Essai d'Introduction à l'Histoire Généalogique

Part 8

Chapter 83,592 wordsPublic domain

Pour quelques-uns que la guerre élevait ou enrichissait, les obligations militaires, inhérentes à l'état de noblesse, étaient la ruine pour la plupart des gentilshommes. Que pouvaient-ils faire pour maintenir leur situation, pour parer aux catastrophes?

Les plus favorisés entraient dans la maison du Roi ou des princes, ne répugnant pas même à des offices auxquels, avec les idées modernes, il semble difficile d'accorder un caractère de noblesse; ou bien ils briguaient les charges publiques, militaires ou civiles: gouverneurs, baillis, prévôts, gardes-du-scel, verdiers, sergents royaux, trésoriers, vicomtes-receveurs, avocats du Roi, grenetiers des greniers à sel, chevaucheurs, etc. C'est ainsi qu'en 1309 Pierre de Hangest est bailli de Rouen; en 1369, un Gontaut, trésorier de Louis, duc d'Anjou; en 1393, Jehanin de Rochefort, chevaucheur du Roi; en 1404, Jehan Aubelet, «sergent d'armes du Roy nostre sire et maçon général de mon dict seigneur»; en 1415, Godefroy de Barville, «advocat du Roy nostre seigneur en la vicomté du Pontautou», et son sceau porte un écu penché, timbré du heaume chevaleresque.[362] En 1432, «Jehnequin Choisel», d'un vieux lignage de Vexin qui était très probablement un ramage de la maison de Choiseul,[363] est, «escuier de cuisine de Loys, Daulphin de Viennoys», et qualifié «gentilhomme» dans des lettres de Charles VII.[364] En 1483, «Jehan de Valence, escuier, gentilhomme de l'hostel du Roy», est «grenetier du grenier à sel de Gisors».[365] Sous Charles VI, l'aîné de la maison de Dreux, issue en ligne directe de Louis VI, est «varlet tranchant du Roy».[366] A Saint-Martin de Chambly en Beauvaisis, sur une pierre tombale était figuré «un chevalier armé», avec cette épitaphe: «Cy gist Litteard de la Tour, escuier, _fruictier_ du roy nostre sire, qui trespassa lan 1293.»[367] Le 3 mai 1390, Charles VI mande à son trésorier de payer 40 francs «à nostre amé et féal chevalier Phelipes de Courguilleroy, pour gouverner les chiens et varlez de nostre très cher et très amé oncle le duc de Bourbonnoys».[368] Les plus instruits, parmi les nobles appauvris, entraient dans les parlements, et quelques-uns, comme les Montholon[369] et les Lamoignon[370], d'extraction chevaleresque, en s'élevant aux plus hautes dignités de justice, eurent l'allégresse de restituer à leur nom tout son antique éclat. D'autres, de moins hautes visées, mettaient à profit leur instruction pour embrasser les professions libérales, généralement lucratives; ils se faisaient médecins, apothicaires, avocats, et, pour eux, ce n'était qu'à moitié déchoir, puisque l'exercice de ces professions n'entraînait pas la dérogeance.

[362] _Quittances_, t. II, p. 175; t. XVII, p. 756; t. XXXV, p. 1933; t. XLI, p. 3559; t. XLIX, p. 4934.

[363] Voy. ma notice sur la Maison de Choiseul, dans la revue _La Terre-Sainte_, No 215, 15 juin 1884.

[364] _Coll. d'Anjou_, t. IX, No 3868: «Jehnequin Choisel... ou aultre gentilhomme du pais.»

[365] _Pièces orig._, dossier Valence.

[366] Boulainvilliers, p. 245.

[367] P. Roger, _Nob. et chevalerie_, p. 196.--Au XVIe siècle, N... de Larmain est «fruitier de la Reyne». (L. Guignard, _Chouzy_, p. 69.)

[368] _Chartes Royales_, t. X, p. 258.

[369] Lazare de Montholon, conseiller au parlement de Bourgogne, mort en 1537 (_Coll. de Bourgogne_, t. X, fol. 97), descendait très probablement de Lazare de Monthelon, tué à Azincourt en 1415 (Courcelles, t. I, p. 57), qui lui-même descendait vraisemblablement de Lazare de Montelon, chevalier, vivant en 1213 (B. N., Ms franc. 8237, _Épitaphes_, p. 209).

[370] Originaires du comté de Nevers, où, depuis le XIIIe siècle, ils possédaient le fief de Lamoignon; «avant d'entrer dans la magistrature, ils comptaient depuis plusieurs siècles dans la noblesse d'épée.» (Vte de Ségur, _Les Seigneurs de Méry_, p. 73.)

«Les procureurs et practiciens, quoyqu'ils soyent extraicts de noble famille, ne peuvent néantmoings se servir du privilège de la noblesse pour l'exemption des tailles... De mesme n'est pas des advocats, ausquels tant s'en fault que leur qualité et la robe fassent préjudice à leur noblesse, qu'au contraire elle y adjouste suyvant la disposition du droict.»[371] On voit, en effet, des gentilshommes conserver, dans la profession d'avocat, leur qualification nobiliaire; comme, en 1527, «maistre Loïs Blondel, escuier, licentié ès loix, advocat»;[372] en 1551, «maistre Claude du Buisson, escuier, licentié en la faculté des droicts, bourgeoys et advocat à Caen», et, en 1589, «Tanneguy du Buisson, escuier, seigneur de Rommarie, advocat en la cour du parlement de Rouen, conseiller en l'admiraulté du dict lieu».[373] D'aucuns même, tout en étant avocats, faisaient le service de guerre, comme, en 1452, «maistre Jehan de Piceleu», d'extraction chevaleresque, homme d'armes de la compagnie de Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie.[374] Le barreau menait aux honneurs[375] les éloquents et les habiles, leur ouvrait la porte des parlements et des conseils, et même procurait aux non-nobles ce que le français, né malin, avait surnommé «la savonnette à vilain»: le brevet de «conseiller, secrétaire du Roi, Maison, Couronne de France, et de ses finances». Les avocats exerçant aux justices et juridictions inférieures étaient suspects de dérogeance, parce que la plupart cumulaient avec leur état l'office de procureur;[376] «c'est pourquoi Nicole Mauroy, se disant Noble et extraict de noble lignée, obtint des lettres royaux données à Tours le 3 décembre 1461, par lesquelles il lui fut permis de postuler comme avocat devant le bailly et le prévôt de Troyes, et jouyr de la noblesse; sur cela, l'impétrant eut une sentence à son bénéfice en l'élection de Troyes contre les habitans de la ville.»[377] Le métier de procureur était tenu pour bas, et pourtant la nécessité poussa plus d'un noble à s'y adonner; tels, en 1389, Jehan de Béthisy, procureur en parlement, dont le sceau porte un écu chargé de deux pals sous un chef;[378] en 1481, Jehan de Courcillon, procureur à la Ferté-Bernard;[379] vers 1580, Christophe de la Chassaigne, «contrôleur et élu en l'élection de Nivernois, issu de noble lignée et de prédécesseurs portans le titre de damoiseau», qui «obtint du roi Henri IV des lettres de réhabilitation, données à Nantes en octobre 1593, pour avoir exercé la charge de procureur au bailliage de Nivernois.»[380] Mêmes lettres de François 1er pour Jehan de Thumery, écuyer, enregistrées à la Cour des Aides de Paris le 3 juillet 1542:

«Sur ce que de la partye du dict de Thumery... eust esté dict que de feu Jehan de Thumery, escuier, seigneur de Sainct Goubain en nostre pays de Picardye, qui estoit en son vivant noble personne et vivant noblement, estoient yssuz entre autres enfans deux enfans, François et Jehan de Thumery, dict chevalier, et Bertrand de Thumery, trisaïeul ou proave dudict demandeur, duquel Jehan de Thumery dict chevalier (et lequel fut faict chevalier au moyen de plusieurs faictz darmes par luy faictz en nostre royaulme es guerres par noz predecesseurs conduictes contre les Angloys, lequel nom de chevalier seroit depuys demouré a sa lignée et postérité) seroit yssu Robert de Thumery dict chevalier, duquel Robert seroit yssu Jehan de Thumery dict chevalier du Pont, duquel chevalier du Pont seroit yssu Jehan de Thumery dict chevalier, et dudict Jehan de Thumery seroit aussy issu maistre Anthoine de Thumery dict chevalier, lieutenant du bailly de Vermandoys, et du dict maistre Anthoine seroit yssu Pierre de Thumery dict chevalier, tous lesquels dessus nommez estoient personnes nobles et vivoient noblement, suyvoient noz armes et joyssoient du privileige de noblesse... Lequel demandeur estant noble tant du costé paternel que maternel, après le trespas de son dict père, auroit suyvy lestat de praticque et esté procureur en nostre chastelet de Paris et icelluy estat exercé par aucun temps et jusques autour de Pasques 1538, dès lequel temps il auroit icelluy du tout delaissé pour vivre noblement sans faire aucun acte desrogeant à noblesse; et pour autant que le dict demandeur, en exerçant ledict estat de procureur, auroit desrogé à sa dicte noblesse...»[381] Sur le vu de ces lettres de relief, la Cour des Aides condamna les habitants de Villepreux, qui avaient taxé Jean de Thumery au rôle des tailles.

[371] Le Brun de la Rochette, livre II, p. 183.

[372] _Pièces orig._, t. 371, Blondel, p. 59.

[373] A. du Buisson de Courson, _Rech. nobil._, p. 127, 193.

[374] _Sceaux_, t. CXXIII, p. 515.

[375] Après vingt ans d'exercice, les docteurs régents des facultés de droit acquéraient la noblesse comitive.

[376] Voy. aux Preuves, No 1933, l'arrêt du 13 juin 1665, relatif aux héritiers de René Courtin.

[377] La Roque, _Traité de la Nobl._, p. 357.

[378] _Pièces orig._, t. CCCXXVI, Béthisy, p. 4, 94.

[379] L. Charles, _De l'adm. d'une commun._, p. 72.

[380] La Roque, _op. cit._, p. 356.

[381] _Pièces orig._, dossier Thumery, orig. parch.--En juillet 1526, «honorable h{e} Nic. de Neufbourg, marchant et bourgeoys de Paris», acquiert douze arpens de terre, à Sarcelles, de «Maistre Johan de Thumery, procureur ou chastellet de Paris, et Marguerite Josset, sa femme.» (_Ibid._).--Martin Courtin, seigneur de Pomponne, eut pour première femme Isabeau de Thumery. (_Preuves_, No 1375).

L'office de notaire et de tabellion ne fut considéré comme dérogeant que vers le XVIe siècle. Il fut un temps, dit Chorier, «où cet art, bien loin de desroger à la noblesse, estoit mesme un exercice noble.» L'édit royal de 1532 «contenoit que les notaires et tabellions n'écriroient plus en latin; qu'ils contracteroient en françois; que ces charges, qui n'ont esté exercées _que par des Nobles_, l'ont esté enfin indifféremment par toute sorte de personnes, sans considérer leur naissance, leur érudition et leurs mérites.»[382] Du temps de César de Nostradamus, en Provence et dans le Comté Venaissin, «une partie des gentilshommes descendait de notaires, qui contractaient en latin et non en langage vulgaire, étaient gens de sçavoir et avaient rang entre les barons et nobles du pays»; Pierre de Tressemannes, fils d'un notaire, testant en 1463, fit «son héritier Honorat, l'un de ses fils, s'il n'entroit point dans l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dit de Rhodes».[383] L'_Armorial de Dauphiné_ cite un certain nombre de maisons nobles ayant exercé le notariat et le tabellionnage sans déroger.[384] On en trouve aussi en Bretagne, en Normandie, en Berry, un peu partout.[385] Pierre le Roux, en 1527, prend dans les actes les qualités d'«escuier, tabellion de la sergenterye de Moyaux»[386]. Claude d'Urac est qualifié «escuyer et notaire» dans son contrat de mariage du 23 juillet 1542. Noble Bertrand de Rosset, notaire, syndic et archivaire d'Aix en 1421 et 1432, maria sa fille à Isnard d'Agoult, baron d'Ollières, et lui donna en dot, entre autres terres, la baronnie de Belleau.[387] Les noms les plus illustres se rencontrent dans le notariat: en 1257, Oudard de Joinville, clerc, notaire de la cour de Laon;[388] en 1489, Jean d'Ampoigné, «notaire et praticien en cour laye, adjoinct du lieutenant du seneschal d'Anjou»;[389] en 1555, Jean de Louvencourt, notaire à Paris, père de Marie de Louvencourt, femme de Guillaume Pingré, marchand de camelot à Paris, dont une fille mariée à Gérard Colbert, orfèvre;[390] en 1636, André de Maillé, notaire à Changé;[391] en 1745, Charles d'Aligre, notaire à Sours.[392] La «bouticque»[393] du notaire était remontée au rang d'«estude», qu'elle ne devait plus perdre.

[382] La Roque, _Traité de la Nobl._, p. 360.--Cf. Tiraqueau, _De Nobil._, cap. XXX.

[383] La Roque, p. 363-368.

[384] G. de Rivoire la Bâtie, p. 148-149.

[385] La Roque, _loc. cit._

[386] _Cartul. d'Abenon_, fol. 65.

[387] La Roque, p. 364, 365.

[388] _Cartul. de St-Michel-en-Thiérache_, p. 280.

[389] _Coll. d'Anjou_, t. IX, no 4105.

[390] _Cartul. des Blancs Manteaux_, p. 153.--_Pièc. orig._, t. 910, doss. 20092, p. 1.--Par contrat du 27 juill. 1607, Marguerite, fille de Gérard Colbert et de Marie Pingré, fut mariée à noble homme Jean Courtin, seigneur de Cormeilles. (_Preuves_, nos 1780, 1781.)

[391] L'abbé Guiller, t. I, p. 35.

[392] Merlet, _Invent._, t. I, p. 181.

[393] _Preuves_, no 2000{2}, acte de 1520: «Faict... en la bouticque dud. maistre Jacques Victon...»

CHAPITRE XXII

Les médecins, enfants gâtés des Rois.--Les médecins à la censure.--Les anoblis par médecine.--Renaud Fréron, premier physicien de Charles VI.--Médecins gentilshommes.--Pluie d'honneurs et de richesses.--Chirurgien-barbier devenu premier ministre.--Les docteurs et la robe rouge.--Les maîtres en physique et la satire.--Favoris de la fortune et favoris de l'infortune.

On a remarqué que la satire de Molière, si dure aux médecins et aux apothicaires, avait épargné les avocats et, en général, les gens de robe;[394] peut-être ne voulut-il pas aller sur les brisées de Racine. Longtemps avant Molière, la malignité s'était exercée contre les médecins, enfants gâtés des Rois, et dont elle tympanisait cruellement l'ignorance.[395] Froissart en médisait avec beaucoup de verve,[396] et Pétrarque en faisait des plaisanteries.[397] Un pamphlet de 1651[398] se terminait par cet avis peu charitable:

Bonnes gens qui ne pouvez vivre Sans piper et charlataner, Ne regardez dedans ce livre Que pour vous y voir condamner.

[394] Truinet, _Pourquoi Molière n'a pas joué les avocats_.

[395] Voy. Michaud, t. VI, p. 373-374.--Th. Sonnet, sr de Courval, _Satyre contre les charlatans et pseudomédecins_, etc. Paris, 1610, pet. in-8º.

[396] _Chroniques_, t. III, p. 174.

[397] Cantù, _Hist. des Italiens_, trad. franc., t. VII, p. 47.

[398] _Le chirurgien charitable_, par Guérin. Lyon, pet. in-8º.

Quatre ans après la mort de Molière, Guillaume de Besançon publiait un autre pamphlet non moins virulent, _Les Médecins à la censure_. L'extraordinaire faveur dont ils n'avoient cessé de jouir depuis des siècles[399] était le secret de cette envieuse animosité. La médecine menait communément aux honneurs les plus grands; aux gentilshommes appauvris elle rendait la fortune et leur rang; aux roturiers elle ouvrait les portes de la Noblesse. «Je suis de la vieille noblesse, dit Béroalde de Verville, non admise _par médecine_, ni mairie, ni eschevinage, ni lettres.»[400] Les anoblis «par médecine» sont effectivement innombrables. Charles VI combla de biens Renaud Fréron, son «premier physicien», et anoblit sa femme, fille d'un tavernier du Roi.[401] Ce même prince anoblit en 1393 maistre Bernard Coursier, licencié en médecine.[402] Raphaël de Taillevis, médecin du duc de Vendôme, reçut en 1556 des lettres de noblesse.[403] Mr le marquis de Rivoire la Bâtie cite plusieurs médecins dauphinois, les Villeneuve, les Darcier, les Davin, etc., anoblis par Henri III et Henri IV.[404] On ferait un gros livre avec la nomenclature des anoblis «par médecine»; on en ferait un gros également avec la nomenclature des gentilshommes esculapes: René de Fallaque, «escuyer», médecin fameux au XVe siècle;[405] «noble homme et sage Mr Jacques Turgis, chevallier et docteur en médecine qui decedda lan 1483 le 17e mars»;[406] «Salmon de Bombelles, chevalier, conseiller et premier médecin du Roy»[407] en 1509, d'un vieux lignage représenté aux croisades;[408] un Saporta, médecin de Charles VIII;[409] en 1525, Jean du Buisson, écuyer, docteur en médecine, d'une ancienne maison de chevalerie normande, aussi représentée aux croisades;[410] Guillaume de Baillou, médecin au XVIe siècle, de race chevaleresque;[411] Honorat de Castellan, en 1560, conseiller et médecin ordinaire du Roi, premier médecin de la Reine, époux d'Antoinette de Libel, dame d'honneur de la Reine-mère;[412] en 1632, le petit-fils d'Antoine Dubost, écuyer, puis chevalier, est médecin à Lyon.[413] La maison de Montlovier, très ancienne en Dauphiné, «déchut peu à peu du rang qu'elle avait occupé, et nous voyons Joseph de Montlovier, bourgeois de Crémieu, s'établir à Crest, où il fut consul en 1683. Son fils, Louis de Montlovier, se fixa à Vienne où il exerça la médecine.»[414]

[399] Cf. Moréri, vo médecins.

[400] _Le moyen de parvenir_, chap. C.

[401] _Sceaux_, t. L, p. 3769.--La Roque, _op. cit._, p. 62, l'appelle erronément «Renaut Frérot»; toutes les quittances qu'il donne aux trésoriers du Roi sont signées «R. Fréron».

[402] Arch. Nat., _Trés. des chart._, JJ. 142, no 52.

[403] _Généalogies_, p. 109.

[404] _Armorial de Dauph._, p. 184, 187, 572, etc.

[405] Saint-Allais, t. IV, p. 239.

[406] Farin, t. III, p. 348.

[407] _Sceaux_, t. XVII, p. 1127.

[408] _Chartes de croisade_, no 331, charte d'emprunt, Damiette, 2 nov. 1249: «Dominus Symon de Bumbellis».

[409] Borel d'Hauterive, t. XXI, p. 403.

[410] A. du Buisson de Courson, _Rech._, p. 193.--Voy. mon _Nobiliaire des Croisades_, Notice sur la maison du Buisson, dans la revue _La Terre Sainte_, no 224, 1er nov. 1884.

[411] Fret, t. III, p. 530.--_Gall. Christ._, t. XIV, col. 636: 1218, Simon de Baillou, chevalier.

[412] _Pièc. orig._, t. 613, Castellan, p. 5-7, 17.

[413] J. Guillien, _Rech. hist. sur Roanne_, publ. par Alph. Coste, p. XXIV.

[414] G. de Rivoire, _Armor. de Dauph._, p. 435.

C'étaient de gros seigneurs que les médecins d'antan, et l'orgueil de ceux qui parvenaient à s'insinuer dans le service de la Cour s'élevait parfois jusqu'à l'insolence.[415]

[415] Par exemple, Jacq. Coythier, médecin de Louis XI.--Voy. Marchangy, _Gaule poétique_, t. VIII, p. 236.

Tous les honneurs leur pleuvaient, sans parler des richesses, comme l'eau court à la rivière; Arnulphe, 47e évêque d'Amiens, était fils de Roger de Fournival, médecin de Louis VIII et de Louis IX;[416] les chirurgiens mêmes pouvaient prétendre à tout; Pierre de la Brosse, chirurgien-barbier de saint Louis, devint le premier ministre de son fils. Robert du Lyon, médecin de Louis XI, fut gratifié du contrôle général de la recette de Bordeaux, charge très lucrative, avec permission de ne pas quitter la cour[417]; Ange Cato, autre médecin et aumônier de ce prince, fut nommé à l'archevêché de Vienne;[418] Adam Fumée, médecin de Charles VII et de Louis XI, devint maître des requêtes et fut commis par Charles VIII à la garde des sceaux. «Il s'apprend des Mémoires de Mr de Marolles, abbé de Villeloin, que Guillaume, cardinal d'Estouteville, commissaire du roy Charles VII pour la réformation des universités du royaume, permit aux docteurs de la faculté de médecine de porter la robe rouge.»[419] Les grâces pleuvaient encore sur les protégés des médecins; en 1392, par exemple, Jehan le Gentilhomme déclare que «le Roy luy avoit donné la forfaiture de Jehan Ernault, à la prière de messire Bertran du Guesclin, lors connestable, dont Dieu ayt l'âme, et de maistre Gervays Crestien, lors phisicien du Roy».[420] Après ce que l'on vient de lire, comment s'étonner de la morgue des «maistres en physicque», de leurs rapides enrichissements, de leurs sceaux aristocratiques,[421] de leurs fructueux cumuls,[422] de l'arrêt du Conseil du Roi, du 4 janvier 1699, leur confirmant le droit de prendre «la qualité de Nobles»,[423] qu'ils le fûssent ou non? Comment s'étonner surtout que les traits de l'envie et de la satire n'aient pas épargné ces favoris de la fortune? Mais, en pensant aux gentilshommes appauvris, déchus, qui cherchèrent à se relever par la profession médicale, on soupçonne que beaucoup de médecins avaient été d'abord les favoris de l'infortune.

[416] _Gall. Christ._, t. X, col. 1184.

[417] _Catal. de pièces hist._, Paris, librairie Voisin, 10 avril 1885, no 150.

[418] G. de Rivoire, p. 712.

[419] La Roque, _op. cit._, p. 371.

[420] _Quittances_, t. XXXIII, p. 1632.

[421] Douët-d'Arcq, nos 5905-5909.--Clairambault, _Sceaux_, t. XL, p. 3015, sceau de «Pierre de Dye, maistre en physicque», 1355.

[422] Dom Plancher, t. II, _Preuves_, p. 258, no 299, charte de 1360: «Actum in presencia Rob. de Balneolis, phisici, notarii ejusdem loci.»

[423] _De la Nobl. des médecins et des avocats en France_, Paris, 1860, in-8º p. 8, 10, 29.

CHAPITRE XXIII

Molière tue les apothicaires.--La vérité sur ses victimes.--Profession non dérogeante.--Nobles apothicaires.--Apothicaires gouverneurs de villes et prévôts des maréchaux.--Maréchal de France, petit-fils d'apothicaire.--Petite-fille d'apothicaire, femme d'un du Guesclin.--Jean l'apothicaire, époux d'une Châtillon.--Le bâton de maréchal et le pilon d'apothicaire.--Comment on commence et comment on finit.--Le coup de pied de l'âne.--Comment on se relevait.

Si Molière, avec l'arme terrible du ridicule, blessa les médecins, ce ne furent pas ses seules victimes; car on peut dire que l'impitoyable comique tua les apothicaires. Aujourd'hui, leur nom n'est plus qu'un archaïsme, nous ne les connaissons guère que par Molière, et la gauloiserie s'accommode complaisamment de ces fausses couleurs. Or, les apothicaires n'étaient pas ce qu'un vain peuple pense; inférieurs aux médecins par la hiérarchie, ils leur furent quelquefois supérieurs par le savoir, et tel apothicaire fut un parfait érudit, entouré d'une grande et légitime considération.[424] Hiérarchiquement supérieurs aux chirurgiens, «ils prenoient leurs degrés dans les universités, et, s'ils n'estoient docteurs, au moins ils estoient licentiés, bacheliers ou maistres aux arts. Dans un tiltre recognu à Angers le 9 septembre 1471, l'apothicaire de René, roy de Sicile, duc d'Anjou et Comte de Provence, prend les qualités de Noble et d'honorable, et tient mesme rang que le physicien ou médecin.»[425] Je surprendrai sans doute plus d'un de mes lecteurs en disant que la profession d'apothicaire, considérée comme un art, ne dérogeait pas à la noblesse, à moins qu'il ne s'y joignît quelque trafic, comme l'épicerie. Entre les innombrables lettres de relief de dérogeance accordées par les Rois, on n'en trouve pas qui visent l'exercice de cette profession. Les descendants d'Antoine Courtin durent se faire réhabiliter, non parce qu'il avait été apothicaire,[426] mais parce qu'il avait tenu des terres en fermage.[427] «Les Roys de France, dit Papon, toutes fois et quantes qu'ils ont fait des édicts des mestiers.., ont tousjours excepté les mestiers et arts des Apoticaires et chirurgiens»,[428] qui ne pouvaient exercer qu'après avoir subi un examen en présence de deux médecins et de douze maistres et prouvé leur suffisance. Au XVIe siècle, comme les grands bourgeois, les apothicaires étaient qualifiés «sire»;[429] au XVIIe, «noble homme»,[430] et même, comme les conseillers au parlement, «monsieur maistre».[431]

[424] P. A. Cap, _Un apothicaire belge au XVIe siècle, Pierre Coudenberg_, 1862, in-8º.

[425] La Roque, _Traité de la Noblesse_, p. 371.

[426] _Preuves_, nos 2015, 2019, 2043.

[427] _Preuves_, nos 2024, 2210, 2216, 2314.

[428] _Arrests notables_, liv. XXIII, tiltre VIII, p. 1297.

[429] Bibl. nat., ms. franc. 8229, _Epitaphes_, p. 163, 179: «1535. Honorable personne sire Guill. Guerrier, marchant apothicaire d'Orléans... Sire Michel le Thoreau, marchant apoth. d'Orléans.»

[430] Dom Villevieille, _Titr. orig._, t. XXXIV, p. 77: «Blois, 1632. Noble homme René Truchon, appothicaire du Roy.»

[431] _Coll. de Picardie_, t. CLXIV, fol. 232, lettre de Blayrie, théologal d'Amiens, ann. 1622, adressée «à Monsieur, Monsieur Maistre Michel d'Achery, marchand apothicaire, demeurant à Saint-Quentin.»