Part 12
LANTERNE en termes de Guerre, c'est un instrument pour prendre la poudre, & en charger le canon: elle est faite en forme d'une longue cuillier ronde, & est attachée au bout d'un bâton.
LANTERNE en termes d'Orfévres, est la partie d'une crosse d'Evêque ou d'un bâton de Chantre, qui est grosse & à jour, qui en quelque façon represente une _lanterne_. Les crosses & bâtons d'argent doivent être contremarquez aux vases, fonds de _lanterne_, dômes, douïlles & croisillons, suivant les Statuts des Orfévres.
LANTERNE est aussi une construction de charpente qui se met au plus haut des dômes & des pavillons, où il y a d'ordinaire quelques fenêtres pour leur donner plus de jour.
LANTERNE est aussi un petit cabinet de menuiserie qu'on éleve dans quelques auditoires, pour placer quelques personnes qui veulent écouter sans être vûës. Il s'étoit glissé dans la _lanterne_ de la Grand'Chambre, quand on rapportoit son procés.
LANTERNE de _moulin_ est un certain pignon à jour fait en forme de _lanterne_, qui est composé de deux tourtes, ou piéces de bois rondes, au bord desquelles sont dix fuseaux où s'engrenent les dents de la rouë interieure du moulin qui fait tourner les meules.
LANTERNE _magique_ est une petite machine d'Optique, qui fait voir dans l'obscurité sur une muraille blanche plusieurs spectres & monstres si affreux, que celui qui n'en sçait pas le secret, croit que cela se fait par magie. Elle est composée d'un miroir parabolique qui refléchit la lumiére d'une bougie, dont la lumiére sort par le petit trou d'un tuyau, au bout duquel il y a un verre de lunette, & entre-deux on y coule successivement plusieurs petits verres peints de diverses figures extraordinaires & affreuses, lesquelles se representent sur la muraille opposée en plus grand volume. Le premier qui a enseigné la construction de la _lanterne magique_ est _Swenterus_ en son Livre _Deliciæ Mathematicæ_. Les Peres Kirker & _Kestlerus_ Jesuites en ont aussi écrit, & avant tous Roger Bacon Anglois en avoit donné quelque idée.
LANTERNES au plurier se dit des discours, des choses de néant. Tout ce que vous me dites, ce sont des _lanternes_, je n'y aurai point d'égard.
On dit proverbialement en parlant d'un sot & d'un crédule, qu'on lui feroit croire que des vessies sont _lanternes_, & que les nuées sont poëles d'airain.
LATITUDE. _s. f._ terme de Géographie. C'est la distance de l'Equateur au Zenit ou point vertical de quelque Ville ou autre endroit de la terre, qu'on compte sur les degrez du Meridien: on la nomme autrement l'élevation du Pole sur l'Horizon. Les paralelles de l'Equateur sont appellez Cercles de _latitude_, à cause qu'ils la marquent par leur intersection avec le Meridien. Paris a 48. degrez 50. minutes de _latitude Boreale_, ou Septentrionale, ou d'élevation de Pole. Quand on a passé l'Equateur, on l'appelle _latitude Australe_. On dit sur la mer, Bande du Nord, ou Bande du Sud, pour dire, deçà, ou delà la Ligne.
LATITUDE en termes d'Astronomie, est l'éloignement d'un astre de l'Ecliptique, ou de l'orbite du Soleil vers un des Poles du Zodiaque; & elle differe en ce point de la déclinaison, laquelle est un éloignement de l'Equateur vers un des Poles du monde: ainsi le Soleil n'a jamais de _latitude_; & on dit que les Planettes ont quelque _latitude_, quand elles s'éloignent de l'Ecliptique: & c'est pour cela que dans la sphere ordinaire on donne au Zodiaque quelque largeur. Les Anciens ne la faisoient que de six degrez de chaque côté de l'Ecliptique. Les Modernes l'ont étenduë jusqu'à neuf: car par les observations de Tycobrahé Venus a de _latitude Boreale_ 9. degrez 2. minutes; Mercure trois degrez 33. minutes; la Lune dans son quadrat avec le Soleil cinq degrez 17. minutes, & en son opposition & conjonction quatre degrez 58. minutes; Saturne 2. degrez 48. minutes; Jupiter 1. degré 38. minutes; Mars 4. degrez 31. minutes. Cette _latitude_ est quelquefois plus grande du côté du Midi. Quand les Planettes sont dans leurs plus grandes _latitudes_, on dit qu'elles sont dans le ventre de leur Dragon; quand elles n'ont aucune _latitude_, on dit qu'elles sont dans les nœuds de l'Ecliptique, ou dans l'intersection de leur orbite avec celle du Soleil qu'on appelle la tête & la queuë du Dragon: & c'est alors qu'elles causent ou souffrent l'éclipse. A l'égard des étoiles fixes, leur _latitude_ peut aller jusqu'à 90. degrez, selon qu'elles sont éloignées de l'Ecliptique vers les Poles du Zodiaque. La _latitude_ ortive d'un astre ou d'un degré de l'Ecliptique, est l'arc de l'Horizon compris entre le point du lever ou du coucher de l'Equateur, & le point du lever ou du coucher de cet astre; c'est ce qui fait connoître l'étenduë de l'arc diurne ou nocturne, ou la durée du jour & de la nuit, en telle sorte que plus cette _latitude_ est grande, & plus il y a de difference entre les deux arcs, ou entre le jour & la nuit. Quand elle est Boreale, le jour est plus grand; quand elle est Australe, il est plus petit. On l'appelle autrement _amplitude ortive_.
LIGE. _adj. m. & f._ Vassal qui tient une certaine sorte de Fief qui le lie envers son Seigneur dominant d'une obligation plus étroite que les autres. Ce mot vient d'une cérémonie qu'on faisoit en rendant la foy & hommage, de lier le pouce au vassal, ou de lui serrer les mains dans celles du Seigneur, pour montrer qu'il étoit lié par son serment de fidélité. Il étoit obligé à servir son Seigneur tant en Guerre qu'en Jugement, c'est à dire, à servir d'Assesseur pour juger les causes. Par l'hommage _lige_ le vassal étoit obligé de servir son Seigneur envers tous & contre tous, excepté contre son pere. Ce mot est opposé à l'hommage simple, qui obligeoit simplement à payer les droits & devoirs ordinaires, & non point au service contre l'Empereur, le Duc ou autre Seigneur superieur, en sorte que l'homme _lige_ étoit comme donné & dévoüé au Seigneur, & étoit entiérement sous sa puissance. Le Seigneur _lige_ est le Seigneur prochain & immédiat dont on releve nuëment, _ligement_ & _à ligence_, c'est à dire, sans moyen. Tels étoient les hommages que le Roy d'Angleterre a rendus au Roy de France à cause du Duché de Guyenne, & les Comtes de Flandre & d'Artois pour leurs Seigneuries.
Homme _lige_, hommage, _lige_, Fief _lige_, garde _lige_, se dit en parlant de l'obligation qu'a le vassal à garder le Château ou la personne du Seigneur.
LIGE est aussi un droit de relief qui se paye au Seigneur en cas de mutation de Fief. Il est fixé en quelques lieux à dix livres pour plein _lige_; en d'autres, à la moitié ou au quart de cette somme; & on le nomme alors demy _lige_ ou quart de _lige_.
LIGEMENT. _adv._ d'une maniére _lige_. Il tient cette Terre _ligement_, avec la condition des Fiefs _liges_.
LIGNE. _s. f._ Terme de Géometrie. C'est une quantité étenduë en long. Euclide la définit, longueur sans largeur; Candale son Commentateur, l'écoulement d'un point. _Ligne_ droite est celle qui est la plus courte entre deux points. Les _lignes_ courbes réguliéres sont la circulaire, ecliptique, parabolique, hyperbolique, cycloïde, conchile, helice, spirale, asymptote. On dit aussi _ligne_ paralelle, incommensurable, infinie, tangente, secante, qui sont définies à leur ordre. L'inclination de deux _lignes_ fait un angle. On n'a pû trouver encore deux _lignes_ moyennes & continuellement proportionelles. Les Ouvriers parlant des lignes & des traits, quand elles sont paralelles, les nomment _jaugées_; & quand elles sont irréguliéres, ils les nomment _tastées_ ou corrompuës.
LIGNE signifie encore la premiére & la plus petite des longueurs, c'est la douziéme partie d'un pouce, & la cent quarante-quatriéme partie d'un pied de Roi: on l'appelle autrement _grain d'orge_. Cet ais a six _lignes_ d'épaisseur.
LIGNE _de foi_ est un cheveu ou un petit fil d'argent le plus délié qu'on peut trouver, qu'on applique sur le verre d'une lunette, posée sur une alhidade ou un niveau pour faire de plus justes observations, soit au Ciel, soit sur la terre.
LIGNE signifie aussi un trait de plume ou de pinceau fort délié, quoi qu'il ne contienne aucun caractére.
LIGNE en termes d'Ecrivains & Imprimeurs, est une rangée ou suite de caractéres couchez sur du papier, du parchemin ou autre matiére propre, à côté les uns des autres, qu'on lit de gauche à droit. Les grosses des écritures d'Avocats doivent avoir vingt & une _lignes_ à la page suivant l'Ordonnance. Il n'y a pas assez d'espace entre vos _lignes_. Ces _lignes_ ne sont pas droites. Ce mot vient du Latin _Linea_.
LIGNES se dit au plurier d'un écrit, d'une lettre. Je vous écris ces _lignes_ pour vous donner avis que, &c. c'est à dire, je vous écris une lettre. Je vous demande deux _lignes_ de vôtre main sur une telle difficulté.
On dit en ce sens, lors qu'on écrit en cérémonie: Il ne lui a pas laissé la _ligne_. Il lui a donné la _ligne_, lors qu'on remplit ou qu'on laisse en blanc la premiére _ligne_ aprés le mot de _Monsieur_. C'est une cérémonie que font les Grands, quand ils veulent faire distinction de la qualité des gens à qui ils écrivent.
On dit absolument _à la ligne_; lors qu'on veut marquer un nouvel article, pour dire qu'il faut recommencer une nouvelle _ligne_, & laisser la précédente imparfaite.
LIGNE en termes d'Astronomie & de Géographie se dit par excellence de la _ligne_ Equinoctiale ou de l'Equateur. Les Matelots baptizent les passagers la premiére fois qu'ils passent la _Ligne_. Cette Isle est sous la _Ligne_, à deux degrez de la _Ligne_: c'est là que commencent les latitudes Australes & Septentrionales.
En termes de Gnomonique on appelle la _ligne_ de Midi, ou la _ligne_ Meridienne, celle qui tend d'un Pole à l'autre, qui représente le cercle Meridien. Dans les cadrans verticaux la _ligne_ de Midi est toûjours perpendiculaire à l'Horizon; Dans les horizontaux le stile ne fait point d'ombre vers l'Orient, ni vers l'Occident, quand il est sur la _ligne_ de Midi.
En termes d'Escrime on appelle la _ligne_, celle qui est droitement opposée à l'ennemi, dans laquelle doivent être les épaules, le bras droit & l'épée, & sur laquelle sont aussi posez les pieds à la distance de 18. pouces l'un de l'autre; & ainsi on dit, être dans la _ligne_, sortir de la _ligne_.
En termes de Statique ou de Méchanique, la _ligne_ de direction est celle qui passe par le centre de gravité du corps grave jusqu'au centre de la terre, laquelle doit passer aussi par le soûtien du corps pesant, autrement il est de nécessité qu'il tombe.
En termes de Pesche, on appelle aussi une _ligne_ un hameçon attaché à une ficelle penduë au bout d'un bâton, qui sert à pescher de médiocre poisson. _Ligne_ dormante est celle qu'on attache à un arbre pour pescher en secret. Elle est défenduë par l'Ordonnance. Ménage croit que ce mot de _ligne_ a été dit à _lino_, à cause que les pescheurs faisoient leurs _lignes_ de lin.
En termes d'Optique ou de Perspective, on appelle la _ligne_ visuelle, la _ligne_ ou le rayon qu'on s'imagine s'étendre depuis l'œil jusqu'à l'objet. La _ligne_ de terre, est celle où l'on met le plan géometral qu'on veut tirer en perspective.
En termes de Chiromance, on appelle _lignes_ les traits ou incisures qui sont marquez dans la main, dont les observations servent de fondement à cette vaine science. On en décrit ordinairement 14. dont il y en a trois principales. La premiére qui est au dessous du pouce, se nomme _ligne de vie_, ou la _ligne_ du cœur, & la _ligne de l'âge_; la seconde s'appelle _hepotique_ ou la _ligne du foye_, & naturelle, qui passe par le milieu de la paulme de la main, & qui la coupe en travers, & va jusqu'au mont de la Lune; la troisiéme qui va dans le même sens, & qui lui est paralelle, prend depuis l'indice jusqu'à l'autre bout de la main, & s'appelle _mensale_, _thorale_, ou la _ligne de Venus_.
En termes d'Architecture, d'Arpentage & de Jardinage on appelle _ligne_, le cordeau avec lequel on trace sur terre les desseins des bâtimens, on mesure les longueurs, on dresse les allées. Ces ruës sont tirées à la _ligne_. Voilà des arbres plantez à la _ligne_, en droite _ligne_.
En termes de Manége on appelle _ligne_ du banquet, celle que les éperonniers s'imaginent en forgeant un mors pour déterminer la force ou la foiblesse qu'ils veulent donner à la branche, pour la rendre hardie ou flaque.
LIGNE en termes de Guerre se dit de la disposition d'une armée rangée en bataille. L'avant-garde est placée en droite _ligne_, & se divise en plusieurs Bataillons & Escadrons postez sur le devant, & c'est la premiére _ligne_. Le corps de Bataille forme la seconde _ligne_, où est le poste du Général; & la troisiéme _ligne_ est le corps de réserve ou l'arriére-garde. Il faut laisser 150. pas de terrain pour se rallier, entre la premiére & la seconde _ligne_, & deux fois autant entre la seconde & la troisiéme. Dans cette Bataille Navale tous les Vaisseaux étoient rangez sur une même _ligne_.
LIGNE en termes de Fortification, est un travail fait de terres remuées, un fossé, un parapet, ou une couverture faite de rangées de fascines, gabions ou sacs à terre, pour défendre un camp, une place d'armes.
_Lignes de circonvallation_ sont des fossez couverts de parapets, qui se font autour d'une place à la portée du Canon, pour se défendre du secours qu'on pourroit craindre; & parce que d'espace en espace elles sont fortifiées de forts & de redoutes, elles sont appellées de _communication_ d'un quartier à l'autre.
_Lignes de contrevallation_ sont de semblables _lignes_ par lesquelles on se fortifie contre les assiégez, quand la garnison est trop forte. On les appelle aussi _contrelignes_.
_Ligne de défense rasante_ ou _flanquante_ est la _ligne_ qui étant tirée le long de la face du bastion aboutit à quelque point de la courtine. La _ligne_ de défense doit être de 120. toises ou environ.
_La ligne de défense fichante_, est celle qui est tirée de l'angle, de la courtine, & du flanc, ou de quelque autre partie du flanc qui fait un angle avec la face, d'où les coups tirez peuvent entrer & se ficher dans la face du bastion opposé.
On appelle aussi _lignes d'attaques_, _lignes d'approches_, les tranchées, & semblables travaux qui sont faits pour s'approcher de la place & l'attaquer.
On appelle la _ligne fondamentale_, la premiére _ligne_, qu'on décrit quand on veut tracer le plan d'une place, & qui en figure toute l'enceinte. _La ligne capitale_ est celle qui va du centre du bastion à sa pointe.
En termes de Marine, on appelle _lignes_ plusieurs cordes qui servent à amarer, lier ou arrêter les manœuvres, comme les rabans, rides & garcettes. On appelle aussi _ligne_ d'eau, la _ligne_ que marque sur le bordage la surface de l'eau, quand le vaisseau est à flot. On appelle aussi la _ligne_ de la seconde, le cordeau où est attachée la seconde.
LIGNE _blanche_ en termes de Médecine, est la termination des muscles de l'Epigastre continuée depuis le cartilage scutiforme jusqu'à l'os pubis. Elle est appellée _blanche_ tant à cause de sa couleur, que parce qu'il n'y a point de parties charneuses, ni au dessus, ni au dessous d'elle.
En termes de Finance on appelle _ligne de compte_, les articles qu'on couche dans un compte; & on dit qu'une somme est tirée hors _ligne_, quand elle est mise en chiffre à la marge droite du compte, pour en faciliter le calcul.
En ce sens on dit au figuré, mettre en _ligne_ de compte les graces qu'on reçoit de ses amis, les services qu'on leur rend, suivant qu'on en fait plus ou moins d'état. Cette faveur est trop legére, ne la mettez pas en _ligne_ de compte.
LIGNE en termes de Généalogie, est une suite de Parens en divers degrez descendans d'une même souche ou pere commun. La _ligne_ directe est celle qui va de pere en fils, la collaterale est celle où sont placez les oncles, tantes, cousins, neveux. La _ligne ascendante_, la _ligne descendante_. Un lignager est celui qui est de l'estoc & _ligne_ de quelqu'un. La _ligne_ masculine a fini à un tel.
LITARGE. _s. f._ est la fumée du plomb évaporé dans l'affinement de l'or & de l'argent; c'est comme une suye qui s'attache à la cheminée du fourneau: celle d'or est jaune, & celle d'argent est blanche. C'est aussi l'écume du plomb brûlé, hors qu'il est fondu avec de l'argent: car cette écume étant ôtée, elle est de la couleur d'argent; mais si elle est poussée davantage au feu, elle devient de couleur d'or: de sorte qu'il n'y a que la difference de la cuisson, qui distingue la _litarge_ d'or ou d'argent. Dioscoride en parlant des _litarges_ d'argent qu'il appelle _spuma argenti_, dit qu'il y en a une faite de sablon plombin; l'autre d'argent & de plomb. La meilleure est de couleur d'or, qu'il nomme _chrysitis_. Celle de Sicile s'appelle _argentine_ à cause de sa couleur; mais celle qui est faite d'argent, s'appelle Calabroise. Mathiole la définit plomb mêlé de vapeurs de bronze & d'argent; il dit aussi que la _litarge_ est un poison.
LUNETTE. _s. f._ terme d'Optique, Instrument qui sert à grossir les objets, à conserver, à faciliter l'action de la vûë. Les Auteurs qui ont écrit des _lunettes_, & sur tout du Telescope, ont été entr'autres Kepler dés l'année 1611. _Johannes Hevelius_, _Scheinerus_, Emanuel Magnan, Galilée, Descartes, _Sirturus_, _Maurolicus_, _Antonius de Dominis_, _Malapertius_, _Aquilonius_, _Vitellio_, _Tardeus_, _Fontana_, le Pere Schot Jesuïte, le Pere de Rheita Capucin, & Pierre _Borelli_, dans divers Traitez d'Optique, de Perspective & d'Astronomie. Les Ouvriers fameux ont été _Torricelli_, _Fontana_, Ferrier, Chorez, _Campani_, _Divini_, & maintenant le Sieur _Borelli_ Chymiste, qui est de l'Academie Royale des Sciences, qui a fait les verres de _lunettes_ de l'Observatoire.
Le Telescope est une _lunette_ à longue vûë, qui approche les espéces des corps éloignez, & qui les grossit. On l'appelle aussi une _lunette_ d'Hollande, de Galilée. Il y a de ces lunettes simples à deux verres, qui sont l'objectif & l'oculaire, & d'autres à quatre verres. La _lunette_ de l'Observatoire de Paris a septante six pieds de tuyau. Messieurs Descartes & Hook n'ont pas desesperé de pouvoir découvrir quelque jour des animaux dans la Lune par le moyen des grandes _lunettes_; mais Monsieur Auzout a prétendu qu'on n'en peut faire de plus longues que de trois cens pieds, & qu'en ce cas on ne pourroit voir la Lune que comme on la verroit de soixante lieuës loin sans _lunettes_, à laquelle distance on ne pourroit pas découvrir des animaux sur la Terre. Voyez TELESCOPE.
Le Microscope est une autre _lunette_ courte, qui sert à découvrir les plus petites parties des objets qu'elle grossit extraordinairement. Il s'en fait aussi à plusieurs verres. Il y a d'autres Microscopes si petits, qu'ils sont faits d'un verre qui n'est gros que comme la tête d'une épingle, & ils font des effets merveilleux. Gassendi dit avoir vû émeutir un ciron avec le Microscope. Il y en a aussi pour le Peuple qu'on appelle _lunettes_ à puces, qui ne sont autre chose qu'une petite bouteille, dans laquelle on regarde par un fort petit trou.
_Lunette_ Poliedre ou à Facette, est ce que le Peuple appelle _lunette_ d'Avaricieux, qui se fait avec un verre taillé, qui multiplie autant de fois l'objet qu'il a de faces. Il se fait de belles perspectives de piéces rapportées avec des _lunettes_ à Facettes, dont l'art est décrit par le Pere Niceron dans sa Perspective, & par le Pere Kircher en son Livre de la Magie, de la Lumiére, & de l'Ombre.
LUNETTES au plurier, ce sont deux verres enchassez dans de la corne ou autre matiére qu'on applique sur le nez, & devant les yeux, pour aider aux vieillards & à ceux qui ont la vûë courte, à lire & à écrire, ou à découvrir mieux les objets. On les appelle aussi _Besicles_. Il y en a qui servent à grossir les objets, les autres à conserver seulement la vûë, qu'on appelle _Conserves_. On a fait aussi des _lunettes_ à longue vûë, pour appliquer aux deux yeux qu'on appelle _Binocles_, dont a écrit le Pere Cherubin Capucin, & avant lui le Pere Rheita du même Ordre, en son Livre intitulé _Oculus Enoch & Eliæ_, lequel avoit trouvé aussi l'invention des _lunettes_ à trois ou à quatre verres. Voyez BINOCLE.
Pour achever la perfection des lunettes, on a trouvé le moyen d'appliquer un treillis ou grille de filets trés-déliez sur le verre oculaire convexe, ce qui rend l'observation plus juste. On en voit la figure dans le Journal des Sçavans de l'année 1667.
Les _lunettes_ ont certainement été inconnuës aux Anciens, mais aussi elles ne sont pas si modernes que le Telescope. Un Frere Alexandre Despina de l'Ordre des Freres Prêcheurs de Sainte Catherine de Pise, qui mourut dés l'an 1311. en communiqua l'invention, qu'il trouva de lui-même, aprés qu'il eut appris qu'un autre en avoit trouvé le secret, lequel il ne vouloit pas communiquer. Cela est écrit dans la Chronique de ce Convent; & il est fait mention de ces _lunettes_ dans le Dictionaire _de la Crusca_ au mot _occhiale_. Il en est fait aussi mention dans le Livre de Guy de Chauliac Professeur de Medecine à Montpellier, intitulé la Grande Chirurgie, composé dés l'année 1363. Il y a aussi un Arrest du 12. Novembre 1416, rapporté par Ménage en son livre _Amœnitates Juris_, qui fait mention de ces _lunettes_, & d'autres témoignages anciens citez par le sieur Comiers en son Traité des _Lunettes_.
On appelle aussi en Architecture des voutes à _lunettes_, lorsque dans les deux côtez du berceau d'une voute on y fait de petites arcades pour y pratiquer quelques jours ou veuës.
LUNETTES se dit aussi par antiphrase en matiére de bâtimens, de ce qui bouche ou qui ôte la veuë. Cette maison avoit veuë sur plusieurs jardins; mais le voisin a élevé son mur, & il lui a donné des _lunettes_.
LUNETTE se dit aussi d'une petite ouverture qui se fait dans le toit d'une maison.
LUNETTE en termes de Menuiserie, est une planche de bois percée, qui sert de siége à un privé. On a commandé à ce menuisier une _lunette_ pour un privé. On appelle aussi une _lunette_, cette ouverture qui est au derriere des soufflets, par où entre le vent, & qui se ferme en dedans par la souspape.
LUNETTES en termes de fortifications, sont des enveloppes qui se font au devant de la courtine. Elles sont composées de deux faces qui font un angle rentrant, & se construisent ordinairement dans des fossez pleins d'eau, pour y faire l'effet d'une fausse braye. Elles ont cinq toises de large dont le parapet en a trois.
LUNETTES en termes de Manége, sont deux petites piéces de feûtre relevées en bosse, qu'on applique sur les yeux d'un cheval vicieux, ou qui ne veut point se laisser ferrer ni monter.
On dit aussi ferrer un cheval à _lunettes_, ou à demi fer, c'est à dire, avec un fer dont on a retranché la partie des branches, qui est vers le quartier du pied, ce qu'on appelle les éponges.
On appelle aussi _lunette_ le cercle de métail qui enferme & soûtient le crystal d'une montre.
LUNETTE chez les Tourneurs, est cette piéce de bois troüée qu'ils appliquent sur leur tour, pour faire diverses sortes d'ouvrages qui se tournent en l'air.
LUNETTE de volaille, est la partie du chappon qui est entre le col & l'estomac, qui est soûtenuë par deux petits os qui forment un angle aigu. On tient que la _lunette_ est la partie la plus excellente du chappon.
On dit proverbialement à celui qui s'est trompé en regardant quelque chose: Prenez vos _lunettes_, chaussez vos _lunettes_. On dit aussi en se mocquant d'un grand nez: Voilà un beau nez à porter _lunettes_.
LUNETTIER. _s. m._ Ouvrier qui fait & qui vend des _lunettes_. Les Miroitiers & les _Lunettiers_ ne font qu'un Corps & une même Maîtrise.