Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier

Part 6

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Les guinné sont cependant plutôt d'humeur solitaire et habitent de préférence certains arbres, les plus majestueux de la brousse. Ceci semble confirmer mon hypothèse que ce sont d'anciens dieux inférieurs comme le furent par exemple les dryades et les sylvains. Leurs demeures végétales de prédilection sont les baobabs, les fromagers, les cailcédrat, les tâli et les siengueu. Ceux qui sont moins farouchement individualistes habitent, à deux ou trois, des bosquets dans un isolement moins absolu.

D'autres sont encore plus éclectiques en fait d'habitation. Ils élisent domicile dans des termitières (v. Le chiffon magique--La femme de l'ogre) ou encore dans des terriers.

Le guinné possède au plus haut point l'instinct de propriété. Il n'aime pas qu'on viole son domicile, qu'on fasse un lougan sur son terrain (Le chien de Dyinamissa,--Les coups de main du guinnârou), qu'on vienne chercher du bois dans ses futaies (Le feu des guina). Il se venge cruellement de toute atteinte portée à ses droits. Parfois même il fait payer à l'espèce humaine sans discernement le tort qu'un homme lui aura fait subir (v. Le diable jaloux). Il y a chez les guinné comme chez les humains, pour ceux du moins qui vivent en société, une hiérarchie constituée. Ils ont des chefs de village (v. La gourde), des rois et même des reines (v. La sage-femme de Dakar,--Hammat et Mandiaye). Il n'existe pas de loi salique chez les guinné.

Les guinné ont des troupeaux à eux (voir à ce sujet le conte de Soutadounou--Les ancêtres des Bozo, etc.). Cultivent-ils des lougans? Eux qui sont doués du pouvoir de procurer aux hommes tant de choses par une simple manifestation de leur volonté ne doivent pas se donner beaucoup de peine pour faire produire la terre. Cependant la logique n'est pas l'inspiratrice exclusive des faiseurs de contes. Aussi ne peut-on conclure par déduction qu'ils ne cultivent pas de lougans. Et en effet nous voyons dans «Les tomates de la pori» que celle-ci en cultive un. Les guinné d'ailleurs se nourrissent volontiers de végétaux et si, l'on en croit le conte kouranko de Nancy Mâra, ne les mangent qu'à condition qu'ils n'aient pas subi de cuisson.

Il y a des guinné marabouts et même «ouâliou» mais, ceux-là me font l'effet d'être déjà démarqués par l'Islam envahissant (le conte d'Ibrahima et des hafritt est plutôt arabe que ouolof). C'est d'ailleurs chez les Ouolof que j'ai trouvé presque exclusivement ce type de guinné. Le véritable guinné ne saurait avoir de religion que celle de soi-même s'il est, comme je le pense, un des vestiges d'une ancienne religion panthéiste. Il dut y avoir, dès l'origine, de bons et de méchants guinné comme il est des forces naturelles favorables et de néfastes. C'est cette bonté ou cette méchanceté que le musulman traduira par croyance ou mécréance, mais il y a là une interprétation inexacte de la conception initiale.

_Intelligence._--Le guinné devine la pensée. Il dit presque invariablement à qui il rencontre: «Je sais ce que tu as dans le coeur.--Je sais ce que tu veux».

_Caractère._--Comme tous les êtres animés et conscients, le guinné est tantôt bon, tantôt méchant et même l'un et l'autre en même temps et selon les circonstances. Quelquefois, sa malfaisance se restreint à des farces dangereuses. C'est ainsi qu'il s'amuse à épouvanter ceux qui s'aventurent dans son domaine d'obscurité car la nuit appartient au guinné et il interdit l'ombre comme d'autres interdisent l'espace. Ses apparitions terrifiantes semblent surtout avoir pour but d'éprouver le courage des voyageurs (v. Le guinné altéré.--Les maîtres de la nuit.--S.-G. Diêgui, etc.). Le courage le désarme et le rend impuissant.

Il n'est pas que le courage pour se sauver de lui. De bons grigris sont efficaces, soit pour l'écarter, soit pour guérir les effets fâcheux produits par sa vue. Ces grigris peuvent être des mots du Koran comme dans le chasseur de Ouallalane. Quant aux simagrées des médecins toubabs, elles restent de nul effet (v. Le spahi et la guinné _in fine_).

Pour la faro, il y a des précautions particulières à prendre, notamment quand on passe à proximité de l'île appelée Faroti entre Mopti et Ségou. Il est nécessaire, si l'on a parmi les provisions des douceurs (lait ou miel), d'en verser un peu dans le fleuve en offrande à la faro; faute de le faire on courrait le risque d'être englouti.

Le conte du Laptot giflé indique encore un moyen de se préserver des maléfices du guinné lorsque l'on vient à quitter sa maîtresse tard dans la nuit. Il faut que celle-ci attache son pagne de la main gauche et reste assise jusqu'à ce que l'amant soit rentré chez lui.

Ils n'aiment pas les abeilles; aussi n'habitent-ils pas les arbres où se trouvent des ruches (v. Le miel aux tytyirga).

Les chevaux aussi protègent leurs cavaliers contre les guinné (v. à ce sujet le conte de Service de Nuit).--Enfin il est à noter que la présence d'un chien noir épouvante aussi les êtres de la nuit (v. à ce sujet Les nyama et le cultivateur--Le canari merveilleux et Le chien de Dyinamissa). Je renvoie le lecteur à la note détaillée qui suit ce conte.

On peut aussi deviner leur véritable nature à leur façon de parler (le guinné aime à parodier l'accent de ses interlocuteurs) et à leur prononciation nasale. (Voir la fille d'Aoua Gaye).

Certains guinné protègent la faiblesse persécutée: les orphelines tourmentées par leurs marâtres, les frères victimes de mauvais frères, les sinamousso dont les autres co-épouses cherchent la perte, etc. D'autres au contraire ont un secret penchant pour les gens malhonnêtes et les aident de tout leur pouvoir (v. NMolo, MBaye Poullo, etc., etc.). Quelquefois, ils font payer assez cher leurs services. Ainsi, dans Le pardon du guinnârou, le guinné veut la vie de la soeur de son protégé en échange de l'aide donnée.

Ils sont vindicatifs (v. Le guinné du tâli et L'implacable créancier) et parfois même gratuitement féroces comme le guinnârou de Fonfoya. Cependant ils ont l'orgueil de leur race et opposent volontiers, en paroles sinon en actions, leur loyauté à la félonie de la race des hommes (v. Mamadou et Anta la guinné).

Quelques guinné ont aussi des habitudes d'anthropophagie qui les apparentent aux ogres de la légende indo-européenne. (V. La femme de l'ogre--Le boa marié[86]--Ntyi vainqueur du boa--Khadidia l'avisée--Les ailes dérobées etc.). Les faro rongent certaines parties du corps des gens qu'elles ont entraînés au fond de l'eau. Ainsi, il y a quelques années, un père blanc s'étant noyé avant d'arriver à Ségou, on l'a retrouvé avec le nombril et la cloison du nez entièrement rongés; ce sont les morceaux de prédilection de la faro.

[Note 86: Cf. Nantêné et le boa (Barot, _op. cit._).]

Les ouokolo (ou nyama) bambara sont plutôt farceurs que réellement malfaisants[87]; en général, ils semblent avoir un faible pour les tomates et ne les demandent pas au travail de la terre mais à leurs talents de filous. Ils dérobent aussi volontiers le couscouss dans les cases. On les corrige de cette mauvaise habitude en pimentant fortement ce mets. Quand ils se sont bien brûlé le palais, ils n'y reviennent plus.

[Note 87: C'est à eux cependant qu'on attribue des boursouflures qui (paraît-il) se produisent sur le corps des noirs qui ont pris la fièvre à trop travailler. (Cette maladie doit être rarissime chez les indigènes). On traite cette éruption par une infusion des feuilles de l'arbuste appelée de leur nom nyama fora (feuille à saveur acide dont on se sert pour la préparation de la bouillie gourmantié et aussi pour coaguler le caoutchouc).]

Les nains sont en général peu serviables. Voir cependant le conte de L'hermaphrodite.

Quant à leur intelligence, elle passe pour très bornée. Aussi leur nom est-il souvent adressé comme injure collective à la caste des griots.

Ils ont pour fétiche le Komo: fétiche des Bambara.

Le konkoma malinké est malfaisant gratuitement si l'on en croit le conte de ce nom, le seul que j'aie recueilli sur lui.

Le gottéré peuhl aime à provoquer à la lutte ceux qu'il rencontre. Le vaincu est voué à la mort. Si c'est le nain qui a le dessous, il offre de se racheter avec de l'or[88]. Il est prudent, au cas où on le reçoit à rançon, de lui faire à la main une incision pour lui rappeler sa promesse. Si on néglige cette précaution, il revient peu après tuer par surprise son trop confiant créancier.

Ceci est à rapprocher de ce que l'on dit du ouokolo. Si vous le frappez, il vous demande de lui donner un second coup. Ce serait une grave faute que d'accéder à sa demande. Un coup unique est mortel pour le Ouokolo. Le deuxième coup serait mortel à celui qui le porterait[89].

[Note 88: Cf. les korrigans bretons.]

[Note 89: Contes inédits des 1001 Nuits (De Hammer Tome II, p. 169, Hist. de Seïfol Molouk et de Bediol-Djemal) le génie qui supplie Saïd qui l'a frappé de lui donner un 2e coup et qui meurt du refus de Saïd de lui donner satisfaction alors qu'un 2e coup l'eut guéri de sa Ire blessure.]

Allah, d'après les musulmans, ne reste pas toujours impassible en présence des méfaits de certains guinné trop malfaisants. Le châtiment d'un guinné par le pivert alors qu'il prépare la ruine d'un village. (Conte du NGortann) en est la preuve.

Les guinné s'unissent assez volontiers à la race des hommes, les guinné mâles principalement car il semble ressortir du conte d'Anta que les femmes guinné s'y prêtent moins facilement. Comme exemple de ces dernières unions, je citerai les contes de Mamadou et d'Anta la guinné,--La guiloguina, La tâloguina,--La mounou de la Falémé,--Kelimabé et Moussa Nyamé (Contes des Gow. D.-Y.) Le cas le plus fréquent est celui où c'est une femme de race humaine qui épouse un guinné (Nancy Mâra--Kahué l'omniscient--Moussa Nyamé[90]--La femme de l'ogre--Le mari de Nantêné--Le cheval noir--Goloksalah et Penda Balou[91]).

[Note 90: Contes des Gow (D.-Y).]

[Note 91: Bérenger-Féraud.]

Les enfants nés de ces unions tiennent en général du guinné plus que de la race humaine. Ils se sentent plus à l'aise parmi les guinné. Ainsi, dans le conte de La femme de l'ogre, le fils du guinné soustrait sa mère à l'appétit paternel mais, après l'avoir menée hors d'atteinte, il s'en retourne près des siens. En général ces métis sont des sortes de surhommes: des sages comme Kahué l'omniscient, des héros comme Moussa Nyamé. Kahué jouit d'une jeunesse prolongée au delà des limites normales.

Ces unions ne sont pas heureuses et finissent de façon fâcheuse; aussi se contractent-elles généralement grâce à l'insincérité du prétendant qui dissimule sa véritable nature avant et même, dans la plupart des cas, après le mariage.

Les guinné adoptent volontiers des enfants de race humaine et les enlèvent à leurs parents dans cette intention. Ils les instruisent, leur donnent certains pouvoirs de divination ou de prestidigitation[92]. Ils en font surtout des médecins capables de guérir les maladies et au besoin de les provoquer. Voir à ce sujet: Le kitâdo vengé--Les jumeaux de la pauvresse--Le fils adoptif du guinnârou,--L'orpheline et son frère,--Déro,--Les talibés rivaux, etc., etc.

[Note 92: Samako Niembelé m'a rapporté le fait suivant: «Il y a à Kayes un nommé Diéna Moussa qui passe pour avoir été élevé par les faro. Un jour il m'a dit: «Samba donne-moi des kolas!--Je n'en ai pas, ai-je répondu--Mets des cailloux dans ta chéchia» Je l'ai fait et après quelques tours de passe-passe il me l'a rendue pleine de kolas. On dit que la faro lui a donné tous les grigris qu'il a».]

Par contre, les guinné se débarrassent fréquemment de leurs enfants mal venus en les substituant à des enfants d'hommes. Les Peuhl appellent ces enfants des batitâdo. Cette croyance était celle des anciens Bretons et des Allemands[93]. Le conte d'Ondine est inspiré par cette idée, puisqu'il s'agit de faire acquérir, par la petite créature des éléments, l'âme immortelle dont elle est dépourvue. Quand il arrive à des indigènes d'avoir des enfants retardés dans leur développement et qu'ils soupçonnent d'être fils de guinné, ils peuvent obliger leurs parents à les reprendre en les exposant dans de certaines conditions et en les adjurant de retourner avec ceux de leur race. Le procédé breton et alllemand consiste à les obliger à parler de façon à se trahir par le timbre grêle de leurs voix puis à les fouetter jusqu'à ce que les korrigans ou Wichtelmoenner, leurs parents, accourent les reprendre[94].

[Note 93: Voir Grimm et La Villemarqué: Barsaz-Brez.]

[Note 94: Voir Die Wichlelmoenner et l'Enfant supposé (Barsaz-Breiz).]

La durée de la vie des guinné n'est pas indéfinie, leur existence est longue et leur croissance lente et dès qu'ils ont atteint un âge avancé ils meurent pour recommencer à vivre.

Quant aux konkoma ce sont, dit la tradition, des porcs épics qui renaissent dans les mêmes conditions.

Outre les génies de différentes sortes que nous venons de passer en revue et les hommes de toutes professions, y compris celles de voleur, de griot, d'apiculteur et d'éleveur de poules, les personnages ci-après jouent leur rôle dans les contes: goules, vampires, sorciers et contre-sorciers, végétaux, minéraux, objets divers et abstractions variées: la faim, la mort, le mensonge et la vérité, etc, etc.

Après avoir examiné rapidement ces divers personnages, j'étudierai aussi brièvement que possible les talismans, remèdes merveilleux, armes magiques et tous objets qui, sans être, à proprement parler, des talismans, présenteront un caractère surnaturel.

Goules: Ybilis déterreur et mangeur de cadavres est une véritable goule (V. Flûte d'Ybilis).

Vampires: Dans le conte peuhl: «Les mots magiques» il est parlé d'une soukoun âdio». Cette soukounâdio est le vampire suceur de sang. V. aussi La mangeuse de ses clients (conte kâdo) et Le vampire.

Sorciers: Les sorciers jouent dans les contes un rôle assez fréquent. V. la tâloguina,--La sorcière punie,--Le chien-sorcier[95],--L'almamy caïman,--Le chat guinné de Saint-Louis (Ce dernier est plutôt une sorte de loup-garou comme le sont les sorciers dont parle Samba Atta Dabo dans L'ensorcelée de Thiévaly), les caïmans du Milo (Fadôro) etc. Contre cette engeance malfaisante il y a un remède. Lorsqu'ils se sont dépouillés de leur peau pour aller rôder dans la nuit sous une autre forme que leur forme naturelle, il faut saupoudrer la face interne de cette peau soit avec du sel soit avec du piment. Les sorciers sont alors à votre merci[96].

[Note 95: Contes des Gow. L'hyène de Djenné (D-Y. _op. cit._).]

[Note 96: V. Contes de Fadôro et du Vampire.]

Il existe d'ailleurs des exorcistes ou conjureurs des sorciers: les bourhama (en ouolof) qui les obligent par leurs conjurations à réparer le mal causé. Ces exorcistes sont doués d'un pouvoir plus ou moins fort C'est sous la dictée de l'un d'eux qui se targue d'une puissance supérieure à celle de ses confrères, que j'ai transcrit le conte intitulé L'ensorcelée de Thiévaly. Chez les musulmans, ce rôle est tenu le plus souvent par les marabouts, chez les fétichistes bambara par les nama, chez les gourmantié, par les niogoudâno. Ces derniers combattent par des fumigations le mauvais sort jeté.

On trouvera dans Bérenger-Féraud (_Op._ _cit._) quelques indications relatives à la croyance aux sorciers dans la Sénégambie.--Chez les Sénofo et les Bobo comme chez les Kissiens et les Kouranko, dès qu'une mort subite fait soupçonner le maléfice d'un sorcier, on procède à des épreuves destinées à révéler le nom de celui-ci. Le conte du Cheval de nuit documentera le lecteur sur ce point. Il y est procédé à un véritable interrogatoire du cadavre.

On peut rapprocher de la croyance aux sorciers la foi en l'efficacité néfaste du mauvais oeil. Voir le Kitâdo vengé,--La chèvre au mauvais oeil, etc., etc. Les possesseurs du mauvais oeil sont d'ailleurs considérés comme des jettatori conscients, ce qui n'est pas toujours le cas, en Italie par exemple. La croyance au «cattio occhio» est générale en Orient et notamment en Turquie. Pline et Virgile en parlent ainsi que Théocrite. (V. Contes inédits des 1001 nuits, _op. cit._ Notes du Tome II p. 323).

Comme végétaux figurant dans les contes il y a lieu de citer le riz (V. Le choix d'un d'un damel.)

Comme minéraux: le caillou (Ntyi vainqueur du boa.)

Comme choses diverses: le gigot, (Le sounkala de Marama), la boule de mil et la cravache (La nyinkona), la marmite (Hammat et Mandiaye), la sauce, les canaris et les calebasses (Bergère de fauves).

Comme abstractions: La Mort[97] (V. La mort créancière,--L'intrus dans l'Aldiana [98], la Faim, Le choix d'un lanmdo, l'Humanité [Adina], le Mensonge et la Vérité)[99]. Voir aussi abstractions des contes ci-après: Kahué l'omniscient,--L'éléphantiasis de Moriba, les diverses parties du corps (Le procès funèbre de la bouche).

Comme animaux fabuleux: le ouârasa, le mangeur d'hommes (Le plus brave des 3, le minimini), l'yboumbouni.

[Note 97: Voir Delafosse: Le Ciel l'araignée et la Mort.]

[Note 98: D'après le D. Cremer.]

[Note 99: Conte de Froger.]

TALISMANS

Les talismans sont nombreux et variés Citons:

La bague (Bissimillaye et Astafroulla, La bague aux souhaits--Mamadou et Anta la guinné--Mâdiou le charitable).

Les oeufs ou les calebasses magiques (Hammat et Mandiaye,--Le sounkala de Marama--La conquête du dounnou--Anntimbé ravisseur du bohi).

La cravache qui frappe d'elle-même (La nyinkona).

La calebasse (ou le canari) inépuisable (La nyinkona et La bergère de fauves.)

Le tapis volant (Mamadou et Anta la guinné).

La poudre magique qui rend intelligible le langage des bêtes (Le lièvre et le dioula).

La poudre magique qui fait sortir de terre un tata avec sa population et son bétail (La revanche de l'orphelin et Le pupille du cailcédrat).

L'arme qui assure le pouvoir à son possesseur (sagaie de Binanmbé, fusil de Molo)[100]

[Note 100: Le sabre de Malick Sy roi des Diawara (Lanrezac) celui d'Alioun (Faveurs aux nouveaux convertis) (B.F.).]

Le bonnet qui rend invisible[101] (Contes des Gow: Sanou Mandigné).

[Note 101: V. Contes des Gow: Sanou Mandigné (D.-Y. _op. cit._). V. Grimm et aussi Chamisso. Pierre Schlemihl.]

L'onguent qui contraint les gens à ramasser de l'herbe jusqu'à épuisement (Bilâli).

Le grigri révélateur d'aînesse (Bilâli.--Les quatre fils du chasseur).

L'onguent léthargique (Fatouma Siguinné).

Le grigri de malice[102] et d'habileté dans la friponnerie (MBaye Poullo et Le grigri de malice).

[Note 102: V. Manuel des pères de Brouardou.]

Le grigri de bravoure (L'homme au piti).

Le grigri de science (Mâdiou le charitable).

ARMES MERVEILLEUSES.

Le grigri de victoire (Yamadou Hâvé).

Le fusil qui tue quantité de gens d'un seul coup (A.-S. Niânyi.--S.-G. Diêgui.--La bague aux souhaits).

La poudre à tuer le gibier (La lionne et l'hyène).

La barbiche meurtrière (Même conte. Le bouc et l'hyène à la pêche).

Le sabre qui coupe des têtes multiples d'un coup unique (Voir B.-F. Faveurs aux nouveaux convertis).

REMÈDES SOUVERAINS.

Les drogues des «Talibés rivaux».

Les remèdes de Déro.

Ceux de Ntyi le patient (Les deux Ntyi).

OBJETS MERVEILLEUX AUTRES QUE DES TALISMANS[103].

L'arbre prophétique du Boundou (Amady Sy)[104].

Le canari-aigrette (Le canari merveilleux).

La graisse et les boyaux de Takisé (Le taureau de la vieille).

L'arbre aux fruits d'or.

Le baobab rempli d'or (Les présents des faro).

[Note 103: J'entends par là ceux qui ne sont pas affectés à l'usage d'un possesseur unique et n'ont pas pour objet unique le bien de ce possesseur.]

[Note 104: Cf. les chênes de Dodone.]

CHAPITRE IV

PERSONNAGES DES FABLES.

SOMMAIRE: _Les fables et leurs acteurs._--Personnages non-merveilleux des fables et des contes.--Les professions mises en scène.--But des fables indigènes.--Sont-ce des satires sociales?--Les deux grands premiers rôles.--Le lièvre roublard et sceptique, mais serviable.--L'hyène stupide et crédule, féroce, vorace et infatuée.--Divers sobriquets de l'hyène.--Son rôle dans les contes.--Rôle de l'homme dans les fables.--Portrait peu flatté.--Animaux divers jouant un rôle fréquent dans les fables.--Le roi des animaux dans la littérature indigène: lion, éléphant et hyène; le riz.

On ne saurait dire de ces fables, comme de celles de La Fontaine par exemple, qu'elles ont le caractère d'un enseignement voulu de morale pratique. Moraliser n'est pas leur principal but et s'il leur arrive de formuler un précepte de cette sorte c'est par hasard pur et sans que le conteur ait cherché à le faire.

Les fables ne sont pas non plus--comme on aurait tendance à le croire au premier abord--des sortes de fabliaux satiriques dans le genre des récits analogues du Moyen-Age. Elles ne visent pas, à travers l'hyène, la brutalité et l'avidité des puissants et n'exaltent pas, dans le lièvre, la roublardise de la faiblesse opprimée. Du moins il ne me le semble pas.

On pourrait objecter pourtant que la société animale comporte, dans les fables, une hiérarchie rappelant d'assez près celle de la société indigène. A la tête des animaux se trouve un roi qui est soit l'éléphant, soit le lion, soit même l'hyène[105] et, qui pis est, l'araignée (chez les Agni). Le noir qui a conçu les guinné comme semblables aux hommes, au point de vue du caractère, imagine de même les animaux organisés en société semblable à la sienne mais il n'a pas pour but, en adoptant cette conception, de railler, sous un voile d'allégorie, la constitution du groupement social dont il fait partie. Il lui semble qu'il n'existe qu'une forme de société possible: la sienne, et il ne songe pas à se fatiguer l'imagination à rêver d'une autre organisation sociale.

[Note 105: Conte de La lionne et l'hyène.]

Les fables indigènes sont donc des récits exclusivement destinés à l'amusement des auditeurs et n'ont nullement pour but d'enseigner la morale, fût-elle uniquement pratique, ni de dénoncer les abus sociaux.

Parmi ces récits, les plus nombreux--et de beaucoup--sont ceux qui rapportent les bons tours joués par maître lièvre à l'hyène, son ennemie intime. Généralement ces bonnes farces se terminent tragiquement pour la bête couarde féroce et stupide qui en est l'objet, mais la bassesse de son caractère nous l'a rendue, par avance, si antipathique et ridicule qu'on applaudit de tout coeur à la victoire du kékouma (le rusé compère).

Ce dernier a, d'ailleurs, toute sorte de droits à la sympathie. Toujours serviable, du moment qu'il ne s'agit pas de fournir un travail qui le fatiguerait, mais simplement de donner un malin conseil ou de suggérer une heureuse idée, absolument désintéressé, et ne réclamant pas de récompense pour ses bons offices, comment ne lui souhaiterait-on pas réussir dans ce qu'il entreprend?

Avec cela rien moins que naïf! S'il oblige gratuitement, ce n'est pas qu'il se fasse illusion sur la gratitude de ses obligés. Tout en les aidant, il les guette du coin de l'oeil afin qu'ils ne lui jouent pas quelque mauvais tour tandis qu'il s'emploie à leur rendre service (V. L'homme, le caïman et le lapin[106],--Le lièvre, la panthère et les antilopes[107]). Il trouve sans doute sa rémunération dans cette satisfaction d'orgueil qu'il éprouve à voir que tous, même les plus forts, sont contraints d'avoir recours à son intelligence. Pour ce qui le concerne, il n'est point de mauvais pas dont il ne se tire à son honneur. Une fable le montre pris au piège (un piège grossier)[108] mais on ne le garde pas longtemps (V. Le forage du puits). Quant à celle du Hibou et du lièvre, c'est le seul cas où le lièvre commette véritablement un impair et ne le rachète pas par son ingéniosité.

[Note 106: Arcin, _op. cit._]

[Note 107: Barot _(op. cit.)._]

[Note 108: Voir une aventure analogue dans les fables sur le «vieux frère Lapin». Collection Larousse. De même, pour le lièvre utilisant l'hyène comme monture. Rien de plus naturel. Ces traditions ont été apportées par les noirs d'Afrique en Amérique. (Lapin est ici pour lièvre. Arcin emploie aussi ce mot le plus souvent).]