Part 10
Garde. Se dit aussi de plusieurs Officiers de Justice, Monsieur le Garde des Sceaux est un grand Officier à qui le Roi commet la _garde_ de son Scel Royal quand il n'y a point de Chancelier, ou lors qu'il ne luy est plus agréable. Il y a aussi des _Gardes_ du petit Scel dans les Jurisdictions Royales, du nom desquels sont intitulez les Contrats qui se passent dans leur ressort.
On appelle le Prévôt de Paris simplement _Garde_ de la Prévôté, à cause que c'est le Roi qui est le premier Juge & Prévôt, & pour cela il y a un dais au dessus du Siége du Prévôt de Paris, ou de son Lieutenant Civil; ce qui n'est pas même dans les Parlemens, sinon quand le Roi y va tenir son Lit de Justice. On l'appelle aussi _Garde_ & Conservateur des Priviléges de l'Université, des Foires, &c.
_Garde rôle._ Est un Officier de Chancellerie qui garde les rôles des oppositions qui se font au Sceau à la résignation des Offices de ceux qui ont des créanciers. Il y en a aussi d'établis pour les rentes de l'Hôtel de Ville, qu'on appelle Conservateurs des hypotheques. Les _Garde rôles_ rapportent à Monsieur le Chancelier des Provisions des Offices, & les Conservateurs, des Lettres de ratification de la vente des rentes sur la Ville.
_Gardenotte._ _s. m._ C'est la qualité que prennent les Notaires, qui se disent Notaires & _Gardenottes_ du Roi; c'est à dire, qu'ils gardent les minutes des contrats que les particuliers passent devant eux; qui originairement s'appelloient _Nottes_.
_Garde-sacs._ Est un Greffier dépositaire & chargé des sacs & productions des parties; & particuliérement au Conseil, & dans les Parlemens.
_Garde vaisselle._ Est un Officier chez le Roi qui a soin de la vaisselle d'or & d'argent.
_Garde meuble._ Officier qui garde les meubles du Roi, dont on ne se sert pas actuellement: on le dit aussi du lieu où ces meubles sont conservez. Le _Garde meuble_ du Roi est la chose la plus magnifique qui soit au monde.
_Garde-magazin._ Est un Officier d'un Arsenal; qui tient registre des poudres, canons, armes, provisions, & toute autre chose qu'on lui laisse en garde.
_Garde._ Se dit aussi d'autres lieux & de ce qui sert à la conservation des autres choses.
_Garde manger._ Lieu où on serre la viande & autres choses bonnes à manger, il se dit tant d'une petite chambre qui est à côté de la cuisine, que d'une armoire, ou même d'un grand bassin.
_Garde robbe._ _s. f._ Petite chambre voisine de celle où on couche qui sert à serrer les habits & les hardes d'une personne, ou à coucher les valets qu'on veut avoir prés de soi la nuit. Dans les logis Bourgeois on appelle _garde robbe_ toute petite chambre qui accompagne une grande.
_Garde robbe._ Chez le Roi & les Princes est un appartement où on met les habits du Roi & des Princes, & tout ce qui sert à leur personne, & où se retirent les Officiers qui y servent.
On appelle aussi la _Garde robbe_ tous les Officiers qui y sont en fonction. La _garde robbe_ du Roi suit toûjours sa Personne. Le grand Maître de la _Garde robbe_. Les valets de la _Garde robbe_. Le premier valet de la _Garde robbe_.
On le dit aussi des hardes & habits de la _Garde robbe_. A la mort de ce Prince, sa _Garde robbe_ fut estimée dix mil écus; Il donna sa _Garde robbe_ à ses Officiers.
On appelle aussi _garde robbe_ un aisement, un privé. Aller à la _garde robbe_ c'est aller décharger son ventre. Ces pilules font aller deux ou trois fois à la _garde robbe_.
Garde robbe. _s. m._ Tablier de toile que mettent les femmes de basse condition pour conserver leurs habits.
Garde bonnet. C'est une coiffe de toile qu'on met sur le bonnet des enfans pour empêcher qu'ils ne le salissent. On appelle aussi _garde manches_, les fausses manches qui servent à même effet.
Garde-infant. _s. m._ Grand vertugadin que portent les femmes Espagnoles sur les reins, & qu'on portoit il y a quelque temps en France, qui sert à empêcher qu'elles ne soient incommodées dans la presse; c'est une espéce de ceinture rembourée ou soûtenuë par de gros fils de fer, qui est fort utile aux femmes grosses.
Gardes corps. En termes de Marine, sont de gros tissus fort épais faits de nattes ou de cordages tressez, qu'on étend avec les pavois sur le bord du vaisseau pour couvrir le soldat dans les combats de mer.
Garde-feux. En terme de Marine, ce sont les boëttes où on met les gargouches.
Gardefou. _s. m._ Petit parapet ou barriére que l'on met aux bords des lieux ou passages élevez pour empêcher qu'une personne tombe, comme sur les ponts, quais, chaussées & terrasses des tours ou des bâtimens.
Garde feu. _s. m._ Grilles, ou barres de fer qu'on met à une cheminée, pour empêcher que les enfans ne tombent dans le feu.
Garde boutique. Se dit chez les Marchands, de la marchandise frippée & hors de mode, qu'il est difficile de vendre & qui demeure long-temps dans la boutique.
Avant-garde. Arriére-garde. Contregarde. Sauve-garde. Mégarde, seront à leur ordre.
GAUDE. _s. f._ Drogue de Teinturier qui teint en jaune, c'est une plante qu'on seme dans des terres legéres en Mars ou en Septembre. La Gaude la plus menuë & roussette est la meilleure.
_Gauder._ _v. act._ Teindre une étoffe avec de la Gaude. Les bleus teints en indigo doivent être gaudez, & deviennent verds.
GENETTES. _s. f._ Ce sont des animaux qui ressemblent en grandeur aux chats d'Espagne, ou à des fouïnes, qui ont un nez long & menu, le col & le corps grêles & souples, dont les peaux échauffées sentent comme des Civettes ou du Musc. Quelques-uns les appellent _Chats d'Espagne_; d'autres croyent que c'est la petite _Panthére_ d'Oppian. Cet animal est plus petit qu'un Renard, quelquefois il est roux & a des taches noires. Voyez sa figure dans Jonston, chap. 12. liv. 3. tom. 2. On en trouva quantité de peaux dans le camp d'Abderama, lors de la grande victoire que Charles Martel obtint contre lui, en mémoire de laquelle fut établi le premier Ordre de Chevalerie qu'on ait vû en France, qu'on appella du _Genet_. Cette peau est extrêmement noire, luisante comme un satin & marquetée de rouge.
GIRON. _s. m._ Espace qui est depuis la ceinture jusques aux genoux, il se dit particuliérement des femmes & du tablier qu'elles portent, & sur tout quand elles sont assises. Elle a toûjours un enfant, un petit chien sur son giron. Cette païsane a apporté des champignons plein son _giron_, pour dire plein son tablier. Ce mot vient de ce que les habits longs s'élargissans par en bas, & se retrecissant par en haut, forment vers la ceinture une espéce de _giron_ d'Armoiries, ou de triangle, à l'endroit que les Latins appelloient _gremium_; les Italiens appellent encore _gheroni_, les _girons_ des habits: & c'est un proverbe parmi eux, que ce qui ne va pas aux manches, va au _giron_, pour dire que ce qui ne sert pas à un usage, peut servir à un autre.
_Giron._ Se dit figurément de l'Eglise, & on dit qu'un huguenot, un apostat est revenu au _giron_ de l'Eglise: pour dire s'est converti & a reconnu sa faute.
_Giron._ En Architecture est la largeur de la marche d'un escalier, ou le lieu où on pose le pied; Il se dit particuliérement des marches d'une vis d'escalier qui vont en tournant & qui sont plus larges par un bout que par l'autre.
_Giron_ ou _guiron_. Terme de Blason, c'est une figure triangulaire qui a une pointe longue faite comme une marche d'escalier à vis, & qui finit au cœur de l'Ecu. On voit des Ecus qui ont six, huit, dix, douze & jusqu'à seize _girons_ qui se joignent par leurs pointes à l'abysme de l'Ecu; ils sont alternativement de métail & de couleur.
_Gironné. ée._ Terme de Blason qui se dit d'un Ecu divisé en plusieurs _girons_; quand il est gironné de huit on l'appelle absolument _gironé_; D'autres l'appellent parti, coupé, trenché & taillé, parce qu'il est fait par ces divisions de l'Ecu; y ayant quatre girons qui forment un sautoir, & les quatre autres une croix; Quand il y a plus ou moins de girons, il en faut exprimer le nombre.
GNOMON, _s. m._ Est le style qu'on met sur les Cadrans pour marquer les heures.
_Gnomon._ Signifie aussi cette petite aiguille de cuivre qu'on met au centre d'un petit cercle polaire sur le méridien d'un globe, & qui a le même mouvement que l'axe.
_Gnomonique._ _s. f._ Science qui fait partie des Mathématiques; Elle enseigne à faire toutes sortes de Cadrans au Soleil & à la Lune pour connoître les heures par le moïen des ombres, & d'un _gnomon_ ou style qui les marque: on y décrit tous les autres cercles de la Sphére si on veut. Clavius a fait un Livre in folio de la _Gnomonique_, qui comprend tout ce qu'on peut sçavoir sur les Cadrans. Sebastien Munster a fait un traité fort joly de la _Gnomonique_. On a aussi écrit de la _Gnomonique_ speculaire. Elle enseigne l'art de faire des Cadrans qui marquent l'heure par la réflexion de la lumiére sur toutes sortes de surfaces.
GONFANON. _s. m._ Terme de Blason; quelques-uns disent _confaron_, ou _gonferon_, ou _gonfalon_: c'est une forme de Banniére d'Eglise à trois ou quatre _fanons_, ou piéces pendantes & aboutissantes non pas en quarrez comme les Banniéres, mais en pointes mousses & à demi rondes, dont les plus usitées sont à trois pendans, & quelques-unes bordées & frangées d'un émail different. Ce _Gonfanon_ étoit la Banniére de l'Armée Chrêtienne prise par Baudoüin Comte de Boulogne & d'Auvergne, frere de Geoffroy ou Godefroy de Boüillon, auquel elle avoit été envoyée par le Pape, comme au vray défenseur de l'Eglise contre les infidéles.
Le _Gonfanon_ de l'Eglise de S. Pierre est de gueules à deux clefs d'argent passées en sautoir. Le Pape & d'autres Prélats ont donné des _Gonfanons_ à des Séculiers, en leur donnant le titre d'avoüez & de défenseurs des Eglises & des Abbayes. L'Eglise de Lyon a un _gonfanon_ rouge chargé d'un lyon d'argent qu'elle fait porter aux Processions.
Le _Gonfanon_ est la marque des Eglises Patriarchales, qui le font porter devant elles quand elles marchent en Procession. Ce mot vient de ce que le _Gonfanon_ est composé de plusieurs piéces pendantes, dont chacune se nomme _Fanon_ de l'Allemand _Fanen_, qui signifie une piéce de linge ou d'étoffe & une banniére.
On appelle aussi _Gonfanons_ d'Eglise des Baniéres qui se font pour certaines solemnitez & cérémonies, comme en celle de la Canonisation des Saints, que l'on charge des Armoiries des Papes, des Cardinaux Patrons, des Légats, des Evêques, & des Saints canonisez: Comme aussi des Ordres, Communautez ou Confrairies dont ils ont été membres, des Princes dont ils étoient sujets, ou qui ont fait le plus d'instance pour les faire canoniser.
GONFANONIER ou _Gonfalonier_, _s. m._ qui porte l'Etandart de l'Eglise. Il vient du mot de _Gunt Fanonarius_, qui se trouve dans les Capitulaires de Charles le Chauve. _Ménage._
On a appellé aussi _Gonfanoniers_ les protecteurs que les Papes établirent dans les principales Villes du patrimoine de saint Pierre, depuis que les Empereurs s'éleverent contre l'Eglise, & perdirent la qualité de ses protecteurs. On a appellé aussi _Gonfanoniers_ de l'Eglise de saint Martin de Tours les Comtes d'Anjou, depuis que par leur soin le corps de saint Martin fut rapporté d'Auxerre en son Eglise. On appelloit aussi les anciens Comtes du Vexin _Gonfanoniers_ de l'Eglise de saint Denis en France, parce qu'ils portoient la Banniére, qui s'appelloit l'Oriflame. Les Ducs de Modéne, d'Urbin & de Parme, se glorifient de ce que ceux de leur famille ont possedé la charge de _Gonfanoniers_ de l'Eglise, & ils en portent le _Gonfanon_ dans leurs écus.
Chez les Florentins il y a eu un Magistrat qu'on appelloit le _Gonfalonier_ de la Justice. A Lucques le chef de la République s'appelle aussi _Gonfalonier_.
GRAIRIE. _s. f._ Terme des Eaux & Forêts, Partie d'un Bois qui est possedée en commun. Il en est fait mention en la plûpart des articles de la nouvelle Ordonnance des Eaux & Forêts.
GRAIRIE. Est aussi un droit que le Roi prend sur les bois qui sont sur le trés-fonds d'autrui, à cause de la justice qu'il fait exercer par ses Officiers des Eaux & Forêts pour leur conservation, comme à Orleans on paye deux sols parisis d'une part, & dix-huit deniers d'autre pour ce droit, comme dit Chauffour. Ce droit est different selon les lieux.
GROUPPE. _s. m._ Terme que les Peintres & Sculpteurs ont emprunté des Italiens, qui se dit d'une piéce de sculpture ou d'un endroit de tableau où il y a plusieurs figures assemblées qui ont quelque rapport ensemble d'hommes, d'animaux, ou de fruits. Il y a dans les Tuilleries un beau Grouppe de marbre. On dit aussi telle & telle chose font grouppe avec telle ou telle autre, quoi que ce soient des corps de differente nature. Il faut que dans un tableau toutes les figures soient divisées en deux ou trois grouppes, ou bandes. Il vient de l'Italien Groppo.
GRIOTTE. _s. f._ grosse cérise à courte queuë plus douce que les autres & qui tire sur le noir; il y en a aussi quelques-unes qui sont aigres. On dit que ce mot vient du Grec _agrioti_, qui marque l'acidité de ce fruit.
_Griottier._ _s. m._ Arbre qui porte les griottes.
_Grip._ _s. m._ vieux terme de marine qui signifioit un petit bâtiment pour aller en course, comme aujourd'hui le Brigantin. Les Corsaires qui partent pour courir les mers, disent encore qu'ils vont au Cap de _Grip_.
GUESDE. _s. f._ ou pastel, qui est la même chose. C'est une herbe semblable au Plantin, excepté qu'elle a ses feüilles un peu plus grosses & plus noires, & qu'elle a la tige de deux pieds de haut. Voyez Pastel. Elle est de grand usage chez les Teinturiers. Les anciens Bretons s'en peignoient le visage pour être plus terribles en guerre, comme témoigne Cesar; & Pline dit que les femmes en usoient de même en certains sacrifices. Ce mot vient du Latin _Guastum_, ou _Guasdum_, qui signifie la même chose, & qui est un vieux mot Gaulois, comme on infere du passage de Pline. On appelle encore _Vouede_ en Normandie le petit _Pastel_, ou _Guesde_. Il y a plus d'apparence que l'un de ces mots vient de la corruption de l'autre. On l'appelle aussi _Isatis_. Saumaise soûtient qu'il faut dire _guastum_, & non pas _glastum_, comme il est écrit communément dans les Livres.
GUEUSE. _s. f._ Terme de Fondeur, est une grosse piéce de fer qui dans sa premiére fonte coule dans des Canaux triangulaires, & se forme en gros lingots du poids de trois, cinq, & jusqu'à six mil livres. On porte de là les gueuses à la Forge, ou à la Fonderie, où on les forge, & on les fend avec l'aide des moulins qui remuent un puissant marteau. En Latin on l'appelle _Sporca triangularis_.
H.
HAMAC. _s. m._ Terme de Relations. C'est un lit de cotton dont on fait grand trafic en toutes les Indes Occidentales. Pour s'en servir on le suspend à deux Arbres, & il garantit ainsi des Animaux farouches & des insectes. Les Caraybes sont si superstitieux qu'ils les travaillent avec grande cérémonie, ils mettent au bout du Métier des Pacquets de cendre, faute de quoi ils croyent que leur _Hamac_ ne dureroit pas: s'ils avoient mangé des figues quand ils ont un _Hamac_ neuf ils croyent que cela le feroit pourrir, & ils n'osent manger d'un poisson qui a de bonnes dents croyant que cela seroit cause que leur _Hamac_ seroit bien-tôt percé. On en a apporté plusieurs en France, où quelques-uns s'en servent.
HAMADE, ou _Hamaide_, ou _Hameïde_, Terme de Blason. C'est une fasce de trois piéces alaisées qui ne touchent point les bords de l'Ecu: ces trois fasces paralelles ne font qu'une piéce de Blason qu'on appelle _Hamaïde_, de même que les Jumelles sont de deux piéces. On croit que ce nom vient de la Maison d'_Hamaide_ en Angleterre qui porta des Armes de cette sorte, qui sont selon Upton une étoffe découppée en trois piéces en forme de fasce, qui laisse voir par ses ouvertures une étoffe d'une autre couleur mise au dessous; d'autres croyent que c'est une clôture ou barriére quarrée & à jour de trois piéces, qui sert à fermer les chemins des hameaux pour empêcher le bêtail d'y entrer, ou d'en sortir, comme on en trouve quantité en Allemagne; d'autres que ce sont des barriéres de manége qu'on nomme en Turc _Atmeidan_; d'autres enfin disent que les _Hameides_ representent des chantiers qui supportent les Vaisseaux à mettre du vin, qu'en Flamand on appelle _Hames_, qui ont emprunté ce mot de _Hama_ ou _Hamula_, qu'on a dit dans la Basse latinité pour signifier vase & bouteille.
HAMADRIADE. _s. f._ Divinité fabuleuse des Payens qu'ils croyoient présider aux Forêts, & être enfermée sous des écorces de chênes, comme témoigne le mot _drys_ qui signifie _quercus_, _chêne_.
HANOUARDS. Vieux mot qui signifie des Porteurs de Sel. Il en est fait mention dans la grande Ordonnance du Roi Jean du 30. Janvier 1350. c'étoient alors des Officiers dépendans de la Ville au temps que la Gabelle n'étoit pas encore établie en France. Il y a encore maintenant des Jurez Hanoüards qu'on nomme simplement _Porteurs de Sel_ établis pour le porter du bateau au Grenier, & du Grenier aux maisons des Bourgeois.
HANSIERE. _s. f._ Terme de Marine. Est un gros cordage que l'on jette aux chalouppes & aux bâtimens qui veulent venir à bord d'un autre Vaisseau: Elle sert aussi pour remorguer les vaisseaux & les tirer sur la terre aprés y avoir fait porter un ancre. Elle signifie aussi le cable du plus petit ancre & celui dont on amarre l'esquif. On appelle collier de hansiere une corde ou sangle pendante en écharpe du col de ceux qui halent ou qui tirent.
HARO. _s. m._ Terme de la Coûtume de Normandie. C'est un cri qu'on fait en Normandie lors qu'on trouve sa partie & qu'on la veut mener devant le Juge; car alors elle est obligée de suivre celui qui a crié _Haro_ sur elle, & l'un & l'autre demeurent en prison, ou en la maison du Juge, jusqu'à ce qu'il ait prononcé sur leur different du moins par provision. _Haro_ sur toi & sur ta bête. Les Lettres de Chancellerie portent ordinairement, nonobstant _clameur_ de _Haro_, Chartre Normande & autres privileges à ce contraires.
Le _Haro_. Est interjetté non seulement pour crime, mais aussi pour l'introduction de tous les procés, même en matiére beneficiale tant pour meuble que pour héritage; & les parties sont tenuës de donner respectivement caution, l'une de poursuivre, l'autre de défendre le _Haro_, aprés quoi la chose est sequestrée, & le jugement emporte l'amende, comme il est porté dans la Coûtume de Normandie. Ce mot vient de _Ha_ & _Raoul_, comme étant une invocation du secours du Prince pour défendre le foible contre le puissant, à cause que _Raoul_ étoit un grand Justicier qu'on regrettoit & qu'on reclamoit aprés sa mort quand on souffroit quelque oppression. D'autres disent que dés son vivant on crioit _à Raoul_, pour dire je t'assigne à comparoir devant _Raoul_; parce qu'il jugeoit lui-même les affaires de ses Sujets. D'autres croyent que ce mot vient de _Harouenna_ vieux mot François qui signifioit le lieu où se tenoit la Justice. Borel dit que d'autres dérivent ce mot de _Harola_ Roi de Dannemarck, qui l'an 826. fut fait à Mayence le grand Conservateur de la Justice. D'autres d'un mot Danois _aa rau_, qui signifie aide moi, depuis qu'un Roi de Dannemarck se fit Duc de Normandie.
HARPAIL. _s. m._ Terme de Chasse, troupes de bêtes fauves, voyez Harde.
HAUTBERT. _s. m._ Terme de Jurisprudence feodale. C'est un plein fief avec justice, mouvant immédiatement de la Couronne ou d'un Prince jouïssant des droits de Souveraineté, ou qui en releve de nud à nud, & sans moyen; on l'appelloit aussi fief chevel ou regalien selon Ragueau. Ce mot vient de _Halberk_ Saxon, qui signifie cotte de mailles, parce que le feudataire étoit obligé d'en porter une, lors qu'il alloit en guerre servir le Prince dont il relevoit, comme disent Spelman, Vossius, Mattinius & du Cange, qui disent aussi que les anciens l'écrivoient avec un K. ou un G; quelques-uns distinguent le Fief de _Hautbert_ qui étoit tenu immédiatement du Roi avec justice, de celui de _Hautbert_, qui étoit un Fief du moyen genre non Royal, qui n'avoit pas la haute Justice unie au Fief avec le droit & jouïssance des Armes; de sorte qu'il faut ajoûter au premier la qualité de plein Fief, ou de plein _Hautbert_.
HAUTBERT. Est aussi un vieux mot François qui signifioit _haut Baron_; car _Bers_ signifioit Gentilhomme, & quand on disoit _haut Bers_, c'étoit à dire, haut & puissant Seigneur, comme on voit dans Villehardoüin, & quelques-uns prétendent que c'est de là qu'est venu le nom du Fief de _Hautbert_; En effet ces Barons possedoient les pleins Fiefs de _Hautbert_ mouvans de la Couronne, & il falloit quatre Fiefs de _Hautbert_, ou du moyen genre pour faire une haute Baronnie.
HAUTBERGIER. _s. m._ Celui qui tient un Fief de _Hautbert_, qui est obligé d'accompagner son Seigneur à la guerre en cette qualité. Les Vassaux servoient autrefois leurs Seigneurs en qualité d'Ecuyers, de _Hautbergiers_, de Lanciers, d'Arbalestiers, &c.
HAUTBERT. Est aussi une cotte de mailles à manches & gorgerin que portoient sur leurs Armes les Seigneurs de _Hautbert_, qui tenoit lieu de Haussecol, Brassars & Cuissarts.
HAUTBERGEON. _s. m._ Signifie aussi bien que _Haubert_ une cotte de mailles. C'étoit une ancienne arme défensive en forme de cotte, qui venoit jusqu'à mi-jambes, dont les François furent inventeurs, comme témoigne Varron. Il est fait de plusieurs petits anneaux de fer, comme hameçons accrochez ensemble. Spelman dit qu'il vient d'un vieux mot François _hame_, _haim_, ou _hameçon_ & _crohet_, & de _Berg_ qui étoit une armure de chaînettes de fer entrelacées & l'une harpant l'autre. On l'a nommée aussi _halecret_ & _brigantine_ ou _brigandine_, parce que les voleurs s'en servoient; Nicod l'appelle aussi _Ecaille_, parce qu'elle étoit composée de certains ronds comme une Ecaille; & enfin on l'a appellée _Jaquedemaille_ qui est un _Haubert_ de coton. Ménage dit que _Hauberg_ arme vient de _alle_ qui signifie _tout_ en Allemand & de _Bergen_ qui signifie couvrir. Ce mot ne se dit plus qu'en cette phrase proverbiale, maille à maille se fait le _haubergeon_, pour dire qu'il faut faire les choses à loisir & les unes aprés les autres: ou bien qu'en faisant plusieurs petites épargnes on peut amasser beaucoup de bien.
HELICE. _adj. & subst. f._ Terme de Géometrie & d'Architecture. C'est une ligne tracée avec inclination & en forme de vis autour d'un cylindre qui est toûjours également distante de son Axe. Un Escalier en _hélice_ est composé de marches gironnées qui sont attachées les unes sur les autres autour d'une piéce de bois ou de pierre Cylindrique qui sert de noyau. Cette ligne differe de la spirale en ce que la spirale est une ligne décrite en forme de vis autour d'un cone qui s'approche continuellement de son Axe. La vis d'Archimede n'est autre chose qu'un tuyau posé sur un cylindre en forme d'_Helice_.
HELICE. En termes de Médecine se dit de tout le circuit de l'oreille de l'homme, comme qui diroit tour ou tortis.
HELICE. Est aussi un nom qu'on donne à une constellation du Ciel qui est la grande Ourse, à cause qu'on la voit toujours tourner autour du pole dans un petit cercle, elle a 35. étoiles selon Ptolomée, dont il y en a 27. qui composent sa figure & 8. qui sont au dehors. Bajerus n'en compte que 32. mais Quepler dit y en avoir observé 56. Il y en a sept principales de la seconde grandeur en forme de chariot, ce qui l'a fait appeller de ce nom par le peuple.
HOURDER. _v. act._ maçonner grossiérement. On dit qu'un mur est seulement hourdé, lors qu'il n'y a point encore d'enduit, qu'il est encore rude & inégal.
On dit proverbialement qu'un homme est crotté & _hourdé_ quand il revient de ville salle & crotté comme un messager, ou _hourdé_ comme s'il avoit travaillé à la maçonnerie à _hourder_ un mur.
HOURDI, ou lisse de Hourdi. Terme de Marine. C'est le dernier des baus vers la pouppe.
HOURET. _s. m._ mauvais chien de chasse. Moliere raille en ses fâcheux un Chasseur qui chasse avec quelques _hourets_ galeux.