Chapter 20
Je suis de plus en plus convaincu que nous devons veiller à ne pas aborder le problème du multilinguisme en l'isolant du reste. Je reviens de France, où j'ai passé de très bonnes vacances d'été. Même si ma connaissance du français est sommaire (c'est le moins que l'on puisse dire), il est surprenant de voir que je peux malgré tout communiquer sans problème en combinant ce français sommaire avec des gestes, des expressions du visage, des indices visuels, des schémas, etc. Je pense que le web (contrairement au système vieillot du courrier électronique textuel) peut permettre de combiner avec succès la transmission des informations par différents canaux (ou moyens), même si ce processus n'est que partiellement satisfaisant pour chacun des canaux pris isolément.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le point de départ est évidemment: "on ne doit pas voler, même si c'est facile". Il est intéressant d'observer que, aussi complexe que soit la définition légale de "vol", dans la plupart des cas les gens arrivent très bien à la cerner:
- si je copie une information du web et que je l'utilise à des fins personnelles, je ne commets pas de vol, parce que cette information a été mise sur le web dans le but premier d'être utilisée;
- si je la copie à partir du web et que je la transmets à d'autres en précisant le nom de l'auteur, je ne commets pas de vol;
- si je la copie à partir du web et que je la transmets à d'autres en prétendant que j'en suis l'auteur, je commets un vol;
- si je la copie à partir du web, et que je la vends à d'autres sans avoir l'autorisation de l'auteur, je commets un vol.
Je réalise qu'il existe de nombreux cas situés dans les zones limites de ces quatre ensembles et pour lesquels il serait difficile de préciser s'il y a vol ou non, mais ces précisions sont du ressort des juristes.
= Quelles solutions pratiques suggérez-vous?
Je préconiserais les règles suivantes:
- la liberté totale pour la copie de l'information à usage personnel;
- la retransmission de l'information uniquement avec l'accréditation de l'auteur (à moins qu'il ne soit bien précisé que cette information est du domaine public);
- la revente de cette information uniquement avec l'accord de l'auteur (à moins que celle-ci ne soit du domaine public).
Pour faire respecter ces règles, on pourrait envisager:
- l'introduction d'"étiquettes normalisées" indiquant si l'information est du domaine public et, si elle ne l'est pas, renvoyant à l'auteur;
- la lecture de ces "étiquettes" par les navigateurs, qui les afficheraient en même temps que le document: texte, image, film, etc.;
- l'adoption d'une convention ou d'une règle selon laquelle l'information ne peut être copiée sans l'"étiquette" correspondante;
- (idée plus audacieuse) la mise en place d'un ISPN (international standard person number), similaire à l'ISBN (international standard book number) ou l'ISSN (international standard serial number), qui identifierait une seule personne, si bien que les références aux auteurs contenues dans les "étiquettes" seraient moins dépendantes des changements d'adresses électroniques ou d'adresses de pages web (à condition bien sûr que les gens mettent à jour leurs coordonnées dans la base de données ISPN).
= Quelles solutions pratiques suggérez-vous pour un véritable multilinguisme sur le web?
- En ce qui concerne l'auteur: une meilleure formation des auteurs de sites web pour exploiter les combinaisons de modalités possibles afin d'améliorer la communication par-delà les barrières des langues (et pas seulement par un vernis superficiel);
- en ce qui concerne l'usager, des logiciels de traduction de type AltaVista Translation, dont la qualité n'est pas frappante, mais qui a le mérite d'exister;
- en ce qui concerne le navigateur, des logiciels de traduction intégrée, particulièrement pour les langues non dominantes, et des dictionnaires intégrés plus rapides.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Une nuit, j'ai entendu le fragment d'une chanson sur une station de radio étrangère, ainsi que le nom d'une personne, et par le seul biais de l'internet j'ai été capable de:
- trouver que ce nom était celui du compositeur de la chanson,
- trouver le titre de la chanson,
- vérifier qu'il s'agissait bien de la chanson dont j'avais entendu un fragment,
- découvrir qu'elle faisait partie d'une comédie musicale,
- trouver le titre du coffret de CD de cette comédie musicale,
- acheter le coffret de CD en question,
- trouver le site web de la comédie musicale,
- trouver le pays et l'endroit dans lesquels cette comédie musicale était toujours à l'affiche, y compris le détail du programme avec les jours et heures des représentations,
- trouver le numéro de téléphone et les heures d'ouverture du bureau de location,
- me procurer un plan de la ville et les indications nécessaires pour trouver le théâtre.
J'aurais pu également réserver mon hôtel et mon vol par l'internet mais, dans ce cas précis, cela n'a pas été nécessaire. La seule chose que je n'ai pas pu faire fut la réservation elle-même parce que, à l'époque, les réservations par l'internet venant de l'étranger n'étaient pas acceptées, pour des raisons de sécurité. J'ai passé un très bon moment au théâtre, et je ne pense pas que ceci aurait été possible sans l'internet!
= Et votre pire souvenir?
Rien de vraiment spécifique, mais plutôt des choses répétitives comme:
- les courriers électroniques non sollicités à caractère commercial,
- les pages web remplies de publicités,
- les pages surchargées de graphiques inutiles et dont le téléchargement prend du temps,
- les liens cassés.
*Entretien du 1er juin 2001 (entretien original en anglais)
= Utilisez-vous encore des documents papier?
J'utilise le papier en grande quantité. J'imprime tous les documents importants, parce qu'ils sont beaucoup plus faciles à consulter de cette façon (plus faciles à parcourir, et jamais de batterie en panne). Je ne pense pas que ceci change avant longtemps.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Il y a encore un long chemin à parcourir avant que la lecture sur écran soit aussi confortable que la lecture sur papier.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Pour moi, le cyberespace est la partie de l'univers (incluant personnes, machines et information) que je peux atteindre "derrière" ma table de travail.
= Et la société de l'information?
La société de l'information est une société dans laquelle:
- l'essentiel du savoir et de l'information n'est plus stocké dans des cerveaux ou des livres mais sur des médias électroniques;
- les dépôts d'information sont distribués et interconnectés au moyen d'une infrastructure spécifique, et accessibles de partout,
- les processus sociaux sont devenus tellement dépendants de cette information et de son infrastructure que les citoyens non connectés au système d'information ne peuvent pleinement participer au fonctionnement de la société.
GAELLE LACAZE (Paris)
#Ethnologue et professeur d'écrit électronique dans un institut universitaire professionnalisé
Ethnologue, Gaëlle Lacaze est spécialiste de la Mongolie. Professeur dans un institut universitaire professionnalisé (IUP), elle enseigne l'écrit électronique à des étudiants qui se destinent au métier d'éditeur, de bibliothécaire et de libraire. Elle effectue aussi des recherches informelles sur la place du visuel dans la communication, notamment dans l'information électronique.
*Entretien du 7 décembre 2000
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
En tant qu'ethnologue, je développe une méthodologie d'utilisation de l'image dans le cadre de l'étude du corps. J'enseigne aussi l'écrit électronique, principalement HTML.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Non, les deux supports ne se superposent pas. Le papier possède des qualités et l'édition électronique en possède d'autres.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
C'est un outil de travail intéressant. Reste le problème des droits de propriété intellectuelle sur certains documents. C'est un outil indispensable pour les bibliothèques, mais la version papier des livres disponibles sur internet ne doit pas disparaître. Il importe aussi de ne pas oublier les "infos-pauvres" dans l'avancée de ces super-technologies.
= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
L'éducation du netizen; la formation des intermédiaires servant à l'utilisation des NTI (nouvelles technologies de l'information) à la nettatitude; l'analyse du rapport entre droits d'auteurs / diffusion du savoir / honnêteté scientifique.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Une visuelle en trois dimensions: superposition de lignes droites mouvantes selon des directions multiples où les rencontres de lignes créent des points de contact.
= Et la société de l'information?
Une société où l'information est reçue et digérée, sans être étouffée par la profusion.
HELENE LARROCHE (Paris)
#Gérante de la librairie Itinéraires, spécialisée dans les voyages
Située au coeur de Paris dans l'ancien quartier des Halles, la librairie Itinéraires rassemble tous les ouvrages permettant de préparer, accompagner et prolonger un voyage: guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de voyage, livres de cuisine, livres d'art et de photographie, ouvrages d'histoire, de civilisation, d'ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et cela pour plus de 160 pays et 250 destinations.
*Entretien du 11 juin 1998
= Comment votre librairie en est venue à utiliser le minitel puis l'internet?
Dès 1985, nous avons créé une base de données avec classement des ouvrages par pays et par thèmes. Il y a un peu plus de trois ans (1995), nous avons rendu la consultation de notre catalogue possible sur minitel et nous effectuons aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires avec la vente à distance.
Passer du minitel à internet nous semblait intéressant pour atteindre la clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par les livres un contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui "livre à domicile" et bien sûr les "surfeurs sur le net", non minitélistes. La vente à distance est encore trop peu utilisée sur internet pour avoir modifié notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique sur le web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. Outre le bénéfice pour l'image de la librairie qu'internet peut apporter (et dont nous ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle dans notre spécialité (la connaissance des pays étrangers), atteindre et intéresser les expatriés et augmenter nos ventes à l'étranger.
*Entretien du 16 janvier 2000
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Peu d'actualisation à nos renseignements antérieurs. Des projets certes qu'il est trop tôt de préciser. Cependant un net regain de personnes qui viennent à notre librairie après nous avoir découvert sur le web. C'est donc plutôt une clientèle parisienne ou une clientèle venue de province pour pouvoir feuilleter sur place ce que l'on a découvert sur le web. Mais l'expérience est très intéressante et nous conduit à poursuivre.
PIERRE LE LOARER (Grenoble)
#Directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques de Grenoble et chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation)
*Entretien du 5 février 2001
= Pouvez-vous vous présenter?
Professionnellement, actuellement, je suis chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation) et directeur du centre de documentation de l'Institut d'études politiques (IEP) de Grenoble, qui est un organisme d'enseignement supérieur. Je suis également webmestre du site web de cette institution.
Mon parcours professionnel m'a permis de travailler à la fois dans le secteur public et dans le secteur privé. Et je considère cela comme un grand avantage. Le passage de l'un à l'autre (et dans les deux sens) devrait être davantage favorisé.
= Pouvez-vous décrire le site web de votre organisme?
Conçu dès février 1998, il a ouvert en mai 1998. J'étais le chef de projet, d'autant que j'ai une formation multimédia, outre ma formation initiale en philosophie, documentation-bibliothèques et informatique.
Il y avait un comité de pilotage (au sein de notre Institut) et également plusieurs partenaires:
- un graphiste (qui venait de créer le logo de l'Institut) à qui j'ai demandé de décliner des éléments cohérents pour le site, en liaison avec la société de multimédia,
- une société de création multimédia à qui j'ai demandé de créer une "maquette" de page d'accueil et deux modèles de pages (page de rubrique principale, page de sous-rubrique) pour disposer d'une ligne graphique,
- une ergonome qui avait pour objet de tester et surtout de faire tester la version 1 (maquette) du site, pour ensuite réaliser une version 2 opérationnelle, ce qui a été fait,
- une rédactrice qui, avec moi-même, a repris, sélectionné les informations et même partiellement réécrit certains textes et surtout organisé avec moi les rubriques et sous-rubriques, créé les libellés d'intitulés, etc., ce travail étant soumis au comité de pilotage,
- le CRI (centre de recherche en informatique) de l'université pour réaliser les pages HTML en suivant les modèles, une fois validés, des pages de différents niveaux et également pour héberger le site.
Dans un second temps, un professeur d'anglais m' a aidé à créer quelques pages en anglais. Aujourd'hui, le site est maintenu à jour par moi-même et une personne qui m'aide grandement pour cette tâche. Pour le mettre à jour, nous travaillons avec un outil d'édition en ligne.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Elle est très variée. Je ne reviens pas sur mes fonctions de directeur d'un centre de documentation, sinon pour insister sur:
- l'importance de la formation des étudiants à la recherche documentaire, à la connaissance des sources d'information, imprimées et électroniques, et à la production de documents sous forme numérique,
- la conception, que je reprends à mon compte, de la "bibliothèque hybride" qui gère, donne accès à la fois aux documents imprimés et aux documents électroniques. Il me semble que l'on peut même parler de "lecture hybride" où l'on passe de l'écran à divers supports imprimés et l'inverse.
Mes fonctions de chargé de mission TICE (technologies de l'information et de la communication pour l'éducation) visent à mettre ces TICE au service de la stratégie de l'Institut, pour son développement, pour renforcer encore la qualité de son enseignement, faciliter des accompagnements pédagogiques, aider au développement des relations internationales grâce aux facilités de l'échange électronique. Les TICE ne sont pas un but en soi, mais bien un outil au service d'objectifs stratégiques. Ceci passe, entre autres, par la création d'intranets pédagogiques, un renforcement de la formation en bureautique communicante pour les étudiants, les enseignants et le personnel administratif.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Elle a divers aspects, qui sont assez différents: gestionnaire de site, formateur pour un usage à la fois réfléchi et professionnel du web, animateur, participant à des séminaires, réunions diverses sur l'internet (et l'éducation, les collectivités territoriales, etc.). Membre de l'ISOC (Internet Society), je participe aux rencontres d'Autrans.
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
Oui. Et également beaucoup l'écran.
= Les jours du papier sont-ils comptés?
Le papier a encore de beaux jours devant lui, même si le support électronique va continuer à beaucoup se développer et se diversifier.
= Quel est votre sentiment sur le livre électronique?
Je préfère vous renvoyer à deux écrits récents. Pour information, le texte que j'avais écrit sur "Lecteurs et livres électroniques" pour le Bulletin des Bibliothèques de France (de juillet 2000, paru en décembre 2000, ndlr) est aujourd'hui disponible au format pdf. Un autre article, mettant à jour un grand nombre d'informations, va paraître dans Documentaliste-Sciences de l'information d'ici quelques jours (paru depuis: "Les livres électroniques ou le passage", vol. 37, n° 5-6, 2000, ndlr).
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Meilleur, je ne sais.
Quand j'ai pu aider tel(le) internaute à l'autre bout du monde (Australie, par exemple) sur une question précise, via le hasard du questionnement. Mais ce n'est pas si fréquent (manque de temps, participation aujourd'hui plus que limitée aux listes et forums).
Quand j'ai pu échanger des propos avec tel ou tel chercheur de l'autre bout du monde et avoir ensuite le plaisir de le rencontrer in situ.
Etc., etc.
= Quel est votre pire souvenir lié à l'internet?
Pire, je ne sais.
Mais l'avalanche de messages "spam" a le don de m'agacer, voire de m'irriter. De même, je n'apprécie guère (euphémisme) certain(s) fournisseur(s) d'accès qui rédui(sen)t la vision de l'internet à l'espace de leurs propres sites et ressources, et exigent l'utilisation de leur seul logiciel de messagerie (propriétaire) pour communiquer par mél. Une tromperie quant à la vision et aux potentialités de l'internet.
FABRICE LHOMME (Bretagne)
#Créateur d'Une Autre Terre, site consacré à la science-fiction
Fabrice Lhomme a créé Une Autre Terre - site personnel - par passion pour la science-fiction. Il est technicien en informatique, et son activité principale est la création de serveurs internet au sein d'une petite société informatique.
*Entretien du 9 juin 1998
= Quel est l'historique de votre site web?
Le serveur a vu le jour fin novembre 1996. J'ai commencé en présentant quelques bibliographies très incomplètes à l'époque et quelques critiques. Rapidement, j'ai mis en place les forums à l'aide d'un logiciel "maison" qui sert également sur d'autres actuellement. Depuis la page réalisée pour le premier anniversaire du serveur, le phénomène le plus marquant que je puisse noter, c'est la participation de plusieurs personnes au développement du serveur alors que jusque-là j'avais tout fait par moi-même. Le graphisme a été refait par un généreux contributeur et je reçois régulièrement des critiques réalisées par d'autres personnes. Pour ce qui est des nouvelles, la rubrique a eu du mal à démarrer mais, une fois qu'il y en a eu un certain nombre, j'ai commencé à en recevoir régulièrement (effet d'entraînement). Actuellement, j'ai toutes les raisons d'être satisfait car mon site reçoit plus de 2.000 visiteurs différents chaque mois et toutes les rubriques ont une bonne audience. Le forum des visiteurs est très actif, ce qui me ravit.
= Quels sont vos projets?
J'envisage pour très bientôt d'ouvrir une nouvelle rubrique proposant des livres d'occasion à vendre avec l'ambition de proposer un gros catalogue. Eventuellement j'ouvrirai aussi une rubrique présentant des biographies car je reçois pas mal de demandes des visiteurs en ce sens. Si l'activité de vente de livres d'occasion se montre prometteuse, il est possible que j'en fasse une activité professionnelle sous la forme d'une micro-entreprise.
= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?
Il faut d'abord préciser qu'Une Autre Terre est un serveur personnel hébergé gratuitement par la société dans laquelle je travaille. Je l'ai créé uniquement par passion pour la SF et non dans un but professionnel même si son audience peut laisser envisager des débouchés dans ce sens. Par contre internet a bel et bien changé ma vie professionnelle. Après une expérience de responsable de service informatique, j'ai connu le chômage et j'ai eu plusieurs expériences dans le commercial. Le poste le plus proche de mon domaine d'activité que j'ai pu trouver était vendeur en micro-informatique en grande surface (je dois préciser quand même que je suis attaché à ma région et que je refusais de "m'expatrier"). Jusqu'au jour donc où j'ai trouvé le poste que j'occupe depuis deux ans. S'il n'y avait pas eu internet, je travaillerais peut-être encore en grande surface. Actuellement, le principal de mon activité tourne autour d'internet (réalisation de serveurs web, intranet/extranet,...) mais ne se limite pas à cela. Je suis technicien informatique au sens large du terme puisque je m'occupe aussi de maintenance, d'installation de matériel, de réseaux, d'audits, de formations, de programmation, etc.
= Comment voyez-vous l'avenir?
J'ai trouvé dans internet un domaine de travail très attrayant et j'espère fortement continuer dans ce segment de marché. La société dans laquelle je travaille est une petite société en cours de développement. Pour l'instant je suis seul à la technique (ce qui explique mes nombreuses casquettes) mais nous devrions à moyen terme embaucher d'autres personnes qui seront sous ma responsabilité.
*Entretien du 26 juillet 1999
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Le projet que j'avais de vendre des livres d'occasion par ce média a abouti (ouverture de la CyberBouquinerie SF en août 1998). De ce côté-là, le résultat n'est pas à la hauteur de mes espérances. Faute de moyens, je n'ai pas pu constituer un stock de livres suffisamment important pour satisfaire la clientèle potentielle. Malgré tout, j'ai régulièrement des commandes. Ça me paie mes propres livres mais il faudra attendre encore pour en faire une activité professionnelle...
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
De par mon travail, je fais plus attention aux aspects techniques du web qu'aux débats qui s'y rapportent. Il me semble quand même qu'il y a incompatibilité entre internet et la notion de droits d'auteur. Internet est un espace ouvert et il me semble impossible d'empêcher quelqu'un d'y diffuser des documents protégés.
Le fait d'en parler est tout de même important car ça pourra peut-être sensibiliser certaines personnes qui n'avaient pas pensé au problème. Mais cela n'arrêtera jamais quelqu'un qui le fait en connaissance de cause. La seule solution qui me semble plausible serait que les hébergeurs surveillent un peu plus le contenu des pages qu'ils hébergent.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Dans un article "spécial science-fiction" de Club-Internet, Jacques Sadoul (auteur, directeur de collection, anthologiste...) a parlé de mon site comme faisant partie des meilleurs sites francophones traitant de SF. Quand ça vient d'une personne telle que lui, on ne peut qu'être ravi...
PHILIPPE LOUBIERE (Paris)
#Traducteur littéraire et dramatique, spécialiste de la Roumanie
*Entretien du 24 mars 2001
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Je suis traducteur littéraire en français (ma langue maternelle) à partir principalement du roumain (et aussi de l'espagnol). Ayant traduit et adapté de nombreuses pièces de théâtre, j'ai également eu l'occasion de m'impliquer dans la mise en scène, et pas seulement des pièces que j'ai pu traduire ou adapter. Je fais des piges également pour plusieurs revues sur la Roumanie, sur le monde arabe et sur la langue française (notamment sur le site de l'Association pour la sauvegarde et l'expansion de la langue française - ASSELAF). Il m'arrive également de donner des cours d'arabe, langue que j'ai enseignée plusieurs années pour l'Éducation nationale française, pour ne pas perdre la main dans cette langue.