Essai d'Introduction à l'Histoire Généalogique

Part 4

Chapter 43,585 wordsPublic domain

[105] Courtalon-Delaistre, _Topogr. hist. du dioc. de Troyes_, t. III, p. 241, _Vie de saint Serein_: «Il laissoit ses bestiaux pour accompagner le fils du comte à l'abbaye de Nesle où ils alloient faire ensemble leurs estudes.»--Des Guerroys, _La Saincteté chrestienne_, fol. 155-163.--O. de Poli, _Les seigneurs et le chât. de Béthon_, p. 14.

[106] L'abbé Lebeuf, _Dissert._, t. II, p. XI, 4, 10, 11, 16, 319.

[107] Mabillon, _Annal. Benedict._, t. V, p. 335: «Nobilium filii in monasteriorum scholis eruditi.»

[108] Colliette, t. I, p. 690: «Walterus pedagogus meus.»

[109] _Marmoutier_, t. II, p. 28: «Ilgerius pedagogus Roberti filii comitis.»

[110] _Mém. de Bretagne_, fol. 452 vo: «Radulphus philosophus.»

[111] _Chartes de St-Evroult_, 1095, non fol.: «Natalis nutricius infantis Willelmi de Roelent.»

[112] Guérard, _Polyptic. Irminon. abb._; t. II, no 33, p. 373: «Filius comitis Willelmus cum pedagogo suo.»

[113] Mabille, p. 154: «Savaricus qui fuit nutricius comitis.»

[114] _Marmoutier_, t. I, p. 397: «Paganus nutricius.»

[115] _Marmoutier_, t. III, p. 288: «Ingomar grammaticus.»

[116] _Coll. d'Anjou_, t. IV, no 1381, charte dud. comte: «Aiani nutricii sui exortationi adquiescens.»

[117] _Marmoutier_, t. IV, p. 129: «Rainaldus grammaticus.»

[118] _Cartul. de Val-le-Roy_, fol. 57: «Joh. de sancto Medardo et Laurentius, nutricius ejus.»

[119] _Cartul. de Foucarmont_, fol. 42, 48, 51, 68: «Odo pædagoga.... Odo pædagogus.... Odo magister....»

[120] _Cartul. de St Marcel de Chalon_, p. 161: «Signum Bernardi grammatici. Signum Hugonis de Miliaco. Signum Bertranni de Castaniaco.»

[121] _Marmoutier_, t. I, p. 384 b: «Actum est hoc in curte Berengerii grammatici.»

[122] _Cartul. de St Vinc. du Mans_, B. N., p. 86.

[123] _Coll. d'Anjou_, t. II, no 534: «Gislebertus de Calniaco manu firmavit.»

[124] _Coll. d'Anjou_, t. XIII, no 8474.

[125] _Cartul. de Lugny_, fol. 48: «Symon de Brecon miles... charta... per cujus manum facta.»

[126] Guillaume de la Barre, chevalier, auteur de poésies satiriques qu'il paya de sa vie.--Voy. ma notice sur la _Maison de la Barre_, dans la revue _La Terre Sainte_ no 258, 1er mai 1886.

[127] _Cartul. de Cluny_, t. I, fol. 34: «Quidam miles et clericus nomine Achardus.»

[128] _Coll. de Poitou_, t. XVII, fol. 82.

[129] _Extr. de cartul. relat. à la Bret._, p. 733: «Fulco dominus de Tusse, ma{gr} scholasticus cenom.»--_Obit. de l'égl. du Mans_, fol. 3: «Fulco quondam dns de Tusseyo ac scholast. cenom.»

[130] Borel d'Hauterive, t. XVI, p. 236.

[131] Dom Villevieille, _Trésor_, t. XCI, vo Villedavray.

[132] _Coll. d'Anjou_, t. VII, no 3337: «... ad querendum libros ut possent studere in eis et addiscere in schollis.»

Au même temps, le proviseur de la Sorbonne s'appelle Guillaume de Montmorency[133]. En 1368, «Messire Girerd d'Estres, chevalier, seigneur de Banneins», se qualifie «docteur en loix»[134]. En 1382, Guillaume Musnet se dit «compeignon de Jehan et Guy, nepveuz monseigneur le conte de Bloys, estudians à Engiers[135]». Je trouve, en 1391, «Euvrart de Hautelaine, maistre d'eschole d'Anthoyne monsieur, filz du duc de Bourgoingne[136]». Guillaume de Clugny, seigneur de Conforgien, d'extraction chevaleresque, est qualifié dans son épitaphe, en 1386, «noble seigneur et saige, licentié en loix et en décret[137]». Boniface de Castellane, baron d'Allemagne, testant en 1393, laisse «à sa fille des livres de droict, comme un trésor, pour par elle espouser un homme de robe longue, docteur jurisconsulte[138]». Noble homme messire Raymond de Bernard, chevalier, se qualifie en 1394 «docteur en lois[139]». En 1399, «noble et scientificque Raoul de Refuge», d'extraction chevaleresque, est «docteur régent en l'Université d'Angers[140]». En 1469, «noble homme Jehan de Chandemanche, escuyer», fils de René, chevalier, et de noble dame Aliette Courtin, est «escholier estudiant» en la même université[141]. En 1540, «noble personne Jehan de Clèves, fils de deffunt messire Hermand de Clèves, chevalier», est «escolier estudiant en l'université de Paris[142]». Lisez cet «Estat des escoliers du Roy estudians au collège Royal de Champagne dict de Navarre», en 1581[143]; ils sont là trente jeunes gentilshommes, s'instruisant à l'exemple de leurs pères. Quand donc les Nobles ont-ils méprisé l'instruction? On raconte, il est vrai, que Bertrand du Guesclin ne savait pas écrire; mais ce fait est précisément noté comme une singularité, et d'ailleurs il se retourne contre les apôtres de l'instruction à outrance, puisqu'il démontre qu'il n'est pas indispensable de savoir écrire pour devenir un grand citoyen, un grand capitaine, un grand homme et le sauveur de la Patrie.

[133] _Cartul. de la Sorbonne_, fol. 27, 33 vo, 34: «Guillelmus de Monte Moranciaco, provisor domus pauperum magistrorum de Seurbonio.»

[134] Clairambault, t. DCCLXXXVI, p. 66.

[135] _Quittances_, t. XXVIII, p. 366.

[136] Rossignol, _Invent. somm. des Arch. de la Côte-d'or_, t. I, p. 137.

[137] Dom Plancher, t. I, p. 353.

[138] _Doss. bleu_ 4102, Castellane, fol. 167.

[139] _Cartul. de Provence_, t. I, p. 44.

[140] _Cartul. de Bonneval_, p. 119.

[141] _Preuves_, no 114.

[142] _Pièces orig._, t. 2610, Salazar, p. 186.

[143] Clairambault, t. CCCI, p. 234.

Comment oser parler de l'ignorance de la Noblesse, lorsque la France lui doit ses premiers poètes, les troubadours, Fortunat, Thibaut de Champagne, Charles d'Orléans, Malherbe; son premier penseur, Abaylard; ses premiers jurisconsultes, Beaumanoir, Navarre, Jehan d'Ibelin, et ce merveilleux cortège de chroniqueurs et d'historiens qui, depuis Grégoire de Tours, forme une partie, non la moins brillante, de sa gloire littéraire? Nos plus anciens documents historiques en langue française sont de la fin du XIIe siècle. Le premier de tous est l'histoire de la cinquième croisade et de la prise de Constantinople, par Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne; vient ensuite le compagnon de saint Louis, l'historien de la septième croisade, le bon sire de Joinville; et ces deux chroniqueurs étaient de la plus noble race après celle de nos Rois. Puis c'est Enguerrand de Monstrelet, gentilhomme du comté de Boulogne; Georges Chastelain, issu de la maison de Gavres, ami de Philippe le bon, duc de Bourgogne; Mathieu de Coucy, noble du Hainaut; Jehan de Troyes, fils du grand-maître de l'artillerie de Charles VII; Philippe de Commines, sire d'Argenton; Olivier de la Marche, conseiller du duc de Bourgogne; Guillaume de Marillac, secrétaire du connétable de Bourbon; François de Rabutin, Guillaume de Rochechouart, Martin du Bellay, Hurault de Cheverny, l'amiral de Coligny, François de la Noüe Bras-de-fer, illustre gentilhomme breton, Michel de Castelnau, Claude de la Chastre, maréchal de France, Pierre de l'Estoile, Sully, Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, de Thou, Turenne, Saulx-Tavannes, d'Aubigné, le maréchal de Marillac, Charles de Valois, duc d'Angoulême, le maréchal de Montluc, le comte de Montrésor, et cent autres. Et ce splendide renouveau des arts, des lettres et des sciences, la Renaissance, son nom se peut-il séparer de ceux du Roi-chevalier et des grands seigneurs qui en furent les magnifiques initiateurs, les Montmorency, les Amboise, les Gouffier, les Urfé[144]? «Mentez, mes amis, disait à ses séides le sieur de Voltaire, il en reste toujours quelque chose.» C'était renouvelé du Pogge, à qui l'on signalait de ses mensonges historiques: «Laissez faire, répondit-il, d'ici à trois cents ans tout cela sera vrai.»

[144] Cf. Laurentie, t. IV, p. 109.

Le vandalisme révolutionnaire, héritier du mensonge philosophique, se flattait d'anéantir le prestige de la Noblesse en faisant un autodafé de ses parchemins; puis l'école du mensonge est venue à la rescousse; on peut salir l'histoire, on ne la détruit pas.

CHAPITRE XIII

Les Nobles au barreau.--Assises de Jérusalem.--Le d'Ibelin.--Philippe de Navarre.--Gentilshommes jurisconsultes.--Les géants des batailles.--Chevaliers en armes et chevaliers en lois.--Comment les Nobles se détachèrent de l'étude du droit.--Seigneurs en loi.--Ecuyers en droits.--Jean Carondelet.--Pierre Puy.--La bourgeoisie remplace la Noblesse dans les parlements.

Eustache des Champs, dans une de ses ballades, regrette le temps où l'étude des arts libéraux était l'apanage des Nobles, où les plus grands seigneurs, après avoir défendu par les armes les droits de la patrie, défendaient par leur éloquence les droits des particuliers, imitant en cela «les Romains, qui se consacraient également aux exercices de la guerre et à ceux de la plaidoyerie[145].» Dans les premiers siècles de la féodalité, nous trouvons, en effet, des chevaliers de vieux lignage, comme Pierre de Touchebœuf, comme Pierre de Faydit[146], comme Baudouin de Gombert, que j'ai déjà cité, se qualifier juges, _judices_, ou juristes. L'étude approfondie du droit était alors singulièrement en honneur parmi les Nobles, et ce fut ainsi que le royaume de Jérusalem leur dut ses admirables constitutions; Jean d'Ibelin, qui rédigea les _Assises_, était un haut et puissant baron, et son petit-fils, Jacques d'Ibelin, fils du prince de Tibériade et d'Alix de Lusignan, écrivit un traité succinct de jurisprudence féodale. Causant de jurisprudence avec le roi Amaury, Raoul de Tibériade disait avec un légitime orgueil «qu'il ne feroit pas son pareil, Remont Antiaume, ne aultre soutil borgeois[147]». Philippe de Navarre, le preux chevalier, le guerrier infatigable, l'habile politique, couvert d'honneurs et de gloire, disait sur la fin de sa brillante carrière: «Je suis, envieilly en plaidant pour aultruy[148].» Gentilshommes et bourgeois rivalisaient généreusement sur le noble terrain du droit; on les voit siéger côte à côte[149] sous l'orme de justice[150]. Quand les paysans ont un litige, leurs prudhommes désignent à l'unanimité des suffrages un chevalier pour arbitre[151]. Les cours de justice sont remplies de barons[152]; ils composent le parlement du Roi[153]; Jean de Vieuxpont, conseiller en 1315[154], Quentin de Moÿ, conseiller en 1410[155], Henri de Marle, chevalier, président au parlement en 1409[156], étaient de la première noblesse. Pendant longtemps, pour les fonctions de justice, «on élut de préférence des nobles, quand ils se trouvaient suffisans[157]». Et c'étaient bien les compagnons des du Guesclin et des Barbazan, les «géants des batailles», non pas des «chevaliers en loix», qui dépouillaient le heaume et la cuirasse pour revêtir le manteau de justice; le 4 mars 1405, Charles VI mande aux gens de ses comptes: «Comme _de longue observance et grant ancieneté les chevaliers en armes_ de nostre conseil, servans en ordonnance en nostre court de parlement et semblablement ès requestes de nostre hostel, ont accoustumé d'avoir dix livres par chacun an pour manteaulx[158]...» Ce furent les grandes guerres nationales qui détachèrent les Nobles de l'étude du droit et des charges judiciaires; la patrie était en danger; ils ne furent plus, ils ne devaient plus être que des hommes d'épée, et la bourgeoisie fit du parlement sa chose. En prenant la place des chevaliers, elle s'attribua la chevalerie; car c'est exactement de ce temps que datent ces «chevaliers de lois» dont parlent Pasquier et Loiseau[159]. Dès le commencement du XIVe siècle, on trouve, à vrai dire, des «seigneurs en loy[160]», mais «seigneur» n'avait pas d'autre sens que «maître», et l'expression, pour être prétentieuse, n'était pas absolument hyperbolique. Les «bacheliers en lois[161]» viennent ensuite, et plus tard on rencontre jusqu'à des «escuyers en droicts»[162]. Ce fut alors que pour se distinguer de cette chevalerie et de cette bachellerie de robins, les gentilshommes adoptèrent la qualification de chevaliers d'armes, _milites in armis_. Nous venons de la constater dans un mandement de Charles VI, et elle ne doit tomber en désuétude qu'au XVIe siècle. «Et si fut prins ung gentilhomme d'armes nommé Jouan Chervié», dit Monstrelet, à l'armée 1419[163]. Voici, en 1458, «Baudet Berthelot, chevalier d'armes, lieutenant général du bailly de Touraine[164]»; en 1480, «noble et sage homme messire Pierre Puy, chevalier en armes, conseiller et chambellan du Roy nostre sire[165]»; et, en 1506, «feu de pieuse mémoire noble et magnifique et généreux homme messire Jehan Carondelet, vivant chevalier en armes[166]». C'était aussi pour n'être pas confondus avec les chevaliers en lois et les écuyers en droits qu'au XVIe siècle des Nobles ne prenaient ni la qualité d'écuyer, ni celle de chevalier, et s'intitulaient fièrement «gentilshommes[167]».

[145] Sainte-Palaye, p. 22, 73, 83.

[146] Chartes de l'abb. d'Uzerche, vers 1135; citées par Saint-Allais, t. XIV, p. 186, note 2.

[147] L. de Mas-Latrie, _L'Ile de Chypre_, p. 372.--_Assises de Jérus._, t. I, p. 523.--Cf. E. Rey, _Colonies franques de Syrie_, p. 171-172.

[148] Borel d'Hauterive, _Ann._, t. XXIV, p. 231.

[149] _Cartul. de Marmoutier_, t. II, p. 297, vers 1126: «... justo judicio procerum et burgensium.»

[150] _Cartul. de St Vinc. du Mans_, B. N., p. 265-266: «... qui cum abbate erant subtus ulmum que est ante ecclesiam.»

[151] _Cartul. de St Vinc. du Mans_, p. 486, charte de juin 1205.

[152] Cf. A. du Buisson de Courson, _Rech. nobil._, p. 268.

[153] Laurentie, t. II, p. 353.

[154] _Doss. bleu_ 17791, Vieuxpont, p. 19.

[155] Borel d'Hauterive, t. XXXIV, p. 150.

[156] _Cartul. de St Corneille de Compiègne_, B. N., ms. latin 9171, p. 235: «Henricus de Marla, miles, domini nostri regis consiliarius et in suo parlamento præsidens.»

[157] P. de Miraulmont, _De l'orig. du parl. de Paris_, 1612, p. 51-52.--Cf. H.-F. de Malte, _Les nobles dans les tribunaux_, 1680, _pass._

[158] _Chartes royales_, t. XII, p. 575.

[159] La Roque, _Traité de la nobl._, p. 143: «Pasquier (_Rech. de la France_, liv. II) et Loiseau (_Offices_, liv. I, ch. IX), disent qu'il y a deux sortes de chevaliers en France, les uns d'armes et les autres de loix.» Au XVe siècle, il y avait, dans l'église de Lyon, sept _milites jurisperiti_ chargés de défendre ses droits. (_Tiltres du Lyonnois_, fol. 184.)--Cf. Boulainvilliers, p. 123-124.

[160] L. de Mas-Latrie, _Hist. de Chypre_, Documents, t. I, p. 149: «1328. Mons. Pierre Champion, seigneur en loy.»

[161] _Marmoutier_, t. III, p. 25: «1398. Symon Destrees, bachellier en loys, garde du seel de la conté de Sancerre.»

[162] _Cartul. d'Abenon_, fol. 71: «1543. Es plès d'Orbec tenuz par nous Jacq. Baudoin, escuier es droictz, vicomte dud. lieu.»

[163] _Chroniq._, p. 452.

[164] _Marmoutier_. t. II, p. 480.

[165] L'abbé F. Renon, _Chron. de N. D. d'Espérance de Montbrison_, p. 556.

[166] _Carrés_, t. CLIII, Carondelet, p. 1: «... dum viveret miles in armis.»

[167] Dom Fonteneau, t. XIV, p. 619, acte de 1568: «Noble homme Pierre Goheau, gentilhomme, seigneur de Laubinière en Touraine.»

CHAPITRE XIV

Hiérarchie féodale.--Gentilshommes bourgeois.--Noblesse urbaine.--Comment les Nobles s'agrégeaient à la bourgeoisie.--Les Chaponay, les Châteaubriand, les Chabot, les Sainte-Aldegonde, les les Croy.--Ecuyer et marchand.--Deux catégories de bourgeois.--Benoît Caudron.--Bourgeois et marchand de sang royal.--Gérard de Castille et sa postérité.

«Duc est la première dignité, et puis contes, et puis vicontes, et puis barons, et puis chastelain, et puis vavassor, et puis citaen, et puis vilain[168].» Nous avons là toute la hiérarchie féodale. Citoyen, _vicinus_[169], bourgeois, ce sont trois mots synonymes. Des généalogistes se sont refusés à ranger dans la noblesse d'ancienne extraction certaines familles, parce qu'en remontant les degrés de leur filiation, ils y découvraient un bourgeois. D'autres ont justement émis l'opinion que, même sous le régime purement féodal, l'on pouvait être à la fois gentilhomme de race et bourgeois de ville[170]; «surtout sous le régime purement féodal», devaient-ils dire. La Noblesse se recrutait seulement par en bas; la bourgeoisie, corps mixte, se recrutait par en bas et par en haut. Il n'y avait pas alors, entre ces deux corps sociaux, la distinction absolue, la division fomentée par l'appauvrissement de la Noblesse, accrue par les guerres de religion et poussée à l'aigu par la révolution. Avec la simple nomenclature des bourgeois des bonnes villes, du XIIe au XVe siècle, on ferait un splendide nobiliaire chevaleresque. Le plus souvent, lorsque, dans les chartes ou les annales, on rencontre de grands noms accompagnés de la qualification de bourgeois, la présomption vient à l'esprit qu'on se trouve en présence de roturiers ayant pris le nom de leur lieu d'origine; le fait a certainement pu se produire; mais, en règle générale, ce sont des gentilshommes authentiques, volontairement agrégés à la bourgeoisie pour avoir le bénéfice de ses privilèges, qui constituaient réellement une sorte de noblesse urbaine. Soit que le manoir paternel fût trop étroit par suite du grand nombre des enfants, soit qu'ils eûssent plus de goût pour le séjour des villes, soit encore que les infirmités ne leur permîssent pas ou que les blessures ne leur permîssent plus d'aller à la guerre, maints bons gentilshommes, et des races les plus illustres, se faisaient bourgeois, recherchant les dignités échevinales ou consulaires, se livrant aux arts, au commerce, exerçant des métiers, et, dans la paix féconde des cités, devenant infiniment plus riches que leurs aînés, les chevaliers, forcément appauvris par les lourdes obligations du privilège de noblesse. Je m'imagine que l'on eût grandement surpris ces nobles volontaires de la bourgeoisie en leur insinuant qu'ils dérogeaient à leur naissance, et qu'un jour viendrait où quelque héraldiste officiel la contesterait en arguant de leur embourgeoisement: tels Pons de Chaponay, bourgeois de Lyon en 1219[171]; David de Châteaubriand, bourgeois d'Angers en 1226[172]; Eudes Chabot, bourgeois de Sens en 1227[173]; Mathieu Barbotin, chevalier, bourgeois de l'Ile-Bouchard en 1230 et 1254[174]; Robert des Loges, bourgeois de Chevreuse en 1233, et seigneur suzerain de Jean de Fayel de Coucy[175]; Dreux et Simon d'Auteuil, frères, bourgeois de Bray en 1234, et plèges, avec deux chevaliers, de Simon d'Auteuil, chevalier[176]; Geoffroy de Roye, bourgeois de Péronne en 1235[177]; Gilon de Billy, charpentier, bourgeois de Soissons, vendant de ses terres vers 1240[178]; Nicolas de Blangy, bourgeois de Pont-l'Evêque, faisant en 1242 une donation aux moines de Saint-Himer par charte munie de son sceau[179]; Pierre de Marle, du lignage des sires de Coucy, bourgeois de la Fère en 1247, et l'un des proviseurs de la confrérie de cette ville[180]; Richard de Chambly, bourgeois de Pontoise en 1268[181]; Mathieu Buridan, bourgeois de Saint-Quentin en 1295[182]; Jehan de Vanves, «borgois de Paris» en 1300, dont le sceau porte un écu chargé d'une croix ancrée[183]; Pierre de Hangest, chevalier, bailli de Rouen et bourgeois de Montdidier en 1308[184]; Hugues, baron d'Arpajon, damoiseau, bourgeois d'Aurillac, et Esquivart, sire de Chabanais, bourgeois de Bigorre, en 1317[185]; Hélie de la Porte, bourgeois de Marmande en 1334[186]; Robert et Jacques du Castel, décédés l'un en 1336, l'autre en 1355, qualifiés dans leur commune épitaphe «Nobles et vénérables bourgois de Rouen», et maires de cette ville[187]; Robert d'O, bourgeois de Séez en 1336[188]; quatre bourgeois de Saint-Omer, du nom de Sainte-Aldegonde, en 1337, dont le sceau porte l'écu de cette très noble maison chevaleresque[189]; Jacquemart de Sainte-Aldegonde, bourgeois de Saint-Omer en 1366, et à qui Béatrix de Vix, femme de Jehan de Sainte-Aldegonde, chevalier, fait une vendition[190]; Pierre et Tassart de Culant, bourgeois de Saint-Omer et marchands de bois en 1356, dont les sceaux portent un écu chargé d'une croix de Saint André[191]; Ponson Chevrières, bourgeois de Romans en 1389, ayant le même prénom et les mêmes armes que Pons de Chevrières, chevalier d'ancienne noblesse, vivant en 1366[192]; Pierre de Croy, élu d'Amiens en 1368[193], descendant très probablement de Jean de Croy, bourgeois d'Amiens, fils de Mathieu de Croy, et à qui en 1244 Dreux de Milly, chevalier, vendit tout ce qu'il avait dans le fief de messire Baudouin de Belleval, chevalier[194]; Jean de Grailly, chevalier, s'agrégeant vers 1360 à la bourgeoisie de Bordeaux, dont il devint maire[195]; des Boubers (de la maison d'Abbeville, issue des comtes de Ponthieu), bourgeois d'Abbeville aux XIVe et XVe siècles[196]; Jean de la Barre, bourgeois de Noyon, qui en 1407 donne une charte «soubz mon seel», où se voit un écu chevaleresque, penché, timbré d'un heaume à cimier, avec deux léopards en supports[197]; Perronet de Rogneins, bourgeois de Villefranche-sur-Saône, au XVe siècle[198]; Enguerrand de Sainte-Marie, dit Fouloigne du nom de son fief, bourgeois et marchand de Caen en 1410[199]; Guillaume de la Mare, bourgeois de Rouen, mort en 1440, et dont il est dit: «Le dict de la Mare bourgeoys estoit noble et portoit une bande et 6 croisettes[200]»; Guillaume de Châteauvilain, bourgeois de Paray en 1447[201]; Guillaume du Bosc, qualifié «escuier, marchant et bourgeois de Rouen» dans un arrêt de l'échiquier de Normandie, en 1478[202].

[168] Rapetti, _Li livres de justice et de plet_, p. 67.

[169] _Cartul. de Barbeaux_, fol. 263 ro-vo: «Andreas _Vicinus_ de Glerannis.... Andreas de Gleranis cognomento _Borgeois_.»

[170] Cf. La Roque, _Traité de la nobl._, ch. LXXIV, p. 225.

[171] _Cartul. de Champagne_, fol. 35 vo-37: «Pontius de Chaponai, civis lugdunensis.»

[172] _Coll. d'Anjou_, t. VI, no 2625.

[173] Dom Villevieille, _Trésor_, t. LXXXVIII, fol. 8 vo.--Gaignières, _Egl. et abb._, t. I, p. 225.

[174] Clairambault, t. CMXCIX, fol. 22 vo.--_Marmoutier_, t. III, p. 17, 376.

[175] _Cartul. de N. D. de la Roche_, p. 17: «... quam domum tenebant a Rob. de Logiis, burgen. de Caprosia... Preterea dictus Robertus, primus dominus feodi... et Joh. Faiel de Coussiis, secundus dominus dicti feodi... dictam venditionem concesserunt.»

[176] _Pastoral de N. D. de Paris_, fol. 11.

[177] Peigné-Delacourt, _Ourscamp_, p. 186.

[178] _Cartul. de St Médard_, fol. 33.

[179] _Titres de St Himer_, p. 127.

[180] _Cartul. de St Crespin_, fol. 69 vo.

[181] L. Pannier. _Méry-sur-Oise et ses seigneurs_, p. 64.

[182] H. Bouchot, p. 126.--Colliette, t. II, p. 819.

[183] Arch. Nat., Layett. J. 377, no 235.

[184] La Roque, _Traité de la nobl._, p. 22{5}.--Willaume de Hangest était aussi bourgeois de Montdidier, en 1367. (Dom Grenier, t. XXX, fol. 29.)

[185] La Roque, _ibid._, p. 226.

[186] _Pièc. orig._, doss. 52772, p. 2.--Vers 1089, Hélie de la Porte, chevalier, est témoin d'une donation au prieuré de Saint-Denis de la Chapelle, dioc. de Bourges. (_Ibid._, p. 161.)

[187] Farin, t. III, p. 332.

[188] _Mém. de Bretagne_, fol. 100 vo.

[189] Demay, _Sceaux d'Artois_, nos 1218-1221.

[190] E. de Rosny, t. III, p. 1323.

[191] Demay, _op. cit._, nos 1286-1288.

[192] G. de Rivoire, add. mss. à son _Armorial de Dauphiné_.

[193] Clairambault, t. CCCI, p. 38.

[194] Dom Grenier, t. XXXIX, fol. 65.

[195] La Roque, _op. cit._, p. 226.

[196] O. de Poli, _Un martyr de la patrie_, p. 153-156.

[197] _Pièc. orig._, t. 201, doss. 4431, p. 6.

[198] Bibl. nat., _Invent. des tiltres de la ch. des comptes de Villefranche_, p. 124.--Le chartrier de Beauvoir renferme un certain nombre de chartes des Rognin ou Rognins, ancienne famille chevaleresque, paraissant être un ramage des sires de Lavieu; nos 512, 560, 617, 624, 649, 665, 718, 769, 781, 837 (ann. 1336-1491.)

[199] _Quittances_, t. XLVI, p. 4350.

[200] Farin, t. III, p. 311.

[201] _Cartul. de Cluny_, t. II, fol. 189 vo.

[202] La Roque, _op. cit._, p. 227.