Chapter 19
Encore une fois internet devra me permettre d'aller à la rencontre de lecteurs (d'internautes) que je n'aurai pas l'occasion en temps ordinaire de côtoyer. Je pense à des pays francophones tels que le Canada qui semble réserver une place importante à la littérature francaise. Je suis déja référencée dans des annuaires et des moteurs de recherche anglo-saxons, et en passe de définir des accords d'échange de liens avec des sites universitaires et littéraires canadiens.
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le respect du droit d'auteur, c'est la survie de la création. Le web, de par son universalité et la grande facilité avec laquelle quiconque peut s'approprier ou copier ce qu'il souhaite, constitue à n'en pas douter une limite à la diffusion de toute création. Je suis réticente à l'idée de placer mes textes en exhaustivité sur la toile car je crains les copies et plagiats. Je pense qu'il serait sans doute astucieux de présenter par exemple les premiers chapitres d'un livre ou un extrait puis d'inciter le lecteur à acquérir l'ouvrage sous forme papier ou sous forme électronique grâce à une gestion sécurisée des moyens de paiement.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je crois que, par nature, la langue devra être universelle et l'anglais semble le mieux placé pour gagner cette bataille. Cependant, les auteurs francophones devront défendre la langue sur le net. Nous pourrions fort bien envisager, pour un livre écrit en français, de prévoir un synopsis de type quatrième de couverture en deux langues: français et anglais. Ainsi les lecteurs étrangers prendront connaissance des grandes lignes du livre et sauront faire les efforts nécessaires pour le lire dans une langue étrangère à la leur. S'agissant de littérature ou de belles lettres, il paraît réaliste de défendre un bastion linguistique.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Le franchissement de la barre des 200 visiteurs sur mon site.
= Et votre pire souvenir?
Je n'en ai pas encore...
*Entretien du 22 novembre 2000
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
Mon site a considérablement évolué: ajout des caractéristiques de mon nouveau roman (Singulière), création d'une rubrique "Vu dans les médias" à partir de chaque fiche de livres concernés, création d'une page "Mise à jour" recensant les modifications apportées au site, et aussi de nombreux nouveaux liens vers des sites littéraires. J'ai mis en ligne la version 2 de mon site le 3 septembre 2000.
= Utilisez-vous encore beaucoup le papier?
Oui, je dois avouer que le passage par l'écrit m'est encore nécessaire. Comme tout écrivain je conserve et souhaite conserver une relation privilégiée avec l'écrit, la plume, le crissement du stylo sur une feuille blanche. Par ailleurs, je note, je rature, je corrige, je développe... bref mes premières phases de création passent encore systématiquement par le papier avant la phase de saisie de mes textes. Par ailleurs, j'entretiens une relation sentimentale avec l'objet "livre".
= Le papier a-il encore de beaux jours devant lui?
Je pense que le support papier a encore beaucoup de beaux et longs jours devant lui. Ne serait-ce que pour des raisons de contacts affectifs avec l'objet livre, mais aussi de par la faible montée en puissance (actuelle) des solutions électroniques. Je pense que l'informatique est un moyen performant et totalement nécessaire pour fabriquer des livres mais je suis une fervente défenseur du plaisir de tenir un livre dans sa main, de l'emporter partout avec soi, de l'annoter, de le prêter, de le reprendre, de le feuilleter, de glisser page 38 mon marque-page préféré... J'aime cette relation privilégiée que le lecteur noue avec un livre. J'aime voir vivre l'objet... Pour toutes ces raisons, non seulement je pense que le livre a encore de beaux jours devant lui, mais au fond, je le souhaite de tout coeur!
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Le livre électronique est avant tout un moyen pratique d'atteindre différemment une certaine catégorie de lecteurs composée pour partie de curieux aventuriers des techniques modernes et pour partie de victimes du mode résolument technologique. C'est aussi sans doute le moyen de diffusion actuel le plus universel (dès lors que l'on peut se promener sur la toile!) qui puisse repousser à ce point les limites de distances. Par rapport à mes remarques précédentes, je suis assez dubitative sur le "plaisir" que l'on peut retirer d'une lecture sur un écran d'un roman de Proust. Découvrir la vie des personnages à coups de souris à molette ou de descente d'ascenseur ne me tente guère. Ce support, s'il possède à l'évidence comme avantage la disponibilité de toute oeuvre à tout moment, possède néanmoins des inconvénients encore trop importants. Ceci étant, sans se cantonner à une position durablement ancrée dans un mode passéiste, laissons à ce support le temps nécessaire pour acquérir ses lettres de noblesse. Pour faire un lien avec votre question suivante, comment intéresser les personnes malvoyantes à un tel support?
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Je pense que nous devrions voir apparaître des sites disposant de modes d'emplois ou de guides de découverte sonores. L'idéal serait de pouvoir guider un internaute malvoyant, depuis la mise en route des navigateurs (pour taper l'adresse du site ciblé), jusqu'à l'arrivée sur un site. Sur un site équipé, un assistant guide l'internaute en lui exposant les fonctionnalités du site. L'accès aux rubriques se fait via des codes alphanumériques (sur le même principe que les serveurs téléphoniques à fréquence vocale). Le code d'accès à la rubrique est possible grâce à un clavier adapté (touche possédant des caractères braille). Puis l'assistant propose des choix: téléchargement des rubriques pour éditions sur imprimante braille ou lecture de la rubrique sous forme d'extraits sonores. Il faudra se montrer vigilants face au temps de chargement du son. Puis, pour favoriser les échanges, prévoir la possibilité de déposer des témoignages vocaux (voire des images via des webcams) sur le serveur du site.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le domaine virtuel créé par la mise en relation de plusieurs ordinateurs communiquant et échangeant entre eux.
= Et la société de l'information?
Permettre l'accès au plus grand nombre de la plus grande quantité d'information possible tout en garantissant la partialité de l'information et en fournissant les clefs de compréhension nécessaires à sa bonne utilisation.
*Entretien du 6 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre dernier entretien?
Mon site internet n'a cessé de subir des évolutions et améliorations. En voici les principaux points classés sous forme de rubriques:
1) Home page - Accueil: Mon site vient de souffler sa première bougie (le 17 avril 2001). Le cap des 4.000 visiteurs a été franchi. Mise en ligne (nouvelle charte de couleurs, nouvelle navigation...) de la version 3 en janvier 2001. Insertion d'une citation. Insertion d'un espace nouveautés (affichage tournant).
2) Livres: Ajout des couvertures scannées de mes livres. Création d'une page spécifique (Textes ailleurs) recensant les autres sites littéraires publiant certains de mes textes. Ajout des présentations audio de mes livres. Pages à chargement automatique depuis les fiches signalétiques de mes ouvrages.
3) Bon de commande: Ajout des référencements de librairies en ligne proposant mes livres à la vente et offrant un moyen de paiement sécurisé.
4) Parcours: Ajout d'une biographie. Ajout de photos. Ajout d'une séquence audio (reprise de la biographie).
5) Médias: Parution de la dédicace de l'auteur sur le site "La Radio du Livre" (Radio France).
6) Liens: Création de nombreux liens littéraires. A ce jour, j'ai créé un échange réel avec plus de 100 liens actifs.
Comme vous pouvez le constater, j'ai été très active ces derniers temps sur ce nouveau vecteur qu'est l'internet. J'ai beaucoup échangé avec des internautes (e-mail, messages sur le livre d'or, rencontres...). Je confirme mes précédents propos: si l'internet et le livre électronique ne remplaceront pas le support livre, je reste convaincue que disposer d'un tel réseau de communication est un avantage pour des auteurs moins (ou pas) connus.
Par ailleurs, et comme vous l'avez également sans doute remarqué, certains éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs en intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle dernier certains éditeurs classiques.
Les techniques modernes (édition numérique, e-book...) sont accessibles, n'exigent pas (ou de moins en moins) de moyens financiers importants et peuvent donc être au service de ces éditeurs. Ils jouent aujourd'hui le rôle de découvreur de talents. Il est à ma connaissance absolument inimaginable de demander à des éditeurs traditionnels d'éditer un livre en cinquante exemplaires. L'édition numérique offre cette possibilité, avec en plus réédition à la demande, presque à l'unité.
En résumé, je souhaite que l'objet livre continue de vivre longtemps et je suis ravie que des techniques (internet, édition numérique, e-book...) offrent à des auteurs des moyens de communication leur permettant d'avoir accès à de plus en plus de lecteurs.
Pour illustrer mes propos: j'ai tissé des relations lecteur-auteur avec une internaute résidant en Belgique. Cette dernière m'a adressé un bon de commande pour deux de mes ouvrages. Depuis lors nous communiquons régulièrement et échangeons bien volontiers sur le thème de la lecture et de l'écriture. Sans internet, sans cette technique, sans le travail que je réalise sur ces nouveaux médias, il m'aurait été impossible (ou tout le moins hautement improbable) de la rencontrer. C'est en cela que je considère que ces outils modernes offrent un élargissement sans fin à la vision créatrice et aux échanges.
C'est sur ce mot que je souhaiterais conclure: l'échange. Grace à internet, j'échange des idées et je vis une expérience tellement enrichissante. Enfin, comme je vous l'avais également dit, le travail que je réalise avec l'association culturelle littéraire que j'ai créée avec mon époux (Editions de l'Avenue) est formidable.
BRIAN KING (monde)
#Directeur du WorldWide Language Institute, qui est à l'origine de NetGlos, glossaire multilingue de la terminologie de l'internet
Depuis 1995, à l'initiative du WorldWide Language Institute, NetGlos (The Multilingual Glossary of Internet Terminology) est réalisé en commun par un certain nombre de traducteurs et linguistes, dans les langues suivantes: allemand, anglais, chinois, croate, espagnol, français, grec, hébreu, hollandais/flamand, italien, maori, norvégien et portugais.
*Entretien du 15 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans l'activité de votre organisme?
Le principal service que nous offrons est l'enseignement des langues par le biais du web. Notre organisme est dans la position unique d'en être venu à exister du fait de l'internet!
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Bien que l'anglais soit la langue la plus importante du web et de l'internet en général, je pense que le multilinguisme fait inévitablement partie des futures orientations du cyberespace.
Voici quelques-uns des éléments qui, à mon sens, permettront que le web multilingue devienne une réalité:
1. La popularisation de la technologie de l'information
La technologie des ordinateurs a longtemps été le seul domaine d'une élite "technicienne", à l'aise à la fois dans des langages de programmation complexes et en anglais, la langue universelle des sciences et techniques. A l'origine, les ordinateurs n'ont jamais été conçus pour manier des systèmes d'écriture ne pouvant être traduits en ASCII (American standard code for information interchange). Il n'y avait pas de place pour autre chose que les 26 lettres de l'alphabet anglais dans un système de codage qui, à l'origine, ne pouvait même pas reconnaître les accents aigus et les trémas, sans parler de systèmes non alphabétiques comme le chinois.
Mais la tradition a été bouleversée, et la technologie popularisée. Des interfaces graphiques tels que Windows et Macintosh ont accéléré le processus. La stratégie de marketing de Microsoft a consisté à présenter son système d'exploitation comme facile à utiliser par le client moyen. A l'heure actuelle cette facilité d'utilisation s'est étendue au-delà du PC vers le réseau internet, si bien que, maintenant, même ceux qui ne sont pas programmeurs peuvent insérer des applets Java dans leurs pages web sans comprendre une seule ligne de programmation.
2. La compétition des grandes sociétés pour avoir une part du "marché global"
L'extension de cette popularisation locale est l'exportation de la technologie de l'information dans le monde entier. La popularisation est maintenant effective à l'échelon mondial, et l'anglais n'est plus nécessairement la langue obligée de l'utilisateur. Il n'y a plus vraiment de langue indispensable, mais seulement les langues personnelles des utilisateurs. Une chose est certaine : il n'est plus nécessaire de comprendre l'anglais pour utiliser un ordinateur, de même qu'il n'est plus nécessaire d'avoir un diplôme d'informatique.
La demande des utilisateurs non anglophones et l'effort entrepris par les sociétés high-tech se faisant concurrence pour obtenir les marchés mondiaux a fait de la localisation un secteur en expansion rapide dans le développement des logiciels et du matériel. Le premier pas a été le passage de l'ASCII à l'ASCII étendu. Ceci signifie que les ordinateurs commençaient à reconnaître les accents et les symboles utilisés dans les variantes de l'alphabet anglais, symboles qui appartenaient le plus souvent aux langues européennes. Cependant une page ne pouvait être affichée que dans une seule langue à la fois.
3. Innovation technologique
L'innovation la plus récente est Unicode. Bien qu'il soit encore en train d'évoluer et qu'il ait tout juste été incorporé dans les derniers logiciels, ce nouveau système de codage traduit chaque caractère en 16 bits. Alors que l'ASCII étendu à 8 bits pouvait prendre en compte un maximum de 256 caractères, Unicode peut prendre en compte plus de 65.000 caractères uniques et il a donc la possibilité de traiter informatiquement tous les systèmes d'écriture du monde.
Les instruments sont maintenant plus ou moins en place. Ils ne sont pas encore parfaits, mais on peut désormais naviguer sur le web en chinois, en japonais, en coréen, et dans de nombreuses autres langues qui n'utilisent pas l'alphabet occidental. Comme l'internet s'étend à des parties du monde où l'anglais est très peu utilisé, par exemple la Chine, il est naturel que ce soit le chinois et non l'anglais qui soit utilisé. La majorité des usagers en Chine n'a pas d'autre choix que sa langue maternelle.
Une période intermédiaire précède bien sûr ce changement. Une grande partie de la terminologie technique disponible sur le web n'est pas encore traduite dans d'autres langues. Et, comme nous nous en sommes rendus compte dans NetGlos, notre glossaire multilingue de la terminologie de l'internet, la traduction de ces termes n'est pas toujours facile. Avant qu'un nouveau terme ne soit accepté comme le terme correct, il y a une période d'instabilité avec plusieurs candidats en compétition. Souvent un terme emprunté à l'anglais est le point de départ et, dans de nombreux cas, il est aussi le point d'arrivée. On assiste finalement à l'émergence d'un vainqueur qui est ensuite utilisé aussi bien dans les dictionnaires techniques que dans le vocabulaire quotidien de l'usager non spécialiste. La dernière version de NetGlos est la version russe et elle devrait être disponible dans deux semaines environ (fin septembre 1998, ndlr). Elle sera sans nul doute un excellent exemple du processus dynamique en cours pour la russification de la terminologie du web.
4. La démocratie linguistique
Dans un rapport de l'Unesco du début des années 50, l'enseignement dispensé dans sa langue maternelle était considéré comme un droit fondamental de l'enfant. La possibilité de naviguer sur l'internet dans sa langue maternelle pourrait bien être son équivalent à l'âge de l'information. Si l'internet doit vraiment devenir le réseau mondial qu'on nous promet, tous les usagers devraient y avoir accès sans problème de langue. Le considérer comme la chasse gardée de ceux qui, par accident historique, nécessité pratique ou privilège politique, connaissent l'anglais, est injuste à l'égard de ceux qui ne connaissent pas cette langue.
5. Le commerce électronique
Bien qu'un web multilingue soit souhaitable sur le plan moral et éthique, un tel idéal ne suffit pas pour en faire une réalité dépassant les limites actuelles. De même que l'utilisateur non anglophone peut maintenant avoir accès à la technologie dans sa propre langue, l'impact du commerce électronique peut constituer une force majeure qui fasse du multilinguisme la voie la plus naturelle vers le cyberespace.
Les vendeurs de produits et services dans le marché virtuel mondial que devient l'internet doivent être préparés à faire face à un monde virtuel qui soit aussi multilingue que le monde physique. S'ils veulent réussir, ils doivent s'assurer qu'ils parlent bien la langue de leurs clients!
= Comment voyez-vous l'avenir?
Comme l'existence de notre organisme est liée à l'importance attachée aux langues, je pense que son avenir sera excitant et stimulant. Mais il est impossible de pratiquer l'autosuffisance à l'égard de nos réussites et de nos réalisations. La technologie change à une allure frénétique. L'apprentissage durant toute la vie est une stratégie que nous devons tous adopter si nous voulons rester en tête et être compétitifs. C'est une tâche qui est déjà assez difficile dans un environnement anglophone. Si nous ajoutons à cela la complexité apportée par la communication dans un cyberespace multilingue et multiculturel, la tâche devient encore plus astreignante. Probablement plus encore que par le passé, la coopération est aussi indispensable que la concurrence.
Les germes d'une coopération par le biais de l'internet existent déjà. Notre projet NetGlos a dépendu du bon vouloir de traducteurs volontaires de nombreux pays: Canada, Etats-Unis, Autriche, Norvège, Belgique, Israël, Portugal, Russie, Grèce, Brésil, Nouvelle-Zélande, etc. Je pense que les centaines de visiteurs qui consultent quotidiennement les pages de NetGlos constituent un excellent témoignage du succès de ce type de relations de travail. Les relations de coopération s'accroîtront encore à l'avenir, mais pas nécessairement sur la base du volontariat.
GEOFFREY KINGSCOTT (Londres)
#Co-directeur du magazine en ligne Language Today
Geoffrey Kingscott est le directeur général de Praetorius, société britannique de traduction et de services d'expertise dans les langues appliquées. Il est aussi l'un des deux directeurs de publication de Language today, un magazine en ligne de référence pour les linguistes: traducteurs, interprètes, terminologues, lexicographes et rédacteurs techniques. Ce magazine est hébergé par Logos, société de traduction italienne.
*Entretien du 4 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans l'activité de votre société?
L'internet n'a pas apporté de changement majeur dans notre société. C'est un médium de plus plutôt qu'un médium visant à remplacer les autres.
Nous continuerons d'avoir un site web pour notre société, et de publier une version de notre revue sur le web, mais ceci ne sera qu'un secteur de notre travail. Nous utilisons l'internet comme une source d'information que nous distillons ensuite à nos lecteurs, qui autrement seraient confrontés au problème majeur du web: faire face à un flux incontrôlé d'informations.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
Les caractéristiques propres au web sont la multiplicité des générateurs de sites et le bas prix de l'émission de messages. Ceci favorisera donc le multilinguisme au fur et à mesure du développement du web. Comme celui-ci a vu le jour aux Etats-Unis, il est encore principalement en anglais, mais ce n'est qu'un phénomène temporaire. Pour expliquer ceci plus en détail, je dirais que, quand nous comptions sur l'imprimé ou l'audiovisuel (films, télévision, radio, vidéos, cassettes), l'information ou le divertissement que nous attendions dépendait d'agents (éditeurs, stations de télévision ou de radio, producteurs de cassettes ou de vidéos) qui devaient subsister commercialement et, dans le cas de la radiotélédiffusion du service public, avec de sévères contraintes budgétaires. Ceci signifie que la quantité de clients est primordiale, et détermine la nécessité de langues autres que l'omniprésent anglais. Ces contraintes disparaissent avec le web.
Pour ne donner qu'un exemple mineur tiré de notre expérience, nous publions la version imprimée de Language Today uniquement en anglais, dénominateur commun de nos lecteurs. Quand nous utilisons un article qui était originellement dans une langue autre que l'anglais, ou que nous relatons un entretien conduit dans une langue autre que l'anglais, nous le traduisons en anglais et nous ne publions que la version anglaise, pour la raison suivante: le nombre de pages que nous pouvons imprimer est limité, et déterminé en fonction de notre clientèle (annonceurs et abonnés). Par contre, dans notre version web, nous proposons aussi la version originale.
STEVEN KRAUWER (Utrecht, Pays-Bas)
#Coordinateur d'ELSNET (European Network of Excellence in Human Language Technologies)
Financé par la Commission européenne, ELSNET (European Network of Excellence in Human Language Technologies) regroupe 135 universités et sociétés. L'objectif technologique commun aux participants d'ELSNET est de construire des systèmes multilingues pour la parole et la langue naturelle.
Steven Krauwer, coordinateur d'ELSNET, est professeur et chercheur en linguistique computationnelle à l'Institut de linguistique d'Utrecht. Ses recherches portent principalement sur la traduction automatique et les technologies d'évaluation de la langue et de la parole.
*Entretien du 23 septembre 1998 (entretien original en anglais)
= Quel est l'apport de l'internet dans votre activité?
L'internet est l'instrument que j'utilise le plus pour communiquer avec les autres, et c'est ma source principale d'information. Je compte passer le reste de ma vie professionnelle à utiliser les technologies de l'information pour supprimer ou réduire les barrières des langues.
= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?
En tant que citoyen européen, je pense que le multilinguisme sur le web est absolument essentiel. A mon avis, ce n'est pas une situation saine à long terme que seuls ceux qui ont une bonne maîtrise de l'anglais puissent pleinement exploiter les bénéfices du web.
En tant que chercheur (spécialisé dans la traduction automatique), je vois le multilinguisme comme un défi majeur: pouvoir garantir que l'information sur le web soit accessible à tous, indépendamment des différences de langue.
*Entretien du 4 août 1999 (entretien original en anglais)
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?