Essai sur l'origine de Toulon: Mémoire pour servir à l'origine de cette ville
Part 3
Car d'abord Toulon est-il bâti sur des marais? Prenons la circonscription de cette ville après le règne de François I.r et avant celui de Henri IV, ce qui nous donne son agrandissement moyen. Les remparts longeaient la rue des Chaudronniers où il devait y avoir une porte vers le palais de justice qui conduisît _au Bourg de la Savonnerie_. A la rue du Pradet il y avait un autre portail appelé _Portalet_ qui conduisait à un bourg de ce nom. A la Halle il y avait le portail _d'Ammon_ qui conduisait au _Bourg_ de N. D. de l'Humilité; les remparts ceignaient la ville vers le pavé d'Amour en descendant au Cours: par des portails placés à diverses distances on entrait dans les faubourgs _S.t Michel, S.t Lazare, S.te Catherine_ de la _Lauze_ ou des _Cauquières_.[2] que l'on considère avec soin tout cet espace; on n'y trouvera pas la moindre trace de marais. Le terrain y est au contraire de nature très-aride, et loin d'avoir jamais été occupé par les eaux de la mer, les puits que l'on y a creusés presque dans chaque maison sont d'une eau excellente. La ville est d'ailleurs dans un plan très-incliné, puisque, malgré l'abaissement que le pavé de S.te Ursule éprouva en 1622, il reste encore au niveau des toits de l'hôtel-de-ville. Je demande donc si ce n'est pas s'éloigner un peu trop des règles de l'hydraulique, que de supposer que ce terrain a pu être un marais, et si l'on pouvait y creuser _des fossés que les eaux de la mer pussent facilement remplir?_ Pour un plus grand droit, étendons la circonférence de la ville, prolongeons-la jusques aux remparts actuels. Considérons le terrain des glacis, celui surtout qui vient d'être enlevé pour construire les casernes de la porte d'Italie qui est la partie où l'on pourrait plus vraisemblablement soupçonner qu'il y a eu des marais, et l'on se convaincra que le sol est partout le même, c'est-à-dire aussi aride, aussi pierreux que celui des lices. Il ne pouvait donc y avoir des marais dans le plan qu'occupe Toulon.
Il n'est pas nécessaire que je m'arrête à refuter des difficultés que l'on pourrait élever sur les quartiers neufs, c'est-à-dire, depuis _le Champ de Bataille_ jusqu'à la porte de France, parce que l'étendue n'est pas assez considérable, pour croire qu'un marais qui l'aurait occupée eût pu altérer l'air atmosphérique de la ville. Puisque nous voyons que dès le commencement du 14.e siècle les Dominicains y avaient établi leur communauté, et qu'une Comtesse de Provence ne leur donna le local qu'ils occupaient avant l'époque désastreuse pour tous les monastères, que parce qu'ils étaient trop exposés aux incursions des barbares. D'ailleurs, quoique à peu de profondeur on découvre les eaux de la mer qui se mêlent avec celles des sources abondantes d'eau douce, suite nécessaire de la proximité de nos montagnes, on voit néanmoins que la surface du sol est de même nature que le reste du terroir.
En second lieu, la plage était-elle infecte, existait-il des marais au tour de la ville? Il n'y en avait aucun, et quand même il y en aurait eu, ils ne pouvaient pas l'infecter. En effet ces marais ne pouvaient se trouver que hors de la porte de France ou hors de la porte d'Italie, c'est-à-dire ou à Castigneau ou à la _Rode_; mais nous savons qu'il n'y en avait pas dans ces deux endroits. Personne n'ignore que c'étaient deux baies. La 1.re fut comblée à peu près sous le règne de Henri IV. On y déposa la vase de l'ancien port, ce qui fit donner à ce lieu le nom de l'appareil dont on se servit pour son curage, voilà pourquoi l'on y voit encore un dépôt marin qui va aboutir au _cimetière des Romains_. Le quartier de Castigneau était aussi une baie qui, s'étendant vers la Beaumette, s'enfoncait jusqu'au château de Missiessi (quartier d'Entrevigne) où l'on voyait encore il y a peu d'années des anneaux pour amarrer les bâteaux. Lorsque sous Louis XIV on creusa le port de la marine royale, la vase fut déposée à Castigneau, ce qui a fait appeler ce quartier _leis Fangos_. Les côtés Est et Ouest adjacens à la ville n'étaient donc point des marais dans leur origine. Un coup d'œil rapide jeté sur la plage de Toulon nous en convaincra mieux encore et nous expliquera la cause de ceux que l'on y aperçoit maintenant. La mer fait chaque jour des progrès dans nos terres. Il n'y a pas un demi-siècle que le fort S.t Louis était de plusieurs toises reculé dans les terres, tandis qu'à présent il est enfoncé à plus de 20 toises dans la mer, les précipices affreux qui couronnent la chaussée du fort de la Malgue, les masses d'énormes rochers qui sont tombés dans les flots, ne nous annoncent-ils pas que l'eau envahit chaque jour une portion du rivage? Ces ravages ne sont pas moins rapides dans la partie Ouest de Toulon. Le mur que l'on avait élevé à Castigneau vers la Baumette pour retenir la vase et arrêter les progrès de la mer, et contre lequel elle venait se briser il n'y a que 15 ou 18 ans, a maintenant disparu et les eaux s'étendent à plus de 10 mètres au delà de ce mur. Le pont jeté sur la même route est devenu un môle dont on pourra bientôt faire le tour sur une barque.
Je pourrais par des preuves non moins palpables soutenir que cet envahissement de la mer s'étend dans tout le golfe de la Seine. Cela posé, on conçoit facilement que la mer ayant filtré dans cette vase l'a détrempée et en a bientôt fait un marais; mais il nous reste la conviction qu'avant le règne de Louis-le-Grand ces marais ne pouvaient exister. Quand même on les supposerait, pouvaient-ils détourner soit les naturels, soit les barbares vagabonds de fixer un établissement dans cette plage? Est-il dit aux archives que dans les siècles derniers, des miasmes ou des exhalaisons infectes aient ravagé cette cité? Point du tout. Toulon est une des villes où l'air est le plus sain. Or puisque, ainsi que je l'ai prouvé, les marais n'ont dû s'étendre qu'en progression directe des temps, il est évident que les siècles les plus éloignés du nôtre, en souffrirent le moins. Si les marais ne nous incommodent pas maintenant, ils auraient encore moins incommodé les premiers habitans, il y a vingt siècles. Je ne parle pas du quartier du Mourillon, où il y avait des salines qui ont subsisté jusqu'après le 15.e siècle, parce que les vents Ouest, Nord-Ouest, Nord et Nord-Est, qui sont les plus ordinaires, auraient rejeté dans la mer les miasmes qui n'auraient nullement nui aux habitans. D'ailleurs la distance du Mourillon à la ville est assez considérable.
Passons à la 2.e raison qui, d'après le même auteur, aurait dû mettre un obstacle à l'établissement d'une colonie sur le sol de Toulon et écarter de ses bords, soit les naturels, soit les hordes errantes qui vinrent tant de fois chercher un asile dans la partie méridionale de la Provence. M. P. l'a déduit de la vaste étendue de la rade et de l'étroite circonscription du terroir.
Quels motifs ont amené du nord, dès la plus haute antiquité, ces essaims de barbares, fléaux des climats tempérés? Est-ce l'appas de l'argent ou le désir d'établir des rapports de commerce? Non. Ces motifs ne peuvent exister que dans une colonie florissante qui cherche à s'agrandir: mais ils ne sont pas le premier sentiment qu'elle éprouve dans sa naissance. Elle ne veut d'abord que se fixer, posséder quelques arpens de terre pour les cultiver, un bras de mer ou de rivière pour s'occuper à la pêche, des bois pour la chasse et pour construire des cabanes. Or qui n'apperçoit que Toulon présente éminemment toutes ces ressources? La mer leur offrait du poisson aussi abondant que délicat, nos montagnes du gibier, la terre une fertilité qu'une douce température et des eaux abondantes favorisaient à l'envi. Le terroir, dit M. P., est trop circonscrit. Oui, il n'est pas assez vaste pour nourrir la population actuelle de cette ville, 1.° parce qu'on ne tire pas le parti le plus favorable de chaque qualité de terrain. 2.° Parce qu'on en laisse une partie sans culture ou qu'on le sacrifie à l'agrément. 3.° Parce que nous avons perdu la ressource d'entretenir de nombreux troupeaux dans les pâturages que nous offraient les montagnes des environs de Toulon. Mais il est fort-vaste, ce terroir, pour une peuplade qui s'établit. La plaine qui se prolonge de S.t-Roch au Fort-Rouge, aux Routes, à Mont-Serra, à la vallée Bertrand, au Temple, à Entrevigne, est déjà plus grande, à elle seule, que l'étendue de plusieurs pays réunis qui comptent quelques mille habitans. Celle qui conduit à Solliès, que les Romains appelèrent _Vallis læta_ (vallée riante), aujourd'hui Valette ne suffirait-elle pas pour nourrir, à elle seule, une nombreuse colonie? L'objection reste donc toujours dans toute sa force et l'on se persuadera difficilement que les obstacles précités aient pu éloigner une peuplade qui dans des siècles fort reculés aurait voulu s'établir sur la plage de Toulon.
[Sidenote: Recher. sur l'orig. de Toulon.]
«Ce fait (une plage infecte, resserrée entre la mer et de hautes montagnes) nous porte à chercher ailleurs la place où se fixèrent les premiers habitans de _Telo Martius_, on a cru le retrouver, tantôt au fond de l'anse S.t-Georges, tantôt entre le Mourillon et la Grosse Tour; mais ces conjectures me paraissent dénuées de vraisemblance. Tout me fait croire que cet établissement eut lieu au fond de la petite rade.... C'est en cet endroit qu'on a découvert des restes de maçonnerie antique.»
Je pense, comme M. P., qu'on a pas encore, déterminé d'une manière satisfaisante la place de _Telo Martius_. Si toutefois il a jamais, existé une ville de ce nom, je crois qu'il faudrait la placer entre Olbia et Quarqueirane, et non au fond du golfe de la Seyne, quoiqu'il y ait des restes de maçonnerie antique.
Je découvris en effet en 1825 à quelques cents pas en sortant de la Seyne pour venir à Toulon, des traces d'antiquité qui s'offrirent par hazard à ma vue. Le premier objet qui frappa mon étonnement fut une fosse destinée à recevoir de la litière, dont le fond était pavé en mosaïque. Sur ses bords on voyait un assez grand nombre de cubes qui en avaient été détachés par des instrumens d'agriculture. En parcourant la prairie où est cette fosse dans une surface d'environ 5,000 toises, j'aperçus une grande quantité de pareils cubes qui ont fait (je le pense) appeler ce quartier _leis Peirouns_, en français _les petites pierres_.
[Sidenote: Recher. sur l'Origine de Toulon.]
Curieux d'avoir des détails plus circonstanciés sur un objet aussi intéressant, je m'adressai à M. Garaudy, qui depuis plus de trente ans tient en ferme le jardin de M. Marquisan, adjacent au Sud à la prairie dont je viens de parler, pour m'enquérir s'il n'avait jamais rien découvert qui eût frappé son attention. Il me répondit que, les premières années de sa ferme, ayant voulu défoncer profondément les terres pour les rendre plus fertiles, ses plantations dépérirent chaque jour; mais qu'il reconnut alors qu'il n'employait pas le moyen favorable, parce qu'à 14 ou 16 pouces il rencontrait des décombres qui détruisaient les jeunes plantes. Ce jardin qui est d'environ 6,000 toises offre presque partout la même difficulté. Je parcourus çà et là son enceinte et je remarquai en effet plusieurs pans de murs antiques de différentes dimensions que les ruisseaux d'arrosage mettent à découvert. Les briques antiques y sont en si grande abondance qu'une partie des murs de cloture en sont formés. Je découvris aussi des briques qui par leur forme et par la matière semblaient avoir servi à la décoration de quelque édifice élégant. La prairie dont j'ai parlé plus haut offre des détails non moins curieux sur toute son étendue. On y rencontre aussi à la profondeur de 15 à 18 pouces des obstacles qui ne permettent pas d'y planter des arbres. Je ne doute pas que des recherches faites avec soin ne devinssent fort intéressantes et ne jetassent un grand jour sur notre géographie littorale. Jusques à ce jour, je puis en conclure seulement que c'est la place de quelque ville importante; mais ces ruines appartiennent-elles à quelque cité dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, ou à quelqu'autre dont le nom nous est connu, et sur l'emplacement de laquelle nous nous serions trompés? Voilà tout autant de nouveaux problèmes à résoudre. Je ne pense pas que, «les habitans en se multipliant se soient rapprochés de l'emplacement actuel de Toulon.» Cette assertion me paraît gratuite et n'offre point de probabilité, puisque dans toute l'étendue de la côte qui est d'environ cinq milles on n'apperçoit pas la moindre trace de bâtisse, ce qu'on ne manquerait pas de reconnaître, si ce rapprochement avait été successif, comme M. P. semble le faire entendre. On ne peut aussi guère supposer qu'il ait été simultané et «que ce ne soit que dans le moyen âge ... que de nouveaux habitans instruits par les malheurs de ceux qui les avaient précédés, aient choisi la place où est aujourd'hui Toulon.» Cette ville rappelle des souvenirs trop anciens pour soutenir avec succès une pareille thèse. Les lieux que nous avons nommés plus haut et tant d'autres preuves que nous avons citées, ne nous convainquent-ils pas qu'elle ne peut être du moyen âge? Ne voit-on pas encore la chapelle où furent déposés les restes de S.t-Cyprien aussitôt après son martyre, ainsi que ceux de Mandrié et Flavien. Qui comme moi n'a pas été témoin de la quantité de briques antiques qu'on a découverte en réparant les glacis de la porte d'Italie vers le cimetière jadis appelé des _Romains_? D'ailleurs si une pareille émigration était arrivée à une époque aussi rapprochée de notre âge, elle nous serait très-certainement bien connue par les archives, et le lieu primitif aurait conservé quelque nom analogue à _Telo-Martius_ ou à _Tauroentum_. Les archives n'auraient pas manqué de nous conserver le souvenir d'un pareil changement, puisqu'elles nous ont transmis des événemens bien moins mémorables. Elles n'auraient pu l'ensevelir dans l'oubli, surtout dans le moyen âge. Or nous ne trouvons rien ni dans les archives, ni dans les environs de la Seyne, qui puisse garantir l'opinion de M. P.: ce n'est donc qu'une simple conjecture dépourvue de preuves.
[Sidenote: Recherc. sur l'Origine de Toulon.]
[Sidenote: S.t Grég. édit. Bened. Epi. 58.]
[Sidenote: Arch. liv. rouge.]
Venant ensuite à l'étymologie de _Telo Martius_, que M. P. développe avec beaucoup d'érudition, «il me paraît naturel, dit-il, de croire qu'au commencement du 2.e siècle, l'Intendant de la teinturerie établie à Narbonne fut instruit par le rapport des navigateurs ou de ses agens que dans un lieu de la province romaine on pêchait le mollusque qui produit le pourpre, qu'on y recueillait le kermès et qu'à ces avantages se joignaient des eaux abondantes et d'une excellente qualité. Ce lieu fut en conséquence choisi pour recevoir un nouvel établissement.» En conséquence Narbone aurait envoyé une colonie à _Telo_ qui aurait pris le surnom de _Martius_ pour désigner que c'était à _Narbo Martius_ qu'elle devait son origine, et elle aurait reçu le nom de _Telo_ qui était une divinité qui présidait aux sources, pour se rendre cette divinité favorable. Cette étymologie est ingénieuse, je l'avoue avec plaisir; mais elle me présente plusieurs difficultés. D'abord on ne conçoit pas comment le dieu _Telo_, voyant que son culte était négligé, a pu faire disparaître _l'abondante_ et _l'excellente_ qualité des eaux dans le lieu, que M. P. croit être le berceau de Toulon; car personne n'ignore que la Seyne n'a aujourd'hui que de la mauvaise eau, et en petite quantité. Cette étymologie confond aussi le _Telo Martius_ d'Antonin avec _Telonum_ ou _Tolonum_, identité qui n'est rien moins qu'admissible, malgré le préjugé presque généralement répandu aujourd'hui. Voici mes raisons. 1.° Aucun auteur n'emploie le mot de _Telo-Martius_, si on excepte Antonin, encore est-ce dans un des passages, les moins intelligibles de son itinéraire et un de ceux qui ont éprouvé les plus grandes altérations, comme on peut s'en convaincre en lisant Papon et tous les commentaires auxquels il a donné lieu. Je pense que si cette ville avait existé après le troisième siècle, d'autres auteurs qui ont tant parlé de _Tollonum Telonnum_, n'auraient pas manqué de nous parler de _Telo_; et dans toutes mes recherches je ne l'ai pas trouvé une seule fois. 2.° Quoiqu'il paraisse y avoir une analogie entre Telo et _Tolonum_ ou _Telonum_ je découvre une très-grande différence entre eux, différence qui ne permet pas de les confondre. Retranchons le surnom _Martius_ dans les différents cas du mot latin _Telo_, j'obtiens, _Telonis, Telonem, Telone_ et jamais _Telonum_; mais, par contraire, sur tous les monumens qui ont échappé au temps, Toulon est toujours appelé _Tolonum, Tholonum, Tollonum, Telonum_, mais jamais _Telo, ni Tolo, ni Tholo_. De tous les M. SS. dont l'authenticité soit généralement reconnue, le plus ancien qui fasse mention de Toulon est une épitre que S.t-Grégoire adressa à Mennas, évêque de cette ville en 601. Dans la note (a) de la même épitre il est dit: _at integram épigraphem exhibent omnes ferè codices M. SS., in quibus Mennas civitatis Telonœ vel Telonnœ legitur_.... Soit dit en passant que le nom de Toulon écrit par deux _n_ fortifie admirablement le récit que nous avons fait de Telennus ou Tolennus qui donna son nom à cette ville. Parmi les écrits authentiques, le plus ancien qui se soit conservé dans les archives de la communauté, et dont on possède toute la teneur, est un règlement de Guillaume II, daté du 8 octobre 1029, lequel porte: _civitatis Tholoni_, il aurait mis Tholonis ou Tolonœ si _Tolo_ ou _Telo_ était la racine de ce nom. Qu'on parcoure mes différentes citations, l'épitaphe de Gaufridi etc., c'est toujours Tolonum que l'on y voit. Dans les anciennes armes de la ville on trouve en légende: _Tolonum fidum semper erit regique deoque_. Or le nom de cette cité où se serait-il mieux conservé que dans les papiers et sur le sceau de la commune? Il paraît donc certain que Toulon n'a jamais été _Telo Martius_.
Quelque opinion que l'on embrasse, _Telo_ a dû être antérieur au second siècle. Etant relais de poste, il est au moins aussi ancien que l'établissement même de la poste: car comme elle se faisait de Nice à Marseille, partie sur terre et partie sur mer, elle exigeait à chaque station des ressources pour le radoub des bateaux fracassés et des rafraîchissemens pour les passagers. En supposant donc que ce Telo ait existé, je pense qu'il occupait quelque point de la côte entre Fréjus et Toulon, parce qu'on voit évidemment dans l'itinéraire d'Antonin que les stations de ce côté sont fort éloignées, puisque du côté de Fréjus, _d'Alconis_ à _Pomponianis_ il y a XXX milles, tandis que de Toulon à Marseille elles excèdent peu XII M. P., et que bien souvent, elles sont inférieures à ce nombre.
Il y a donc ou omission de quelques villes dans cet itinéraire ou quelque changement considérable dans la place qu'elles y occupaient. Les rapports de Marseille avec l'Italie ayant cessé pendant la domination des Visigoths, _Telo_ M. est tombé dans l'oubli. Un jour peut-être sera-t-il exhumé, comme l'ont été Tauroentum et autres villes.
Toulon, étant une des neuf villes d'Occident où se fesaient les teintures impériales, pourquoi en attribuer la fondation à Narbonne? Marseille, dont le commerce était aussi étendu que varié, et qui par sa proximité ne pouvait méconnaître les productions de Toulon, n'en n'aurait-elle pas saisi avec empressement les avantages, avant que Narbonne pût les connaître, pour en former une riche branche d'industrie dans ses relations avec Rome ou avec Tyr.
[Sidenote: Pline. liv 3. c. 4.]
[Sidenote: Plin. éd. in-4.° not. 43.]