Chapter 21
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Les contacts amicaux et professionnels, par courrier électronique donc, ainsi que la transmission de documents écrits ou d'images, mais assez peu de navigation.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Sans grand changement, je crois, en ce qui me concerne (mais sait-on jamais?).
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
J'utilise beaucoup le support papier car, quoique j'écrive la plupart du temps sur ordinateur, j'ai besoin d'imprimer pour me relire. Je lis les journaux. Je suis très attaché au livre comme objet et comme support de connaissance. Et en tout cas je fais partie de la chaîne qui les édite. Je viens même d'en publier un: Cîntece de alchimist / Chants d'achimiste de Teodor Mazilu, édition bilingue de poésie, traduite par mes soins (publiée aux éditions Crater à Bucarest).
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Je pense que le papier a encore de très beaux jours devant soi. Mais il va resserrer une partie de sa gamme, naturellement, c'est-à-dire la recentrer. Je suis ravi que l'on économise ainsi la vie de milliers d'arbres, pour que certaines données d'intérêt variable ou à rotation rapide soient déviées sur les divers supports numériques. Par ailleurs, les journaux (non nécessairement les quotidiens) restent un moyen dit d'"information" plus digne de foi que la presse audio-visuelle: leur lecture est le moyen d'essayer de s'informer le moins passif, celui qui permet la meilleure distanciation par rapport à l'information (on se fait moins piéger par le matraquage télé). Il y a ensuite plus de diversité dans les titres, dans les opinions, et surtout il y a des journaux spécialisés (c'est même le seul moyen d'information susceptible d'être spécialisé). Le livre, enfin, me paraît aujourd'hui le lieu idéal de refuge des valeurs de l'esprit, celles qui ne sont pas frappées d'obsolescence par le progrès technique ou par les modes. Bref, le papier, c'est la lecture, et c'est la lecture libre.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Mon opinion, que je garde la plus éloignée possible de tout sentiment, est assez réservée. La lecture sur écran est moins confortable que dans un livre traditionnel. Le seul intérêt (à long terme) serait, me semble-t-il, de trouver à l'état numérique des livres épuisés, lorsqu'on ne peut se rendre dans une bibliothèque.
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?
Le débat sur le droit d'auteur sur le web me semble assez proche sur le fond de ce qu'il est dans les autres domaines où le droit d'auteur s'exerce, ou devrait s'exercer. Le producteur est en position de force par rapport à l'auteur dans pratiquement tous les cas de figure. Les pirates, voire la simple diffusion libre, ne menacent vraiment directement que les producteurs. Les auteurs ne sont menacés que par ricochet. Il est possible que l'on puisse légiférer sur la question, au moins en France où les corporations se revendiquant de l'exception culturelle sont actives et résistent encore un peu aux Américains, mais le mal est plus profond. En effet, en France comme ailleurs, les auteurs étaient toujours les derniers et les plus mal payés avant l'apparition d'internet, on constate qu'ils continuent d'être les derniers et les plus mal payés depuis. Il me semble nécessaire que l'on règle d'abord la question du respect des droits d'auteur en amont d'internet. Déjà dans le cadre général de l'édition ou du spectacle vivant, les sociétés d'auteurs - SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), Société des gens de lettres, SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), etc. - faillissent dès lors que l'on sort de la routine ou du vedettariat, ou dès que les producteurs abusent de leur position de force, ou tout simplement ne payent pas les auteurs, ce qui est très fréquent. Il est hypocrite dans ce cas-là de crier haro sur le seul internet.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un web véritablement multilingue?
La langue unique est à l'évidence un système totalitaire. Tout ce qui peut contribuer à la diversité linguistique, sur internet comme ailleurs, est indispensable à la survie de la liberté de penser. Je n'exagère absolument pas: l'homme moderne joue là sa survie. Cela dit, je suis très pessimiste devant cette évolution. Les Anglo-saxons vous écrivent en anglais sans vergogne. L'immense majorité des Français constate avec une indifférence totale le remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l'hégémonie linguistique des Anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas d'autres horizons que de servir ces riches et puissants maîtres. La seule solution consisterait à recourir à des législations internationales assez contraignantes pour obliger les gouvernements nationaux à respecter et à faire respecter la langue nationale dans leur propre pays (le français en France, le roumain en Roumanie, etc.), cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rêvons pas...
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
L'accompagnement acoustique, mais je n'ai pas de suggestions techniques.
= Comment définissez-vous la société de l'information?
Il n'y a pas, je crois, de société de l'information. Internet, la télévision, la radio ne sont pas des moyens d'information, ce sont des moyens de communication. L'information participe d'une certaine forme de savoir sur le monde, et les moyens de communication de masse ne la transmettent pratiquement pas. Ils l'évoquent dans le meilleur des cas (ceux des journalistes de terrain par exemple), et la déforment voire la truquent dans tous les autres. Et (pour autant qu'il le veuille!) le pouvoir politique n'est hélas plus aujourd'hui assez "le" pouvoir pour pouvoir faire respecter l'information et la liberté. L'information, comme toute forme de savoir, est le résultat d'une implication personnelle et d'un effort de celui qui cherche à s'informer. C'était vrai au Moyen-Âge, c'est encore vrai aujourd'hui. La seule différence, c'est qu'aujourd'hui il y a davantage de leurres en travers du chemin de celui qui cherche.
TIM McKENNA (Genève)
#Ecrivain, s'interroge sur la notion complexe de "vérité" dans un monde en mutation constante
*Entretien du 17 octobre 2000 (entretien original en anglais)
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
J'enseigne les mathématiques. En ce moment, je suis en disponibilité pour préparer une maîtrise en gestion des télécommunications.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
J'utilise l'internet principalement comme outil de recherche.
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'aimerais que l'internet devienne davantage un outil d'accès à l'information et aux médias non contrôlé par les multinationales.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le droit d'auteur est une question difficile. Le détenteur de la propriété intellectuelle pense que ce qu'il a créé lui appartient. Quant au client, il achète un morceau de plastique (dans le cas d'un CD) ou un ensemble de pages brochées (dans le cas d'un livre). Les commerçants n'ont pas encore réussi à faire comprendre au client la notion de propriété intellectuelle. Le consommateur ne pense pas de manière très abstraite. Quand il télécharge des chansons par exemple, c'est simplement pour les écouter, non pour les posséder. L'industrie musicale et le monde de l'édition doivent trouver des solutions pour que le consommateur prenne en considération la question du copyright lors de ces téléchargements.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?
Quand la qualité des logiciels sera suffisante pour que les gens puissent discuter sur le web en temps réel dans différentes langues, nous verrons tout un monde s'ouvrir à nous. Les scientifiques, les hommes politiques, les hommes d'affaires et bien d'autres groupes seront à même de communiquer immédiatement entre eux sans l'intermédiaire de médiateurs ou traducteurs.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Le papier joue encore un rôle vital dans ma vie. Pour moi, la lecture est une question de fierté culturelle. J'ai des origines irlandaises (Tim est américain, ndlr). Pour paraphraser Thomas Cahil, en Irlande la spiritualité a toujours été étroitement liée à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Ne pas pouvoir lire sur le papier me manquerait, et la lecture à l'écran est trop fatigante pour les yeux.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Je ne pense pas que le livre numérique séduise vraiment les amoureux des livres. Si l'internet est un excellent moyen d'information, les livres ne se bornent pas à cela. Ceux qui aiment les livres ont une relation personnelle avec eux. Ils les relisent, notent leurs commentaires sur les pages, s'entretiennent avec eux. Tout comme le cybersexe ne remplacera jamais le fait d'aimer une femme, le livre numérique ne remplacera jamais la lecture d'un beau texte en version imprimée.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Les concepteurs de logiciels doivent développer des logiciels activés par la voix, en ayant à l'esprit les aveugles en ce qui concerne la qualité, et l'ensemble des utilisateurs en ce qui concerne la rentabilité. Ceci est bien préférable que de limiter l'utilisation d'une technologie à la communauté des aveugles. Il existe d'innombrables exemples de technologies développées à l'origine pour des personnes ayant une déficience donnée et qui ont été profitables à tous.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Pour moi, le cyberespace est l'ensemble des liens existant entre les individus utilisant la technologie pour communiquer entre eux, soit pour partager des informations, soit pour discuter. Dire qu'une personne existe dans le cyberespace revient à dire qu'elle a éliminé la distance en tant que barrière empêchant de relier personnes et idées.
= Et la société de l'information?
Je considère la société de l'information comme la forme tangible de la conscience collective de Jung. L'information réside essentiellement dans notre subconscient mais, grâce à l'existence de navigateurs, l'information est désormais plus facile à récupérer. Cette information favorise une meilleure connaissance de nous-mêmes en tant qu'individus et en tant qu'êtres humains.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
L'utilisation du courrier électronique pour rester en contact avec mes amis.
= Et votre pire souvenir?
Apprendre à utiliser l'internet, avant que la technologie n'apporte les améliorations me permettant de ne plus me préoccuper de mon inaptitude dans ce domaine.
PIERRE MAGNENAT (Lausanne)
#Responsable de la cellule "gestion et prospective" du centre informatique de l'Université de Lausanne
*Entretien du 27 octobre 2000
= Pouvez-vous vous présenter?
Mathématicien de formation, je me suis ensuite orienté vers la recherche en astrophysique à l'Observatoire de Genève, domaine dans lequel j'ai obtenu mon doctorat en 1982. Le sujet en était l'étude de la stabilité des orbites dans des modèles numériques de galaxies, ce qui m'a conduit à développer un usage intense de l'informatique, et m'a peu à peu dirigé totalement vers cette branche encore neuve à l'époque. En 1985, j'ai accordé mes actes à mes préférences et suis parti travailler chez un constructeur informatique. J'ai rejoint l'Université de Lausanne en 1990 pour occuper le poste où je suis encore.
= Pouvez-vous décrire l'activité de votre organisme?
L'Université de Lausanne est une université généraliste fondée en 1537 (théologie, droit, lettres, sciences sociales, HEC (hautes études commerciales), sciences (maths, physique, chimie, biologie, sciences de la terre, pharmacie) et médecine. Elle comprend environ 10.000 étudiants et 2.200 chercheurs.
= Pouvez-vous décrire son site web?
Dès le début du web, un premier site a été créé par le personnel du centre informatique (en 1995). Chaque faculté, section ou institut s'y est mis par la suite, sans réelle unité et cohérence. Par la suite, certaines règles d'édition ont été établies, et le site remanié à plusieurs reprises avec l'aide de graphistes et d'une personne en charge de fédérer les informations. Nous avons été la première université suisse (voire européenne?) à permettre l'immatriculation des nouveaux étudiants par le web. Depuis, les applications administratives (ressources humaines, finances, grades, etc.) sont les unes après les autres adaptées à un usage par le web. Pour le futur proche, nous étudions la mise en place d'un portail dont l'accès sera personnalisé et adapté aux tâches et désirs de chacun, étudiants, personnel ou visiteur. Il permettra également un accès authentifié aux applications administratives.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je dirige la centrale d'achats informatiques de l'université. A ce titre, je définis des normes techniques, je procède aux appels d'offres et gère l'entretien du parc, ainsi que les contrats de licences de logiciels. Je suis également responsable de l'établissement et de la gestion des budgets informatiques centraux. Une bonne part de mon activité est ainsi liée à des aspects de prospective et de veille technologique.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Bien avant l'arrivée du web, internet était déjà un outil essentiel à mon activité: courrier électronique, information par Usenet News puis gopher. Chaque développement nouveau de l'internet nous a permis de mettre en place des outils facilitant la vie de nos utilisateurs (listes de prix et configurations, formulaires de commandes, inventaires en ligne, etc.) tout comme la nôtre (contacts fournisseurs, informations techniques, etc.). Par ailleurs, cet usage a déteint dès le début sur mes activités personnelles (IRC, news, etc.), pour aboutir à un usage fréquent du commerce électronique et de la bourse en ligne.
= Comment voyez-vous l'avenir?
L'usage de l'internet va encore s'intensifier, tout comme ses aspects intranet au sein de notre institution. En particulier, l'apparition des "campus virtuels" proposant des enseignements à distance et/ou collaboratifs va bouleverser l'usage que l'on en fait jusqu'à maintenant, exigeant des bandes passantes considérablement plus grandes. La téléconférence, déjà mise en place par ATM (asynchronous transfer mode) entre les universités de Lausanne et Genève, va également s'étendre, exigeant elle aussi des moyens considérables et très sécurisés (par exemple pour les diagnostics médicaux à distance, voire la téléchirurgie).
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Oui, hélas. Nous continuons à devoir imprimer beaucoup de choses, ne serait-ce que pour des raisons administratives. Par contre, pour tout ce qui est information, je ne la prends plus que sur internet.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Comme pour toute nouvelle technologie, je m'y mettrai avec joie dès que son usage sera plus pratique et/ou agréable que la méthode traditionnelle. Il faut donc un support léger et petit, avec un écran parfaitement stable et précis. Il faudra de plus qu'il nous procure des avantages: possibilité de copier/coller des passages sur son poste de travail, accès à des bases de données bibliographiques, etc. Tant que c'est moins agréable qu'un livre, et sans avantage notable, je reste au livre. C'est comme pour l'agenda/PDA (personal digital assistant): je ne me suis pas encore résolu à passer au Palm, car mon vieux time-system est encore beaucoup plus pratique et rapide. Lors d'une séance de groupe où nous devons convenir d'une prochaine réunion, je suis toujours le premier à pouvoir dire si telle date me convient, alors que mes collègues "palmés" en sont encore à tapoter au stylet pour trouver la bonne page...
= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
Je n'ai pas de suggestion, mais plutôt une interrogation: que cherche-t-on par là? Les évènements récents dans le monde musical ont montré que de grosses entreprises prennent prétexte du droit d'auteur pour en fait protéger leur profit. Je ne me fais aucune illusion sur la probabilité qu'a et aura un auteur peu médiatisé, dans un pays autre que les Etats-Unis, de recevoir des royalties sur un texte ou une musique diffusés sur le web, même si des dispositifs de mesure sophistiqués sont mis en place. Par ailleurs, ces dispositifs existent, permettant donc théoriquement un contrôle, alors que ça n'est pas le cas sur les photocopieurs ou les enregistreurs de cassettes. A cet égard, le web n'amène donc pas vraiment de problème supplémentaire.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
La seule solution que je vois serait qu'un effort majeur et global soit entrepris pour développer des traducteurs automatiques. Je ne pense pas qu'une quelconque incitation ou autre quota pourrait empêcher la domination totale de l'anglais. Cet effort pourrait - et devrait - être initié au niveau des états, et disposer des moyens suffisants pour aboutir. Concernant le français, il existe un groupement de pays francophones dont des délégués se réunissent régulièrement. Le résultat de ces réunions ne m'est jamais apparu clairement; l'économie réalisée en supprimant un ou deux de ces raouts permettrait peut-être de financer le projet...
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Pas vraiment d'idée particulière autre que ce qui existe déjà, comme les synthétiseurs vocaux.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
L'ensemble des ressources et acteurs connectés et accessibles à un moment donné.
= Et la société de l'information?
Un mot à la mode, qui ne veut rien dire. Une société est par essence communicative, et donc caractérisée par des échanges d'informations. Les seules choses qui ont changé, c'est la quantité et la vitesse de ces échanges.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Lorsqu'en 1995, je me suis retrouvé à mon premier GT (Get Together) en Californie, une party à laquelle participaient plus de cinquante personnes que je n'avais jamais vues, mais que je connaissais déjà bien pour avoir "chatté" avec elles pendant deux ans sur IRC (Internet relay chat).
= Et votre pire souvenir?
Lorsque je me suis fait avoir par une fausse information concernant une société dont je possédais des actions. C'est un mauvais souvenir mais une bonne leçon.
XAVIER MALBREIL (Ariège, Midi-Pyrénées)
#Auteur multimédia, créateur du site www.0m1.com, modérateur de la liste e-critures
Auteur multimédia, Xavier Malbreil est le créateur du site www.0m1.com et le modérateur de la liste e-critures. Son roman Je ne me souviens pas très bien est une expérience d'écriture mise en ligne en temps réel. Par ailleurs, certains des ouvrages de Xavier Malbreil sont publiés par les éditions www.manuscrit.com: Des corps amoureux dans quelques récits, recueil de quinze nouvelles autour des nouvelles limites du corps amoureux, et Les prisonniers de l'internet, épisode I et II, début d'une saga "jeunesse" sur l'imaginaire lié à l'internet.
*Entretien du 28 mars 2001
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je fais plusieurs métiers de plume comme: traducteur, rédacteur publicitaire, concepteur de sites internet.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Je suis modérateur de la liste e-critures. Webmaster du site www.0m1.com. Intervenant sur le site www.e-critures.org. Créateur de plusieurs sites.
= Les possibilités offertes par l'hyperlien ont-elles changé votre mode d'écriture?
Oui: j'ai développé une écriture hypertextuelle spécifique sur mon site www.0m1.com dans les rubriques "10 poèmes en 4 dimensions" et "Formes libres flottant sur les ondes".
Non: mon écriture traditionnelle (roman, nouvelles) n'a pas été modifiée par l'hyperlien.
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'ai plusieurs projets en cours de développement destinés à l'internet. Concernant l'avenir de l'internet, je le crois illimité. Il ne faut pas confondre les gamelles que se prennent certaines start-up trop gourmandes, ou dont l'objectif était mal défini, et la réalité du net. Mettre des gens éloignés en contact, leur permettre d'intéragir, et que chacun, s'il le désire, devienne son propre fournisseur de contenu, c'est une révolution dont nous n'avons pas encore pris toute la mesure.
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Dans mon travail d'écriture traditionnelle, je me sers du papier comme d'une étape intermédiaire. En imprimant ce que j'ai tapé sur l'ordinateur, je visualise mieux (mets à distance) le premier jet, afin de mieux le retravailler. Puis retour sur écran, et re-impression sur papier, autant de fois qu'il le faut.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Il y a beaucoup de choses qui pourront se passer du papier, comme les annuaires, les guides, etc...
Le livre-papier reste encore un objet désirable (oui, il faut mettre en avant ce concept d'avoir du désir pour un livre et toujours se poser la question "depuis combien de temps n'ai-je pas eu du désir pour un livre?"). Par contre, ce qui a été créé pour et par ordinateur ne gagnera rien à être transféré sur papier. Il ne sert à rien d'opposer les deux médias. On élève toujours des chevaux, même si la voiture rend des services plus performants. Feuilleter un livre, c'est une impression physique, dans laquelle la performance n'a rien à voir.
Explorer ludiquement un écran, c'est une joie également.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Pour l'instant, je trouve ça moche, et peu pratique. Nous n'en sommes qu'au début. L'argument selon lequel on pourrait disposer de plusieurs livres simultanément me semble un peu fallacieux. Quand on est un lecteur, on veut lire UN livre et pas trente-six à la fois. Ce livre, on l'a choisi, on le désire. Quand on en veut un autre, on en prend un autre. Il y a le cas des expéditions lointaines. Oui... mais est-ce vraiment un argument? Il ne faut pas se laisser prendre aux arguments des vendeurs de gadgets électroniques.
= Quel est votre avis sur les débats relatifs au respect du droit d'auteur sur le web?
Il y a deux choses.
Le web ne doit pas être un espace de non-droit, et c'est un principe qui doit s'appliquer à tout, et notamment au droit d'auteur. Toute utilisation commerciale d'une oeuvre doit ouvrir droit à rétribution.
Mais également, le web est un lieu de partage. Echanger entre amis des passages d'un texte qui vous a plu, comme on peut recopier des passages d'un livre particulièrement apprécié, pour le faire aimer, cela ne peut faire que du bien aux oeuvres, et aux auteurs. La littérature souffre surtout de ne pas être diffusée. Tout ce qui peut concourir à la faire sortir de son ghetto sera positif.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Une interconnexion de tous, partout. Avec le libre accès à des banques de données, pour insuffler également du contenu dans les échanges interpersonnels.
= Et la société de l'information?
La circulation de l'information en temps réel. La connaissance immédiate. L'oubli immédiat. L'espace saturé d'ondes nous entourant, et nous, corps humains, devenant peu à peu un simple creux laissé par les ondes, une simple interconnexion. Corps humains devenant instants de l'information.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Une rencontre amoureuse. La rencontre de plusieurs communautés d'écrivains.
= Et votre pire souvenir?
Au tout début, ne pas avoir maîtrisé les codes de communication liés à l'internet. M'être laissé entraîner dans des polémiques vaines.
ALAIN MARCHISET (Paris)
#Président du Syndicat de la librairie ancienne et moderne (SLAM)