Part 2
En retour d'une offrande de farine. Le laôbé et le yébem du cailcédrat. La mangeuse de clients. La fiancée de race yblisse. Le congé à l'hyène. Le fer qui coupe le fer. Affront pour affront. Le chiffon magique. Anntimbé, ravisseur du bohi. L'anneau de la tourterelle. Amadou Kékédiourou, sauveur des siens, La sentence du koutôrou. Le feint lépreux. Les ancêtres des Bozo. L'assistante de la nuit de noces. Les ailes dérobées. La case magique du défilé.
XI. Contes Gourmantié (42).
Le cadavre ambulant. Trois frères en voyage. Les deux voleurs. Le lâri reconnaissant. L'anguille et l'homme au canari. Les méfaits de Fountinndouha. La tortue et la pintade. Le miel aux tyityirga Goumbli-Goumbli-Niam etc. Les tomates de la pori. Concours matrimonial. Le cultivateur. La fille qui voulait apprendre à chanter. La créance de la Mort. Le tailleur de boubous en pierre. Revanche conjugale. La vengeance du pori. L'hyène et le poulet sans plumes. La termitière-aux-pora. Le procès funèbre de la bouche. La protection des djihon. La grenouille indiscrète. La femme enceinte. Chacun son tour! Le cheval noir. La queue d'yboumbouni. Les deux faux dioulas. La nyinkona. Au temps de la famine. Outénou et le marabout. Une leçon de bonté. L'invention des cases. Les perfides conseillers. La revendication du lièvre. Le tisserand et le serpent. Bénipo et ses soeurs. Les orphelines. Le courage mis à l'épreuve. Les prétendants. Diadiàri et Maripoua. Le lièvre qui traya la vache de brousse. Le bouvier d'Outênou.
XII. Contes Bambara (70).
Le riz de la bonne épouse. A la recherche de son pareil. Bala et Kounandi. La tortue et l'oiseau-trompette. La case des botes de brousse. La plus terrible des créatures. Ybilis. Le plus brave des trois. D'où vient le soleil. Les deux vérités de la chèvre. Binanmbé, l'homme à la sagaie. Le bouc et l'hyène à la pêche. Histoire de NMolo-la-crapule. NDar ou l'enfant-né-avec-des-dents. Pourquoi les poules éparpillent leur manger. Amadou Sofa Niânyi. Le lion, le sanglier et le lièvre. L'épreuve de la paternité. Soutadounou. La fille du massa. Les ouokolo et l'apprenti chasseur. Le fama et le marabout. La famille Diâtrou à la curée. Les obligés ingrats de NGouala. Les oeufs de blissiou. Le mari jaloux. Les voleurs de miel. La flûte d'Ybilis. Le maître chasseur et ses deux compagnons. La lionne coiffeuse. Au village des sorciers. Le lièvre et l'hyène aux cabinets. Les funérailles du calao. Le chien de Dyinamissa. La peur de l'eau. Les générosités de l'hyène. La conquête du dounnou. Mamady-le-chasseur. La femme aux sept amants. Les deux jumelles. Les nyama et le cultivateur. Le lièvre, l'hyène et le taureau de guina. L'hyène et l'homme, son compère. Le sounkala de Marama. La marâtre punie. Engagement d'honneur. Le diable jaloux. L'hyène commissionnaire. Le joli fils de roi. Les jumeaux de la pauvresse. En l'année des grêlons comestibles. Le singe ingrat. Zankêni Karâto, l'agaceur de malechance. Le dispensateur de pluie. Le couard devenu brave. Les pleureurs et le cultivateur. Le fils du maître voleur. Ntyi vainqueur du boa. Le chien lutteur. Les inséparables. Le boa marié. Les sinamousso. Le lièvre et les pleureurs. Les musiciens ambulants.
Les deux Ntyi. La revanche de l'orphelin. Quelqu'un qui cherchait aussi malin que soi. Le boa du puits. Le forage du puits. Les deux intimes.
XIII. CONTES KOURANKO (2).
Le cheval de nuit. Nancy Mâra.
XIV. CONTES KHASSONKE.
Le dévouement de Yamadou Hâve.
XV. CONTES KISSO.
Chassez le naturel.
Dans cette étude de la littérature merveilleuse indigène je tiendrai compte, non seulement des récits recueillis par moi personnellement, mais encore de ceux publiés par différents folkloristes.
Afin que le lecteur puisse contrôler les sources étrangères auxquelles je me référerai au cours de ce travail, je les indique ci-dessous en une brève notice biographique.
ARCIN, _La Guinée française_. Challamel, éditeur, 1907[8].
[Note 8: Il existe encore d'autres ouvrages que je n'ai pu consulter en temps utile: _L'ancien royaume de Dahomey_, par Le Hérissé (Larose édit.). _Légendes de la Sénégambie_ (Bérenger-Féraud, Leroux édit.), _Contes haoussa_, par Landeroin et un recueil de contes ouolof par un abbé. On peut se procurer ce dernier ouvrage en s'adressant au délégué apostolique à Dakar.]
BAROT, _L'Ame soudanaise_. Pages libres, 1902.
MGR. BAZIN, _Dictionnaire Français-Bambara_. Imprimerie Nationale, 1901.
BÉRENGER-FÉRAUD, _Contes populaires de la Sénégambie_. Leroux éditeur.
DELAFOSSE, _Essai sur la langue agni_. André éditeur, 1901.
Lieutenant DESPLAGNES, _Le plateau central nigérien_. Larose, éditeur, 1907.
DUPUIS-YAKOUBA, _Contes des Gow_. Leroux, éditeur, 1911.
FAIDHERBE, _Le Sénégal_.
FROGER, _Etude sur la langue mossi_. Leroux, éditeur, 1910.
DE GUIRAUDON, _Manuel de langue foule_. Welter, éditeur, 1894.
Lieutenant LANREZAC, _Essai sur le folklore indigène_. Revue Indigène, 1908.
MOUSSA TRAVÉLÉ, _Manuel bambara_. Geuthner, éditeur, 1910.
UN MISSIONNAIRE DE SÉGOU, _Manuel de bambara_. Maison Carrée, Alger, 1905.
Pour les contes d'origine indo-européenne:
Contes des Bretons armoricains, par Luzel. Bibliothèque populaire Gauthier-Villars.
Barsaz-Breiz, par H. de la Villetnarqué. Franck éditeur, 1846.
Contes de Grimm. Philipp RECLAM, Leipzig.
La Bretagne, par Pitre-Chevalier. W. Coquebert éditeur.
Contes des 1001 Nuits, traduits par Galland.
Contes inédits des 1001 Nuits, traduits par de Hammer et Trebutien. Doddey éditeur, 1828.
L'étude de ces divers contes[9] se subdivisera comme suit:
I. Classification des contestables et légendes d'après leurs caractères prédominants.
II. Thèmes favoris des conteurs. Procédés les plus usités pour provoquer l'intérêt et l'émotion. Comparaison, au double point de vue du fond et de la forme, avec les conteurs indo-européens et sémites. Influences étrangères possibles.
[Note 9: Les contes qui ne me sont pas personnels feront l'objet de notes en bas de page ou seront comparés aux contes correspondants recueillis par moi dans des notes spéciales mises à la fin de chacun de ces derniers contes.]
III. Personnages des contes. Personnages humains et extra-humains. Professions le plus souvent mises en scène. Les animaux _dans les contes_. Caractère essentiel, différent de celui qui leur est attribué dans les fables.
IV. Personnages animaux des fables. Le geste burlesque de l'hyène et du lierre: comparaison avec le roman du Renard.
V. Conclusion.--Le noir d'après ses contes et fables. Sa morale idéale. Sa morale pratique. Quels modèles il se propose et quels exemples il suit.
Je renvoie aux sommaires détaillés des chapitres qui se trouvent en tête de cet essai.
I.--CLASSIFICATION GÉNÉRALE D'APRÈS LES CARACTÈRES PRÉDOMINANTS.
On peut répartir ces récits entre 7 grandes catégories:
A. Légendes cosmogoniques, ethniques, héroïques et sociales.
B. Contes de science fantaisiste (histoire naturelle, astronomie, etc.).
C. Récits d'imagination pure et dépourvus d'intentions didactiques.
D. Contes à intentions didactiques, tant de morale pure que de morale pratique.
E. Fables. Geste burlesque du lièvre et de l'hyène.
F. Contes égrillards. Contes à combles (se confondant souvent avec les contes égrillards).
G. Contes-charades[10].
[Note 10: Genre des «Roetselmoehrchen» allemands.]
Cette division en catégories n'a rien que de relatif et, pour l'établir, j'ai dû ne tenir compte que du caractère le plus marqué du récit à classer, alors que, par ses caractères accessoires, ce même récit pourrait se voir rangé dans une ou deux autres catégories.
Nous allons voir, en étudiant chacune de ces grandes catégories, qu'elle comporte encore d'autres subdivisions. Indiquer dans le tableau ci-dessus ces subdivisions nuirait à la clarté de la classification.
_A. Légendes cosmogoniques, etc._
Ces légendes essaient d'exposer--sans grande conviction, d'ailleurs--la création du monde, l'origine de certaines races ou de certains peuples, l'histoire des héros fabuleux, l'évolution de la civilisation.
Je n'ai recueilli que peu de légendes cosmogoniques ou métaphysiques; ce sont les contes intitulés: D'où vient le soleil[11]--La créance de la Mort--Le chien et le caméléon--L'anguille et l'homme au canari--Les nyama et le cultivateur. Mais on en trouvera de nombreux exemples chez d'autres folkloristes. Ainsi, la controverse du crapaud et du caméléon[12] nous apprend qui, des montagnes ou de la boue, a été créé en premier lieu; celui du «Déluge universel» nous expose la tradition agni sur ce sujet. Le conte de Froger, intitulé: «Le genre humain» élucide le problème de la création de la femme selon les Môssi. Enfin, la différence des races et l'infériorité des noirs sont expliqués par des contes divers de Laumann, d'Ollone, d'Arcin[13] et de Bérenger-Féraud[14].
[Note 11: Pour les contes cités, se référer à la table des matières _alphabétique_ qui sera publiée à la fin de l'ouvrage terminé.]
[Note 12: Delafosse, Essai de manuel de la langue Agni. La formation du Monde. Le Déluge universel.]
[Note 13: Arcin, La Guinée française.]
[Note 14: Contes populaires de la Sénégambie. (Voir aussi Vigne d'Octon cité par Arcin (le 1er griot) et Bérenger-Féraud «L'origine des griots et des laôbé». _Op. cit._).]
L'évolution de la civilisation, telle que l'entendent les noirs, se trouve exposée dans les contes ci-après: L'invention des cases.--Le minimini ou la fondation des villages.--La conquête du dounnou et Antimbé, ravisseur du bohi, (relatifs à l'invention des tambours).--L'ancêtre des griots.--Le cadavre ambulant.--La première des dots.--Les sinamousso.
La légende se fait historique ou quasi-historique pour expliquer l'origine de divers téné[15]. Voir à ce sujet les contes de Fadôro--de La femme enceinte--du Cheval noir--du Lionceau et l'enfant.
[Note 15: Le téné est l'animal «tabou» pour une famille, une race ou une tribu, celui qu'on ne doit pas tuer, ni surtout manger quand on appartient au groupement pour lequel il est sacré. C'est aussi une sorte de blason rudimentaire.]
Elle est même délibérément historique--abstraction faite du merveilleux--quand elle célèbre les exploits d'un héros mythique comme Samba Guénâdio Diêgui (La geste de S.-G. Diègui) Namara Soundieta, NDar, Amadou Sefa Niânyi, la fondation d'une dynastie royale: (Légende de NDiadiane, NDiaye), la conquête du pouvoir (L'éléphant de Molo) ou encore quand elle rappelle les aventures des Sorko pêcheurs ou des Gow chasseurs du Niger[16] l'émigration des Agni, sous la conduite d'Aoura Pokou, leurs guerres au Baoulé contre les Gori[17], la faiblesse paternelle du damel Amady NGôné[18], la folie «caligulienne» de l'almamy torodo Amady Si (Amady Si, roi du Boundou) le dévouement du Khassonké Yamadou Hâvé ou de la fille du massa, etc., etc.[19].
[Note 16: Ajouter Malick Sy (Légendes de Bérenger-Féraud et de Lanrezac). La fondation de l'empire Diolof (B.-F.).]
[Note 17: Dupuis-Yakouba, Contes des Gow et Desplagnes «Le Plateau central nigérien».]
[Note 18: Delafosse, op. cit.]
[Note 19: Conte de Bérenger-Féraud. Damel signifie «roi» en cayorien.]
On pourrait s'étendre longuement là-dessus, mais de plus longs développements contraindraient à dépasser le cadre, peut-être trop ample déjà, qu'on s'est imposé pour cette étude.
_B. Contes de science fantaisiste_.
Ces récits, bien entendu, ne prétendent nullement à la science et c'est très consciemment qu'ils procèdent de l'imagination de leurs conteurs. Les auditeurs ne les tiennent guère, non plus, pour scientifiques et leur demandent un amusement bien plutôt qu'un enseignement.
Le plus souvent ils donnent la cause originelle des particularités physiques de certains animaux: les zébrures horizontales du pelage de l'hyène (L'hyène et l'homme son compère); la déclivité de son arrière-train (Les générosités de l'hyène--La chèvre grasse); les rayures abdominales de la biche (La femme-biche); ils expliquent pourquoi les grenouilles n'ont plus de queue (La grenouille indiscrète) pourquoi le cheval arbore un si beau panache et l'hippopotame, un moignon ridicule, en guise d'appendice caudal[20]; d'où vient l'enfoncement des yeux du singe dans leurs orbites (Le singe ingrat).
[Note 20: Arcin, _op._ cit. Le cheval et l'hippopotame.]
Ils expliquent encore les habitudes qu'ont certains animaux: les tourterelles, d'aller toujours par deux (Les deux jumelles); l'hyène, de farfouiller dans la paille bottelée (L'hyène commissionnaire); les poules, d'éparpiller leur manger (Pourquoi les poules etc...); les motifs qu'a la race caprine de redouter l'eau (La peur de l'eau) ceux qu'elle eut de se résigner à la domestication (Les chèvres domestiquées).
De même ils exposent l'origine de certains oiseaux (Les obligés ingrats de Ngouala.--Le cultivateur, etc., etc.).
_C. Récits _(_merveilleux ou non_) _de pure imagination et sans intentions didactiques_.
J'ai classé dans cette catégorie les contes qui n'ont d'autre but que de provoquer l'intérêt par l'exposé d'événements de deux sortes: les uns, comportant des personnages de nature fabuleuse et les autres ne produisant en scène que des personnages de nature humaine qui évoluent au milieu d'une action purement anecdotique ou romanesque.
Il y a lieu de distinguer cette catégorie de celle dont on parlera immédiatement après, en ce que le conteur n'imagine que pour le plaisir d'imaginer tandis que l'autre catégorie trahit des intentions d'enseignement moral.
I.--_Récits merveilleux_.
Les récits uniquement merveilleux sont les plus nombreux. Il serait trop long de les énumérer. Aussi me bornerai-je à indiquer qu'ils se subdivisent en 3 classes principales et à donner quelques exemples, afin de mieux préciser la pensée qui a présidé à cette sous-classification.
Ce sont:
I° _Les hallucinations individuelles_ où le conteur rapporte ses propres visions, nées d'un état d'exaltation tel que la terreur de l'obscurité ou même une folie commençante. Les contes d'Amadou Diop ne sont guère que cela. Je citerai notamment: La fille d'Aoua Gaye--Service de nuit--Le cabri--Une ronde impressionnante. C'est encore le cas pour La guiloguina et quelques autres contes correspondant à des impressions réelles de gens affolés par un sentiment de la nature que l'on vient d'indiquer. Dans ces derniers récits le conteur rapporte un événement arrivé à d'autres qu'à lui (voir Le konkoma--Le chasseur de Ouallalane--Les maîtres de la nuit, etc.).
2° _Le merveilleux ordinaire_ où jouent leur rôle tous les êtres fabuleux créés par l'imagination des noirs: génies, hafritt, taloguina, nains, ogres, animaux-génies, etc. Ces contes sont très nombreux. Nous en étudierons les personnages en détail au chapitre III (personnages des contes).
3° _Le merveilleux macabre_. On en trouve des exemples moins nombreux que ceux de la subdivision précédente. (Voir les contes «d'Ybilis» de «La flûte d'Ybilis», du Cadavre ambulant», de «La fille qui voulait apprendre à chanter», du «Vieillard, son fils et les 7 têtes», de «La moqueuse», de «La créance de la Mort» de, «La sorcière punie», de «L'implacable créancier», du «Vampire»). Les races gourmantié, haoussa et bambara surtout, semblent, comme la race bretonne en France, très hantées de l'idée de la mort[21].
Il existe un conte gourmande: «La femme enceinte» analogue au conte haoussa de «L'implacable créancier» mais l'impression d'effroi y est moins intense. De même, pour une variante malinké de «La flûte d'Ybilis» où la substitution de Thyène au démon Ybilis atténue l'horreur du conte bambara.
[Note 21: Cf. aux contes sur Ybilis: Le Ciel, l'araignée et la Mort (Delafosse _op. cit_.).]
II--_Contes anecdotiques et romanesques_.
A côté de ces récits fantastiques ou simplement merveilleux se placent ceux ayant pour base un événement romanesque ou même une anecdote sans portée. C'est le caractère de la majorité des contes recueillis par Bérenger-Féraud dans ses Contes populaires de la Sénégambie et d'un conte du Dr Barot. (Lanséni et Maryama.) Parmi ceux du présent recueil je citerai tant comme romanesques qu'anecdotiques: Bala et Kounandi--La Mauresque--Les inséparables--Le couard devenu brave--Les deux intimes.
_D. Contes à intentions didactiques_.
Ces contes, que l'on pourrait appeler aussi contes moraux--car leur didactisme s'inspire généralement d'un prosélytisme moral--sont de deux sortes: les contes de morale idéale (religieuse et musulmane le plus souvent) ou théorique et ceux de morale pratique ou réelle. Ces derniers contes ont un grand rapport avec les fables et ne s'en différencient que par la nature humaine de leurs personnages.
1° _Contes de morale théorique_.
J'ai dit que les contes de morale théorique présentent le plus souvent un caractère religieux. Il convient cependant de noter que cette religion n'est pas toujours l'Islam. Ainsi «Une leçon de bonté» est sûrement d'inspiration fétichiste, ainsi que le conte du «Riz-de-la-bonne-épouse»[22], celui de «La femme fatale» ou du «Mariage de Niandou» qui préconisent le respect dû aux parents et aux personnes âgées.
[Note 22: Cf. Le riz blanc.]
Dans ces divers contes, il n'y a pas intervention divine comme dans les contes islamiques. Les génies seuls assurent le respect des principes. Dans d'autres récits au contraire c'est Dieu qui intervient sous divers noms (Allah, Outênou, Ouinndé etc.) soit directement, soit par l'entremise de ses serviteurs. Il prend le rôle de ces êtres surnaturels qui semblent d'anciennes personnifications des forces de la Nature dans le panthéisme dit «fétichisme» (Voir notamment les contes intitulés: Mâdiou le charitable--Le barké--Le marabout et le fama[23]--Les obligés ingrats de Ngouala--Le ngortann--L'enterré-vif--Le melon révélateur, etc).
[Note 23: V. Bérenger-Féraud (_op. cit_.). Légende du bracelet rapporté par le poisson.]
2° _Contes de morale pratique_.
Cette catégorie peut, au point de vue forme, se subdiviser en apologues symboliques et en contes proprement dits. Parmi les apologues symboliques il y a lieu de citer: Le guehuel et le damel--Kahué l'omniscient--La tête de mort--Trois frères en voyage--Le fils du sérigne--Le choix d'un lanmdo, etc. Ces contes, généralement sentencieux--ne sont pas toujours aisément intelligibles.
Pour les contes proprement dits où le récit offre un élément d'intérêt plus accentué, se reporter, entre autres, à ceux-ci après désignés: Le pardon du guinnârou--Le bien qui vous vient en dormant--Le lâri reconnaissant--et divers contes de Bérenger-Féraud[24], de Froger[25] et de Moussa Travélé[26].
[Note 24: V. Bérenger-Féraud (_id_.) Le cavalier qui soignait mal son cheval--Le sage qui ne mentait jamais--L'homme qui avait beaucoup d'amis--L'ami indiscret.]
[Note 25: Connaître par soi-même--Enseignements d'un père à son fils.]
[Note 26: Le cultivateur et son fils.]
_E. Fables_.
On pourrait ranger les fables dans la 2e classe de la catégorie précédente (morale pratique) si elles ne présentaient ce caractère spécial que leurs principaux acteurs sont des animaux, à l'exclusion presque absolue de l'homme dont le rôle--quand il lui advient d'en jouer un--n'est jamais qu'accessoire. Ce n'est pas que les animaux ne figurent dans les contes mais, dans ce cas, ils y sont dépeints avec des caractéristiques qui les rendent essentiellement différents du type, qui leur est attribué dans les fables. Les animaux des contes sont, soit des génies travestis, soit de véritables animaux-génies. Qui reconnaîtrait, par exemple, l'hyène grotesque et couarde des fables dans le chef des hyènes du conte de «Binanmbé» ou bien encore dans celui du conte intitulé «D'où vient le soleil[27]»?
[Note 27: Voir également les animaux gardiens du dounnou ou l'hyène vengeresse de la morale outragée dans «Le châtiment de la diâto».]
Le caractère fixé pour chaque animal dans la littérature «fablesque» est purement conventionnel. Ainsi le lièvre dont les Indo-Européens ont fait le symbole de l'inquiétude toujours en éveil[28] devient chez les noirs l'animal avisé, détenteur de ce sac à malices dont nous avons fait, nous, la propriété de compère le renard. Le lion n'est pas toujours pour eux le roi des animaux et l'éléphant leur parait plus souvent digne de ce titre d'honneur. Le serpent en qui nous voyons l'emblème de la prudence n'est pas nettement campé comme tel. En revanche, il ne joue pas inévitablement le rôle d'ingrat auquel l'a condamné notre imagination[29]. Même dans le conte-fable «Ingratitude», il met en garde l'homme contre l'ingratitude d'un propre congénère de celui-ci.
[Note 28: Les noirs lui donnent aussi quelquefois ce rôle. V. «Chassez le naturel....»]
[Note 29: Même dans le conte du serpent, cet animal agit plutôt en ingrat passif.--La Fontaine a d'ailleurs dit chez nous:
... Que le symbole des ingrats. Ce n'est pas le serpent, c'est l'homme.]
Chaque peuple a ses conceptions, plus ou moins convaincues, sous ce rapport et nul ne songerait à proposer le recueil des fables de notre La Fontaine comme un modèle de vérité scientifique.
En regard des fables--relativement rares--qui relatent les aventures d'animaux divers, il en est un grand nombre qui s'attachent avec complaisance à évoquer les tours pendables de frère lièvre à son éternelle dupe: l'hyène. C'est ainsi qu'à côté des fables ésopiques s'est constitué au moyen âge le roman du renard.
A première vue on est tenté d'établir des similitudes, d'identifier Diâtrou, l'hyène, au brutal Isengrin et frère lièvre à Goupil le renard, mais l'ouvre médiévale est avant tout une suite de fabliaux satiriques où l'humeur gouailleuse du populaire s'esbaudit à un pastiche de la société féodale. Or il ne semble pas qu'on en puisse dire autant de la geste burlesque de l'hyène et du lièvre dans la littérature indigène, encore qu'elle célèbre, elle aussi, le triomphe de l'esprit madré sur la force brutale.
Cependant il serait présomptueux de prétendre porter un jugement définitif sur cette question. Quoi qu'il en soit, il est un fait à retenir c'est qu'à part le titre de roi donné à l'éléphant on ne voit pas trace dans les fables indigènes d'une société animale constituée avec ses marabouts, ses parasites des puissants, ses dignitaires et ses magistrats, bien que la société indigène offre des exemples d'un semblable état de choses[30].
[Note 30: Ainsi la cour des bourbas diolofs avait son toubé ou vice-roi, ses diarafs (ou? comtes) son bicète (héraut) etc., comme je l'ai indiqué dans une autre étude.]
Nous reviendrons un peu plus longuement sur tout cela quand, au chapitre IV, nous étudierons les personnages des fables et, plus spécialement les deux grands premiers Rôles.
F. _Contes égrillards, humoristiques et à combles_.
De même que celle de nos ancêtres gaulois ou moyen-âgeux, la civilisation attardée des noirs ne s'effraie ni de l'anecdote scatologique, ni du récit égrillard. On sait d'ailleurs qu'en France même, la pudibonderie... verbale ne remonte guère qu'à deux siècles et demi tout au plus.
Est-ce immoralité chez l'indigène? Non pas; mais amoralité absolue. Le noir, non catéchisé, est naturellement et ingénuement amoral. Il n'a pas, comme nous, cet atavisme de morale religieuse dont l'influence persiste même chez les «libres-penseurs» les plus dégagés, en apparence, de l'étreinte du passé et qui nous fait nous effaroucher devant le récit d'actes ou d'événements somme toute conformes à la loi de Nature.
Il semble cependant que cette amoralité s'achemine peu à peu vers la réprobation de certains de ces actes naturels puisqu'elle cesse de s'en désintéresser, ce qu'elle manifeste en commençant à les tourner en dérision, au lieu de les laisser passer aussi inaperçus que le fait de manger quand on a soif ou de dormir lorsqu'on a sommeil.
C'est, d'ailleurs, en les exagérant que l'humeur gaillarde du noir parvient à rendre comiques ces actes-là. Aussi ferons-nous voisiner les contes à combles dans cette catégorie avec les récits scabreux.