Entretiens (1998-2001)

Chapter 16

Chapter 163,518 wordsPublic domain

C'est pour l'instant juste un moyen de communication de plus (mail) avec nos clients des magasins et nos clients bibliothèques et centres de documentation. Nous avons découvert son importance en organisant DOCForum, le premier forum de la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à Lyon en novembre 1997 (la prochaine édition est fixée en novembre 1999). Il nous est apparu clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied dans le Net.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre en ligne notre base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 1998, et elle sera en accès gratuit pour des recherches bibliographiques (l'achat des livres sera payant bien sûr!). Ce ne sera pas une n-ième édition de la base de Planète Livre, mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur internet.

MARCEL GRANGIER (Berne)

#Responsable de la section française des services linguistiques centraux de l'Administration fédérale suisse

*Entretien du 14 janvier 1999

= Quel est l'apport de l'internet dans un service de traduction?

Travailler sans internet est devenu tout simplement impossible: au-delà de tous les outils et commodités utilisés (messagerie électronique, consultation de la presse électronique, activités de services au profit de la profession des traducteurs), internet reste pour nous une source indispensable et inépuisable d'informations dans ce que j'appellerais le "secteur non structuré" de la toile. Pour illustrer le propos, lorsqu'aucun site comportant de l'information organisée ne fournit de réponse à un problème de traduction, les moteurs de recherche permettent dans la plupart des cas de retrouver le chaînon manquant quelque part sur le réseau.

= Comment voyez-vous l'expansion du multilinguisme sur le web?

Le multilinguisme sur internet peut être considéré comme une fatalité heureuse et surtout irréversible. C'est dans cette optique qu'il convient de creuser la tombe des rabat-joie dont le seul discours est de se plaindre d'une suprématie de l'anglais. Cette suprématie n'est pas un mal en soi, dans la mesure où elle résulte de réalités essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n'est pas de "lutter contre l'anglais" et encore moins de s'en tenir à des jérémiades, mais de multiplier les sites en d'autres langues. Notons qu'en qualité de service de traduction, nous préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes.

La multiplication des langues présentes sur internet est inévitable, et ne peut que bénéficier aux échanges multiculturels. Pour que ces échanges prennent place dans un environnement optimal, il convient encore de développer les outils qui amélioreront la compatibilité. La gestion complète des diacritiques ne constitue qu'un exemple de ce qui peut encore être entrepris.

*Entretien du 25 janvier 2000

= En quoi consiste votre site web?

Conçu d'abord comme un service intranet, notre site web se veut au service d'abord des traducteurs opérant en Suisse, qui souvent travaillent sur la même matière que les traducteurs de l'administration fédérale, mais également, par certaines rubriques, au service de n'importe quel autre traducteur où qu'il se trouve. Les dictionnaires électroniques ne sont qu'une partie de l'ensemble, et d'autres secteurs documentaires ont trait à l'administration, au droit, à la langue française, etc., sans parler des informations générales. Le site abrite par ailleurs les pages de la CST (Conférence des services de traduction des états européens).

= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?

Je suis responsable de la section française des services linguistiques centraux (SLC-f) de la Chancellerie fédérale suisse, c'est-à-dire en charge des questions organisationnelles de la traduction pour l'ensemble des services linguistiques du gouvernement suisse.

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Le problème est réel même si la solution n'est pas évidente. On peut toutefois regretter que la lutte contre ce genre de fraude finira par justifier, avec d'autres dérives, une "police du WWW" malheureusement bien éloignée de l'esprit dans lequel la toile a été créée.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

Nous y sommes, à l'internet multilingue: reste à le consolider et à veiller à l'égalité des chances d'accès, ce qui prendra probablement un peu plus de temps.

BARBARA GRIMES (Hawaii)

#Directrice de publication de l'Ethnologue, une encyclopédie des langues

Cette encyclopédie très documentée, qui en est à sa 14e édition, existe en version web, sur CD-Rom et en version imprimée. Elle répertorie 6.700 langues, avec de multiples critères de recherche. Barbara F. Grimes en est la directrice de publication.

*Entretien du 18 août 1998 (entretien original en anglais)

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

L'internet nous est utile, c'est un outil pratique qui apporte un complément à notre travail. Nous l'utilisons principalement pour le courrier électronique. C'est aussi un moyen commode pour mettre notre documentation à la disposition d'une audience plus large que celle de l'Ethnologue imprimé.

D'un autre côté, l'Ethnologue sur l'internet n'atteint en fait qu'une audience limitée disposant d'ordinateurs. Or, dans les personnes que nous souhaitons atteindre, nombreux sont ceux qui n'ont pas accès à des ordinateurs. Je pense particulièrement aux habitants du dit "Tiers-monde".

= Envisagez-vous des pages web multilingues?

Les pages web multilingues sont de plus en plus utiles, mais elles sont plus onéreuses à gérer. Nous avons eu des demandes nous demandant l'accès à l'Ethnologue dans plusieurs autres langues, mais nous n'avons pas le personnel ni les fonds pour la traduction ou la réactualisation, indispensables puisque notre site est constamment mis à jour.

*Entretien du 15 janvier 2000 (entretien original en anglais)

= En quoi consiste exactement l'Ethnologue?

Il s'agit d'un catalogue des langues dans le monde, avec des informations sur les endroits où elles sont parlées, une estimation du nombre de personnes qui les parlent, la famille linguistique à laquelle elles appartiennent, les autres noms utilisés pour ces langues, les noms de dialectes, d'autres informations socio-linguistiques et démographiques, les dates des Bibles publiées, un index des noms de langues, un index des familles linguistiques et des cartes géographiques relatives aux langues.

= Quelle est exactement votre activité?

Je suis la directrice de publication de l'Ethnologue, depuis 1971 et jusqu'en 2000 (8e-14e éditions).

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Tous les copyrights doivent être respectés, de la même façon que pour l'imprimé.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Le fait de recevoir des corrections et de nouvelles informations fiables.

= Et votre pire souvenir?

Des critiques peu aimables sans proposition de corrections.

MICHAEL HART (Illinois)

#Fondateur du Projet Gutenberg, la plus ancienne bibliothèque numérique sur l'internet

Créé par Michael Hart en 1971 alors qu'il était étudiant à l'Université d'Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg s'est donné comme mission de mettre à la disposition de tous le plus grand nombre possible d'oeuvres du domaine public. La plus ancienne bibliothèque numérique sur l'internet est aussi la plus importante puisqu'elle propose en téléchargement libre et gratuit 3.700 oeuvres (chiffres de juillet 2001) patiemment numérisées en mode texte par 600 volontaires de nombreux pays. Un total de 1.000 nouveaux livres devrait être traité en 2001. Si certains documents anciens sont parfois saisis ligne après ligne, le plus souvent parce que le texte original manque de clarté, les oeuvres sont en général scannées en utilisant un logiciel OCR (optical character recognition), puis elles sont relues et corrigées à double reprise, parfois par deux personnes différentes. D'abord essentiellement anglophones, les collections deviennent peu à peu multilingues. Michael Hart se définit lui-même comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son projet, qu'il voit comme étant à l'origine d'une révolution néo-industrielle.

*Entretien du 23 août 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous la relation entre l'imprimé et l'internet?

Nous considérons le texte électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement.

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

Ma carrière n'aurait pas existé sans l'internet, et le Projet Gutenberg n'aurait jamais eu lieu... Vous savez sûrement que le Projet Gutenberg a été le premier site d'information sur l'internet.

= Comment voyez-vous l'avenir?

Mon projet est de mettre 10.000 textes électroniques sur l'internet. Si je pouvais avoir des subventions importantes, j'aimerais aller jusqu'à un million et étendre aussi le nombre de nos usagers potentiels de 1,x% à 10% de la population mondiale, ce qui représenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes électroniques au lieu d'un milliard seulement.

*Entretien du 23 juillet 1999 (entretien original en anglais)

= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?

Les débats actuels sont totalement irréalistes. Ils sont menés par "l'aristocratie terrienne de l'âge de l'information" et servent uniquement ses intérêts. Un âge de l'information? Et pour qui? J'ai été le principal opposant aux extensions du copyright (loi du 27 octobre 1998, ndlr), mais Hollywood et les grands éditeurs ont fait en sorte que le Congrès ne mentionne pas mon action en public.

= En quoi consiste exactement cette loi?

Le copyright a été augmenté de 20 ans. Aupararant on devait attendre 75 ans, on est maintenant passé à 95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une extension de 28 ans si on la demandait avant l'expiration du délai) et il avait lui-même remplacé un copyright de 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la demandait avant l'expiration du délai). Comme vous le voyez, on assiste à une dégradation régulière et constante du domaine public.

= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?

J'espère que nous aurons un jour un bon Babelfish (le service de traduction automatique d'Altavista, ndlr). Pour notre bibliothèque numérique, j'introduis une nouvelle langue par mois maintenant, et je vais poursuivre cette politique aussi longtemps que possible.

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Le courrier que je reçois me montre combien les gens apprécient que j'aie passé ma vie à mettre des livres sur l'internet. Certaines lettres sont vraiment émouvantes, et elles me rendent heureux pour toute la journée.

= Et votre pire souvenir?

Etre convoqué par le président de l'Université d'Illinois suite à une plainte déposée par l'Université d'Oxford. Mais j'ai été défendu par une équipe de six avocats, la moitié étant de l'Université d'Illinois, et j'ai gagné le procès. On pourrait voir cela comme un bon souvenir, mais je hais ce genre de politique politicienne... Le président de l'université se trouvait être l'oncle de Tom Cruise, amusant, non?

ROBERTO HERNANDEZ MONTOYA (Caracas)

#Directeur de la bibliothèque numérique du magazine électronique Venezuela Analítica

Roberto Hernández Montoya est licencié ès lettres de l'Université centrale du Venezuela. Il publie des articles dans El Nacional, Letras, Imagen et InternetiWorld Venezuela. Il est membre de l'équipe éditoriale de Venezuela Cultural, Venezuela Analítica et Imagen. Il a fait des études d'analyse du discours à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris. Il a été le président fondateur de l'Association vénézuélienne des éditeurs, et le rédacteur en chef de l'Ateneo de Caracas.

Magazine électronique conçu comme un forum public pour l'échange d'idées sur la politique, l'économie, la culture, la science et la technologie, Venezuela Analítica a créé en mai 1997 BitBlioteca, une bibliothèque numérique en espagnol, qui comprend aussi quelques titres en anglais, français et portugais.

*Entretien du 3 septembre 1998

= Comment voyez-vous la relation entre l'imprimé et l'internet?

Je crois qu'ils sont complémentaires. On ne peut pas remplacer le texte imprimé sur papier, au moins dans un futur proche. Le livre en papier est un objet formidable. On ne peut pas feuilleter un texte électronique de la même façon qu'un livre en papier. Mais un texte électronique permet de localiser beaucoup plus rapidement un mot ou un groupe de mots. D'une certaine manière on peut le lire avec plus de profondeur, même avec l'incommodité que représente la lecture sur écran. Le texte électronique est moins cher et peut être distribué plus facilement au monde entier (si on ne prend pas en ligne de compte le coût de l'ordinateur et de la connexion à l'internet).

= Quel est l'apport de l'internet dans votre vie professionnelle?

L'internet a été très important pour moi personnellement. Il est devenu ma principale activité. Il a donné à notre organisme la possibilité de communiquer avec des milliers de personnes alors que ceci aurait été impossible du point de vue financier si on avait publié un magazine sur papier. Je crois que, dans les années à venir, l'internet va devenir le médium primordial de communication et d'échange d'information.

RANDY HOBLER (Dobbs Ferry, New York)

#Consultant en marketing internet, notamment chez Globalink, société spécialisée en produits et services de traduction

Randy Hobler a été successivement consultant en marketing et internet chez IBM, Johnson & Johnson, Burroughs Wellcome, Pepsi, Heublein, etc. En 1998, il était consultant en marketing internet chez Globalink, société spécialisée en produits et services de traduction. "J'aime pouvoir combiner ensemble mes compétences en tant que formateur en haute technologie et en marketing avec ma passion pour les langues, écrivait-il. Aimer ce que je fais et faire ce que j'aime." Globalink a été racheté par Lernout & Hauspie en 1999.

*Entretien du 3 septembre 1998 (entretien original en anglais)

= Comment voyez-vous l'évolution vers un web multilingue?

En 1998, 85 % du contenu du web est en anglais, et ce chiffre est à la baisse. Il y a non seulement plus de sites web et d'internautes non anglophones, mais aussi une localisation plus grande de sites de sociétés et d'organismes, et un usage accru de la traduction automatique pour traduire des sites web à partir ou vers d'autres langues.

Comme l'internet n'a pas de frontières nationales, les internautes s'organisent selon d'autres critères propres au médium. En termes de multilinguisme, vous avez des communautés virtuelles, par exemple ce que j'appelle les "nations des langues", tous ces internautes qu'on peut regrouper selon leur langue maternelle quel que soit leur lieu géographique. Ainsi la nation de la langue espagnole inclut non seulement les internautes d'Espagne et d'Amérique latine, mais aussi tous les hispanophones vivant aux Etats-Unis, ou encore ceux qui parlent espagnol au Maroc.

= Comment voyez-vous l'avenir de la traduction automatique?

Nous arriverons rapidement au point où une traduction très fidèle du texte et de la parole sera si commune qu'elle pourra faire partie des plate-formes ou même des puces. A ce point, quand le développement de l'internet aura atteint sa vitesse de croisière, que la fidélité de la traduction atteindra plus de 98% et que les différentes combinaisons de langues possibles auront couvert la grande majorité du marché, la transparence de la langue (toute communication d'une langue à une autre) sera une vision trop restrictive pour ceux qui vendent cette technologie. Le développement suivant sera la "transparence transculturelle et transnationale" dans laquelle les autres aspects de la communication humaine, du commerce et des transactions au-delà du seul langage entreront en scène. Par exemple, les gestes ont un sens, les mouvements faciaux ont un sens, et ceci varie en fonction des sociétés. La lettre O réalisée avec le pouce et l'index signifie "OK" aux Etats-Unis alors qu'en Argentine c'est un geste obscène.

Quand se produira l'inévitable développement de la vidéoconférence multilingue multimédias, il sera nécessaire de corriger visuellement les gestes. Le Media Lab du MIT (Massachussets Institute of Technology), Microsoft et bien d'autres travaillent à la reconnaissance informatique des expressions faciales, l'identification des caractéristiques biométriques par le biais du visage, etc. Il ne servira à rien à un homme d'affaires américain de faire une excellente présentation à un Argentin lors d'une vidéoconférence multilingue sur le web, avec son discours traduit dans un espagnol argentin parfait, s'il fait en même temps le geste O avec le pouce et l'index. Les ordinateurs pourront intercepter ces types de messages et les corriger visuellement.

Les cultures diffèrent de milliers de façons, et la plupart d'entre elles peuvent être modifiées par voie informatique lorsqu'on passe de l'une à l'autre. Ceci inclut les lois, les coutumes, les habitudes de travail, l'éthique, le change monétaire, les différences de taille dans les vêtements, les différences entre le système métrique et le système de mesure anglophone, etc. Les sociétés dynamiques répertorieront et programmeront ces différences, et elles vendront des produits et services afin d'aider les habitants de la planète à mieux communiquer entre eux. Une fois que ceux-ci seront largement répandus, ils contribueront réellement à une meilleure compréhension à l'échelle internationale.

*Entretien du 10 septembre 2000 (entretien original en anglais)

= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?

Les livres électroniques continueront de se développer avec l'amélioration de l'affichage sur écran et d'un matériel plus polyvalent et plus léger. Les premiers utilisateurs seront notamment les établissements d'enseignement, du fait de tous les avantages que peuvent procurer les livres électroniques aux étudiants: téléchargement des lectures de tout un trimestre, investissement peu coûteux, liens avec les examens et les dissertations, informations aisément transférables, équipement léger au lieu de piles de livres à transporter.

EDUARD HOVY (Marina del Rey, Californie)

#Directeur du Natural Language Group de l'Université de Californie du Sud

Le Natural Language Group de l' USC/ISI (University of Southern California / Information Sciences Institute) traite de plusieurs aspects du traitement du langage naturel: traduction automatique, résumé automatique de texte, accès multilingue aux verbes et gestion du texte, développement de taxonomies de concepts (ontologies), discours et génération de texte, élaboration d'importants lexiques pour plusieurs langues, et communication multimédias.

Son directeur, Eduard Hovy, est docteur en informatique (spécialité: intelligence artificielle) de l'Université de Yale (doctorat obtenu en 1987). Il est membre des départements informatiques de l'Université de Californie du Sud et de l'Université de Waterloo. Ses recherches concernent principalement la traduction automatique, le résumé automatique de texte, l'organisation et la génération de textes, et l'élaboration semi-automatique d'importants lexiques et banques terminologiques. Tous ces thèmes sont des sujets de recherche au Natural Language Group.

Eduard Hovy est également l'auteur ou le directeur de publication de quatre ouvrages et d'une centaine d'articles techniques. Il a fait partie des comités de rédaction de Computational Linguistics et du Journal of the Society of Natural Language Processing of Japan. Il est actuellement le président de l'Association of Machine Translation in the Americas (AMTA, et le vice-président de l'Association for Computational Linguistics (ACL).

*Entretien du 27 août 1998 (entretien original en anglais)

= Le multilinguisme sur le web est-il un atout ou une barrière?

Dans le contexte de la recherche documentaire et du résumé automatique de texte, le multilinguisme sur le web est un facteur qui ajoute à la complexité du sujet. Les gens écrivent dans leur propre langue pour diverses raisons : commodité, discrétion, communication à l'échelon local, mais ceci ne signifie pas que d'autres personnes ne soient pas intéressées de lire ce qu'ils ont à dire ! Ceci est particulièrement vrai pour les sociétés impliquées dans la veille technologique (disons une société informatique qui souhaite connaître tous les articles de journaux et périodiques japonais relatifs à son activité) et des services de renseignements gouvernementaux (ceux qui procurent l'information la plus récente, utilisée ensuite par les fonctionnaires pour décider de la politique, etc.). Un des principaux problèmes auquel ces services doivent faire face est la très grande quantité d'informations. Ils recrutent donc du personnel bilingue "passif" qui peut scanner rapidement les textes afin de mettre de côté ce qui est sans intérêt et de donner ensuite les documents significatifs à des traducteurs professionnels. Manifestement, une combinaison de résumé automatique de texte et de traduction automatique sera très utile dans ce cas. Comme la traduction automatique est longue, on peut d'abord résumer le texte dans la langue étrangère, puis effectuer une traduction automatique rapide à partir du résultat obtenu, en laissant à un être humain ou un classificateur de texte (du type recherche documentaire) le soin de décider si on doit garder l'article ou le rejeter.

Pour ces raisons, durant ces cinq dernières années, le gouvernement des Etats-Unis a financé des recherches en traduction automatique, en résumé automatique de texte et en recherche documentaire, et il s'intéresse au lancement d'un nouveau programme de recherche en informatique documentaire multilingue. On sera ainsi capable d'ouvrir un navigateur tel que Netscape ou Explorer, entrer une demande en anglais, et obtenir la liste des documents dans toutes les langues. Ces documents seront regroupés par sous-catégorie avec un résumé pour chacun et une traduction pour les résumés étrangers, toutes choses qui seraient très utiles.

En consultant MuST (multilingual information retrieval, summarization, and translation system), vous aurez une démonstration de notre version de ce programme de recherche, qui utilise l'anglais comme langue de l'utilisateur sur un ensemble d'environ 5.000 textes en anglais, japonais, arabe, espagnol et indonésien.

Entrez votre demande (par exemple, "baby", ou tout autre terme) et appuyez sur la touche Retour. Dans la fenêtre du milieu vous verrez les titres (ou bien les mots-clés, traduits). Sur la gauche vous verrez la langue de ces documents: "Sp" pour espagnol, "Id" pour indonésien, etc. Cliquez sur le numéro situé sur la partie gauche de chaque ligne pour voir le document dans la fenêtre du bas. Cliquez sur "Summarize" pour obtenir le résumé. Cliquez sur "Translate" pour obtenir la traduction (attention, les traductions en arabe et en japonais sont extrêmement lentes! Essayez plutôt l'indonésien pour une traduction rapide mot à mot).

Ce programme de démonstration n'est pas (encore) un produit. Nous avons de nombreuses recherches à mener pour améliorer la qualité de chaque étape. Mais ceci montre la direction dans laquelle nous allons.

*Entretien du 8 août 1999 (entretien original en anglais)

= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?