Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves (traduit de l'anglais)

Part 31

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[Note 174: Il est remarquable que la campagne russe de 1828 et de 1829 fut dirigée exactement d'après le plan suivi par l'expédition de Yaroslav, en 1043.]

Ce fut la dernière expédition des Russes contre l'Empire grec. La Russie, déchirée par des factions ennemies, perdit toute force d'action à l'extérieur, et finit par devenir elle-même la proie des étrangers. N'eût été cette circonstance, il est probable que les siècles passés eussent vu s'accomplir la prédiction trouvée inscrite au IXe siècle sous la statue de Bellérophon à Constantinople, à savoir, que la cité impériale serait prise par les Russes; prédiction bien rare, selon Gibbon, par la clarté du style et la précision incontestable de la date. Qui sait si, de nos jours, nous ne verrons pas s'accomplir la destinée prophétisée à la superbe métropole de l'Orient.

Yaroslav partagea son empire entre ses fils, en laissant toutefois le titre de grand-duc et la suprématie à l'aîné des princes. Cette autorité suprême fut transmise, suivant l'usage des contrées slaves, non par ordre de primogéniture, mais à l'ancienneté, c'est-à-dire que le grand-duc décédé, eut pour successeur le membre le plus âgé de sa dynastie. Cette combinaison ne pouvait manquer de produire des troubles continuels, d'autant que les diverses principautés se subdivisaient toujours entre les fils du monarque décédé. Le pouvoir se fractionna ainsi aux mains d'un grand nombre de petits princes, guerroyant les uns contre les autres, et la Russie se vit bientôt sans défense contre les incursions de ses voisins. L'autorité du grand-duc de Kioff tomba, sous la pression de ces circonstances, dans la plus complète insignifiance; tandis que deux principautés puissantes, fondées par les talents de leurs chefs, s'élevèrent au Sud et au Nord-Est. La première est celle de Halitch, comprenant toute la zone orientale de la province autrichienne de Gallicie et une partie des gouvernements russes de Volhynie et de Podolie; la seconde est la principauté de Vladimir sur la Klazma, embrassant tout le gouvernement russe de ce nom, avec quelques provinces adjacentes, et dont les souverains prirent le titre de grands-ducs. Il existait aussi trois républiques, régies par des institutions entièrement populaires. Novogorod, Pskow et Viatka, communauté formée par des émigrants de Novogorod, dans l'endroit qui porte aujourd'hui ce nom.

La Russie se divisait donc en plusieurs États fréquemment en guerre entre eux, habités par des populations aussi différentes l'une de l'autre, qu'elles l'étaient des Polonais, des Bohémiens et d'autres nations slaves, n'ayant de commun que le nom et la même dynastie, à laquelle se rattachaient également les nombreux souverains de ce pays. Le seul lien réel de tous ces États, était l'unité de l'Église, gouvernée par l'archevêque de Kioff, son métropolitain.

Telle était la situation de la Russie, quand les Mogols, commandés par Batou-Khan, petit-fils de Dgenghis-Khan, envahirent ce pays en 1238-1239 et 1240, ne laissant que ruines et désolation sur leur passage. Ils poursuivirent le cours de leurs ravages en Pologne et en Hongrie, et s'avancèrent jusqu'à Liegnitz, en Silésie, où ils défirent complètement une armée chrétienne. Le chemin leur était ouvert jusqu'au Rhin; mais, heureusement pour l'Europe, quelques évènements survenus dans l'Asie centrale les rappelèrent aux rivages de la mer Caspienne.

Batou-Khan posa ses tentes sur les bords du Volga, et somma les princes de Russie de lui rendre hommage, les menaçant, en cas de refus, d'une reprise d'hostilités. L'obéissance était le seul parti à suivre; le grand-duc de Vladimir rendit hommage à Batou, dans son camp sur le Volga, et ensuite au grand khan Koublay, près le grand mur de la Chine. Ses successeurs reçurent l'investiture des descendants de Batou, qui devinrent indépendants sous le nom de khans de Kiptchak.

Au commencement du XIVe siècle, le prince de Moscou, s'étant concilié les bonnes grâces du khan, obtint la dignité héréditaire de grand-duc, à laquelle était attachée une sorte de suzeraineté sur les autres princes de Russie, et qui, jusque-là, n'avait été la prérogative exclusive d'aucune de leurs branches. Ses successeurs s'efforcèrent, comme ligne invariable de politique, de briguer, par tous les moyens possibles, la faveur du khan, dont l'appui grandissait incessamment leur puissance aux dépens de celle des autres princes de Russie. De cette manière, le pouvoir des grands-ducs de Moscou se fortifia par degrés, tandis que celui du khan s'affaissait sous les commotions intérieures, jusqu'à ce qu'enfin ils se sentirent assez forts pour secouer le joug, vers la fin du XVe siècle.

Telle fut l'origine de Moscou, le coeur de l'empire russe actuel, formé des principautés nord-est de l'ancienne Russie. Nous avons expliqué, au chap. X, comment les principautés du sud et de l'ouest de la Russie se réunirent, au XIVe siècle, à la Pologne et à la Lithuanie.

Le premier archevêque de Kioff fut sacré, vers 900, par le patriarche de Constantinople, et institué métropolitain de toutes les églises de Russie. À partir de cette époque, les métropolitains de Russie furent sacrés à Constantinople, et fréquemment choisis parmi les Grecs. Après la prise de Constantinople par les Latins, le siége de l'empire et celui du patriarchat ayant été transférés à Nicée, les archevêques de Kioff furent sacrés dans cette ville, jusqu'à ce que l'ancien ordre de choses se rétablît par l'expulsion des Latins.

Les chroniques parlent de plusieurs tentatives faites par les papes pour soumettre l'Église russe à leur suprématie, mais sans atteindre le but de leur politique. Une circonstance révèle cependant l'influence temporaire que Rome s'était acquise à Kioff, vers la fin du XIe siècle. Le Grec Ephraïm, métropolitain de cette ville, de 1070 à 1096, introduisit en effet, dans le calendrier russe, sous la date du 9 mai, la commémoration de la translation des reliques de saint Nicolas, de la Lycie à Bari, en Italie, fête inconnue de l'Église d'Orient, mais observée par celle de Rome. La principauté de Halitch, située entre les régions catholiques de la Pologne et de la Hongrie, devint le point de mire des efforts de la Papauté. Les Hongrois s'étant rendus maîtres de cette principauté en 1214, essayèrent de la soumettre à leur chef spirituel; mais leur expulsion du pays détruisit tout espoir d'annexion religieuse. Daniel, prince de Halitch, homme d'État et guerrier distingué, pensa qu'il pourrait tirer du pape quelque assistance contre les Mogols, et, dans cette vue, il entama une négociation avec Innocent IV, qui envoya son légat pour recevoir la soumission de Daniel et celle de l'Église de Halitch, à laquelle il promit de tolérer telles de ses anciennes pratiques qui ne seraient pas en opposition directe avec les rites de l'Église catholique. Daniel fut sacré roi de Halitch par le légat, en 1254, et il reconnut la suprématie de Rome; mais, comme l'assistance promise n'arrivait pas, il rompit en visière avec le pape. Halitch fut réunie à la Pologne en 1340. L'histoire de son Église a trouvé son cadre ailleurs.

Nous avons déjà parlé de l'invasion des Mogols et des terribles ravages qu'ils exercèrent dans ce pays. Les églises et les couvents jonchèrent le sol de leurs débris; le clergé fut ou massacré ou traîné en captivité; mais aussitôt que ces Asiatiques eurent établi leur domination sur les principautés du nord-est de la Russie, ils s'efforcèrent de consolider leur puissance en convertissant à leurs vues politiques le clergé des pays conquis; en conséquence, le khan des Mogols déclara que tout individu, touchant de près ou de loin à l'Église, serait exempté de l'impôt personnel frappé sur la population, pour les années 1254-1255; et, en 1257, le même khan, en vertu de lettres-patentes, accorda au clergé russe et à toute personne attachée à l'Église nationale, une exemption pleine et entière de tous les impôts et charges pesant soit sur la propriété, soit sur la personne des habitants de la Russie. Un évêque russe avait sa résidence à Saray, capitale des khans, qui chargeaient quelquefois ces prélats de missions de haute confiance. C'est ainsi que l'évêque Théognoste fut envoyé, en 1279, par le khan Mengutemir, à l'empereur grec Michel Paléologue. Cette position toute favorable de l'Église russe la fit croître rapidement en influence et en richesse. Beaucoup de personnes cherchèrent dans son sein un refuge contre l'oppression de leurs maîtres barbares; tandis que d'autres, pour mettre leurs propriétés à l'abri de tout attentat, en faisaient don à l'Église, qui les leur restituait à titre de tenanciers.

La ville de Kioff fut détruite par les Mogols en 1240; mais l'autorité des khans demeura toujours plus forte et plus respectée dans les principautés de l'est de la Russie que dans les régions occidentales, où des troubles se manifestaient fréquemment. Cet état de choses conduisit le métropolitain de Kioff à transférer sa résidence à Vladimir sur la Klazma, capitale des grands-ducs de Russie, sous la protection desquels la bannière des Églises russes se déployait en toute sécurité.

Nous avons parlé plus haut de l'union de Kioff avec la Lithuanie et des destinées de l'Église d'Orient dans ce pays. Les métropolitains de Vladimir, qui transportèrent plus tard leur siége à Moscou, s'efforcèrent de maintenir leur juridiction sur les Églises de la Lithuanie, en établissant de temps à autre leur résidence dans cette province; mais, malgré leurs tentatives réitérées, cette union fut entièrement rompue par l'élection d'un archevêque de Kioff, en 1418. Une haine violente s'alluma entre les deux Églises, à ce point que le khan de Crimée ayant pillé Kioff, en 1484, à l'instigation du grand-duc de Moscou, lui envoya, à titre de présent, une partie des vases sacrés enlevés à l'église de cette ville. Les métropolitains de Moscou étaient ou sacrés par les patriarches de Constantinople, ou simplement approuvés par eux. Le métropolitain Isidore, savant d'origine grecque, assista, en 1438, au concile de Florence, où il souscrivit à l'union de son Église avec Rome, d'après les bases arrêtées à cet effet entre l'empereur grec Jean Paléologue et le pape Eugène IV. Il revint à Moscou en 1439, avec la dignité de cardinal et investi de l'autorité d'un légat; mais il fut déposé et renfermé dans un couvent, d'où il parvint néanmoins à s'échapper; il mourut à Rome dans un âge avancé. Après la prise de Constantinople par les Turcs, les métropolitains de Moscou furent élus et sacrés sans aucun recours au patriarche grec. En 1551, un synode général tenu à Moscou, promulgua un code de lois ecclésiastiques, appelé _Stoglav_, c'est-à-dire les Cent-Chapitres.

En 1588, le patriarche de Constantinople Jérémie, ayant un procès au divan, vint à Moscou demander des secours pour ses églises. Le pieux czar Foedor Ivanovitsch s'empressa de répondre à son appel, et Jérémie, renonçant à ses prétentions sur les Églises russes, sacra patriarche de Russie le métropolitain de Moscou. La chaire s'éleva presque au niveau du trône sous ces patriarches indépendants. La considération dont ils jouissaient s'augmentait encore des marques publiques de respect qu'ils recevaient du czar, qui, le dimanche des Rameaux, marchait nu-tête devant eux, en conduisant par la bride l'âne sur lequel ils traversaient les rues de Moscou, en souvenir de l'entrée du Christ à Jérusalem. En 1682, l'Académie slavo-græco-latine fut fondée à Moscou par le czar Foedor, fils d'Alexis; il pourvut cet établissement de savants professeurs, sortis de l'Académie de Kioff, que la Pologne avait perdue sous le règne précédent. Après la mort du patriarche Adrien, en 1702, Pierre le Grand abolit cette dignité, se proclama chef suprême de l'Église grecque, et institua, sous le nom de très saint synode, un conseil chargé de toutes les affaires ecclésiastiques du pays. Ce souverain ordonna aussi que des écoles fussent ouvertes dans chaque siége épiscopal. Il décréta que les couvents ne pourraient plus acquérir de propriétés territoriales, et soumit les domaines de l'Église à l'impôt général. En 1764, l'impératrice Catherine confisqua tous les biens du clergé, qui possédait environ neuf cent mille serfs mâles, et substitua à ses possessions des pensions pour les évêques, les couvents, etc. Plusieurs écoles ecclésiastiques s'ouvrirent sous divers règnes, et leur organisation fut fixée par un oukaze de 1814.

Le synode institué par Pierre le Grand préside encore au gouvernement de l'Église russe. Ce conseil se compose habituellement de deux métropolitains, de deux évêques, du premier prêtre séculier, et des membres lais venant à la suite; il y a encore le procureur, deux secrétaires-généraux, cinq secrétaires ordinaires, et un certain nombre de clercs. Le procureur a le droit de suspendre l'exécution des décisions du synode, et d'en appeler, dans tous les cas, à la décision de l'empereur. Le synode a le jugement des choses religieuses en matière de foi et de discipline, il contrôle l'administration des diocèses, qui lui transmettent deux fois par an un rapport détaillé sur la situation des églises, des écoles, etc.

Il existe en Russie, outre un grand nombre de séminaires, cinq académies ecclésiastiques: Kioff, Moscou, Saint-Pétersbourg, Kasan et Troïtza. Tous les fils du clergé doivent être élevés dans ces séminaires, qui entretiennent gratuitement un certain nombre d'élèves. Ce système d'éducation obligatoire a produit quelques-uns des savants les plus remarquables de la Russie. Le clergé y forme un corps à part, et il est bien rare qu'un individu appartenant à une autre classe, s'enrôle sous la bannière de l'Église. De par la loi, la vocation religieuse est héréditaire, mais on obtient aisément du pouvoir l'autorisation de suivre une autre carrière. Les membres les plus distingués de la famille ecclésiastique ont le plus souvent recours à cette faculté, à l'exception de ceux qui, entrant dans l'ordre monacal, peuvent aspirer aux degrés les plus élevés de la hiérarchie religieuse. C'est pour cette raison que le clergé séculier (ou les prêtres de paroisse) se compose généralement de ceux qui ne sauraient prétendre à rien de plus avantageux.

Il a déjà été question de l'Union de l'Église grecque de Pologne avec Rome, et des conséquences qu'elle produisit. Le démembrement du territoire polonais fit tomber sous la domination russe la majeure partie des habitants appartenant à cette Église. On essaya par tous les moyens, sous le règne de Catherine, de pousser ses sectaires dans le giron de celle de Russie; mais ces tentatives n'eurent qu'un succès partiel et cessèrent tout-à-fait sous le règne de l'empereur Alexandre. En 1839, plusieurs évêques de l'Église ci-dessus mentionnée, formulèrent, à l'instigation du gouvernement russe, le voeu d'une séparation d'avec Rome et d'une réunion à l'Église nationale de Russie. Cette déclaration fut suivie d'un oukaze ordonnant à toutes Églises unies de suivre l'exemple de leurs évêques. Les mesures les plus coërcitives furent mises en usage pour effectuer une conversion générale. Un grand nombre d'ecclésiastiques qui refusèrent de prendre l'oukaze impérial pour règle de leur conscience, furent punis de leur désobéissance par la déportation en Sibérie, l'emprisonnement, etc. Pour colorer cette conversion forcée, on allégua que ces populations avaient appartenu primitivement à l'Église d'Orient, et devaient, en conséquence, rentrer au bercail; principe d'une admirable logique, en vertu duquel les habitants des Îles Britanniques pourraient, avec autant de justice, se voir repoussés dans le giron de l'Église catholique, ou même ramenés à la religion des druides et au culte d'Odin. Cette persécution a dédommagé Rome de la perte de la population arrachée du sein de son Église, en soulevant en sa faveur tout l'intérêt qui s'attache d'ordinaire à un parti opprimé, et en ranimant le zèle de beaucoup de ses sectateurs[175].

[Note 175: Un évêque de l'Église nationale russe de Mohiloff, appelé Barlaam, homme d'une vaste érudition, se déclara en 1812, lors de l'occupation de cette ville par les Français, pour le nouvel ordre de choses, et fit chanter un _Te Deum_ à l'occasion de l'occupation de Moscou par les armées de Napoléon. Il fut déposé par le gouvernement russe, et confiné dans un couvent.]

Ce qu'il y a de plus intéressant dans l'histoire de l'Église russe, c'est assurément celle de ses sectes dissidentes, comprises sous la dénomination générale de _Raskolniky_ ou Schismatiques.

Il est probable que plusieurs des sectes qui avaient troublé l'Église d'Orient en Grèce, étaient passées en Russie, car l'on trouve çà et là des traces de leur existence dans les chroniques du moyen-âge. Les premiers désordres sérieux de l'Église russe se manifestèrent en 1375, à Novogorod, quand un homme d'une condition inférieure, du nom de Karp Strigolnik, se mit à se déchaîner publiquement contre la coutume qui forçait les prêtres à payer une certaine somme d'argent à l'évêque pour leur ordination. Un tel usage constituait, disait-il, une véritable simonie, et les Chrétiens devaient fuir les prêtres qui avaient acheté les ordres. Il attaquait aussi la confession auriculaire comme inutile, et ses opinions ne laissèrent pas que de trouver un grand nombre d'adhérents. Les rues de Novogorod devinrent bientôt le théâtre d'une lutte acharnée entre ces réformateurs et les partisans de l'ordre de choses établi. Les premiers furent vaincus, et leurs principaux chefs, y compris Strigolnik lui-même, furent précipités à la rivière et noyés. Leur mort, bien loin d'éteindre leurs doctrines, leur imprima une force nouvelle, comme cela résulte des lettres pastorales de plusieurs évêques et même des patriarches de Constantinople, à qui des rapports avaient été transmis sur cette secte.

Les institutions républicaines de Novogorod et de Pskoff, où les partisans de Strigolnik étaient répandus en grand nombre, leur offraient un vaste champ de liberté; mais quand ces républiques furent réduites en provinces de Moscou (à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe), une persécution rigoureuse les força à chercher asile dans les possessions suédoises et polonaises. Il semble que les modernes Raskolniky aient hérité de l'esprit de cette secte.

Une autre secte, plus remarquable, prit naissance pendant la dernière partie du XVe siècle, dans la même république de Novogorod. Sa véritable nature est cependant très incertaine, car la seule donnée positive que nous ayons sur ses doctrines, est tirée d'un ouvrage de polémique écrit contre elle, en 1491, par un certain Joseph, abbé du couvent de Volokolamsk, et nous sommes réduits, en conséquence, à juger de ces sectaires aussi bien que des Strigolniky, sur l'unique témoignage de leurs ennemis.

Suivant l'auteur que nous venons de citer, un Juif, du nom de Zacharie, qu'il appelle suppôt de Satan, sorcier, nécromancien, astrologue, et même astronome, vint, en 1470, à Novogorod, où il enseigna, en secret, que la loi de Moïse était la seule vraie religion, et que le Nouveau-Testament était une fiction, puisque le Messie n'était pas encore né, que le culte des images constituait une idolâtrie coupable. Aidé de quelques autres Juifs, il séduisit l'esprit de plusieurs prêtres de l'Église grecque et de leurs familles, et ces néophytes devinrent si zélés, qu'ils demandèrent la circoncision. Leurs maîtres hébreux les détournèrent cependant d'un dessein qui les eût exposés à être découverts; ils leur conseillèrent de conformer leur conduite extérieure aux préceptes du Christianisme, car il suffisait qu'ils fussent bons Israélites de coeur. Ils suivirent cet avis et travaillèrent en secret avec beaucoup de succès à augmenter le nombre de leurs prosélytes. Les principaux promoteurs de cette secte furent deux prêtres appelés Alexius et Dionysius, les protopopes de l'église Sainte-Sophie, cathédrale de Novogorod, un certain Gabriel et un laïque de haut rang.

Ces Juifs mystérieux se conformèrent si rigoureusement, en apparence, aux rites de l'Église grecque, qu'ils s'acquirent une réputation de grande sainteté. Ce fut à ce point que le grand-duc de Moscou, ayant réduit la république de Novogorod en province de son empire, transféra dans sa capitale les deux prêtres Dionysius et Alexius, et les plaça à la tête du clergé de ses principales églises. Alexius s'attira si bien la faveur du grand-duc, qu'il avait ses entrées toujours libres auprès de lui, distinction accordée à un très petit nombre de favoris. Il travaillait pendant ce temps à la propagation de ses doctrines, qui furent embrassées secrètement par beaucoup d'ecclésiastiques et de laïques, entre autres par Kouritzin, secrétaire du grand-duc, et Zozyme, abbé du couvent de Saint-Siméon, qui, recommandé par Alexius à la faveur du grand-duc, fut promu, en 1490, à la dignité d'archevêque de Moscou. Ainsi, un sectateur secret du Judaïsme, devint le chef de l'Église russe.