _s. m._ Terme de Chymie & de Pharmacie: c'est la préparation d'un corps mixte par art de Chymie, par laquelle toutes ses parties homogenes sont exaltées en un degré de qualité ou substance plus noble qu'auparavant, en rejettant seulement ses impuretez externes sans faire aucune extraction. Le _magistere_ differe de l'extrait, en ce que dans le _magistere_ toutes les parties du mixte y demeurent, quoi qu'elles soient changées en des qualitez ou consistances plus exquises, & dans l'extrait on ne prend que la plus noble partie de la substance, qui est tout à fait séparée d'avec la plus grossiere & élementaire.

On fait des _magisteres_ de tartre, de perles, de coraux. Des _magisteres_ de lait, cremeur, ou beurre de soulfre. Des _magisteres_ d'agaric, de turbit, d'hermodax, &c. L'effervescence de l'esprit de vitriol mêlé avec l'huile de tartre, leur a fait donner par quelques-uns le nom de _magistere_.

MAGNESIE. _s. f._ Est une pierre minerale, fossile, noire, opâque, tirant de la couleur de fer au pourpre, qui ne contient aucun métal; mais un soulfre fixe & un peu inflammable. Elle entre en la composition du verre, le purifie & le blanchit, si elle est en petite quantité. Autrement elle le rend bleu ou de couleur de pourpre; elle la donne aussi aux pots de terre si avant leur cuitte on les peint de cette magnesie dissoûte. C'est la même chose que le saffre; on l'appelle aussi _manganese_, & chez les artisans, _perigueux_.

MALACHITE. _s. f._ Est une pierre précieuse qui est d'une nature mitoyenne entre le jaspe & la turquoise, & qui est tout à fait opaque: Elle a des veines blanches mêlées de taches noires & de plusieurs autres couleurs qui en font faire plusieurs distinctions. La plus estimée est celle qui approche le plus de la turquoise, & qui a le plus de bleu.

MALTHE. _s. f._ Ciment dont on se servoit autrefois, qui étoit un mêlange de poix, de cire, de plâtre & de graisse. Dans le Pontificial il est parlé de ce ciment, dont on avoit besoin quand on faisoit la Dédicace des Eglises, en Latin _malta_; d'où quelques-uns prétendent qu'on a fait les mots de _Smaltire_, d'où viennent émailler, & émeutir.

MANDRIN. _s. m._ Est le principal outil d'un tourneur; l'arbre qui tourne dans la lunette, au bout duquel on monte ou on attache les piéces que l'on veut tourner en l'air & hors les pointes.

MANDRIN, se dit aussi de plusieurs poinçons qui servent aux artisans à percer le fer ou les métaux sur lesquels ils travaillent.

MANICORDION. _s. m._ Instrument de Musique, fait en forme d'Epinette, qui a 49 ou 50 touches ou marches, & 70 cordes, qui portent sur cinq chevalets, dont le premier est le plus haut, les autres vont en diminuant. Il y a quelques rangs de cordes à l'unisson, parce qu'il y en a plus que de touches, chaque chevalet en contient divers rangs: Il a plusieurs petites mortaises pour faire passer les sautereaux armez de petits crampons d'airain qui touchent & haussent les cordes, au lieu de la plume de corbeau qu'ont ceux des clavessins & des épinettes; ce qu'il a de particulier: c'est qu'il a plusieurs morceaux d'écarlate ou de drap, qui couvrent les cordes depuis le clavier jusqu'aux mortaises, qui rendent le son plus doux, & l'étouffent tellement qu'on ne le peut entendre de loin; d'où vient que quelques-uns le nomment _Epinette sourde_ ou _muette_; aussi est-il particuliérement en usage chez les Religieuses qui apprennent à en jouër, & qui craignent de troubler le silence du dortoir. Cet instrument est plus ancien que le clavessin & l'Epinette, comme témoigne Scaliger, qui ne lui donne que trente-cinq cordes.

On dit proverbialement & burlesquement qu'une fille a joüé du _manicordion_ quand elle a eu quelque amourette, qui a duré long-temps sans faire bruit.

MANIPULE. _s. m._ Ornement Ecclesiastique que les officians Prêtre, Diacre & Soûdiacre portent au bras gauche: il est fait en forme de petite étolle, & de la même étoffe que les chasubles, & tuniques. Il signifie & represente un mouchoir que les Prêtres de la primitive Eglise portoient au bras pour essuyer les larmes qu'ils versoient continuellement pour les péchez du peuple, dont il reste encore une marque dans l'oraison que disent ceux qui s'en revêtent. _Merear, Domine, portare manipulum fletus & doloris._ En beaucoup d'endroits on l'appelle le _fanon_.

MANIPULE, en termes de Medecine est une mesure d'herbes, qui s'entend de ce que la main peut serrer, les Medecins le désignent dans leurs Ordonnances par M.

MANIPULE, signifioit encore chez les Romains une petite troupe ou compagnie de soldats, parce que chez eux le _manipule_ signifioit au propre une poignée de foin qu'ils attachoient au bout d'une perche pour se reconnoître avant qu'ils eussent pris les aigles pour enseignes; de là vient que nous disons encore en ce sens une poignée de gens.

MANIPULE pyrotecnique, se dit à la guerre d'une certaine quantité de petards de fer ou de cuivre qu'on peut jetter à la main sur les ennemis, la maniére de les faire est enseignée par Casimir dans son Livre de l'Artillerie.

MANŒUVRE. _s. m._ Homme de peine qu'on prend à la journée dans les âteliers pour servir les Massons, & faire autres fonctions qui n'ont besoin d'aucun art ou apprentissage. Ce mot vient de _manopera_, ouvrage de main. Ménage.

On appelle proverbialement & ironiquement un homme fin & adroit, un _rusé manœuvre_.

MANŒUVRES, en terme de marine, ce sont les cordes qui servent à manier les voiles en diverses façons, comme les _Issas_ ou _Drisses_ qui sont le long des masts servent à les hausser. Les _valencines_ servent à faire pancher les antennes d'un côté ou d'autre. Les _bras_ tirent le bout des antennes vers la pouppe. Les _escoutes_, ou _contre-escoutes_ tiennent le bout des voiles: les _breuils_ ou _martinets_ servent à embroüiller promptement les voiles, & les _garcettes_, à les ferler, les _ralingues_ à les fortifier, les _boulines_ ou _boulinettes_ servent à ouvrir les bords des voiles pour recevoir le vent qui vient de biais: cela fait dix ou onze cordes qui sont le plus souvent doubles, & étant multipliées par les dix voiles, font plus de deux cens cordes, ou manœuvres. L'_Itacle_ est la plus grosse des manœuvres, elle soûtient & éleve l'antenne passant à une poulie qui est sous la hune, & aboutit à un moufle de poulies où sont les Issas.

Il y a des _manœuvres dormantes_ qui sont fixes, ausquelles on touche rarement, & _d'autre coulantes_ qui sont presque en mouvement continuel, comme celles qui servent à manier les voiles.

MANŒUVRE, signifie aussi l'usage & le service de ce cordage, & le service des Matelots qui les font mouvoir. Les _manœuvres_ sont en desordre pendant la tempête. Ce matelot entend bien la _manœuvre_, il execute soudain les commandemens.

MANNE. _s. f._ Terme de pharmacie, drogue médicinale, c'est un suc ou une liqueur blanche, douce, qui découle d'elle-même, par incision des branches & des feüilles même des frênes tant ordinaires que sauvages pendant la canicule, & un peu auparavant. On ne la trouve que sur ces arbres, encore n'est-ce pas sur tous, mais principalement en Calabre & aux environs de Briançon; c'est pourquoi ceux là se trompent lourdement, qui disent que c'est un miel de l'air, ou une espéce de rosée, qui vient d'une vapeur élevée de la terre & digerée dans l'air, condensée par le froid qu'on recuëille dans les païs chauds avant le lever du Soleil, tant sur les plantes & les arbres que sur les rochers & la terre même, qui disparoît lorsque la chaleur survient; car au contraire on l'amasse en plein Soleil, lequel la seche & la condense, de sorte qu'on la doit mettre au rang des gommes qui s'épaississent par la chaleur, & se résolvent dans l'humidité.

Les Italiens en connoissent de trois sortes, _manna di corpo_, qui sort d'elle-même des branches de l'arbre dés le mois de Juillet; la seconde _manna forzata_, ou _forzatella_, qui ne se recueille au mois d'Août qu'aprés l'incision de l'arbre, & lorsque la premiére a cessé de couler. La troisiéme _manna di fronda_, qui sort d'elle-même en forme de petites gouttes d'eau comme un espéce de sueur, de la partie nerveuse des feüilles du frêne, qui sont de la grosseur des grains de froment, & qui s'endurcissent au Soleil au mois d'Août; on voit quelquefois ces feüilles si chargées de ces grains qu'il semble qu'elles soient couvertes de neige. La _manne_ est une medecine qui purge fort doucement, & qu'on prend dans les boüillons. Altomatus Medecin de Naples en a fait un traité exprés; & Joseph Donzellus confirme ce qu'il en a dit. La _manne_ purge la bile, quoi qu'on la tienne une espéce de miel, & au contraire le miel ordinaire l'augmente. Fuchsius dit que les païsans du Mont-Liban mangent ordinairement la _manne_, comme ailleurs on fait le miel.

A Mexique ils ont de la _manne_ que l'on mange comme on fait le fromage en Europe.

MANNE en termes de l'Ecriture, est une viande miraculeuse que Dieu fit tomber du Ciel pour nourrir son peuple Hebreu dans le desert pendant quarante ans. La _manne_ étoit en façon de coriandre. Les Israëlites murmurerent contre la _manne_, & en eurent du dégoût. La _manne_ est une des figures de l'Eucharistie.

MANNE, se dit figurément de toutes sortes de viandes & de fruits, principalement quand ils sont de garde, quand ils peuvent nourrir, & faire subsister une maison. C'est une bonne _manne_ dans un logis qu'une provision de pois, de féves, de ris pour le Carême.

MANNE est aussi un grand panier d'osier fait en quarré long, qui sert quelquefois de berceau pour coucher un enfant à la mammelle, quelquefois elle est plus petite, & elle sert à transporter les habits d'un ballet, ou le linge & la vaisselle pour mettre le couvert, &c.

On appelle aussi _mannes_ sur la mer des paniers à rebords faits comme un chapeau.

MANNEQUIN. _s. m._ Panier d'osier haut & assez étroit, plus large par en haut que par en bas, qui sert à differens usages. On a mis ces plantes dans un _mannequin_ pour les transporter. Les marchands de fruits les transportent dans des _mannequins_: ce mot est diminutif de manne quand il signifie panier.

MANNEQUIN, chez les Peintres se dit d'une certaine figure de bois qui a des charniéres en la plûpart de ses membres, par le moyen de quoi elle est mobile, & on la met en toute sorte de postures ou d'attitudes, elle leur sert pour disposer leurs drapperies en la revêtant d'habits tels qu'ils desirent. Borel dérive ce mot en ce sens de _man_, qui en Allemand & en vieux François signifioit un _homme_, dont il est diminutif, comme qui diroit _petit homme_.

MARESCHAL. _s. m._ Officier de la Couronne qui commande les Armées; on l'appelle par excellence _Mareschal_ de France. Chez quelques étrangers il fait la même fonction. Le grand _Mareschal_ de Pologne, de Lithuanie. L'Electeur de Saxe est grand _Mareschal_ de l'Empire. On dit qu'on a donné à un homme le Bâton de _Mareschal_, ou simplement le Bâton, pour dire qu'on l'a fait _Mareschal_ de France; c'est un Bâton fleurdelisé qui marque la dignité, & qu'il met en sautoir sous l'écu de ses armes. Ce sont les _Mareschaux_ de France qui sont Juges du point d'honneur entre les Gentilshommes, qui accordent leurs querelles.

Les Prévôts des _Mareschaux_ sont des Officiers Royaux & Juges d'épée établis pour la seureté de la campagne, pour prendre & juger les voleurs, vagabonds & gens non domiciliez; on leur a aussi attribué la connoissance des cas Royaux par prévention: ils sont reçûs à la Connestablie, & y ont attribution de Jurisdiction, & sont réputez du corps de la gendarmerie.

MARESCHAL de Camp, est le second Officier de l'Armée, le premier Officier aprés le Lieutenant général, c'est celuy qui ordonne du campement & du logement de l'Armée, & qui prend les devans pour la faire marcher en seureté, & reconnoître le terrain.

MARESCHAL de Bataille, étoit autrefois un Officier qui rangeoit les troupes en bataille, qui avoit soin de leur marche & de leur ordre; ce sont aujourd'hui les _Mareschaux_ de camp, & les Majors généraux qui en font la charge.

MARESCHAL des Logis, est un Officier de guerre, qui a soin du logement des soldats. Il y a un _Mareschal_ des Logis de l'Armée. Il y en a un dans chaque Régiment d'infanterie, & en chaque compagnie de cavalerie, deux en chaque compagnie de gend'armes & de chevaux legers, & six en chacune des compagnies des Mousquetaires.

Il y a aussi un grand _Mareschal_ des Logis chez le Roi, qui marque les logemens de la suite de la Cour quand le Roi fait voyage; Il y en a aussi chez la Reine & chez les Fils de France.

MARESCHAL ferrant, ou simplement _Maréchal_, est un artisan qui ferre les chevaux, & qui les pense quand ils sont malades. En Espagne ce sont deux métiers separez, les premiers s'appellent _herradores_, & les autres _alveytares_.

Ce mot vient selon Nicod de _Polemarchus_, comme qui diroit Maire de camp; en vieux Gaulois & encore en Breton _Mark_ signifioit cheval, comme on recueille de Pausanias, qui dit que ce mot étoit en usage chez les Celtes, mais c'est plûtôt un mot Allemand dont il est fait mention dans la loi salique, & dont on a fait _marchal_, pour dire celui qui commandoit la cavalerie. Ménage le dérive de _Mareschalcus_, qui se trouve dans les loix des Allemands, composé de _Marck_ cheval, & de _schalk_ signifiant serviteur; ce qui a donné ce nom à celuy qui pense les chevaux, & par succession de temps à celuy qui les commande. Borel dit qu'originairement _Mareschal_ signifioit gouverneur de jumens, & que _mark_ signifie jument, dont les anciens se servoient d'ordinaire pour épargner le fourrage, parce que les jumens gâtent moins de litiere, à cause qu'elles jettent en arriére leur urine. Il dit aussi que ce mot de _mark_, qui en vieux Gaulois & en ancien Allemand signifioit _cheval_, vient de l'Hebreu _Ramak_, où il veut dire une _jument_. Quelques-uns ont dit que le mot de _mareschal_ étoit un abregé de _mire cheval_, car _mire_ signifie Medecin, & les Rois en avoient autrefois pour leurs chevaux, comme témoigne Nicod. Pasquier fait distinction pour l'origine de _Mareschal_ des logis, & _Mareschal_ de camp, d'avec ceux de _Mareschal_ de France, & _Mareschal_ ferrant; A l'égard des premiers, il dit que ce mot vient de _marche_, ou _marchir_, qui signifioit _marquer_, _limiter_, & il prétend qu'il faut dire _marchal_, & non pas _Mareschal_. A l'égard des derniers, il dit que le mot est composé de _maire_, qui signifioit _maître_, & de _chal_ qui signifioit _cheval_. Lecteur choisissez.

MARESCHAUSSÉE. _s. f._ Jurisdiction des Prévôts des _Mareschaux_; il y a dans l'enclos du Palais la Connestablie & _Mareschaussée_ de France, où sont des Juges de Robbe qui prennent connoissance de la réception des Officiers des autres _Mareschaussées_, & de leurs differens. Il y a d'ailleurs 180 _Mareschaussées_ en France, qui sont des siéges de Juges d'épée, qui instruisent les procés des voleurs & des vagabonds, & autres cas dont ils sont competens; qui les jugent souverainement avec sept Officiers du plus prochain Présidial. Le Prévôt qui tient à Paris cette _Mareschaussée_ s'appelle le Prévôt de l'Ile.

On dit aussi que la _Mareschaussée_ se tient chez un tel Doyen des _Mareschaux_ de France, quand quelques Exempts & Gardes se trouvent chez luy pour executer les ordres qu'il aura à donner dans les occasions pour les querelles de la Noblesse.

MARESCHAUSSÉE a signifié aussi en Lorraine, un grand lieu ou enclos, où on enferme le bêtail, d'où le Bon Medecin de ce païs-là trouve occasion de dériver le mot de _Mareschaussée_, parce que, dit-il, il y avoit plusieurs lieux marécageux qui obligeoient à faire des places relevées pour mettre à sec le bêtail, lesquelles on appelloit _chaussées_ comme tout autre chemin levé & pavé; & parce que dans ces lieux on faisoit souvent des vols de bestiaux, on y établit un Juge qui jugeoit dans l'étenduë de la _Mareschaussée_, ou village; ce qu'on a depuis étendu à d'autres Officiers.

Dans plusieurs Coûtumes on appelle _mareschaussée_, les matériaux assemblez pour bâtir, comme en celles de Montreüil, Arthois, Bapaume, &c.

MARFIL. _s. m._ est un nom que les marchands en gros donnent à l'yvoire, ils l'ont pris de l'Espagnol, où il signifie la même chose.

MARIN. ine. adj. qui vient de la mer, qui appartient à la mer. Les Anciens appelloient les Tritons des Dieux _marins_. Ce fut un monstre _marin_ qui fit périr Hypolite. On peignoit le char de Neptune attelé de chevaux _marins_. Il y a des veaux _marins_; des chiens & des loups _marins_. Le sel _marin_ est celui qui se fait de l'eau de la mer, qui est de figure cubique, & le plus fort de tous les sels.

La carte _marine_, ou _hydrographique_, est celle qui sert pour la conduite des vaisseaux, où sont marquez les rumbs des vents, les côtes, les rades, & les bancs de sable.

On dit qu'un homme a le pied _marin_, quand il est accoûtumé à l'air & à la fatigue de la mer, quand il a été long-temps sur les vaisseaux.

La trompette _marine_, est un instrument qui n'a qu'une grosse & longue corde de boyau, tenduë sur un chevalet, & qu'on touche avec un archet; elle a le corps triangulaire, & elle imite fort bien le son des trompettes ordinaires. Voyez trompette.

LA MARINE. _s. f._ est la science de la navigation, ou l'art de naviger dont les Anciens n'ont rien laissé par écrit avant l'invention de la boussole. On tient que la _marine_ est la science qui approche le plus de la perfection. Pierre Nonius est un célébre Mathématicien Portugais, qui le premier en a écrit deux livres en l'année 1530. à l'occasion de quelques doutes que lui proposa Martin Alphonse Sosa: en suite Pierre Medina Espagnol; & en 1606. André Garcia Cespedes fit imprimer _Regimiento de la navigation_: en 1608. Simon Stevin Mathématicien du Prince d'Orange. En 1620. Willebrordus Snellius a fait imprimer son Typhys Batavus. En 1631. Adrianus Metius a écrit de l'art de naviger par le globe. En 1640. le Pere Fournier Jesuite a écrit de l'hydrographie. En 1661. le Pere Riccioli & le Pere Gaspard Schotus Jesuites en ont donné quelques traitez dans leurs Œuvres; & en 1666. le Sieur Denis Hydrographe & Professeur à Dieppe, Rodericus Zamoranus, Pierre Appian, Rodericus Crescentius, Augustinus Cæsareus, Robert Dutlé, Jacques Colomb, Jean Janson, & le Pere Mersene Minime en ont fait quelques traitez; le dernier qui en a écrit est le Pere Deschales Jesuite, des œuvres duquel ceci est tiré en faveur de ceux qui s'adonnent à la navigation, que maintenant on cultive heureusement en France. Les Livres ordinaires de _marine_ qu'ont les pilotes sont les Routiers de Pierre de Medine, de Manuel Figueirido, le miroir, le tresor, la colomne de la mer, le flambeau de la navigation dressé par Guillaume Jeanszoon.

On appelle des marchandises _marinées_, lorsqu'elles sont imbuës & soüillées de l'eau de la mer.

MARINÉ. En termes de blason, se dit des animaux dépeints sur les écus, qui ont la moitié du corps de poisson. Il portoit de gueules au cerf estropié (ou qui n'a point de pieds) _mariné_ d'or.

MARINETTE. _s. f._ Vieux mot qui signifioit autrefois la pierre d'aimant, & même la boussole qui en est touchée, parce qu'elle servoit principalement à la _marine_. Voyez Boussole.

MASCARET. _s. f._ terme de navigation: C'est un reflus violent de la mer qui remonte impetueusement dans la riviére de Dordogne, qui fait le même effet sur cette riviére que celui qu'on appelle la _Barre_ sur la Seine. Les Naturalistes ont de la peine à expliquer cette sorte de reflus, qui est particulier à ces deux riviéres.

MASCARADE. _s. f._ Troupe de personnes masquées qui vont danser & se divertir, sur tout en la saison du Carnaval. Cette compagnie a fait une jolie _mascarade_, a dansé une espece de ballet. Ce mot vient de l'Italien _mascarata_, dérivé de l'Arabe _Mascara_, qui signifie raillerie, bouffonnerie. Ménage.

MASCARADE est aussi un titre que quelques Poëtes ont donné à des vers qu'ils ont fait pour les personnages de ces petites danses ou ballets.

MASCARADE, se dit aussi d'une personne mal mise, ou mal proprement ajustée, comme si elle vouloit se déguiser, & aller en masque. Cette femme affecte des ornemens, des parures extravagantes, & hors de mode; c'est une vraye _mascarade_. Les chevaux l'ont tellement éclaboussée qu'elle avoit le visage comme une vraye _mascarade_.

MASCARADE, se dit aussi d'une vaine pompe & cérémonie, d'un appareil éclatant qui ébloüit le sot peuple, et dont les sages ne sont point touchez. Démocrite traitoit tout le genre humain de _mascarade_, se mocquoit de ses vanitez & _mascarades_. On le dit aussi de ceux qui trompent sous apparence d'honnêteté, qui déguisent leurs sentimens. Les hypocrites sont des continuelles _mascarades_.