Essai sur l'origine de Toulon: Mémoire pour servir à l'origine de cette ville

Part 2

Chapter 23,677 wordsPublic domain

La preuve ne me paraît pas péremptoire. Les ruines antiques que l'on trouve à un mille, Est des Lèques, les quais, les aqueducs, les colonnes et les autres monumens que le sable couvrait, annoncent à la vérité les traces d'une ville fort-ancienne; mais a-t-on la moindre garantie que ce fut la ville de Tauroentum? Parmi les médailles et les inscriptions que l'on a trouvées, y en a-t-il une seule qui l'indique? Non. Ces ruines ne prouvent donc rien en faveur de M. P. Quant au nom de _Tarento_ que le peuple des Lèques donne à ce lieu, il ne prouve pas davantage. Pour que ce témoignage fût de quelque force, il faudrait prouver que, dans une tradition non interrompue, on l'a toujours appelé de ce nom; et je doute bien que l'on fournisse jamais une pareille preuve. Marin nous avertit que le voisinage de Tarento _très-peuplé aujourd'hui était désert autrefois_, il est, du reste, facile à comprendre à quelle époque les habitans des Lèques et des campagnes voisines donnèrent le nom de Tarento à ces débris. Cette ville après avoir été pendant plus de treize siècles ensevelie sous les sables, fut découverte le siècle dernier. Les savans la visitèrent en foule. Des fouilles furent faites sur divers points et le succès couronna l'attente des curieux; mais quel nom pouvaient-ils donner à une ville dont ils ne soupçonnaient pas même l'existence? En considérant le nom des villes de la côte, ces savans s'apperçurent qu'aucune d'elles ne s'appelait _Tauroentum_, et ignorant la cause qui avait fait quitter ce nom à Toulon, ils donnèrent au lieu voisin des Lèques le nom de _Taurentum_. Les habitans de S.t Cyr et des campagnes environnantes excités par la curiosité et par l'appât des trésors y accoururent aussi, et bientôt ils retinrent le nom que les hommes instruits donnaient à ces lieux, la multitude de voyageurs qui chaque jour étaient obligés de se faire indiquer la route ne contribua aussi pas peu à propager parmi ce peuple le nom de Tauroentum et par une légère altération _Tarento_.

Si ces raisons pouvaient laisser quelques doutes sur mon assertion, il me suffirait, pour les dissiper, d'assurer que, d'après la connaissance que j'ai acquise de la topographie du lieu, cette ville n'a jamais pu être qu'un mouillage et non un port malgré les vestiges de quais, qu'on y rencontre.

On voit donc que la dénomination de _Tarento_, ne tire pas à conséquence contre notre opinion, et qu'elle nous laisse dans la même incertitude que M. P. croit avoir dissipée entièrement.

M. Toulousan, si avantageusement connu par son zèle infatigable, propose une autre objection qu'il est bon de ne point passer sous silence, pour bien convaincre nos lecteurs que, n'ayant d'autre désir que d'atteindre la vérité, nous ne laissons échapper aucune des difficultés que l'on peut faire à notre opinion, sans donner des raisons qui puissent les aplanir.

[Sidenote: Statist. des B. du Rhône T. 2. p. 226.]

«Vers l'embouchure d'un ruisseau, aujourd'hui obstrué par les sables, se trouvait le bourg de _Tauroentum_. Les bastides de ce quartier sont encore appelées _leis Taureous_.»

La difficulté ne me paraît qu'apparente. Marin, comme je l'ai dit, assure que le voisinage de _Tarento_, très-peuplé aujourd'hui, était désert autrefois; il a fallu d'abord que quelques familles s'y soient établies sur différens points qui sont devenus ensuite le centre de plusieurs habitations. Quand une unique famille s'est multipliée considérablement, les petit-fils ont bâti à côté des toits de leurs ayeux et ce groupe de maisons a reçu le nom patronimique de ceux qui l'occupaient. C'est ainsi que se sont formés dans les environs de Solliès, _leis Aiguiers, leis Senès, leis Toucas etc;_ à Pierrefeu, _leis Vidaous_, à Mazaugues, _leis Gras_ etc. etc.

De même, aux environs de la Cadière, de la Ciotat, des Lèques etc. le nom de _Taoureou_, Taurel en français, n'y est pas rare, il est même fort répandu aux Lèques ainsi que les _Aiguiers_, les _Senès_, les _Toucas_, le sont à Solliès. Il n'y a donc rien d'étonnant qu'une famille du nom de Taurel se soit fixée à l'embouchure du ruisseau qui vient des Baumelles et que dans la suite pour distinguer cette habitation ou ce quartier des nouvelles bastides qui se formaient aux environs, on l'ait appelé du nom de _Taoureous_ leurs habitans.

[Sidenote: Recherche sur l'Origine de Toulon.]

[Sidenote: Dict. hist. soc. de gens de lettres.]

Suivons l'auteur de la notice: «à l'opinion que je viens de combattre (c.a.d. que Toulon n'est pas Tauroentum) se rattache une tradition chère à quelques personnes plus pieuses qu'éclairées.» Lorsqu'on saura que cette tradition est celle de l'arrivée de Lazare, Maximin, Clèon et autres, on soupçonnera ce jugement d'être un peu hasardé et même trop bref et trop décisif. Jusqu'à ce jour ceux qui avaient mis en doute cet évènement avaient respecté le nombre et le mérite de ses defenseurs. Hégésipe, Democarès, Gélase, Baronius, Génébrad, Antoine du Blanc, André de Saussay, auteur du Martyrologe Gallican, Guesnay etc. étaient de ce sentiment. N'est-ce pas être un peu trop sévère que d'appeler ces écrivains respectables, _des hommes plus pieux qu'éclairés?_ L'autorité des Martyrologes Romain et Gallican ne mérite-t-elle pas quelque considération? L'adhésion que l'église générale a donnée au brévière romain dans plusieurs époques, notamment la bulle de Pie V qui dit, qu'on en a retranché tout ce qui était faux ou incertain, _Remotis his quæ aliena et incerta sunt_, n'imprime-t-elle pas quelque force à cette croyance et un certain respect qui ne permet pas de traiter si légèrement ses défenseurs? Avec quelle autorité M. P. vient-il la renverser? Avec celle de Dulaunoy qu'il nomme à la vérité _savant_ et _judicieux_. L'opinion contraire ne compte-t-elle pas aussi des hommes d'un mérite au moins égal? Les auteurs de la vie de Dulaunoy le regardent comme un homme qui avait, il est vrai, de vastes connaissances, mais dont les _raisonnemens ne sont pas toujours justes_. Est-ce à cause de son opinion qu'on le regarderait comme judicieux? Mais son caractère original et la nature des conférences qu'il tenait chez lui doivent nous mettre en garde contre ses décisions. Il était si bien connu de ses contemporains, qu'ils le surnommèrent, _le dénicheur des saints_. Le curé de S.t Roch disait à son égard: _je lui fais toujours de profondes révérences de peur qu'il ne m'ôte mon S.t Roch_. Le parlement d'Aix ordonna par arrêt de 1644 la suppression de son écrit qui combattait l'arrivée de S.t Maximin. Je pense donc qu'on ne regardera pas l'arrêt de Dulaunoy comme sans appel.

L'auteur des _Recherches sur l'origine de Toulon_ passe à d'autres considérations: je pense, dit-il, que cette ville est du moyen âge, parce qu'elle ne présente sur son sol et celui de ses environs aucun monument antique. La raison est spécieuse, il faut en convertir; mais enfin elle n'est que négative, ainsi elle ne prouvera jamais rien, elle ne pourrait tout au plus que devenir un préjugé en faveur de l'opinion contraire à la nôtre.

Examinons néanmoins si Toulon ne présente point de monumens antiques et si lors même qu'on n'en trouverait aucun, l'on pourrait en conclure qu'il est moderne.

Nous partagerons les monumens en trois classes; édifices, médailles, inscriptions.

Toulon ne peut offrir à notre admiration des tours, des arcs de triomphe, des cirques, des temples etc. qui, en nous garantissant son antiquité, nous fassent connaître le goût des beaux-arts dans cette ville. Rien n'a pu échapper à l'empire du temps et aux révolutions nombreuses dont elle a été le théâtre. Et même on ne peut que difficilement concevoir les maux affreux qu'elle a éprouvés jusqu'au règne de Henri IV. Lorsque, par les soins de ce prince, Toulon eût été mis en état de se garantir des incursions soudaines des Sarrasins, on l'agrandit; des quartiers entiers furent rasés pour l'embellir ou le défendre, d'autres coupés pour l'alignement, de sorte qu'il ne nous reste presque rien de l'ancienne ville et toutes les rues ont éprouvé de tels changemens qu'on y trouverait peu de maisons qui pussent offrir 4 ou 5 siècles d'antiquité. Que reste-t-il à Marseille, elle-même, cette bien-aimée des Grecs et des Romains, de tous les édifices dont ils ne manquèrent pas sans doute de l'embellir? Rien. La tradition vient suppléer à notre perte et nous donne la garantie qu'il existait dans Toulon plusieurs édifices qui ne pouvaient avoir été construits qu'avant le 1.r siècle.

[Sidenote: Grand rep.]

Les archives de la ville font mention de divers temples érigés à des divinités du paganisme. Il y en avait un consacré à _Apollon_ qui nous est connu par trois passages des archives, les deux premiers peuvent moins supporter les assauts d'une critique rigoureuse. C'est pourquoi je ne présenterai que le dernier qui est recueilli dans un siècle où nos archives commencent à prendre beaucoup d'ordre et de suite. Je le cite tout entier parcequ'il vaut à lui seul de longues preuves. «Une armée turque ayant fait descente au port dit _des Troyens_ au rivage de la Coubué ou de l'Eigoutier, sortit sur les neuf heures du soir dans le mois d'août 1225, vint donner l'alarme du côté du _palais des Romains_, tandis que les vaisseaux à la faveur de la nuit avaient approché de la ville et mis du monde à terre du côté de la porte des Idoles _d'Apollon_. N'ayant point trouvé de résistance, ils se rendirent maîtres de la place sur les minuit, et il n'y eut que ceux qui se trouvèrent dans le _palais des Romains_, dans la tour _des Phocéens_ et celle de S.t Vincent qui furent sauvés.» Or puisque la tradition est un flambeau qui répand sa clarté jusques dans les âges les plus reculés, le seul passage précité, ne nous donne-t-il pas des conclusions très-favorables sur l'existence de Toulon avant le 2.e siècle? Je m'abstiens donc de leur donner un plus grand développement, chacun est capable de les apprécier. Ce qui est encore digne de remarque, c'est que toutes mes recherches, loin de me détromper sur l'existence des lieux que je viens de nommer, n'ont fait qu'accroître ma conviction. Il est dit encore dans les archives que l'ancienne église de S.t Vincent fût élevée sur les ruines d'un temple consacré aux idoles romaines, ainsi que le palais Royal de la ville, qui était occupé par le Gouverneur, et qui depuis a été remis aux Pères Dominicains; mais je n'ai pas de preuves assez victorieuses pour en garantir la tradition d'une manière aussi satisfaisante.

L'inscription se trouve en caractères gothiques, nous la rapportons en caractères ordinaires parce qu'il nous importe seulement d'en connaître la teneur.

QUI TUMULUM CERNIT CUR NON MORTALIA SPERNIT. S. ANNO INCARNATIONIS DNI. MILLO CCXXX NONO NONAS JULII OBIIT DNS GAUFRIDETUS DNS. TRITIS ET TOLONI IN PACE EJUS AIA. REQUIESCAT. ITEM. OBIIT DNA. GUILLELMA UXOR DNI. GAUFRIDETI. ANNO DNI. ANNO CC TRIGESIMO CARTO X. K. SEPTEMBRIS OBIIT DNS. GISBERTUS DE BAUCIS. SIT NOT. CUIS QUOD DNA. SIBILIA FECIT FIERI HOCC SEPULCRUM AVE MA.

L'existence du temple du _dieu Ammon_ tout extraordinaire qu'il paraisse d'abord est mieux constatée:

[Sidenote: Arch. grand rep.]

«En 1181, le Comte Raimond fit entièrement détruire les restes de ce temple, parce qu'il était trop rapproché des fortifications, et il fit élever à côté une tour qu'on nomma _la Tour d'Ammon_.»

[Sidenote: Arch. com.]

[Sidenote: Valere. max.]

En 1232 plusieurs citoyens s'étant rendus coupables d'un homicide sacrilège, par arrêt du Gouverneur, furent pendus aux arbres qui étaient à la place _du Dieu Ammon_. Enfin en 1621 par convention entre la Communauté de Toulon et l'hospice S.t Esprit, la Communauté céda, en payement de 2988 fr. qu'elle devait à l'hôpital, la faculté de construire une hâle à la place du _Portal Ammon_, avec droit de mesurage. Bien des faits historiques généralement accrédités reposent sur des preuves moins certaines. Le culte d'un pareil dieu étonne sans doute, mais la surprise cesse quand on fait attention à la diversité des peuples qui ont successivement relevé cette ville de ses ruines, et qui naturellement ont dû y introduire avec eux leurs principales divinités. Je présume que le culte d'Ammon nous venait des Egyptiens, chez lesquels ce dieu était particulièrement honoré et avec lesquels plusieurs villes des environs de Marseille avaient des cérémonies religieuses communes. _Voyez Papon, tome 1., page 409, et Bouche, tome 1. page 108_. Il est donc vrai de dire que, quoique aucun des édifices antiques ne subsiste, on ne peut point en conclure que l'origine de Toulon date des siècles voisins du nôtre.

Pourrait-on le conclure avec plus de vraisemblance de la petite quantité de médailles que l'on rencontre sur son sol? Non. Parce que les révolutions arrivées sur notre territoire ont mis de grands obstacles à trouver les objets qu'il peut récéler. Il suffit d'examiner les hautes montagnes qui entourent la ville: elles sont devenues entièrement chauves par les longs services qu'elles ont rendus aux habitans dans la suite des siècles qui nous ont précédés. Lorsque les mélèses qui les courraient eurent été arrachés, la vigne et l'olivier les remplacèrent. Bien des siècles ont dû s'écouler avant que ces montagnes aient pu prendre cet aspect hideux qu'elles offrent aujourd'hui; elles ne sont plus qu'un aride rocher incapable d'ouvrir son sein à toute végétation. Rien ne s'anéantit dans la nature. Que sont devenues les terres immenses qui les recouvraient? La plaine les a reçues et avec elles une grande quantité de petites pierres, qui ont formé un nouveau terrain sur l'ancien composé de brèches ou de poudingues, de sorte que le sol primitif a été entièrement caché par le second qui présente les plus grands obstacles. Je puis confirmer ce que j'avance par l'observation. Les objets antiques, tels que tombeaux, vases, etc. dont je parlerai plus bas n'ont été trouvés au pied de ces montagnes qu'à plus d'une toise de profondeur au dessous de la terre végétale, dans le déblais de la grande route d'Italie.

Malgré ces difficultés, peut-on assurer que le territoire de Toulon n'offre pas de médailles? On ne peut point l'assurer: et lors même qu'on le pourrait, une pareille assertion ne prouverait rien.

[Sidenote: Mem. Taur.]

D'abord, on ne peut assurer que le terroir de Toulon ne présente point de médailles. Il est vrai que de nos jours on n'en exhume plus de fréquens amas, comme il arrive dans les ruines isolées et dont on n'a jamais remué les cendres antiques, ainsi qu'on le voit encore aujourd'hui dans plusieurs villes de la Grèce. Le siècle dernier nous en offre aussi un exemple bien frappant. Marin nous dit que lorsqu'on eut découvert les ruines qui sont aux Lèques, on y trouva une quantité si prodigieuse de médailles, qu'un seul particulier en possédait un sac, tandis qu'il faut à présent faire beaucoup de recherches pour en trouver une seule: mais enfin dans Toulon, elles ne sont point aussi rares qu'on pourrait le présumer. Plusieurs agriculteurs, avec lesquels j'ai eu des rapports, m'ont assuré en avoir trouvé dans des vases de terre, qu'ils les avaient données à leurs enfans, parce qu'ils n'en fesaient nul cas. Dans ma jeunesse, on en trouva plusieurs dans ma propriété; elles étaient si fortement adhérentes, qu'on ne put les détacher qu'à coup de marteau. C'est dans le même lieu qu'en 1817 je trouvai un Tibère, un Galba, un Vespasien bien conservés. Prétendra-t-on que les médailles éparses ne prouvent rien en faveur de l'antiquité de cette ville? Cela pourrait être vrai, si l'on n'en trouvait que rarement; mais pour nous donner une juste idée de la quantité prodigieuse de médailles que le sol de Toulon renferme encore dans son sein, quoique le nombre diminue chaque jour, il ne faut que consulter les marchands, chez lesquels le petit peuple, qui fait une partie des travaux de la compagne, vient acheter les objets les plus nécessaires à la vie. On est surpris de la quantité des médailles qu'il introduit dans la monnoie surtout en hiver. Nos bassins d'église, que l'on passe aux premières messes, nous en offrent aussi beaucoup.[1] Retirées du commerce par des personnes plus délicates, elles sont vendues aux fondeurs de cuivre, entre les mains desquels j'en ai rencontré des tas de douze à quinze livres qui allaient être jetées dans le creuset. Il faut encore considérer que les médailles des deux premiers siècles y sont les plus communes. Avec de pareilles données, si l'on se rapproche des âges, où nos pères firent les premiers défrichemens pour planter la vigne et l'olivier, ne conçoit-on pas qu'ils ont dû en trouver une quantité incalculable, puisque après tant de siècles et de bouleversemens il n'est pas rare d'en rencontrer encore? Ce qui étonne, c'est que dans l'étroite circonscription du terroir et avec la culture annuelle de nos terres, il s'en présente encore une seule. Pourquoi nos anciens ne nous ont-ils pas conservé le souvenir des précieuses découvertes qu'ils firent en ce genre? Ils furent trop peu amateurs des beaux-arts. Dans ces trouvailles ils appréciaient bien plus la matière, que les avantages que les lettres en pouvaient retirer. Fortuitement j'appris il y a quelques mois une découverte de cette nature fort-intéressante: je l'ai reçueillie de la bouche même de M. Morel, ancien directeur des chemins. En faisant en 1784 le déblais pour construire la route d'Italie, il trouva environ 160 tombeaux qui presque tous renfermaient des lampes, des vases, des urnes, et une ou deux médailles qu'il garda avec soin; la maison de M.r Morel, possesseur de ces divers monumens, ayant été dévastée dans le vendalisme révolutionnaire de 1793, ces monumens précieux furent brisés ou dispersés ainsi que les papiers qui renfermaient des notes sur ces objets intéressans, devenus pour nous comme n'ayant jamais été. Cette dernière perte ajoute à la douleur de ne point connaître les belles découvertes que nos pères durent faire et qui sont aussi perdues à jamais pour les générations futures.

C'est donc avec raison, que j'ai pu assurer que le nombre de médailles que les environs de Toulon nous offrent, n'est point fort petit, et que quand il le serait, on ne pourrait pas en conclure que cette ville est moderne.

Si Toulon cache son origine sous les voiles d'une haute antiquité, on devrait, dira-t-on, y voir du moins des inscriptions, si fréquentes à Arles, Aix, Marseille etc. Ces monumens par la grosseur de leur volume semblent promettre, mieux que les médailles, de parvenir à la postérité.

Je pense qu'il a dû s'en trouver dans les diverses réédifications de la ville; mais je ne suis nullement surpris qu'on n'en rencontre plus. Le génie du malheur semblait planer continuellement sur Toulon, et nos pères étaient bien plus occupés à défendre leurs foyers qu'à cultiver les sciences. Exiger d'eux qu'ils aient conservé des inscriptions, c'est vouloir leur attribuer plus de connaissances qu'ils n'en avaient. Rencontraient-ils des pierres tumulaires ou autres, elles avaient le sort commun des pierres brutes et elles trouvaient leur place à la première bâtisse. Une seule a échappé à la destruction générale, encore est-elle du moyen âge. Elle a dû sa conservation à l'ancienne tour de l'horloge (tour des Phocéens) à laquelle elle était adossée. La voici telle qu'on la voit; encore sur la façade extérieure de cette tour devenue la chapelle des fonts baptismaux de l'église S.te Marie.

Plusieurs Comtes de Toulon et autres personnages remarquables s'étaient fait élever de superbes tombeaux dans la même église. Que sont devenus les marbres qui les décoraient et qui, en nous transmettant des faits ou des noms précieux à l'histoire, auraient fait connaître en même temps les progrès des beaux-arts pendant cette période de siècles? Hélas! ils ne sont plus. Ceux qui existent encore sont destinés à servir de marche à la chapelle de S.t Joseph de cette paroisse. Les restes de sculpture que l'on apperçoit sur une des faces nous indiquent seuls leur première destination. Chacun peut s'en convaincre à la première inspection. Peut-on en conséquence raisonnablement exiger que nos pères aient eu la pensée de nous transmettre des pierres qui n'auraient porté que quelques caractères barbares? N'avons-nous pas vu un vendalisme au moins semblable se renouveler de nos jours dans Toulon, lorsqu'on a détruit le monastère des Dominicains appelé le grand Couvent? Que d'inscriptions précieuses qui ornaient le pavé de son église ont été brisées ou perdues! Que sont devenues les épitaphes qui couvraient les cendres de plusieurs de nos évêques? Que sont devenues les inscriptions de Pierre de Marville, de Thomas Jacomel et autres prélats qui ayant appartenu à ce monastère avaient voulu y être inhumés? Elles ont été enveloppées dans un même sort. Or si dans le 19.e siècle qui revendique seul le droit d'avoir des lumières, dans ce siècle qui se dit l'ami et le protecteur des lettres, on a ainsi traité ces respectables et précieux monumens, que pouvons-nous reprocher à nos pères, qu'on se plaît à nous dépeindre comme plongés dans la plus grossière ignorance?

Quoique Toulon n'offre point d'inscriptions antiques, on ne peut donc pas en conclure qu'elle n'est pas ancienne.

L'auteur _des Recherches sur l'Origine de Toulon_, sentant toute la force de l'objection que peut faire contre son hypothèse tout homme qui connaît la localité, s'adresse à lui-même cette demande: Comment a-t-il pu arriver que les Celtes et les Liguriens, peuples navigateurs et commerçans, aient méconnu les avantages et la position de Toulon, qu'ils n'aient pas été portés à s'y fixer par la douceur du climat, la sureté de son port et de ses rades, la beauté de ses eaux et les ressources qu'offre son terroir? Il répond:

«Que l'espace qu'occupe aujourd'hui la ville était un marais et que cette plage infecte, resserrée entre la mer et de hautes montagnes étaient peu propre à inviter les étrangers ou les naturels à s'y établir.... On en trouve la preuve dans les terrains qui avoisinent la ville tant du côté de l'Est que celui de l'Ouest.»

Une pareille réplique est séduisante; mais examinons si elle est vraisemblable. Des marais pouvaient-ils être un obstacle à l'établissement d'une ville dans ces siècles reculés? Par la connaissance que j'ai acquise de la localité, les marais de Toulon ne pouvaient occuper que peu d'espace; mais ce léger inconvénient était racheté par des avantages infiniment précieux, qui ne pouvaient être méconnus par les naturels du pays voisin et ne pas s'offrir au premier aspect de tant d'avanturiers qui cherchaient un asile dans notre climat. Marseille, les Lèques etc. avaient de très-vastes marais, dont la place a conservé le souvenir dans le nom de _la Palud_ qui lui a été donné. Ils n'empêchèrent pas néanmoins qu'on s'y établit dans une très-haute antiquité. Pourquoi auraient-ils été un si grand obstacle pour les déterminer à se fixer à Toulon? Approfondissons mieux la question.

Est-il bien vrai que _l'espace qu'occupe aujourd'hui la ville était un marais_ et que _la plage_ fut _infecte_, on ne peut soutenir une pareille assertion.

[Sidenote: Registre du Lavad.]

[Sidenote: Arch. de l'hosp. S.t Esprit.]

[Sidenote: _Idem_.]

[Sidenote: Arch. com. Reg. de l'hos.]

[Sidenote: _Idem_.]

[Sidenote: _Idem_.]