Essai d'Introduction à l'Histoire Généalogique

Part 11

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Dans la deuxième moitié du XVe siècle, les rangs de la Noblesse étaient si clairsemés et le nombre des roturiers possesseurs de fiefs, et se dispensant de payer les tailles,[509] si grand que Louis XI, «ce bon rompu de roy», comme l'appelle Brantôme, voulut faire d'une pierre deux coups: le célèbre édit des francs-fiefs eut ce double effet de régulariser l'état des nouveaux fieffés et de remplir les caisses du Trésor; et même il advint ce fait curieux que, pour s'épargner les frais de la recherche de leurs preuves et d'une instance en maintenue de noblesse, d'excellents gentilshommes préférèrent légaliser leur possession d'état en acquittant la taxe des francs-fiefs.[510]

[509] Dans certaines provinces, avant l'édit de mai 1579, la possession féodale anoblissait: par sentences du parlement et de la chambre des comptes de Dauphiné, en 1461, Pierre Rolland, bourgeois de Grenoble et coseigneur d'Argenson, fut déclaré exempt des tailles, «quoique plébéien», parce qu'il possédait le château d'Argenson.--G. de Rivoire la Bâtie, p. 635.

[510] La Roque, ch. XXXII, p. 106: «J'ay remarqué qu'il y en a quelques-uns d'ancienne noblesse qui, ayant acquis des fiefs et arrière-fiefs, avoient trouvé à propos d'estre maintenus et confirmés en leur qualité en vertu de la charte générale.» Cette pratique n'était pas nouvelle: en 1314, Geoffroy Courtin est inscrit au «Rôle des finances pour les francs-fiefs»; la conformité des prénoms permet de présumer qu'il tenait de près à Geoffroy de Courtin, chevalier vivant en 1279. (_Preuves_, nos 53, 54.)--Montfaud dit des Bras-de-Fer, anoblis par la charte des francs-fiefs, qu' «ils sont nobles de tout temps».--Cf. A. du Buisson de Courson, _Rech. Nobil._, p. 118, note 1.

Le 8 février 1661, Louis XIV rendit une «Déclaration pour la recherche et condemnation des usurpateurs de noblesse, à l'honneur des véritables gentilshommes et au soulagement des autres subjets taillables du Royaume».[511] Cette déclaration, et les suivantes qui la confirmèrent en l'aggravant, jetèrent dans les rangs de la Noblesse un trouble si profond qu' «un grand nombre de gentilshommes, pour échapper aux taxes de la capitation afférentes aux titres héraldiques qu'ils portaient, déclarèrent se désister des titres dont ils s'étaient honorés jusque-là;» rien qu'en Bretagne, «on compta jusqu'à 67 gentilshommes, chefs de nom et d'armes, qui renoncèrent à leurs titres héraldiques.»[512] Chaque province vit de ces abdications. «Lors des réformations de noblesse,--mesures purement fiscales, équitables dans leur principe, mais faussées dans l'application par les commissaires royaux, la plupart bourgeois revêches, portés à transformer leur mandat de recherches en tactique de vexations,--bien des familles anciennement et authentiquement nobles, trop pauvres pour subvenir aux frais de revendication de leur état, trop fières pour avouer leur pauvreté, obsédées, abreuvées de dégoûts et de persécutions, préférèrent se laisser dépouiller sans bruit de leur prérogative héréditaire.»[513] A côté des intendants commis à la recherche des usurpateurs, il y avait les traitants, qui, ayant affermé le produit des poursuites, les exerçaient avec une activité dévorante, avec une rigueur d'injustice qui, plus d'une fois, leur attira de sévères mercuriales. En 1700, le premier président du parlement de Paris dit à l'avocat des traitants, au sujet de la famille du poète Boileau, laquelle établissait par titres authentiques que sa noblesse remontait à l'an 1342: «Le Roy veut bien que vous poursuiviez les faux nobles de son Royaume, mais il ne vous a pas donné pour cela permission d'inquiéter les gens d'une noblesse aussi avérée que sont ceux dont nous venons d'examiner les titres. Que cela ne vous arrive plus!»[514] Allez, et ne péchez plus! mais les traitants continuèrent à pécher, et à faire de l'eau trouble,--pour y pêcher. Toute famille appelée à faire ses preuves devait justifier d'un partage noble remontant au moins à cent ans, et produire, pour le courant du XVIe siècle, au moins trois actes originaux, et deux pour les siècles antérieurs. Il fallait être bien riche pour se lancer dans des recherches ardues, dans la reconstitution des preuves, toujours si difficile, lorsque les documents probatifs, chartes, contrats, aveux, pierres tombales, étaient épars dans vingt endroits; combien le temps en avait détruit, et les guerres, et les accidents ordinaires de la vie! S'il y avait eu dérogeance, il fallait prouver cent ans de noblesse antérieurement au dérogeant; preuve presque toujours impossible à faire lorsque la famille était originaire d'une province, éloignée de celle où elle se trouvait établie depuis moins d'un ou deux siècles. L'ingéniosité de paléographes complaisants vint au secours des persécutés; parfois des preuves furent fabriquées de toutes pièces; plus communément, on se contenta de copier les actes authentiques de la famille en cause, mais en les antidatant, de manière à atteindre la somme d'années nécessaire pour être maintenu ou réhabilité; par malheur, on avait affaire à forte partie, et les collections des d'Hozier, notamment celle des _Carrés_, abondent en constatations de ces supercheries, trop souvent mises au service de droits moralement évidents, mais dénués de preuves matérielles.

[511] Clairambault, t. CMXXVIII, fol. 66.

[512] A. du Châtellier, _Des réformations de la Nobl. de Bret._, dans la _Revue Nobil._, t. XII, p. 12-14.

[513] O. de Poli, _Rech. sur la fam. de St Vinc. de Paul_, p. 14.

[514] _De la nobl. des médecins et des avocats_, Paris, 1860, in-8º, p. 10.

Certaines sentences des commissaires royaux apparaissent empreintes d'une rigueur odieuse jusqu'à l'iniquité: Philippe du Bois, écuyer, seigneur de Chevillon, établit qu'il était fils de Claude du Bois, écuyer, seigneur de Chevillon, et petit-fils de François du Bois, écuyer, seigneur de Chevillon, «la maison duquel où estoient les tiltres et pièces justificatives de leur noblesse, fust bruslée et pillée pendant la Ligue; et que le dict Francoys estoit fils de Christophle du Boys, escuier, seigneur de Chevillon.» Ce qui n'empêcha pas l'intendant Caumartin de condamner Philippe du Bois,[515] encore que sa mère fût une Le Febvre, mais sans doute pas une Le Febvre de Caumartin. Et pense-t-on que les maintenus ou les réhabilités, pour avoir à grand labeur et grands coûts obtenu des «lettres royaux» ou des sentences favorables, fûssent dorénavant à l'abri des recherches, des dépenses et des persécutions? Telle famille, comme les Billeheust, de 1661 à 1781, pourrait exhiber une douzaine d'arrêts de maintenue.[516] Les d'Allard,[517] les Courtin du Forez,[518] les Champagny[519] en comptent également une série. Quand on croyait tout fini, tout était à recommencer, et chaque fois il fallait payer pour être considéré.... comme Noble. Louis XIV, au mois de décembre 1692, révoque toutes les réhabilitations; en 1696, déclare que les réhabilités seront confirmés en payant finance; en 1698, qu'ils produiront les titres justificatifs de leur noblesse; en 1703, qu'ils seront tenus de rapporter les dits titres depuis 1560; en 1710, révocation générale des confirmations.[520] Jusqu'au règne de Louis XIV, les réformations avaient été simplement fiscales et répressives; la bascule des édits contradictoires, l'avidité des traitants, la rigueur des intendants donnèrent à la réformation du XVIIe siècle un caractère lamentable d'aggression, dont eut plus particulièrement à souffrir l'ancienne Noblesse, la Noblesse d'épée, parce que son ancienneté même et ses vicissitudes rendaient plus difficile la production de ses titres. Et que d'anomalies dans les décisions des commissaires royaux! Jean-Louis de Cabannes,--frère aîné de Jean-Jacques de Cabannes de Lanneplan, maintenu dans sa noblesse en 1696,--est classé comme «roturier» dans une convocation de ban faite, au même temps, par l'intendant de Guyenne. En 1715, la maison de Cabannes est condamnée pour usurpation de noblesse dans une de ses branches, tandis qu'elle est maintenue dans trois autres par plusieurs ordonnances des intendants. Pour se délivrer des persécutions, elle acquit à beaux deniers une confirmation, qui fut annulée presque aussitôt par l'édit général de 1710.[521] C'est une tache au soleil du grand Roi, une tache d'injustice et d'ingratitude, que cette mise en coupe réglée de la Noblesse, déjà si appauvrie par des siècles de généreux sacrifices, et livrée, comme une proie fructueuse, aux serres des traitants. Moins de cent ans après, la révolution achève l'œuvre de persécution et de spoliation; la Noblesse prend le chemin de l'émigration, autre voie d'honneur et de misère. On a pu la comparer, privée de sa suprématie sociale, «à ces grands chênes que l'orage a déracinés, et qui languissent desséchés sur la terre qui les a longtemps nourris».[522] La comparaison n'est plus exacte: en faisant de la Noblesse une classe fermée, la révolution l'a bien involontairement replacée au dessus du corps social. «Dans les autres pays, la Noblesse ouvre régulièrement ses portes à toutes les sommités nationales; une démocratie, encore plus maladroite qu'envieuse, les a fermées complaisamment sur un petit cénacle qui la laisse se morfondre au dehors. C'est une des mystifications les plus singulières dont l'histoire fasse mention.»[523] Aujourd'hui, cent ans après le cataclysme qui noya dans le sang les fanges du XVIIIe siècle, la Noblesse n'a pas perdu son salutaire prestige; elle apparaît comme une des pierres d'attente de la restauration nationale, de cette Monarchie, traditionnelle par son principe, moderne par son fonctionnement, qui renationalisera, pour ainsi dire, plus intimement la Noblesse en rouvrant ses portes à tous les mérites.

[515] _Doss. bleu_ 2583, Du Bois de Chevillon, p. 7.

[516] A. du Buisson de Courson, _Rech. Nobil._, p. 303.

[517] _Chartrier de Beauvoir_, nos 819-822, liasses.

[518] _Preuves_, nos 2203, 2210, 2212, 2216, 2269, 2270, 2314.

[519] _Preuves_, no 2064.

[520] Clairambault, t. CMXXVIII, fol. 77º-14 vo.

[521] O'Gilvy, _Nobil. de Guyenne_, t. I, p. 139-140.

[522] Michaud, t. VI, p. 241, note 2.

[523] G. d'Orcet, _Les grands pauvres_, p. 174.

CHAPITRE XXIX

Négligence coutumière des familles nobles.--_Impedimenta_ généalogiques.--Il ne faut rien détruire.--Les ennemis intimes des parchemins.--Gargousses et pots de confiture.--Les changements de nom.--Onomastique de la géographie féodale.--Piété familiale.--Les Lusignan, les Vezins, les Milly.--Les croisés en Terre-Sainte.--Combien j'ai douce souvenance.--Peau neuve.--Fourmilière d'homonymes.--Écart social.--Le train de l'humanité.

«La Noblesse, écrivait en 1743 le président Chevalier, a été dans tous les tems si distinguée, tant par le lustre et la prééminence qu'elle donne à ceux qui en sont décorés, que par les privilèges particuliers qui y sont attachés, que je ne puys assés m'étonner qu'il y ait des personnes assés peu curieuses de cet honneur pour négliger ce qui le peut conserver; c'est cependant ce qui se rencontre aujourd'huy très communément, et il y a quantité de familles très anciennes et très respectables, lesquelles, si elles étoient obligées de justifier leur noblesse, se trouveroient très embarrassées, n'ayans en leur possession aucuns titres de leur famille.»[524]

[524] _Pièces orig._, t. 745, doss. 16942, Chevalier de Saint-Hilaire, p. 10.

«La famille qui a le plus d'intérêt à la conservation de ses titres, dit Dom Caffiaux, n'est pas toujours la plus attentive et la plus vigilante, et souvent les titres déplacés, à l'occasion de quelque partage ou de quelques autres contrats, demeurent entre les mains des alliés.»[525]

[525] _Trésor généal._, 1777, p. XXXI.

Les difficultés que rencontre le généalogiste consciencieux ne procèdent pas toutes de la négligence des familles. _Ascende superiùs!_ est sa devise, à lui aussi; mais force lui est de s'arrêter, lorsque le filon de lumière lui fait défaut. Assurément beaucoup de gentilshommes n'eurent point, pour la conservation de leurs titres de famille, tout le soin désirable; par exemple, il appert d'annotations inscrites au dos d'un certain nombre de pièces du chartrier de Beauvoir, au XVIIIe siècle, que d'autres furent détruites comme «crues inutiles». Qui sait, cependant, si elles n'eussent pas servi à faire la lumière sur quelque point de la généalogie? C'est, en pareille matière, une règle absolue qu'il ne faut rien détruire. Les parchemins, sans parler du vandalisme révolutionnaire, ces sûrs témoins du passé ont déjà tant d'ennemis intimes, tant de risques de destruction: la vieillesse, l'humidité, les rongeurs, et, il n'y a pas bien longtemps encore, les pots de confitures. Passe pour les parchemins dont la république fit des gargousses; on chargeait les canons avec notre vieille gloire; ce n'était pas déroger; mais les pots de confitures!...

D'autres causes constituent, pour le généalogiste, de graves _impedimenta_; les homonymies aussi bien que les changements de nom, si fréquents autrefois, en dépit de l'ordonnance d'Amboise,[526] et qui souvent déroutent la chronologie, «cette guide de l'histoire», comme l'appelle Guichenon. Dès le XIVe siècle, les seigneurs de Montesson quittent leur antique nom de «Hubert», pour ne plus porter que celui de leur fief. Au XVIe, les Courtin, seigneurs de Centigny, ne s'appellent plus que de ce dernier nom. Pierre d'Hozier ne découvrit pas que le nom originel de la famille «d'Abatant» était «Courtin», et il la confondit avec l'ancienne maison d'Abatant.[527] Combien d'autres confusions du même genre ont dû se produire! C'était, dans la Noblesse, une coutume très ancienne que de porter le nom de son fief, et toute normale à l'origine, puisqu'elle était le signe et l'affirmation de la possession féodale. D'ailleurs, le nom du fief était le plus souvent composé du prénom ou du surnom de son premier possesseur, l'auteur du lignage, et du _châtel_, ou de la _cour_,[528] ou de la _ville_, ou du _mont_, ou de la _ferté_, ou de la _motte_, ou de la _roche_, ou du _bois_, ou du _champ_, ou du _val_, ou du _mas_, etc., qu'il avait reçu en partage; ainsi, par exemple, s'étaient formés les noms de Château-Briand, de Court-Alain, de Ville-Hardouin, de Mont-Doubleau[529], de la Ferté-Bernard, de Bois-Guyon, de Champ-Aubert, de la Roche-Foucauld, de la Mothe-Achard, de Vau-Girard, de Mas-Gontier, etc. Le nom ainsi composé devint généralement celui de la race; mais, dans les premiers temps de la féodalité, le surnom ou le prénom est souvent porté seul, sans l'indication du château, de la cour, du mont, etc., et même devient le patronymique de branches cadettes: ainsi les sires de Mont-Doubleau ou de Mont-Barbat sont indifféremment appelés, dans les chartes des XIe et XIIe siècles, de _Monte Dublello_ ou _Dublellus_[530], de _Monte Barbato_ ou _Barbatus_[531]; on trouve des Châteaubriand appelés simplement Briand;[532] les Monteynard, seigneurs du fief de ce nom, ne sont le plus souvent appelés, jusqu'au XIIIe siècle, que «_Aynardus_»;[533] les «Daniel», chevaliers manceaux, sont indifféremment nommés ainsi ou «_de Danieleria_»;[534] et les _Aenus_ du Maine doivent certainement être attribués aux «_de Curte Aeni_».[535] Lorsque le lieu donné en fief avait déjà sa dénomination propre, souvent il recevait comme suffixe le nom ou le surnom de son premier seigneur: tels Cossé-le-Vivien, Chemiré-le-Gaudin, Auvers-le-Hamon, Epineux-le-Seguin, Varennes-Lenfant, et des milliers d'autres. Cette coutume servait à distinguer les fiefs du même nom, ordinairement plus ou moins nombreux dans un même rayon, parce que, surtout à partir du milieu du XIIe siècle, par un sentiment d'orgueil légitime et de piété familiale, les juveigneurs imposèrent fréquemment à leur apanage le nom de leur race. Parlant des Lusignan, Mr de Bourrousse de Laffore, l'un des présidents d'honneur du Conseil Héraldique de France, dit: «Ils ont fondé en Agenais, depuis la fin du XIIe siècle, des châteaux auxquels ils ont donné le nom de leur race et de leur château patrimonial du Poitou.»[536] Les seigneurs de Vezins, chassés de leur château, se retirèrent à Mayet où ils en bâtirent un autre qu'ils appelèrent Vezins.[537] La maison forte d'Eydoche, étant entrée dans la famille de la Porte, fut communément appelée «le château de la Porte».[538] Les seigneurs de Mont-Gaudry avaient deux châteaux de ce nom.[539] Les Milly, devenus seigneurs de Courcelles en Saint-Etienne-la-Varenne, au XVe siècle, donnèrent à cette terre leur nom de Milly, qu'elle a conservé.[540] Mgr de Neuville, archevêque de Lyon, ayant acheté la terre de Timy, la dépouilla de ce nom pour l'appeler Neuville. Nous avons vu Pierre de Bardonnenche, d'un antique lignage appauvri, imposer le nom du berceau de sa race aux domaines qu'il acquit près de Lyon, lorsque le négoce l'eut enrichi. Les exemples abondent de ces changements de dénomination, inspirés le plus souvent aux seigneurs par un respectable attachement pour les lieux où ils avaient reçu le jour, où s'était épanouie leur enfance, où avait grandi leur lignage. C'était ce même sentiment qui portait les croisés à donner à tels de leurs fiefs de Terre-Sainte des noms de France; les Arabes à donner à Séville le nom d'Émèse, à Grenade celui de Damas.

[526] Henri II, 26 mars 1556: «Défenses sont faictes à toutes personnes de changer leurs noms et leurs armes, sans avoir obtenu des lettres de dispense et de permission, à peine de mille livres d'amende, d'estre punis comme faussaires et estre exauthorés et privés de tout degré et privilège de noblesse.»

[527] _Pièces orig._, doss. d'Abatant, p. 2.

[528] _Curia_ ou _curtis_.

[529] _Cartul. de St Vinc. du Mans_, B. N., p. 81, charte d'Eudes, comte de Chartres, ann. 1015: «Quidam fidelium nostrorum, Hugo scilicet Dublellus... in proprio castro quod ab ipsius cognomine Mons Dublelli vocatur...»

[530] Charte de 1101: «Paganus Dublellus». Charte de 1108: «Paganus de Monte Dublello.» (Mabille, p. 62, 75.)

[531] Chartes de 1080-1105: «Ernaldus Barbatus... Ernulfus de Monte Barbato.» (_Cartul. de St Vinc. du Mans_, B. N., p. 147, 155, 171, 325-328.)

[532] De 1125 à 1226: «David de Castro Brientii» (_Coll. d'Anjou_, t. IV, no 1446; t. V, nos 1961, 2011; t. VI, nos 2135, 2528; t. XII, no 7591, 7622; t. XIII, no 10015)--En 1335, «noble homme Mr Davy Brian, chevalier». (_Ibid._, t. VII, no 3557.)

[533] Cte de Monteynard, _Cartul. de Domène_, pass.

[534] _Coll. d'Anjou_, t. VII, no 2867, ann. 1240: «Mauricius de Danieleria, miles.» En note: «Dans un acte précédent, à la mesme page du Cartulaire, il est appelé _Mauricius Daniel miles_.»

[535] _Preuves_, nos 10, 12, 29, 40, 42, 49.

[536] _Les Lusignan du Poitou et de l'Agenais_, p. 79.

[537] Legeay, _Rech. hist. sur Mayet_, p. 245, note.

[538] A. de la Porte, _Hist. généal._, p. 50.

[539] Pitard, p. 278.

[540] Chartrier de Mr le comte de Thy de Milly, au château de Berzé, _Terrier_.

J'ai dit que l'addition du prénom ou du surnom du seigneur féodal au nom de sa terre servait à distinguer entre eux les fiefs homonymes; voici, dans le Maine, peu distants les uns des autres, Auvers-le-Hamon et Auvers-le-Courtin, Sillé-le-Guillaume et Sillé-le-Philippe, Assé-le-Bérenger, Assé-le-Boisne et Assé-le-Riboul, Sougé-le-Ganelon, Soulgé-le-Bruant et Soulgé-le-Courtin. Dans la même province, aux XIe et XIIe siècles, le fief de Courtin (aujourd'hui Courtoin, en Nouans) est appelé Courtin l'Ain,[541] sans doute pour le distinguer de fiefs du même nom situés à Gesvres[542] et à Saint-Ouen-de-la-Cour.[543]

[541] _Preuves_, nos 36, 38, ann. 1219: «Cortin Aienne». Voy. aux _Preuves_, no 10, note 1.

[542] L. Maître, _Dict. topogr._, p. 101.

[543] Carte de Cassini.

A partir du XIVe siècle, et surtout après, lorsque des seigneurs répudient leur vieux nom patronymique pour ne prendre que celui de leur fief, c'est le plus souvent pour l'un de ces deux motifs: ou c'est un noble de fraîche date qui veut faire peau neuve et faire oublier l'humilité de son origine; ou c'est un noble d'ancienneté qui appréhende d'être confondu avec des homonymes roturiers, lesquels cependant pouvaient fort bien être de son estoc, sans le savoir eux-mêmes. On a vu, par l'exemple de Pierre Allard, avec quelle facilité pouvait se perdre la notion d'une origine noble. Au moyen âge, avec des dix et quinze enfants, qui la plupart en avaient ensuite autant, le nom se multipliait rapidement, à l'infini, et bientôt c'était une fourmilière d'homonymes, les uns favorisés, les autres maltraités par la fortune; tandis que ceux-ci montaient dans la noblesse, ceux-là tombaient dans la roture; la poussière des âges aidant, la trace même d'une commune extraction se perdait d'autant plus vite que l'écart social était plus considérable. On a dit que les malheureux n'ont pas d'amis: avec le temps, ils n'ont plus même de parents; c'est le train de l'humanité.

CHAPITRE XXX

Migrations des familles.--Leur genèse.--Pudeur de pauvreté.--Les Évêques et les Abbés.--Mariages de grands seigneurs.--Officiers du Roi.--Désordre et ténèbres.--La cape et l'épée.--La maison de Chastellux.--Filiation perdue.--Logogriphes onomastiques.--Latinisations barbares.--Faussaires et fantaisistes.--Les Damas.--Vercingétorix et le premier Choiseul.--Tout est bien qui finit bien.

Les changements et les usurpations de noms ne sont pas les seuls obstacles que rencontre le pionnier généalogique; les migrations des familles sont une des sources les plus communes de son embarras. Ces migrations, dans les vieux temps, procédaient généralement des causes que je vais énumérer: les mariages hors de sa province, les aventures de guerre ou de garnison, des fonctions quelconques, ecclésiastiques, militaires ou civiles, le commerce, l'exercice des professions libérales dans les villes, la volonté d'aller abriter sa pauvreté loin des lieux où l'on fut riche et puissant.

«Au moyen âge, dit excellemment Mr le comte Anatole de Bremond d'Ars, l'un des présidents d'honneur du Conseil Héraldique de France, les Évêques étaient fort souvent, et même presque toujours suivis dans leur diocèse de quelques membres de leur famille, et c'est à cette cause que l'on doit attribuer l'établissement de certaines maisons dans des provinces éloignées de leur berceau.»[544] Il en était de même pour les abbés de monastères, dont quelques-uns, puissants seigneurs temporels, avoient à leurs gages de très nombreux officiers de rang et de nature divers. Les mariages des grands seigneurs amenaient aussi des déplacements de gentilshommes, qui suivaient leur suzerain dans ses possessions nouvelles. D'autres allaient, loin de leur pays d'origine, mettre leur épée au service d'un prince, recevaient de sa munificence quelque domaine, et faisaient souche dans ses états. Beaucoup allaient occuper, de par le Roi, hors de leur province, des offices de judicature ou de finance, des postes de baillis ou de châtelains, de vicomtes, de contrôleurs ou de gardes-du-scel, se mariaient là, et faisaient souche sans esprit de retour au pays des ancêtres. D'aucuns même troquaient leur nom contre celui de leur femme, ou de sa terre dotale. Allez donc discerner, dans ce désordre, sans une étude scrupuleuse, les tenants d'une même race! Quelques générations suffisaient pour oblitérer le souvenir des origines, d'autant plus que les émigrants n'emportaient communément avec eux que leur cape et leur épée, sans un seul de leurs titres de famille, qui naturellement demeuraient au lieu patrimonial, à la garde de l'aîné. La maison de Chastellux n'a connu que récemment, par la découverte d'une charte authentique, qu'elle était un ramage de l'antique lignage des sires de Montréal.[545] Au XVIIIe siècle, Blandine Courtin de Caumont, femme d'un Courtin de Saint-Vincent, perdit un procès parce qu'elle ne put pas établir une filiation de quelques degrés, qu'aujourd'hui j'ai très aisément dressée.