Essai historique sur l'origine des Hongrois
Chapter 2
suma homály ténèbres sade esö pluie yó éj nuit olca váll épaule acca idö temps tuuli szél vent usco hit croyance vaetzi kés couteau juuri gyökér racine aamu reggel matin tuohi héj écorce owi ajto porte paju füzfa saule walkaeus viråg fleur hiliaissus szelidség douceur waras orv voleur huix hai cheveu vatze has ventre
Gyarmathi a comparé les Évangiles écrits en langue finnoise et magyare. Il lui a été impossible dans beaucoup de chapitres de trouver la moindre ressemblance de mots; et même, dans les quelques uns qu'il donne, il a omis à dessein un grand nombre de versets qui auraient nui à l'effet qu'il veut produire. Celui que je transcris, quoiqu'il ne contienne que neuf versets sur quarante-deux, est encore un des plus complets, car souvent Gyarmathi n'a osé citer qu'un seul verset par chapitre.
CHAPITRE X DE SAINT JEAN.
_Finnois_. _Hongrois_.
1
se on waras ja A ki nem az ajton Celui qui n'entre pas ryöwäri. megyen bé az akolba; par la porte dans la az van oroz, bergerie des brebis... és gyilkos[12]. est un voleur et un larron.
[Note 12: Dans ces exemples, Gyarmathi a commis des erreurs volontaires. Au lieu de citer simplement le texte hongrois de l'Évangile, il l'a défiguré de manière à le rapprocher le plus possible du texte finnois. Comme le sens est toujours altéré, je relèverai chaque fois le changement. Ici, par exemple, _van oroz_ n'a pas une tournure hongroise. Les Hongrois sous-entendent toujours le mot _van_, «est». Gyarmathi l'a mis pour que le _v_ de ce mot correspondît au _w_ du finnois _waras_, «voleur». Au lieu de _van oroz_, il y a dans le texte hongrois _lopo_.]
_Finnois_ _Hongrois_
3
Ja lambat cuulevat És a' juhok halják az ... Et les brebis hånen œnens. ö énekit[13] entendent sa voix.
11
Mina olen se hywæ Én vagyok a' hiv[14] Je suis le bon pasteur. paimen. pásztor. Hywæ paimen anda A' hiv pásztor adja Le bon pasteur donne hengens lammasten maga juhai-ért életét. sa vie pour ses brebis. edest.
14
Minå olen se hywæ Én vagyok a' hiv Je suis le bon pasteur, paimen, joka tunnen pásztor, ki tudom[15] et je connais mes omani ja minu tutan a' magaméit és engem brebis, et mes brebis myôs omildani. is tudnak[16] me connaissent. a' magaméi.
[Note 13: _Énekit_ veut dire «son chant». Ce mot est mis à cause du finnois _œnens_, quoique les deux mots ne se ressemblent guère. Il y a dans le texte hongrois _szavåt_, «sa voix».]
[Note 14: _Hiv_ veut dire «fidèle». L'auteur l'a placé à cause du finnois _hywæ_. On lit dans le texte hongrois _jó_, «bon.» Dans aucune langue bon et fidèle ne sont synonymes.]
[Note 15: Le texte hongrois dit _esmérem_, «je connais». _Tudom_, qui doit se rapprocher du finnois _tunnen_, veut dire «je sais».--«Je sais mes brebis» n'a pas de sens en hongrois.]
[Note 16: Il y a dans le texte hongrois _esmértetem_, «je suis connu». _Tudnak_ signifie «je suis su», et n'a pas de sens ici.]
_Finnois_ _Hongrois_
16
Minulla on myôs Nekem vannak más J'ai encore d'autres muitta lambaita jotka juhaim is kik nem valók brebis qui ne sont pas ei ole tästâ lammas ezen bárány honnyból[17] de cette bergerie; elles huonesta; ja he saawat és azok fogják hallani écouteront ma voix, cuulla minun âneni: az én énekemet[18] et il n'y aura qu'un ja pitâ oleman yxi és kell lenni egy troupeau et qu'un pasteur. lammas huone, ja yxi bárány honnynak[19] paimen. és egy pásztornak.
22 Ja Jerusalemis oli És Jerusalembe vala Or on faisait à Jérusalem kirkomessu, ja talwi templom szentelö innep, la fête de la dédicace, oli. és tél vala. et c'était l'hiver.
[Note 17: _Honny_ veut dire «patrie»; _honnyból_, «de la patrie.» Cette expression dans ce cas est absurde. On ne peut pas dire la patrie des brebis pour désigner le lieu où elles sont enfermées. Le texte hongrois dit _akolból_, «de la bergerie».]
[Note 18: V. plus haut.]
[Note 19: V. plus haut.]
_Finnois._ _Hongrois._
31
Nijn Judalaiset poimit Akkor a''Sidók ragadának Alors les Juifs prirent taas kiwiä hándá megint követ des pierres pour kiwittaexens. ötet kövezni. le lapider.
32
Minå osotin teiile Én mutattam nektek J'ai fait devant vous iseldaeni monda hywæ ösömnek[20] minden[21] plusieurs bonnes œuvres tyoetæ. hiv[22] tetteit par la puissance sok jo téteményeit. de mon père...
41
Ja monda tuli hånen És minden tére[23] Plusieurs vinrent l'y tygôns. ö hozzaja. trouver.
[Note 20: _Ösömnek_ veut dire «à mon ancêtre» (c'est une tournure hongroise, le datif au lieu du génitif). Il y a dans le texte hongrois _atyámnak_ «à mon père».]
[Note 21: _Minden_ signifie «tous». On lit dans le texte hongrois _sokan_, «beaucoup». Dans aucune langue, ces deux mots ne sont synonymes.]
[Note 22: V. plus haut.]
[Note 23: _Minden tére hozzája_ veut dire «tous revinrent». Le texte hongrois dit _sokan mennek_, «beaucoup allèrent», ce qui est tout différent.]
Rappelons que c'est là peut-être le chapitre qui contient le plus de preuves de cette ressemblance qu'on prétend établir entre les deux langues. Qu'eût pensé le lecteur de cette affinité dont on parle tant, si nous avions dit: Dans tout le chapitre XXV des actes des apôtres, qui contient vingt-sept versets, on n'a trouvé que la ligne suivante qui donnât des exemples de similitude, ou si nous avions copié l'un après l'autre tous les chapitres dont on n'a rien cité du tout parce qu'avec la meilleure volonté du monde (nous pouvons employer cette expression), il était impossible d'y trouver la moindre ressemblance de mots?
_Finnois_. _Hongrois_.
Huomena saat sinâ Hónap fogod te ötet Demain tu l'entendras, hånendå cuulla, hallani.
Celui qui parla le premier des rapports du hongrois et du finnois fut un de ces Slaves de la Hongrie dont on a invoqué à tort l'opinion comme étant celle des Hongrois, Sajnovicz. Dans la joie de sa découverte il s'écria: _Demonstratio idioma Hungarorum et Lapponum idem esse_, et il écrivit une liste interminable de mots comparés. Schlœzer, on va le voir, prit plus froidement les choses, et trouva le _idem_ beaucoup trop fort. Ce fut, je crois, Sajnovicz qui donna cette chanson esthonienne que les Hongrois devaient comprendre, et qui a toujours été pour eux fort inintelligible[24].
[Note 24: Cette chanson a été reproduite en entier dans un article de M. André Horváth (_Tudományos Gyüjtemény_, 1823, 2k _Kötet_.--Collection scientifique de Pesth), dont la lecture m'a été fort utile. Il est intitulé: Les Hongrois ne sont pas Finnois, _A' Magyar nemzet nem Fenn_.]
_Finnois_. _Traduction hongroise_.
Jos mun tuttuni tullissi O vajha kegyesem jönne, Ennen näh tyni näkyissi! Vajha a'jol ismert megjelenne! Silen sunta suika jaissin Miképp röpülne csókom ajka felé Olis sun suden wenessä; 'S ha bár róla farkasvér csöpögne is; Sillen kättä käppä jaissin Miképp szoritnám az ö kezét Jospa kärmä kämmen päässä! Ha bár kigyó átionná is!
Oh! si mon bien-aimé venait Si le bien connu arrivait! Comme mon baiser volerait vers sa lèvre, Si même elle dégoûtait du sang du loup! Comme je presserais sa main, Si même un serpent l'entourait!
On se demande si c'est bien sérieusement qu'on a supposé de l'analogie entre le hongrois et le finnois, car il est impossible de trouver dans tous ces exemples quatre mots semblables. Quand on lit le français, l'italien ou l'espagnol, on reconnaît à chaque ligne le latin. Le valaque même, qui de tous les idiomes latins s'éloigne le plus de la langue-mère, a conservé des rapports évidents. J'ouvre le bréviaire valaque, et j'en copie la première phrase comparée avec la phrase latine.
Pentru rugaciunile sântiloru Propter rogationes sanctorum Parintiloru nostri, Domne Parentum nostrorum, Domine Isuse Christose, Dumnedieulu Jesu Christe, Domine Deus Nostru, miluescene pre noi. Noster, miserere nostrum.
Mais que dire de cette chanson esthonienne, et de ces évangiles, et de ces dictionnaires comparatifs?
Au reste, pour répondre aux écrivains qui admettent que les deux langues se composent des mêmes mots, on peut se borner à rappeler ce qu'a dit Schlœzer, lequel a attaché son nom à l'idée de l'origine finnoise. Dans ce cas son jugement n'est pas suspect. La liste des mots comparés de Sajnovicz, dit-il, ne donne pas plus de cent cinquante-quatre exemples, et si on retranche les dérivés, il n'en reste pas même la moitié. D'après Schlœzer lui-même, il n'y a donc environ que soixante-dix exemples sur lesquels on puisse s'appuyer. Mais qu'y a-t-il de surprenant dans ce fait que les deux langues ont soixante-dix mots communs? Il est certain que les Magyars ont été en contact avec les peuplades finnoises. N'est-il pas naturel que des peuples si différents, venus de si loin, apportant des idées si diverses, se soient pris mutuellement quelques mots? Les Hongrois ont de même dans leur langue autant de mots allemands, plus encore; quelques uns sont empruntés au latin, et même, en cherchant bien, on trouvera dans la langue hongroise soixante mots français, outre que nous avons en français une dizaine de mots hongrois[25]. En conclurez-vous que les Magyars sont Allemands, Latins ou Français?
[Note 25: «Heiduque, trabant, hussard, schako, kolback, dolman, soutache», sont des mots hongrois francisés.]
Et d'ailleurs, peut-on nier qu'il existe entre toutes les langues une certaine fraternité, de même qu'il existe une fraternité de race entre tous les hommes? De là vient qu'on a constaté entre le hongrois et le slave autant de rapports qu'entre le hongrois et le finnois.
La ressemblance d'une centaine de mots ne prouve pas l'affinité entre deux langues, et montre seulement que les nations qui s'en servent se sont pris mutuellement quelques expressions. Des peuples de même race doivent nécessairement avoir les mêmes racines, les mêmes mots primitifs. Ils doivent au moins donner les mêmes noms aux sentiments ordinaires à l'homme. Ces analogies, il est impossible de les montrer dans les langues hongroise et finnoise.
On objectera que les deux langues ont une même grammaire: voyons donc jusqu'à quel point cela est vrai.
Leem, Fielstrœm, Hœgstrœm, Ganander, Comenius, Fogel, Eccard, et beaucoup d'autres philologues, ont fait des conjectures sur la langue hongroise, mais ne la savaient pas. «Leurs inventions n'ont servi qu'à nous faire sourire», me disait un Hongrois; et, comme le remarque fort bien Sajnovicz, on ne peut absolument rien tirer de leurs observations. Heureusement le hongrois Gyarmathi a essayé de prouver cette affinité. Nous avons donc là quelque chose de sérieux à examiner.
L'ouvrage de Gyarmathi est très au dessous de son titre, qui est fort ambitieux. Il consiste en près de trois cents pages qui toutes contiennent des colonnes de mots comparés, dans le genre de ceux qu'on vient de lire. Çà et là sont quelques remarques fort courtes, placées en tête des chapitres et qui aboutissent à dire: Voici comment se forment dans les deux langues les terminaisons, ou bien: Voici comment se forment les comparatifs. Ces lignes sont suivies d'exemples qui montrent les comparatifs et les déclinaisons. De là vous passez aux colonnes d'adverbes, de prépositions, etc. Mais quant à la démonstration que ces langues sont grammaticalement semblables, vous la cherchez en vain, quoique le titre l'annonce hautement.
Quelques années avant, quand il n'était pas encore admis que les Hongrois se rattachaient à la race finnoise, Gyarmathi, qui connaissait parfaitement sa langue, avait publié un ouvrage dans lequel il en faisait ressortir les principaux caractères. Il n'avait alors aucun but: il n'écrivait pas systématiquement; il cherchait seulement à montrer le génie de la langue hongroise, «qui, comme il le rappelait, a des qualités qui lui sont propres et ne peut être comparée qu'aux langues de l'Orient»[26].
[Note 26: Gyarmathi, _Leçons raisonnées de langue hongroise_. Clausenbourg, 1794 (en hongrois).
«Le génie de la langue hongroise, sa construction naturelle, ses mots primitifs, consistant d'une seule syllabe, ses affixes, ses inflexions, tout enfin montre que c'est une langue orientale. Ou peut donc se la figurer, par rapport aux idiomes de l'Orient, comme un de ces petits-fils provenant d'un même aïeul, et dont les pères étaient frères. C'est ainsi que s'explique la ressemblance qu'on retrouve entre toutes les langues orientales.» Pápay, _Étude de la littérature hongroise_, 1694 (en hongrois).]
On doit regretter que le premier ouvrage de Gyarmathi ait été publié en hongrois et ne puisse pas être lu facilement, car il est une réfutation complète de celui qui l'a suivi. L'auteur lui-même compte si peu sur ce qu'il appelle sa démonstration grammaticale, que c'est surtout par le nombre de mots semblables qu'il compte frapper le lecteur, et il eût mieux fait d'intituler son livre Recueil de mots hongrois, finnois et lapons, suivis de quelques observations.
Gyarmathi compare d'abord l'alphabet russe et l'alphabet hongrois, parce que, dit-il, il a écrit les mots finnois et lapons d'après l'orthographe russe. Il eût mieux fait de les écrire d'après l'orthographe hongroise, car la comparaison entre les mots aurait été plus facile. Il eut dû à la place faire connaître l'alphabet finnois: on aurait vu de suite que les deux langues n'ont pas les mêmes sons. L'auteur évite encore de parler de l'ancienne écriture magyare, qu'il a donnée dans son premier ouvrage, et qui ne ressemble à aucune écriture connue.
Vient ensuite un chapitre sur les terminaisons. Il y a six pages de mots lapons et hongrois, qui n'ont pas du tout le même sens, mais qui, au dire de l'auteur, présentent des terminaisons semblables en _as_, _es_, _is_, _os_, etc. Ces pages sont précédées de quatorze lignes de texte dans lesquelles il prie le lecteur de remarquer les similitudes. On peut répondre que, si même les terminaisons se ressemblaient plus encore, il ne faudrait pas en tirer une conclusion, car des mots peuvent se terminer de la même manière dans deux langues sans que ces langues soient sœurs. Ce qui le prouve, c'est qu'entre la colonne laponne et la colonne hongroise se trouve une colonne de mots latins, qui donnent le sens des mots cités, et que parmi ces mots latins il y en a qui sont terminés en _es_, d'autres en _is_, lesquels font au pluriel _es_, c'est-à-dire qui sont absolument terminés comme les mots lapons. Cependant on n'a jamais dit qu'il y eût de l'affinité entre le latin et le finnois. Exemples:
_Lapon_. _Hongrois_.
teiwes; _res_ tetves, _pediculosus_ nelos, _hæbes_ nyeles, _manubriatus_ zjengalwuådt, _profunditas_ tsinálat, _structura_ idedis, _matutinus_ idös, _vetustus_
Nous irions plus loin que Gyarmathi: nous pourrions trouver un grand nombre de mots hongrois et français qui n'ont pas non plus la même signification, mais qui se prononcent semblablement.
sò _qui signifie_ sel _se prononce comme_ chaud fót pièce faute bör peau beurre bor vin bord kö pierre queue mü art mue szó mot sceau ár prix art szer ordre serre orr nez or sár boue char ser bierre chair liszt farine liste por poussière port bö large bœufs szük étroit suc láng flamme langue
Cette remarque est donc sans valeur, et il n'y a là aucune règle grammaticale à tirer.
Nous arrivons aux déclinaisons. Ici Gyarmathi remarque que le hongrois et le lapon n'ont qu'un seul genre: c'est une similitude. Mais il faut se rappeler que les langues finnoises sont asiatiques et possèdent quelques uns des caractères des langues orientales. Il n'y a pas de genre en hongrois: il n'y en a pas non plus en turc.
De ce qu'il n'y a pas de genre il résulte que les adjectifs sont invariables. C'est ce qui a lieu en lapon et en turc, aussi bien qu'en hongrois.
L'auteur met en regard des exemples de déclinaisons hongroises, finnoises et laponnes.
_Lapon_. _Hongrois_.
N. kabmak soulier makk gland de chêne G. kabmak en makk é D. kabmak i makk nak A. kabmak eb makk ot V. kabmak makk A. kabmak est makk ostól
_Finnois_. _Hongrois_.
N. cala poisson hal poisson G. cala n hal é D. cala lle hal nak A. cala a hal at V. cala hal A. cala sta hal astól
Je relis le plus consciencieusement du monde ces exemples, et il m'est impossible d'en tirer une autre conclusion que celle-ci: le génitif finnois fait _an_ et le génitif hongrois _é_; le datif finnois fait _le_, et le datif hongrois _nak_; l'accusatif finnois est déterminé par un _a_, et l'accusatif hongrois par un _t_. Je demande s'il y a là la moindre similitude. Il est vrai que l'ablatif finnois _calasta_ se rapproche du hongrois _halastól_; mais nous ferons observer que les Hongrois n'ont pas d'ablatif: ils rendent ce cas au moyen de plusieurs postpositions dont le choix est déterminé par les circonstances, suivant, par exemple, qu'il y a mouvement ou non[27]. L'auteur a choisi celle qui se rapproche le plus de la terminaison finnoise; mais malheureusement pour lui _halastól_ ne veut pas dire «du poisson» comme l'ablatif finnois, ce mot signifie «avec le poisson». Il eût dû mettre _haltól_. Là encore nons constatons une erreur volontaire.
[Note 27: _Város_ veut dire «ville». Ce cas ablatif «de la ville» pourra être rendu de différentes manières: _a' városba_, _a' városban_, _a' varosból_, _a' várostól_, _a' városkoz_, etc.]
Les exemples de Gyarmathi sont suivis de quelques remarques fort insignifiantes et qui peuvent s'appliquer à toutes les langues. Ainsi il dit que les Lapons et les Hongrois se servent volontiers de répétitions. Exemples:
_Lapon_. _Hongrois_.
pekkest pekkai diribrol darabra _de frusto in frustum_ japest japai esztendöröl esztendöre _de anno in annum_
Mais comment l'auteur ne voit-il pas que cette observation n'a pas de sens, puisqu'il traduit ses exemples en latin au moyen de répétitions semblables?
Nous passons aux comparatifs. Quatre lignes de texte pour faire observer qu'ils se forment de même dans les deux langues, et une page d'exemples.
_Lapon_. _Hongrois_.
lickogas boldog _felix_ lickogasab boldogabb _felicior_ lickuogasamus leg boldogabb _felicissimus_ nioska nedves _humidus_ nioskab nedvesebb _humidior_ nioskamus leg nedvesebb _humidissimus_
Voici une seconde similitude. Dans les deux langues les comparatifs prennent pour terminaison le _b_ que nous avons déjà signalé à l'accusatif des mots lapons. Mais remarquez que le superlatif est tout différent, et que non seulement il est différent, mais qu'il prend en lapon une terminaison latine. Et cependant, encore une fois, personne ne fait dériver le latin du finnois, ou réciproquement.
On s'attend à une longue discussion grammaticale sur les adjectifs, qui sont très remarquables en hongrois. En effet, de tout accusatif d'un nom les Hongrois peuvent faire un adjectif en changeant le _t_ en _s_. Ex.: _ház_, «maison», accusatif _házat_; adjectif _házas_, «qui a une maison». De cet adjectif ils peuvent faire un adverbe, _házason_, «en homme qui a une maison, en homme marié». De cet adverbe ils peuvent faire un verbe, _házasodni_, «se marier». Gyarmathi devrait remarquer ces particularités, qui font du hongrois une langue tout à fait originale, et les montrer dans la langue finnoise: c'est ainsi qu'il prouverait l'affinité; mais cela lui est impossible.
Sans dire un seul mot des adjectifs hongrois et finnois, qu'il eût dû de bonne foi examiner, il passe aux noms de nombre. Là encore quatre lignes de texte pour dire que ces noms se ressemblent, et deux pages d'exemples. Après les exemples de mots semblables qui ont été déjà transcrits, je ne me crois plus forcé d'en citer un seul. Il faut seulement avertir ceux qui consulteraient l'ouvrage de Gyarmathi qu'il a commis, là comme partout, ce que j'ai appelé innocemment des «erreurs volontaires». Pour avoir des ressemblances, il invente des noms de nombre qui n'existent pas en hongrois. Ainsi, au lieu de compter comme les hongrois: «vingt-deux, vingt-trois etc.», il fait dire: «deux dix un, deux dix deux, etc.». Cela peut être conforme aux règles finnoises, mais les Hongrois n'ont jamais compté de cette façon. Ces erreurs volontaires nuisent beaucoup à l'auteur, d'abord parce qu'il n'y aurait pas recours s'il plaidait une bonne cause, puis parce qu'on est autorisé à croire qu'il en commet également quand il cite les exemples finnois et lapons.
Viennent ensuite les pronoms possessifs. Ici Gyarmathi signale une autre similitude. En lapon et en hongrois, il n'y a pas proprement de pronoms. On exprime le possessif au moyen de lettres placées à la fin du mot. Le _m_, par exemple, exprimera le possessif de la première personne.
_Lapon_. _Hongrois_.
snarbmam ujjam mon doigt
Ajoutons seulement, ce que ne dit pas Gyarmathi, que ce caractère se retrouve dans beaucoup de langues asiatiques: il se retrouve en turc de même qu'en hongrois.
_Turc_. _Hongrois_.
ana anya mère anám anyám ma mère
Nous arrivons aux verbes, aux postpositions, aux adverbes. Ici l'embarras de l'auteur redouble. En effet, c'est surtout par la formation des adverbes, l'emploi des postpositions, et les mille transformations des verbes, que le hongrois a un caractère particulier. Gyarmathi, dans son premier ouvrage, démontre, en s'appuyant sur l'autorité des philologues versés dans les langues orientales, que le hongrois, sous ce rapport, se rapproche encore plus de ces langues.
En hongrois les prépositions, comme les pronoms possessifs, se mettent, de même qu'en turc, à la fin du substantif.
_Turc_. _Hongrois_.
anadán anyától de la mère