Chapter 24
J'enseigne l'informatique - en langue gaélique - dans une université située sur l'île de Skye en Ecosse. Je gère le site web de l'établissement qui, à l'échelle internationale, est le principal site d'information sur le gaélique écossais.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je n'ai pas suivi ces débats, mais je pense que la durée du copyright est beaucoup trop longue. A part cela, je pense que le copyright devrait être respecté en général.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Le développement de l'internet amène le danger de la suprématie de l'anglais. Toutefois, si les gens ont la ferme volonté d'accorder une place à d'autres langues, l'internet permettra de les aider dans cette démarche.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Avoir trouvé des informations utiles dans le cadre de ma vie privée.
= Et votre pire souvenir?
Je n'ai pas de souvenir qui soit vraiment mauvais. Juste le courant: le courrier non sollicité (spam) ou les piratages informatiques.
*Entretien du 31 mai 2001 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Il y a eu une forte augmentation de l'utilisation des technologies de l'information dans notre université: beaucoup plus d'ordinateurs, davantage de personnel spécialisé en informatique, des écrans plats. Les étudiants font tout sur ordinateur, ils utilisent un correcteur d'orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en gaélique. Notre site web est beaucoup plus visité. On utilise davantage l'audio. Il est maintenant possible d'écouter la radio en gaélique (écossais et irlandais) en continu sur l'internet partout dans le monde. Une réalisation particulièrement importante a été la traduction en gaélique du logiciel de navigation Opera. C'est la première fois qu'un logiciel de cette taille est disponible en gaélique.
= Avez-vous quelque chose à ajouter à vos réponses des années passées?
J'aimerais insister sur le fait que, en ce qui concerne l'avenir des langues menacées, l'internet accélère les choses dans les deux sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver les langues, l'internet et la mondialisation qui l'accompagne accéléreront considérablement la disparition de ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les préserver, l'internet constituera une aide irremplaçable.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, mais beaucoup moins que l'information transmise par voie électronique. J'envoie environ 2.000 courriers électroniques par an, contre 100 lettres imprimées, 500 appels téléphoniques et 15 fax. Le papier sera encore utilisé pendant longtemps, mais son pourcentage par rapport à l'information électronique continuera de baisser.
= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?
Je ne sais pas très bien en quoi il consiste. C'est le web qui me paraît la chose vraiment importante.
JACQUES PATAILLOT (Paris)
#Conseiller en management chez Cap Gemini Ernst & Young
*Entretien du 26 janvier 2000
= En quoi consiste le site web de votre société?
Le site Ernst & Young France a été créé en 1998. Dans un premier temps, il s'agissait simplement d'un site de communication sur notre société et nos activités. Depuis, ce site s'est naturellement enrichi et développé. (Depuis cet entretien, la société a fusionné avec Cap Gemini pour devenir CGEY (Cap Gemini Ernst & Young), ndlr.)
= Quels sont les changements apportés par l'internet dans votre vie professionnelle?
Internet a changé (et change) notre vie professionnelle sous deux aspects:
- accès aux données pour nos consultants, sur les clients, les clients potentiels, etc. Ce sont les aspects communication / information.
- Internet a généré de nouveaux besoins dans les entreprises et, en conséquence, les sociétés de conseil en management ont développé (et développent) des solutions de commerce électronique pour répondre à ces préoccupations. C'est donc un tout nouveau panel d'activités qui est offert aux sociétés de conseil. Cela changera profondément le monde du consulting, et des investissements importants sont en cours pour le développement de ces solutions e-quelque chose.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Ma vie de consultant sera, à court terme, également influencée par le développement de services en lignes à travers internet. Pour certaines activités de conseil, des réponses directes peuvent être apportées aux clients réels et potentiels par des spécialistes d'un sujet donné, à travers le web. On évolue vers le conseil en ligne.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
A partir du moment où internet, par conception, est un "monde ouvert", le problème des droits d'auteurs est complexe. A mon sens, il y a peu de solutions à ce problème.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Peu de chances, à mon avis, de voir un internet multilingue. Malheureusement le poids de l'anglais est trop fort, et la duplication des textes/informations n'est pas réaliste.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
C'est quand je trouve rapidement l'info que je cherche.
= Et votre pire souvenir?
C'est à l'inverse lorsque je n'en sors pas!
*Entretien du 13 novembre 2000
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Nous avons fusionné avec Cap Gemini pour devenir CGEY (Cap Gemini Ernst & Young). De 800 consultants en France, nous sommes passés à 12.000, et 67.000 dans le monde. La mise en place de la nouvelle organisation m'a beaucoup occupé, en plus de mon activité habituelle.
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Non. Pratiquement rien en interne pour la gestion, tout est fait à travers l'internet et/ou Lotus notes. Liaison internet également avec les clients pour les offres commerciales, les documents de projets, les mémos... Seuls les contrats restent sur papier. Je reçois peu de courrier extérieur sur papier (qui est d'ailleurs le signe d'un contenu probablement peu intéressant!). Je lis la presse à travers les bases de données. Bien sûr, les journaux au petit déjeuner restent nécessaires! Quant aux livres, c'est vrai, je les utilise toujours.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Dans ce contexte, dans mon métier de consulting, les jours du papier sont comptés. Par contre, dans ma vie personnelle, si j'utilise le courrier électronique pour la correspondance, les livres ne sont pas détrônés, ou en tout cas ils sont moins affectés.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je n'ai pas d'expérience e-book. Le plaisir de la lecture commence, pour moi, par une visite et une discussion avec le libraire spécialisé. Il se poursuit par la possession et la conservation du livre.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Comme l'"économie connectée" (de l'anglais "connected economy") où tous les agents sont reliés électroniquement pour les échanges d'information.
= Et la société de l'information?
C'est un vieux concept, dont on parlait déjà en 1975! Seules les technologies ont changé.
NICOLAS PEWNY (Annecy)
#Créateur des éditions du Choucas
"Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littérature? les polars? Vous êtes au bon endroit. Bienvenue!" (extrait du site web) Les éditions du Choucas ont malheureusement cessé leur activité en mars 2001. Une disparition de plus à déplorer chez les petits éditeurs indépendants. Fort de son expérience dans le domaine de la librairie, de l'édition, de l'internet et du numérique, Nicolas Pewny met maintenant ses compétences au service d'autres organismes.
*Entretien du 8 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Le site des éditions du Choucas (fondées en 1992, ndlr) a été créé fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des possibilités que l'internet pouvait nous offrir, je me suis juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous n'avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d'un grand nombre de nuits sans sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai fait référencer (ce n'est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en la matière et s'est agrandi, et il a commencé à être un peu connu même hors de France et d'Europe.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Le changement que l'internet a apporté dans notre vie professionnelle est considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province. L'internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais pas. Même les médias "classiques" nous ont ouvert un peu leurs portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent (corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen. Dès le début de l'existence du site, nous avons reçu des demandes de pays ou nous ne sommes pas (encore) représentés: Etats-Unis, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté de ne pas devenir un site commercial mais un site d'information et à connotation culturelle (nous n'avons pas de système de paiement sécurisé, etc., nous avons juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne).
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'aurais tendance à répondre par deux questions: pouvez-vous me dire comment va évoluer l'internet Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi peu commercial que possible et augmenter l'interactivité et le contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis en veille. Mais si l'évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une voie moyenne? Honnêtement, je n'en sais rien.
*Entretien du 29 juillet 1999
= Pouvez-vous décrire votre site web?
Il y a bientôt trois ans (déjà...) que nous avons créé notre site web (fin novembre 1996, ndlr). "Vous aimez les livres? l'art? la photo? la littérature? les polars? Vous êtes au bon endroit. Bienvenue!" C'est avec ces mots que nous accueillons les visiteurs de notre site où nous tentons de faire partager nos coups de coeur et nos passions. Tous nos titres récents y sont présentés, on peut contacter nos auteurs, participer à un jeu-concours, consulter le début - parfois le texte intégral - des nouveautés. Le texte intégral? Oui, nous croyons à la survie du livre dans son format classique parallèlement au format électronique. Le livre, ce n'est pas seulement un texte. C'est aussi un objet que l'on aime toucher, montrer, emmener en voyage, prêter... Nous pensons que le fait de pouvoir consulter le texte incite à se procurer le livre (si on a aimé bien sûr).
= Quelle est votre activité sur le réseau?
La maintenance et les mises à jour du site, le courrier électronique, etc. sont devenus pour moi une tâche quotidienne s'ajoutant aux autres: mise en page des textes, correction, création des couvertures, rapport avec les auteurs, avec les médias, suivi de la distribution-diffusion, etc. Car comme dans d'autres petites maisons d'édition nous faisons tout nous-mêmes (sauf l'impression). A la suite de la mise en ligne de Corrida, l'exposition virtuelle Lorca-Puig, et plus récemment du site pour la recherche de sponsors pour Mon copain de Pékin, un livre de photographies dédié à Pékin, il semblerait que nous soyons amenés à créer des sites ayant un rapport avec l'art et/ou le livre.
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
A part les réalisations citées plus haut, nous avons acquis un nom de domaine choucas.com - l'ancienne URL teaser.fr/choucas reste cependant toujours valable. Nous avons mis le début de chaque livre en format PDF et pour quelques livres le texte intégral en ligne. Un jeu-concours qui remporte un certain succès a aussi été mis en place. On peut gagner le livre de son choix. Beaucoup de nos visiteurs nous reprochaient de ne pouvoir acheter en ligne sur notre site. Après pas mal d'hésitations nous avons choisi Alapage pour la qualité de son service et pour la fiabilité de leur base de données. Néanmoins la page des librairies en ligne est toujours sur notre site si l'on préfère acheter ailleurs. Nous avons déjà quelques interviews d'auteurs disponibles en RealAudio sur une de nos pages. Nous allons essayer d'en faire d'autres avec de la vidéo. Enfin une alternative du site en DHTML, Javascript, Flash, existe. Nous la mettrons parallèlement en ligne à l'automne (1999).
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois existent déjà. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces débats plaisent au ministère de la Culture... Le soutien à la publication, à la distribution, à l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut éviter que l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes. Évidemment cette action-là est moins médiatique.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Chaque langue possède son génie propre. La difficulté, c'est de ne pas le perdre en route.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Un message enthousiaste d'un prêtre bouddhiste du Tibet qui a adoré l'exposition Lorca.
= Et votre pire souvenir?
Un orage tandis que j'envoyais l'image de la couverture à un auteur. Plus rien... le néant. Plus d'ordinateur. Heureusement que je sauvegarde tout au fur et à mesure. Chez l'auteur tout a "sauté" aussi, et il n'y avait pas d'orage. Dans la présentation du livre Sanguine sur Toile (d'Alain Bron), on lit: "Les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer..." Le contexte m'avait fait ressentir une peur instinctive, jusqu'à ce que la logique reprenne le dessus.
*Entretien du 30 juillet 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Notre activité d'éditeur s'est comme prévu enrichie d'activités liées à l'internet.
Nous venons de mettre en ligne la version française d'un site de montagne et de vacances. D'autres sites sont en cours de réalisation et nous intervenons souvent en tant que consultants (référencements, veille concurrentielle, design, etc.).
Nous avons trois titres en format électronique disponibles en partenariat avec 00h00.com: Perles noires (ouvrage collectif), Les Banquiers du temps, de Daniel Ichbiah, et Sanguine sur toile, d'Alain Bron (Prix du Lions Club International 2000). D'autres devraient suivre.
Bientôt trois autres titres en partenariat avec MobiPocket seront disponibles en format MobiPocket Reader compatible Palm OS, Psion, Windows CE: Un, et autres mécomptes, de Daniel Bouillot, On achève bien les cadavres, de Fred Belin, et Loto Meurtrier, de François Quentin (Prix Edmond Locard 1999).
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Nous en utilisons bien sûr. Le livre papier, lorsque l'impression avec les techniques modernes sera meilleur marché, devrait devenir l'allié du livre électronique.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Cela dépend de quel domaine il s'agit. Je pense que le temps des dictionnaires et encyclopédies et autres ouvages de références techniques et scientifiques "papier" est compté. Pour les romans ou les beaux livres, cela dépend de l'évolution des deux supports.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je pense qu'on est loin des formats et des techniques définitifs. Beaucoup de recherches sont en cours, et un format et un support idéal verront certainement le jour sous peu.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et mal-voyants?
Je n'ai pas de suggestion particulière à formuler. Sauf peut-être que l'on donne plus de moyens pour une meilleure accessibilité. Cela vaut pour l'accès à l'internet en général, d'ailleurs.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Je reprendrai volontiers une phrase d'Alain Bron, ami et auteur de Sanguine sur Toile (publié en 1999 par les éditions du Choucas): "un formidable réservoir de réponses quand on cherche une information et de questions quand on n'en cherche pas. C'est ainsi que l'imaginaire peut se développer (Ma correspondante en Nouvelle-Zélande est-elle jolie? L'important, c'est qu'elle ait de l'esprit.)"
= Et la société de l'information?
Une société qui pourrait apporter beaucoup, si l'on empêche qu'elle ne rime trop avec "consommation" et tout ce qui accompagne ce mot. Mais il est déjà trop tard peut-être...
*Entretien du 14 juin 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Je disais en réponse à une de vos questions: "Je me demande s'il faut un droit particulier pour le web. Les lois existent déjà. Et les contrevenants existaient bien avant la popularisation de l'internet. Enfin, si ces débats plaisent au ministère de la Culture... Le soutien à la publication, à la distribution, à l'existence du livre me semblent plus importants, si l'on veut éviter que l'édition, dans le futur, ne soit l'apanage de deux ou trois grands groupes. Evidemment c'est moins médiatique."
Et ainsi, comme si je le prévoyais, notre distributeur a déposé son bilan. Et malheureusement les éditions du Choucas (ainsi que d'autres éditeurs) ont cessé leur activité éditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour témoignage de mon savoir-faire d'éditeur on- et off-line. L'incompétence des différents ministres de la Culture et la nullité de ce ministère me sidèrent. Une sorte de "franc-maçonnerie" au sens large du terme: il est catastrophique de ne pas en faire partie et - à mon avis - désastreux pour son éthique personnelle d'en faire partie. Ces gens n'oeuvrent que pour eux-mêmes avec les deniers des contribuables...
Enfin je ne regrette pas ces dix années de lutte de satisfactions et de malheurs passés aux éditions du Choucas. J'ai connu des auteurs intéressants dont certains sont devenus des amis... Maintenant je fais des publications et des sites internet pour d'autres. En ce moment pour une ONG (organisation non gouvernementale) internationale caritative; je suis ravi de participer (modestement) à leur activité à but non lucratif. Enfin on ne parle plus de profit ou de manque à gagner, c'est reposant.
HERVE PONSOT (Toulouse)
#Webmestre du site web des éditions du Cerf, spécialisées en théologie
*Entretien du 8 juin 1998
= En quoi consiste le site web du Cerf?
Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan internet, le site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même: le serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne extérieure au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on ne peut dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de Dieu, de plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons cherchées, puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux chercheurs, et secondairement pour faire de la publicité pour la maison et renouveler son image...
Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les sites de recherche sur internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et très prudents.
OLIVIER PUJOL (Paris)
#PDG de la société Cytale et promoteur du Cybook, livre électronique
Conçu par la société Cytale, le Cybook est le premier livre électronique européen à être mis sur le marché (date exacte de commercialisation: 23 janvier 2001). Il a les caractéristiques suivantes: 21 x 16 cm, 1 kg, un écran couleur 10 pouces, tactile, rétro-éclairé, à cristaux liquides (LCD), avec une résolution de 600*800, quatre boutons de commande, une mémoire de 32 Mo permettant de stocker 15.000 pages de texte, soit 30 livres de 500 pages, une batterie lithium-ion d'une autonomie de 5 h, un modem 56 K intégré avec un connecteur son, un port infrarouge, des extensions pour carte PCMCIA et port USB permettant de brancher des périphériques, et enfin un prix: 867 euros. Il suffit d'une prise téléphonique pour connecter le Cybook à l'internet et télécharger des livres à partir de la librairie électronique située sur le site de Cytale, qui a conclu des partenariats avec plusieurs éditeurs et sociétés de presse et qui espère constituer rapidement un catalogue de plusieurs milliers de titres.
*Entretien du 2 décembre 2000
= Pouvez-vous vous présenter?
Olivier Pujol, PDG de Cytale, lecteur frénétique, et internaute. J'ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d'un projet extraordinaire, le livre électronique. Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur impénitent de ce nouveau mode d'accès à l'écrit, à la lecture, et au bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre "adaptable", et aussi moyen d'accès à tous les sites littéraires (ou non), et à toutes les nouvelles formes de la littérature, car c'est également une fenêtre sur le web. Et ceci n'aurait pu exister sans internet!
= Pouvez-vous décrire l'activité de Cytale?
Conception et commercialisation d'un livre électronique, conception, développement et gestion d'un site internet de diffusion de livres numériques, préparation et formatage de livres numériques.
= Pouvez-vous décrire son site web?
- Le premier site - "institutionnel" - a été créé en octobre 1999, à destination des professionnels et des investisseurs.
- Le deuxième site (relookage du premier) a été créé en mai 2000, pour tester un look différent.
- Le troisième site - "libraire" - est en cours de réalisation.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Développer la lecture numérique en France, Europe, et plus.
= Comment voyez-vous l'avenir?
L'utilisation d'internet pour le transport de contenu est un secteur de développement majeur. La société a pour vocation de développer une base de contenu en provenance d'éditeurs, et de les diffuser vers des supports de lecture sécurisés.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Les jours du papier ne sont pas comptés. Le support papier est parfaitement adapté à certains usages: la lecture numérique sur ordinateur n'est pas pratique, et ce pour de nombreuses raisons. Elle ne s'est d'ailleurs pas développée du tout depuis dix ans.
Par ailleurs, le papier n'est pas seulement un support "obligé". C'est également un matériau noble, agréable, avec des qualités propres (toucher, odeur, flexibilité) qui font que son usage n'est en rien menacé (il s'impose même parfois dans des secteurs inattendus comme la confection!).
Le livre électronique, permettant la lecture numérique, ne concurrence pas le papier. C'est un complément de lecture, qui ouvre de nouvelles perspectives pour la diffusion de l'écrit et des oeuvres mêlant le mot et d'autres médias (image, son, image animée...).
Les projections montrent une stabilité de l'usage du papier pour la lecture, mais une croissance de l'industrie de l'édition, tirée par la lecture numérique, et le livre électronique (de la même façon que la musique numérique a permis aux mélomanes d'accéder plus facilement à la musique, la lecture numérique supprime, pour les jeunes générations commme pour les autres, beaucoup de freins à l'accès à l'écrit).