Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves (traduit de l'anglais)
Part 22
Cette lutte, commencée sous le règne d'Étienne Batory, ne fit que s'envenimer sous le règne de Sigismond III, qui était entièrement dévoué aux Jésuites. Les écoles et les colléges ouverts par cet ordre devinrent l'instrument le plus énergique des conversions; l'instruction y était gratuite, et on y admettait, on cherchait même à y attirer les élèves protestants et ceux qui appartenaient à l'Église grecque. Ce libéralisme apparent gagna aux Jésuites un grand nombre de partisans, même parmi les adversaires de Rome, et, comme on voyait beaucoup de jeunes gens qui avaient pu terminer leurs études chez les Jésuites sans abandonner leur religion, les Protestants et les Grecs ne faisaient aucune difficulté d'envoyer leurs enfants dans ces colléges, qui étaient établis sur tous les points du pays, tandis que les écoles protestantes se trouvaient fort éloignées. Les Protestants possédaient cependant d'excellentes écoles où l'éducation était supérieure à celle des Jésuites; mais comme ces établissements n'étaient soutenus que par des contributions volontaires, ils ne pouvaient lutter contre leurs concurrents, qui jouissaient de riches dotations. La plupart de ceux qui étaient entretenus par la libéralité des grandes familles protestantes, cessèrent d'exister ou furent convertis en écoles catholiques, dès que leurs patrons furent rentrés dans le sein de la vieille Église. Les Jésuites apportaient le plus grand soin à rattacher leurs élèves à leur ordre, en les traitant avec une extrême douceur, en les patronnant dans toutes les carrières, en les maintenant le plus long-temps possible sous leur tutelle, afin de bien connaître leurs dispositions et de s'en servir dans l'intérêt de leurs desseins[141]. Les élèves protestants devinrent ainsi l'objet de l'attention particulière des Jésuites qui, maîtres de l'esprit des enfants, pouvaient exercer sur les parents une influence plus efficace. D'une part, les Jésuites persécutaient très activement les ministres et les écrivains de l'Église réformée; d'autre part, ils employaient tous les moyens de séduction à l'égard des laïques, et notamment des hommes riches et haut placés, auxquels ils prodiguaient les bons procédés et les services. Ils entreprirent alors de convertir les familles, ou au moins quelques-uns de leurs membres, en ébranlant leur foi par la subtilité des arguments, puis en leur présentant les faveurs royales et tous les avantages temporels comme prix de leur retour à la religion catholique. En outre, ils s'entremettaient dans les mariages, et tâchaient d'unir les Protestants influents avec de jeunes filles catholiques, belles, riches et entièrement dévouées à leur ordre. Cette politique fut couronnée d'un plein succès; car si les dames catholiques ne réussissaient pas toujours à convertir leurs maris, elles obtenaient au moins que leurs enfants fussent élevés dans la foi catholique, et ce fut ainsi que beaucoup de familles protestantes revinrent à l'Église romaine. Le zèle des Jésuites a souvent entraîné les conséquences les plus déplorables au sein des familles, où s'introduisaient les divisions de sectes et de cultes. Tel qui avait jusqu'alors résisté à toute séduction, se laissait gagner par les conseils affectueux, par l'insistance, par le désespoir d'un parent soumis à l'influence des Jésuites, et ces prédications du foyer domestique étaient plus puissantes que les plus forts raisonnements. On sait bien, d'ailleurs, que l'Église de Rome a fait plus de prosélytes en parlant à l'imagination et au coeur qu'en s'attaquant à la raison.
[Note 141: Le système d'éducation pratiqué par les Jésuites est admirablement décrit par Broscius, prêtre catholique, professeur de l'Université de Cracovie et l'un des hommes les plus éclairés de son temps, dans un livre publié en polonais vers 1620 sous ce titre: _Dialogue entre un propriétaire et un curé._ Cet ouvrage excita la colère des Jésuites qui, ne pouvant se venger sur l'auteur, s'en prirent à l'éditeur qui fut, à leur instigation, fouetté en place publique, puis banni. Voici un extrait de Broscius: «Les Jésuites enseignent aux enfants la grammaire d'Alvar, qui est très difficile et très longue à apprendre. Ils ont, pour cela, plusieurs raisons: 1º En gardant long-temps leurs élèves dans les écoles, ils peuvent recevoir un plus grand nombre de présents. (Dans une autre partie de son ouvrage, Broscius a démenti que les Jésuites recevaient en dons volontaires des parents et des élèves une valeur supérieure à celle qu'eût produite le paiement régulier d'une pension); 2º Ils peuvent connaître à fond le caractère de leurs élèves; 3º Dans le cas où les amis de l'enfant voudraient le retirer de l'école, les Jésuites ont un prétexte pour le retenir, en disant qu'il faut au moins lui laisser le temps d'apprendre la grammaire, fondement de toute science; 4º Ils gardent leurs élèves jusqu'à l'âge adulte, afin d'engager dans leur ordre ceux qui ont le plus de talent ou qui attendent les plus forts héritages. Lorsqu'un enfant n'a ni talent ni espérance de fortune, ils ne le retiennent pas. Et alors, le malheureux, incapable de rien faire, en est réduit à invoquer la charité des Jésuites, qui lui procurent quelque place subalterne dans la maison d'un de leurs patrons, et s'en servent ensuite dans l'intérêt de leur cause.»]
Je ne puis passer sous silence le fait suivant, qui caractérise parfaitement la politique des Jésuites. Dans une émeute, à Vilna, le fils d'un noble protestant nommé Lenczyçki, enfant de quinze ans, se précipita au milieu de la populace furieuse, qui criait: «Mort aux hérétiques!» et se déclara hardiment Protestant et prêt à mourir pour sa foi. Les Jésuites furent frappés d'admiration. Non-seulement ils protégèrent le jeune homme, mais encore ils l'accablèrent de caresses et le rendirent sain et sauf à ses parents. Ils réussirent ensuite à le convertir et à en faire l'un des membres les plus distingués de leur ordre.
Les Jésuites polonais comptèrent dans leurs rangs plusieurs hommes de talent, tels que Casimir Sarbiewski, ou Sarbievius, le premier poète latin des temps modernes[142]; Smigleçki ou Smiglecius, dont le traité sur la logique, adopté dans différentes écoles, fut réimprimé à Oxford en 1658. Mais leur système d'éducation était plus propre à arrêter qu'à développer les progrès des élèves; car ils suivirent en Pologne la méthode qu'ils avaient appliquée en Bohême, où, selon la remarque de Pelzel, «ils se contentèrent de donner à leurs disciples les écailles du savoir, tandis qu'ils gardèrent l'huître pour eux.» Les déplorables effets de ces vices d'éducation ne tardèrent pas à se révéler. À la fin du règne de Sigismond III, alors que les Jésuites s'étaient emparés presque exclusivement de la direction des écoles publiques, la littérature nationale avait décliné avec une rapidité égale à celle de ses progrès pendant le siècle précédent. La Pologne qui, depuis la moitié du XVIe siècle jusqu'à la fin du règne de Sigismond III (1632), avait produit une foule d'ouvrages remarquables en langue polonaise comme en langue latine, ne put citer qu'un très petit nombre d'écrits remarquables composés depuis cette époque jusqu'à la seconde partie du XVIIIe siècle. Le mélange de locutions latines avec la langue polonaise, dit macaronisme, créa un style barbare qui déshonora, pendant plus d'un siècle, la littérature nationale.
[Note 142: Grotius s'exprime ainsi sur Sarbiewski: «_Non solum equavit sed etiam superavit Horatium._» Non-seulement il égala, mais encore il surpassa Horace. Il y a assurément beaucoup d'exagération dans ce jugement.]
Comme le but des Jésuites était surtout de combattre les Anti-papistes, le principal objet de leur enseignement se rattachait à la polémique religieuse; en sorte que leurs élèves les plus distingués, au lieu d'acquérir de solides connaissances qui les eussent rendus utiles au pays, perdaient leur temps à étudier les vaines subtilités de la dialectique. Les disciples de Loyola savaient bien que, de toutes les faiblesses humaines, la vanité est celle qui offre le plus de prise, et ils étaient aussi prodigues de louanges pour leurs partisans que prodigues d'injures pour leurs adversaires. Ils accablèrent de flatteries les bienfaiteurs de leur ordre, et le style de leurs panégyriques enthousiastes atteste la décadence complète du goût et du sentiment littéraire chez un peuple qui pouvait applaudir à de tels écrits. Les oeuvres classiques du XVIe siècle ne furent point réimprimées, tant que domina l'influence des Jésuites. Les hommes distingués du règne de Sigismond III, les Zamoyski, les Sapiéha, les Zolkiewski, ainsi que les principaux écrivains de cette époque, furent élevés à d'autres écoles; car les Jésuites resserraient l'horizon des intelligences, et les hommes exceptionnels qui s'élevèrent au-dessus du niveau commun épuisèrent vainement leurs efforts à lutter contre l'ignorance et les préjugés populaires. Il n'y avait plus ni notions de droit, ni sentiment d'égalité civile, le temps des castes et des priviléges était revenu, les paysans étaient partout soumis à la plus dégradante servitude.
Les Jésuites ont été souvent accusés de favoriser le relâchement des moeurs, et, en effet, un grand nombre de leurs écrits tendent à affaiblir les principes de la morale. Cependant, je le déclare sincèrement, cette accusation ne doit pas atteindre les Jésuites polonais. Cet ordre fit reculer l'intelligence de la nation; il n'enseigna qu'un mauvais latin, il se montra plein de préjugés, il fut violent et querelleur; mais il faut reconnaître que ses moeurs étaient pures et que, sous son influence, le foyer domestique présenta l'image des vertus patriarcales. S'il y a eu des Jésuites qui ont défendu certains principes d'une moralité plus que douteuse, il ne faut point les chercher parmi les Jésuites polonais.
Après avoir rompu en quelque sorte les rangs du Protestantisme, les Jésuites se disposèrent à soumettre à la domination de Rome l'Église grecque de Pologne, qui comprenait environ la moitié de la population, et dont les adhérents habitaient principalement les territoires annexés à la Pologne pendant le cours du XIVe siècle. Je décrirai ailleurs l'établissement de l'Église grecque parmi les populations slaves (ou russes). Je me bornerai dès à présent à rappeler que la principauté de Halitch (aujourd'hui la Gallicie) fut réunie à la Pologne en 1340, lorsque le roi Casimir le Grand fit valoir ses droits d'héritage après l'extinction de la famille régnante de Halitch. Casimir assura à son pays cette importante acquisition de territoire en confirmant les anciens droits et priviléges des habitants, et en accordant à ses nouveaux sujets toutes les libertés polonaises. Toutefois, ce fut en 1386, lors de son union avec la Lithuanie[143], que la Pologne vit s'accroître chez elle le chiffre des adhérents à l'Église grecque. La manière dont les souverains de la Lithuanie établirent leur autorité sur ce pays, mérite d'être signalée, et elle est, je crois, unique dans l'histoire.
[Note 143: Cette union fut accomplie par le mariage de Jagellon, grand-duc de Lithuanie, avec Hedwige, reine de Pologne.]
Les Lithuaniens ou Lettoniens, forment une race à part, complètement distincte des races slave et teutonne. Leur langue se rapproche plus du sanskrit qu'aucun autre idiome de l'Europe[144]. Depuis un temps immémorial, ils habitaient les côtes de la Baltique, depuis les Bouches de la Vistule à l'Est, jusqu'aux rives de la Narva, et s'étendaient au loin dans le Sud. Ils se divisaient en Prussiens, Lettoniens ou Livoniens, et Lithuaniens, et ne différaient les uns des autres que par de légères variantes de dialecte. La conquête et la conversion des Prussiens furent tentées par les rois polonais pendant les XIe et XIIe siècles, mais elles ne furent définitivement accomplies qu'au XIIIe siècle. L'Ordre teutonique des chevaliers hospitaliers, acheva la soumission complète des Prussiens, tandis qu'un autre Ordre, celui des chevaliers Porte-Glaive, fit subir le même sort à la Livonie. Quant aux Lithuaniens, ils réussirent non-seulement à conserver leur indépendance, mais encore à fonder un puissant empire par la conquête des principautés de la Russie occidentale. Ces principautés, habitées par une population convertie à l'Église grecque, se trouvaient très affaiblies depuis l'invasion des Mongols en 1240, et elles étaient sans cesse exposées aux brigandages de ces barbares. Vers le milieu du XIIIe siècle, les rois lithuaniens les occupèrent en y établissant, comme gouverneurs, des princes de leur famille, qui étaient chargés de protéger les habitants, et qui, peu à peu, adoptèrent la religion du pays. Des troubles extérieurs arrêtèrent, pendant quelque temps, le développement de l'empire lithuanien; mais, vers 1320, après l'avènement de Ghédimine, cet empire fit de grands progrès. Ghédimine, militaire habile et sage politique, s'empara, sans éprouver de résistance, de tout le pays compris entre ses frontières et la mer Noire, et il l'organisa à la manière féodale, soit en remettant le gouvernement de certaines principautés à ses fils, qui devenaient ainsi ses vassaux, soit en laissant en place les dignitaires qui administraient les provinces au moment de la conquête. Les fils de Ghédimine reçurent tous le baptême et furent admis au sein de l'Église grecque; quelques-uns se marièrent à des princesses dont les familles avaient autrefois régné sur le pays. Ghédimine prit lui-même le titre de grand-duc de Lithuanie et de Russie, et, bien qu'il demeurât fidèle aux pratiques de l'idolâtrie, il fut loyalement servi par ses sujets chrétiens, qui combattirent, sous ses ordres, contre leurs propres coreligionnaires. Le dialecte de la Russie-Blanche fut adopté pour les transactions officielles en Lithuanie, et il ne fut remplacé par la langue polonaise que vers le milieu du XVIIe siècle.
[Note 144: Le professeur Bohlen de Koenigsberg, a dit à l'auteur de ce livre que les paysans lithuaniens pouvaient comprendre des phrases entières de sanskrit.]
Ghédimine eut pour successeur son fils Olgherd, qui fut baptisé, selon les rites de l'Église grecque, lors de son mariage avec une princesse de Vitepsk. À Kioff et dans d'autres villes russes, ce prince suivait les cérémonies chrétiennes, construisait des églises et des couvents, tandis qu'à Vilna, capitale de la Lithuanie, il se prosternait devant les idoles et adorait le feu sacré. On assure qu'il mourut en chrétien; mais son corps fut brûlé selon les rites du Paganisme. Quelques-uns de ses fils furent baptisés et élevés au sein de l'Église grecque; quant à Jagellon, qui lui succéda sur le trône, il reçut une éducation païenne; il se convertit toutefois aux doctrines de l'Église d'Occident, en 1386, lorsqu'il épousa Hedwige, reine de Pologne. Il entraîna en même temps la conversion des idolâtres lithuaniens[145]; les partisans de l'Église grecque demeurèrent d'ailleurs fidèles à leur foi.
[Note 145: Le Paganisme subsista cependant en Lithuanie long-temps après la conversion du roi, notamment dans la Samogitie, province voisine de la Baltique et située au sud de la Courlande; l'idolâtrie ne fut entièrement détruite dans cette province qu'en 1420. En 1390, Henry IV d'Angleterre, allié aux chevaliers allemands de la Prusse, prit part à une croisade contre la Lithuanie, que l'on considérait encore comme païenne, bien qu'elle eût reçu le baptême depuis quatre ans. Henry combattit sous les murs de Vilna contre les Lithuaniens et les Polonais, et il tua dans un combat singulier le prince Czartoryski, frère de Jagellon. Ce fait est rapporté dans les chroniques lithuaniennes et par Walsingham, qui dit que: «Henry tua le frère du roi de Pologne.»]
Les archevêques de Kioff, métropolitains des églises russes, transportèrent leur résidence à Vladimir sur la Kliazma, vers le milieu du XIIIe siècle; ils se rendirent ensuite à Moscou, d'où leur juridiction spirituelle s'étendait sur toutes les églises des États lithuaniens; mais, en 1415, le grand-duc Vitold fit nommer un archevêque de Kioff, qu'il rendit indépendant de celui de Moscou. Malgré les efforts de plusieurs prélats, les Églises de la Lithuanie n'accédèrent point à l'Union conclue en 1438, à Florence, entre les Églises d'Orient et d'Occident. Les églises de Halitch, principauté réunie à la Pologne en 1340, reconnurent pour leur métropolitain l'archevêque de Kioff, qui, lui-même, avait reçu son investiture du patriarche de Constantinople. L'Église grecque de Pologne possédait aussi une hiérarchie complète et un grand nombre de couvents richement dotés. Les évêques étaient nommés par les nobles, confirmés par le roi et sacrés par l'archevêque. Les dignitaires appartenaient, en général, à la noblesse, et comptaient dans leurs rangs un grand nombre d'hommes de mérite qui avaient fait leurs études dans les Universités étrangères ou à Cracovie. J'ai déjà dit que la plupart des grandes familles de la Lithuanie appartenaient à l'Église grecque; je citerai, entre autres, les princes Czartoryski, Sanguszko, Wiszniowiecki, Ostrogski, etc. Les membres de l'Église grecque, en Pologne, servirent leur pays avec une loyauté égale à celle des Catholiques romains. Ils remplirent les emplois les plus élevés. La plus grande victoire que les Polonais eussent jamais remportée sur les Moscovites (celle d'Orscha, en 1515), fut gagnée par le prince Constantin Ostrogski, sectateur de la foi grecque et très hostile à toute union avec Rome.
Telle était la situation de l'Église grecque en Pologne, lorsque les Jésuites entreprirent de soumettre ce pays à la suprématie de Rome. Ils publièrent d'abord de nombreux écrits en faveur de l'union de Florence, et cherchèrent à gagner à leur cause les membres les plus influents du clergé grec, en leur faisant espérer que leurs évêques auraient place au sénat, à côté des évêques de l'Église catholique. Ils n'essayèrent pas de convertir les élèves appartenant à l'Église grecque, qui fréquentaient leurs écoles; ils s'appliquèrent seulement à leur faire partager leurs idées, relativement à l'Union avec Rome, espérant que, ce premier pas fait, ils pourraient, plus tard, arriver facilement à leurs fins. Les Jésuites ont été souvent accusés de prendre, en quelque sorte, le masque d'une religion opposée à la leur, dans le seul but de la détruire; cette tactique n'a jamais été aussi manifeste que dans les incidents qui se rapportent à l'histoire de l'Église de Pologne. Le personnage choisi par les Jésuites pour jouer le principal rôle dans cette triste comédie fut un noble lithuanien, Michel Rahoza, qui avait été élevé dans leurs écoles et qu'ils parvinrent à faire nommer archevêque de Kioff par le roi Sigismond III. Cette nomination était contraire à l'usage établi; l'archevêque devait être nommé par les nobles de son Église, et confirmé seulement par le roi. Rahoza obéissait aveuglément aux Jésuites, qui lui adressèrent une instruction écrite sur les moyens de détruire le parti hostile à l'Église de Rome, tout en paraissant être attaché à ce même parti. Ce document remarquable, qui jette un grand jour sur la politique des Jésuites, a été imprimé dans l'ouvrage de Lukaszewicz; je crois devoir, dans la note ci-dessous[146], en donner la traduction littérale en conservant les expressions latines qui s'y trouvent mêlées au polonais. C'est assurément une pièce diplomatique des plus curieuses; on y exalte le zèle et les talents du prélat; on fait briller à ses yeux la perspective des plus hautes dignités, et on lui enseigne un système de mensonge et de fraude qui doit le conduire au succès.