Essai d'Introduction à l'Histoire Généalogique

Part 9

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On voit au musée du Louvre le sceau de Guillaume de la Blachère, apothicaire du XIVe siècle.[432] La somme de considération dont jouissaient les apothicaires, avant le temps de Molière, nous est indiquée par plus d'un fait significatif. Jehan de Nant, apothicaire du Roi en 1473, reçoit une pension de quatre cents livres, considérable à l'époque;[433] de lui descendait peut-être Charles de Nans, maistre apothicaire de Six-fours, qui fit enregistrer en 1699 ses armoiries, _d'or au chevron de sable chargé de 3 aigles d'argent_;[434] et il n'est pas hors de propos de noter qu'il y avait une ancienne famille chevaleresque du même nom.[435]

[432] Douët-d'Arcq, no 5857: «+ S. G. DE BLACHERIA. YPOTECARII.»

[433] _Coll. Blondeau_, t. CXXVI, p. 157.

[434] _Pièces orig._, t. 2089, dossier 47590, p. 2.

[435] _Ibid._, dossier 47591.

Gervais Neveu, d'abord marchand droguiste apothicaire, fut ensuite gouverneur de Sablé, et résigna son gouvernement, en 1510, en faveur de son fils puîné; l'aîné fut l'aïeul de Roland Neveu, dont la fille unique, Renée, dame d'Auvers-le-Courtin, épousa Gabriel du Guesclin, conseiller au parlement de Bretagne.[436]

[436] _Doss. bleu_ 12769, Neveu, _Généalogie_, par Mr du Guesclin, p. 4.

En 1505, Claude, reine de France, fait don à Julien Baugé, son apothicaire, de la terre et seigneurie d'Ingrande, près Blois.[437] Jean Maillard, fils d'un apothicaire de Paris, fut reçu auditeur des comptes en 1623.[438] Antoine Courtin, apothicaire en 1628, fils d'apothicaire, fut prévôt des maréchaux de France en 1647.[439] Tel apothicaire reçut des lettres de noblesse, sans discontinuer sa profession,[440] preuve manifeste qu'elle n'était pas dérogeante. Le bisaïeul du maréchal de la Meilleraye, Nicolas Fauques, était apothicaire. «Cela ne prouve rien contre la naissance, dit très justement à ce propos un érudit gentilhomme; nous voyons trop souvent, hélas! les descendants des plus grandes races réduits à de modestes professions, et j'en pourrais citer un grand nombre, si je n'étais retenu par un sentiment de discrétion que le lecteur comprendra.»[441]

[437] _Catal. du cab. d'autogr. d'Antoine de Latour, secr. des command. de S. A. R. Mgr le duc de Montpensier_, juin 1885, no 48, orig. parch.

[438] _Pièces orig._, t. 1760, doss. 41578.

[439] _Preuves_, nos 2046, 2102.

[440] P. L. Jacob, _Curiosités de l'hist. de France_, p. 208.

[441] Cte A. de la Porte, _Hist. généal._, p. 354.

On vient de voir un du Guesclin épouser l'arrière-petite-fille d'un apothicaire; voici mieux encore: en 1278, «Chastelaine de Chastillon» est veuve de «Jehan l'apothicaire de Dijon».[442] Il n'est pas douteux que maints nobles appauvris embrassèrent cette profession, tant que la satire moliéresque ne l'eut pas déconsidérée. Le 29 octobre 1390, Charles VI ordonne de payer «à Estienne de Marle, nostre varlet de chambre et apothicaire, ung roolle qui a esté veriffié et signé par nostre amé et féal phisicien maistre Regnaut Freron».[443] En l'église du Saint-Sépulcre, à Paris, se lisait cette épitaphe: «Cy gist honorable homme Blaise Seguier, marchand apothicaire, bourgeoys de Paris», décédé en 1510.[444] Charles de la Chapelle, marchand apothicaire à Montluçon en 1580, était d'une ancienne maison chevaleresque de ce nom.[445] A Saint-Eustache de Paris, au-dessous de deux écussons, se lisait cette épitaphe:

«Cy gist honnorable homme Jacques Blondel, vivant appoticaire du Roy et maistre appoticaire espicier et bourgois de Paris qui deceda aagé de 67 ans le 14e jour de décembre 1621. Aussy gist honorable femme Geneviefve Patin, veufve du dict deffunct.»[446] Il n'est pas téméraire de supposer que cet apothicaire descendait de «noble homme Jacques Blondel», vivant à Paris en 1516 et figurant dans un acte avec des chevaliers de Flandre,[447] et que sa devise, _Crescit in adversis virtus_, gravée sur sa tombe au pied de son écusson, le rattachait au fidèle écuyer de Richard Cœur-de-lion.--Autre épitaphe, à Saint-Jacques de la Boucherie:

«Cy gist honnorable homme Claude de Baillon, marchand apoticaire et espicier et ancien consul de ceste ville de Paris. Il decedda le 7 de juin 1639. Priez Dieu pour luy!»[448]

[442] Dom Caffiaux, _Trésor_, Cab. des titres, no 1209, fol. 97 vo.

[443] _Chartes Royales_, t. X, p. 268.

[444] _Généalogies_, p. 14.

[445] _Pièces orig._, t. 675, doss. 15778, p. 187.--Voy. ci-après, au chap. XXVII de cette Introduction, l'extrait des lettres de relief de dérogeance obtenues en 1700 par Louis de la Chapelle.

[446] Cab. des titres, no 515, _Rec. des sépult. de Paris_, p. 143.

[447] Dom Villevieille, _Trésor_, t. XV, vo Blondel.

[448] _Dossier bleu_ 1201, Baillon, fol. 32 vo.

Claude de Baillon, apothicaire, espicier, bourgeois et consul de Paris, était le troisième fils de Michel de Baillon, écuyer, petit-fils de Guy de Baillon, guidon de la compagnie d'hommes d'armes du preux La Hire. Et quel était le père de ce Guy? «Pierre de Baillon, chevalier (neveu du mareschal de Baillon), tué à Poictiers en 1356; gist aux Jacobins de Poictiers.»[449] Commencer par le bâton de maréchal, et finir par le pilon d'apothicaire! Quelle instructive addition à faire au triste et curieux chapitre de Mr le marquis de Belleval intitulé: _Comment on commence et comment on finit![450]_ Le _Mercure galant_, gazette des ruelles de cour, n'était pas tendre aux fils d'Hippocrate, et son éclat de rire semble un écho de Molière:

Le père médecin, l'aïeul apothicaire, Le bisaïeul peut-estre encore pis que cela, Qui diable seroit noble à descendre de là?

[449] _Pièces orig._, t. 171, Baillon, fol. 165.

[450] _Lettres sur le Ponthieu._

C'était le coup de pied de l'âne au mérite ou au malheur. Qu'importe la voie de labeur par laquelle on s'élève ou l'on remonte à son rang, si la voie est honorable? On verra dans cette histoire généalogique un apothicaire, petit-fils d'un écuyer, devenir prévôt des Maréchaux de France, commander par conséquent en leur nom à la Noblesse, et se faire chevaleresquement tuer au service de Louis XIV.[451]

[451] Antoine-Garnier Courtin, né à Roanne le 13 sept. 1598; marié le 8 fév. 1628, à Pierrette Bouillefont, _aliàs_ de Bouillefons, et en secondes noces, le 7 nov. 1632, à Claude Dupuy; apothicaire et pharmacien de Roanne, en 1628; noble homme Anthoine Courtin, commis à la recette générale des aides de Roanne, en 1637; volontaire au régiment de Béthune-Charost, en 1645; prévôt des maréchaux de France et chevalier du guet de Roanne, le 20 mai 1647; écuyer, seigneur des Jandons, le 15 août suivant; écuyer, seigneur de Châteauneuf et des Jandons, en 1650; tué, dans l'exercice de sa charge de prévôt des maréchaux, en 1652. (_Preuves_, nos 2026, 2046, 2050, 2072, 2095, 2102-2105, 2110, 2314).

Les maréchaux de France, chefs de la Noblesse militaire, étaient les juges naturels du plus précieux de tous les biens: l'honneur! Il faut lire, dans une excellente étude de Mr le Marquis de Belleval,[452] de quel prestige était entouré, «dans une ville de province, chef-lieu d'un bailliage ou d'une sénéchaussée», leur délégué, leur représentant, «personnage devant lequel officiers et soldats se découvrent avec une nuance plus marquée de respect». Dans une étude sur la France d'autrefois, au chapitre de la noblesse déchue par appauvrissement, il y aurait une page singulièrement intéressante à écrire sous ce titre: _Comment on se relevait_.--Mais tous ne se relevaient pas, surtout si brillamment.

[452] _Revue Nobiliaire_, t. XIV, p. 89.--Sur les fonctions et les pouvoirs des prévôts des maréchaux, voy. Le Brun de la Rochette, p. 145-146.

CHAPITRE XXIV

Martyrologe de la Noblesse.--Gentilshommes cultivateurs et charbonniers.--Le chevalier de Pradt.--Le négoce, interdit aux Nobles, réservé au Tiers-Etat.--Femme de gentilhomme, publique marchande.--Jean le Bigot.--Édit de 1669.--Gentilhomme chapelier.--La maison de Vallier.

Que pouvaient faire ceux des Nobles appauvris qui n'avaient pas une instruction suffisante pour devenir avocats ou notaires, médecins ou apothicaires, voire procureurs? Nous allons les voir à l'œuvre, et ce n'est pas une des faces les moins curieuses et les moins instructives de l'histoire, on pourrait dire du martyrologe de la Noblesse. Les uns prenaient à ferme les revenus d'une châtellenie, comme «Guibert de Thiéry, damoiseau, fermier des revenus du château de Saint-Mural»,[453] en 1356, ou étaient receveurs d'opulents seigneurs, comme «Jehan de Brée, escuier»,[454] en 1474. Ceux-ci, voulant au moins pouvoir dire comme Job en sa misère, _in meo nidulo moriar_, faisaient valoir de leurs mains les terres qui leur restaient. «Est à remarquer, dit un juriste du XVIIe siècle, que ceulx qui ont privilège d'exemption pour la noblesse ou prestrise, ne peuvent estre imposez en la taille contre leur privilège, sous ombre de ce qu'ils travaillent de leurs mains en leurs propres possessions, comme nous avons veu aucuns gentilshommes en ce pays, contraincts par la nécessité de labourer, cultiver et ensemencer les terres, moissonner et battre les bleds y provenus, coupper les boys de tailles, les mettre en fagots et les porter sur leurs dos en leurs maisons.»[455] Ceux-là se faisaient charbonniers, comme le frère du trop fameux abbé de Pradt, «d'une famille très ancienne mais très pauvre, si pauvre que, avant la révolution, le chevalier de Pradt avait dû adopter la profession de charbonnier, qu'un gentilhomme pouvait exercer sans déroger.... Le chevalier faisait donc du charbon qu'il allait vendre lui-même, en sabots et l'épée au côté.»[456] De rares _privilégiés_ obtenaient du Roi l'autorisation de faire valoir des terres par leurs mains sans déroger à leur noblesse, comme François de Saint-Pol, seigneur de la Porte, en 1755.[457]

[453] L. Barthélemy, _Chartes de la maison de Baux_, no 1354.

[454] Chartrier de Soulgé-le-Courtin, registre orig. pap.: «C'est le double du compte que rend à noble et puiss. sgr monseigneur Loys de la Palu, sgr de Sougé le Courtin et de St Mars du désert, Jehan de Brée escuier, des receptes et mis. qu'il a faictz pour et ou nom dud. sgr en sad. terre de Sougé le Courtin depuys le jour de la feste de N. D. angevine lan 1474...»

[455] Le Brun de la Rochette, liv. II, p. 182.

[456] G. d'Orcet, _Les grands pauvres_, p. 4.

[457] Merlet, _Invent._, t. I, p. 292.

L'empereur Honorius avait interdit le commerce aux grands, non comme déshonorant, mais «parce qu'ils auraient eu toute facilité pour nuire aux personnes de condition inférieure.»[458] Nos Rois, gardiens-nés de l'honneur chevaleresque et des privilèges de chaque classe, interdirent le commerce aux Nobles pour d'autres motifs. «On ne met pas en doute, dit La Roque, si l'on doit trafiquer de quelque manière que ce soit pour remédier à son indigence, mais si les gentilshommes se peuvent mesler du négoce, parce qu'il semble être _réservé au Tiers-Estat_, qui se trouve chargé des impositions ordinaires. La Noblesse est née entre les armes, elle s'augmente dans l'exercice de la guerre, et il semble que cette qualité ne peut se conserver en contractant avec des hommes mercenaires, qui passent leur vie dans l'inclination continuelle de s'enrichir.»[459] Ainsi, les Nobles étaient condamnés à passer la leur dans l'inclination continuelle de s'appauvrir, et Pasquier le dit crûment en ces termes: «Quant aux François, ils tiennent non-seulement pour un acte desrogeant à la noblesse, _mais mesme pour un crime_, d'exercer le négoce, estimant ceste action basse, et ceulx qui s'y portent deviennent poltrons, abandonnans l'ombre des lauriers pour prendre celuy des bouticques.»--«Nos Rois, ajoute La Roque, avoient défendu étroitement à la Noblesse toute sorte de négoce, de peur qu'elle ne s'avilît et ne s'abaissât par ce commerce. Ce fut pour cette raison que François Ier rendit une ordonnance à Aumale en avril 1540, et que Charles IX, tenant ses Estats à Orléans l'an 1560, défendit à tous gentilshommes, comme aux gens d'Église, de trafiquer de marchandise et de prendre ou tenir des fermes par eux ou par personnes interposées, à peine d'être privés du privilège de Noblesse.»[460] Un certain nombre de gentilshommes, aux XVe et XVIe siècles, avaient cru pouvoir s'adonner à quelque commerce «pour se soutenir»;[461] les timorés, sous le nom d'un tiers, voire de leur femme, ce qui conste de la quittance suivante:

«... Gilles Potier, garde du scel des obligacions de la viconté de Caen... Savoir faisons que par devant Colin de Vernay, clerc tabellion juré commis et establi en la ville et banlieue de Caen quant a ce qui ensuit, fut presente Raoulle de Cahengnolles, femme de Jehan Langloys, escuier, seigneur de Cohon, _publique marchande_, laquelle congnut et confessa avoir eu et receu de honnorable homme pourveu et saige Gilles Alespée, viconte de Caen, la somme de 28 soulz 8 deniers tournoys qui deubz lui estoient pour 23 livres et dem. de plon en table, prinses par le maistre des euvres pour mettre en plusieurs pertus des goutieres des combles de la grosse tour du chastel de Caen... Ce fut fait au lieu acoustumé lan de grace 1412, le 8e jour davril après Pasques. _Signé_: C. Vernay.»[462]

[458] Cantù, _Hist des Ital._, t. III, p. 404.

[459] _Traité de la Nobl._, p. 251.

[460] La Roque, _ibid._, p. 252.

[461] Borel d'Hauterive, t. XXV, p. 154.

[462] _Pièces orig._, t. 1642, doss. 38161, Langlois, seigneurs d'Oynel, p. 4, orig. parch.

Vers 1450, Maurice de la Noüe, gentilhomme de Bretagne, qui «se mesloit auculne foys de marchandyse tant à la mer qu'à la terre», prit pour associé Jean le Bigot, qui «devint le plus riche bourgeois de Saint-Brieuc, ville et fors bourgs», et fut anobli en 1480.[463] Ainsi le commerce enrichissait, il anoblissait même, et les Nobles ne pouvaient s'y livrer. Ce ne fut qu'au mois d'août 1669 qu'un édit de Louis XIV, confirmé par la déclaration de décembre 1701 et par l'arrêt du Conseil d'État du 28 avril 1727, leur permit de faire le commerce de mer et le commerce en gros sans déroger à leur noblesse.[464] Après les rigoureuses défenses de François Ier et de Charles IX, quelle ressource restait aux appauvris? Quelques-uns, se cramponnant à leur gentilhommerie, se résolurent à prendre un métier,[465] mais sans abdiquer leur état, comme fit Mr de Vallier, de la branche de Vaulnaveys, dont était Gaspard, maréchal et grand-croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, fils de Claude et d'Odette Alleman, qui défendait Tripoli lorsque cette ville fut prise par les Turcs vers la fin du XVIe siècle. «Cette branche, ajoute Mr de Rivoire la Bâtie, tomba dans la pauvreté, et son chef, père de sept fils et de sept filles, voulant pourvoir à son existence et à celle de ses nombreux enfants par son travail et sans déroger, présenta une requête au parlement pour qu'il lui fût permis de s'adonner aux _méchanicques_, avec promesse de vivre noblement dès qu'il aurait pu gagner une fortune suffisante. Il se fit chapelier, et après avoir réalisé un avoir convenable, il tint sa promesse et vécut noblement. Son petit-fils, qui manquait d'ordre et d'énergie, fut attaqué dans sa noblesse par la communauté de Vaulnaveys, et sut si mal se défendre qu'il succomba dans cette attaque vers 1685.» Plus heureuse fut la branche de By, dont le chef, le comte de Vallier, siégeait en 1789 aux États Généraux parmi les membres de la Noblesse de l'élection de Vienne.[466]

[463] _Anc. évêchés de Bret._, t. II, p. 281.--Voy. mon _Précis généal. de la maison de la Noüe_, p. 54, 117, 118.

[464] Clairambault, t. CMXXVIII, fol. 4.

[465] La Roque, _Traité de la Nobl._, p. 417: «La Noblesse a ses écueils, comme tous les autres biens du monde; la pauvreté l'obscurcit souvent et la contrainct à s'abaisser à des employs mécanicques.»

[466] _Armor. de Dauphiné_, p. 761-763.

CHAPITRE XXV

Abdications forcées et déchéances.--Les sires de Chambéry.--Cadets de princes se faisant bourgeois et marchands.--Les Quinson.--La maison de Viego.--Grandeur et décadence des sires de Bardonnenche.--Pierre de Bardonnenche, ouvrier.--Épicerie et chevalerie.--Épiciers seigneurs.--_Primò vivendum._--La maison du Terrail.

Grand fut le nombre des gentilshommes que la nécessité réduisit à résigner leur privilège[467], à se réfugier dans les villes,[468] non sans une secrète amertume, à demander aux trafics de la bourgeoisie, à quelque métier, le pain de chaque jour, une laborieuse aisance. Des chevaliers, de grands seigneurs même,[469] s'arrêtèrent à ce parti. On n'ouvre pas un nobiliaire consciencieux sans y rencontrer de ces abdications, trop souvent suivies d'irréparables déchéances. Les Chambéry, antiques dynastes qui, dès le commencement du XIe siècle, étaient seigneurs du château et du bourg de leur nom (plus tard capitale du duché de Savoie), vendirent le bourg au comte Thomas de Savoie, en 1232, et, quelques années après, le château, dernier débris de leur grandeur.

[467] P. L. Jacob, _Curios. de l'hist. de France_, p. 202.

[468] R. de Belleval, _Nobil. de Ponthieu_, p. 694.

[469] Borel d'Hauterive, t. XXV, p. 240.

Un de leurs descendants, N... de Chambéry, était en 1411 hôtelier et syndic de la ville dont ses aïeux avaient été les maîtres.[470] Les cadets des princes de Mortagne et vicomtes de Tonnay, étant pauvres, se firent bourgeois et commerçants[471]. Christophle Angenoust, marchand, vivant en 1600, «se disoit noble champenois d'origine».[472] En 1303, Philippe Riboud est chevalier; deux siècles après, les Riboud ne sont plus que bourgeois de Montluel, et qualifiés «honnestes hommes»;[473] Mr de Belleval cite les Grébaumaisnil, ancienne famille noble, déchue au XVIe siècle,[474] si particulièrement cruel aux gentilshommes. Mr de Rivoire cite les Fassion, les Montlovier, les Noir, damoiseaux en 1311, puis «perdus dans l'obscurité», les Nicollet, d'ancienne noblesse, «perdus dans les emplois de basse judicature», les Pélisson, les Quinson. Cette dernière famille, «qui offre de singulières vicissitudes, remonte à Lancelot de Quinson, damoiseau de Sassenage, en 1339». Vincent de Quinson, dit Luce, est qualifié «noble et discret homme» dans son contrat de mariage du 15 janvier 1529 avec noble et honneste vierge Françoyse Naturel... Il paraît qu'il jugea à propos, vu son maigre patrimoine, de s'établir marchand à Villebois pour rétablir sa fortune. Dès lors il prend presque constamment la simple qualification d'«honorable homme[475] Luce Quinson, marchand de Villebois», qualification sous laquelle il fit de nombreuses acquisitions de terres, prés, vignes et bois, son commerce nous paraissant avoir prospéré assez rapidement. Il testa le 24 août 1558 sous le nom d'«honorable homme Luce Quinson, bourgeois et habitant de Villebois», élisant sa sépulture dans la chapelle fondée par ses prédécesseurs dans l'église de Villebois. Il reçut, au mois de décembre 1559, des lettres-patentes du duc Emmanuel-Philibert de Savoie confirmant et reconnaissant son ancienne origine. Guy Allard lui donne le titre de capitaine général de la justice en Bresse et en Bugey. Son fils aîné, noble Antoine de Quinson, marié à d{lle} Françoise de Gorras, fille de noble Humbert de Gorras, bourgeois de Lagnieu, fut gentilhomme ordinaire de la maison du duc de Savoie.[476]» Un érudit normand, Mr Amédée du Buisson de Courson, membre honoraire du Conseil Héraldique de France, cite un gentilhomme du XVIe siècle qui, s'étant voué au commerce, acquit de grands biens, et dont les enfants obtinrent des lettres de réhabilitation de noblesse[477]. Voici les Viego, maison chevaleresque connue dès le XIIIe siècle, ayant eu un chanoine comte de Lyon en 1390: «Toutes ses branches étoient éteintes en 1660, dit le Laboureur, à l'exception d'une, laquelle ayant dérogé, celuy qui reste de cette branche ayant achepté le fief de Rapetour, ancien bien des Viego, médite aujourd'huy sa réhabilitation, que je luy souhaite, pourvu qu'il use mieux des titres qui luy ont esté remis par son vendeur, et principalement d'un inventaire de ces titres, lequel, avec ce que j'en ay recouvré d'ailleurs, auroit donné beaucoup de lumière à cette maison, véritablement noble, mais avilie et obscurcie par la pauvreté et le temps.»[478]

[470] Cte A. de Foras, _Armor. de Savoie_, t. I, p. 347.

[471] Borel d'Hauterive, t. XXX, p. 194.

[472] La Roque, _Traité de la Nobl._, p. 144.

[473] Ph. le Duc, _Pap. curieux d'une famille de Bresse_, 1862, p. 7, 12.

[474] _Nobil. de Ponthieu_, p. 463.

[475] Les qualifications d'«honorable» et «honneste» furent communes à l'origine entre la Noblesse et la Bourgeoisie, jusqu'au temps de leur complète scission; elles devinrent alors des qualificatifs exclusivement bourgeois.--_Cartul. de l'évêché de Langres_, p. 63, ann. 1274: «Honorable baron et saige le bailly de Langres».--_Coll. de Bourgogne_, t. X, fol. 184, fin du XIIIe s.: «Cy gist noble et honnorable dame... fame monseigneur Jehan, chevallier, sires de Fontaines.»--_Quittances_, t. VII, p. 466, 468, ann. 1347: «Homme honnorable et honneste monseigneur Ph. le Despencier, chevalier et chastellain de Carenten.»--Monstrelet, p. 5, ann. 1400: «Noble homme et honorable personne Michel d'Orris.»--Dom Villevieille, _Trésor_, t. XLIX, vo Hennequin, 1403: «Honneste femme Jehanne Hennequin, femme de noble homme Mahiet Paaillon, escuyer»; t. XCI, vo Villefranche, 1452: «Honnorables Jehan de Villefranche et Bérenger de Copons, damoiseaux.»--Cf. Dom Caffiaux, _Trésor_, 1777, p. XXVIII, et les consultations de Pierre d'Hozier et de Mrs de Sainte-Marthe, ap. _Revue Nobiliaire_, t. X, p. 469 et suiv.

[476] _Armor. de Dauphiné_, aux noms cités.

[477] _Rech. Nobil._, p. 352, note.

[478] Le Laboureur, cité par le Mis de Rivoire, _Armor. de Dauph._, p. 791-792.