Chapter 14
Le mariage des télécommunications et de l'informatique font de l'internet une technologie extrêmement puissante et très riche d'avenir. Mais l'internet n'est qu'une technologie, puissante certes, qui vient s'ajouter à celles existantes; elle ne les remplace pas, elle apporte autre chose: de l'information potentielle supplémentaire, de la communication virtuelle où il n'y a plus de distance, un accès potentiel à de la culture venant de partout...
= Utilisez-vous encore beaucoup de documents papier?
Le papier est de plus en plus utilisé. Personnellement je suis de plus en plus inondé de paperasses:
- avec l'e-mail, les collègues n'hésitent plus à envoyer de gros fichiers qu'il faut ensuite imprimer pour lecture;
- la lecture est plus agréable sur papier;
- les fichiers reçus peuvent n'être que des projets et on peut recevoir "n" épreuves successives que l'on imprime nécessairement;
- on imprime les mèls pour les lire tranquillement plus tard ou parce que c'est plus agréable de les lire sur papier.
Etc. Il y a beaucoup de raisons pour utiliser toujours plus de papier.
= L'imprimé a-t-il encore de beaux jours devant lui?
Les livres "d'études", comme ceux de notre collection, ont une durée de vie longue et ne seront pas remplacés par un e-book, sauf si ce livre n'est utilisé que pour une étude particulière et pour un temps court (quelques semaines). Les livres à durée de vie courte tels que les romans, journaux, magazines peuvent effectivement être un jour remplacés par des e-books. Les livres scolaires pourront être (seront) sur e-book. Les encyclopédies volumineuses dont la consultation n'est qu'épisodique seront sur le web.
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Si l'invention du livre-papier avait été faite après celle du e-book, nous l'aurions tous trouvé géniale. Mais un e-book a un avenir prometteur si on peut télécharger suffisamment d'ouvrages, si la lecture est aussi agréable que sur le papier, s'il est léger (comme un livre), s'il est pliable (comme un journal), s'il n'est pas cher (comme un livre de poche)... En d'autres mots, l'e-book a un avenir s'il est un livre, si le hard fait croire que l'on a du papier imprimé... Techniquement, c'est possible, aussi j'y crois. Au niveau technologique, cela exigera encore quelques efforts (chimie, électronique, physique...). Les avantages sont le volume réduit, le téléchargement et le document personnalisé en lecture.
= Quelles sont vos suggestions pour un véritable multilinguisme sur le web?
Les recherches sur la traduction automatique devraient permettre une traduction automatique dans les langues souhaitées, mais avec des applications pour toutes les langues et non les seules dominantes (ex: diffusion de documents en japonais, si l'émetteur est de langue japonaise, et lecture en breton, si le récepteur est de langue bretonne...). Il y a donc beaucoup de travaux à faire dans la direction de la traduction automatique et écrite de toutes les langues.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Des études sont faites en Californie, et sûrement ailleurs, pour l'utilisation de l'informatique et des télécoms (donc le web) par les malvoyants. Je connais trop mal le sujet pour avoir un avis.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Le cyberespace est un monde où je suis relié par l'image et le son et sans fil avec qui je veux, quand je veux et où je veux, où j'ai accès à toutes les documentations et informations souhaitées, et dans lequel ma vie est facilitée par les agents intelligents et les objets communicants.
= Et la société de l'information?
Une société dans laquelle tout membre de cette société a accès immédiatement à toutes les informations souhaitées.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Les premiers méls.
= Et votre pire souvenir?
Le temps passé à la réception d'images.
GERARD FOURESTIER (Nice)
#Créateur de Rubriques à Bac, bases de données destinées aux étudiants du premier cycle universitaire
Oeuvre de Gérard Fourestier, professeur de français et diplômé en science politique, Rubriques à Bac (RaBac) propose deux bases de données (accessibles par souscription, avec version démo en accès libre) à destination des étudiants du Bac au Deug et de leurs professeurs, et à tous ceux que le sujet intéresse. ELLIT (Éléments de littérature) est une base de données sur la littérature française du 12e siècle à nos jours regroupant plus de 350 articles liés entre eux par 8.500 liens, ainsi qu'un répertoire de 450 auteurs (y compris en sciences et philosophie) qui ont joué un rôle majeur dans la formation de cette littérature. RELINTER (Relations internationales depuis 1945) propose plus de 2.000 liens sur l'évolution de la situation du monde contemporain de la deuxième guerre mondiale à nos jours. Gérard Fourestier est aussi l'auteur de Bac-L (baccalauréat section lettres), un site en accès libre lancé en juin 2001 dans le prolongement d'ELLIT.
*Entretien du 9 octobre 2000
= Pouvez-vous décrire Rubriques à Bac?
Rubriques à Bac est une branche des activités du GRIMM (Groupe de recherche et d'information sur le multimédia), un groupement associatif de personnes physiques et morales qui pratiquent la recherche et l'information sur l'informatique, le multimédia et la communication.
Cependant, les perspectives ouvertes par une fréquentation du site en progression rapide, et compte tenu de la mission que j'ai assignée aux recettes de cette activité, à savoir la réalisation de projets éducatifs en Afrique, Rubriques à Bac se constituera prochainement en entité juridique propre.
= En quoi consiste le site web?
Le site de Rubriques à Bac a été créé il y a deux ans pour répondre au besoin de trouver sur le net, en un lieu unique, l'essentiel, suffisamment détaillé et abordable par le grand public, dans le but:
a) de se forger avant tout une culture tout en préparant à des examens probatoires à des études de lettres - c'est la raison d'ELLIT (Eléments de littérature), base de données en littérature française;
b) de comprendre le monde dans lequel nous vivons en en connaissant les tenants et les aboutissants, d'où RELINTER (Relations internationales).
J'ai développé ces deux matières car elles correspondent à des études que j'ai, entre autres, faites en leur temps, et parce qu'il se trouve que, depuis une dizaine d'années, j'exerce des fonctions de professeur dans l'enseignement public (18 établissements de la 6e aux Terminales de toutes sections et de tous types d'établissements). Faute de temps, je n'ai pu réaliser que ces deux thèmes, mais je ne désespère pas de développer aussi d'autres sujets qui font partie de ma panoplie universitaire et d'autodidacte curieux de tout comme la philosophie, l'analyse sociétale, l'analyse sémantique ou encore l'écologie, et que je tiens "au chaud dans mes cartons". Ceci étant, je suis à l'affût de toutes autres idées, venant d'ailleurs, pour ne me réserver alors que la supervision du contenu mis en forme, la dernière main dans la réalisation informatique et la gestion en tant que site spécialisé.
= En quoi consiste exactement votre activité professionnelle?
Pour l'instant et faute de mieux, en raison de mon âge, la cinquantaine, et non de mes compétences, je m'occupe de mes élèves en les préparant à leurs examens tout en leur donnant envie d'être utiles, ne serait-ce que pour eux-mêmes et en leur apportant le sens des responsabilités, en un mot un message humaniste. J'aime ce métier car, pour moi, le savoir, ça se donne, et le maître, comme en boudhisme, ne peut avoir qu'un seul but: que son élève le dépasse. En outre, alors que j'ai eu dans le passé d'importantes fonctions de fondé de pouvoir, et que j'ai dirigé pour mon compte quelques entreprises, je suis maître à bord dans mes classes et j'organise mon travail comme je l'entends. C'est pour moi essentiel.
= En quoi consiste exactement votre activité liée à l'internet?
Comme je l'ai laissé entendre tout à l'heure, mon initiative à propos d'internet n'est pas directement liée à mes fonctions de professeur. J'ai simplement voulu répondre à un besoin plus général et non pas étroitement scolaire, voire universitaire. Débarrassé des contraintes du programme, puisque j'agis en mon nom et pour mon compte et non "es-qualité", mais tout en en donnant la matière grise qui me paraît indispensable pour mieux faire une tête qu'à la bien remplir, je laisse à d'autres le soin de ne préparer qu'à l'examen. Pour répondre plus précisément, peut-être, à votre question, mon activité liée à internet consiste tout d'abord à en sélectionner les outils, puis à savoir les manier pour la mise en ligne de mes travaux et, comme tout a un coût et doit avoir une certaine rentabilité, organiser le commercial qui permette de dégager les recettes indispensables; sans parler du butinage indispensable pour la recherche d'informations qui seront ensuite traitées.
= Comment voyez-vous l'avenir?
Je le vois en Afrique, là où je suis certainement plus utile, par égard à ce que je m'estime redevable en tant que nanti et parce que je suis aussi spécialiste de ce que l'on nomme les bouts de ficelles. Pour des raisons particulières, aux conséquences coûteuses pour mes finances, je n'ai pu mener à bien cette année mon projet d'un centre culturel au Sénégal au profit d'une communauté de villages en Casamance. Mais je ne désespère pas!
= Utilisez-vous encore des documents papier?
Oui, mais beaucoup moins qu'avant!
= Quelle est votre opinion sur le livre électronique?
Un plus, mais il faudra encore du temps et, pour l'instant, le prix, comme pour la "voiture propre", n'est pas très attractif. Ceci dit, j'accepte qu'on m'en offre un, j'en ferai la pub :-) Quoi qu'il en soit, si la chose devait prendre de l'ampleur, j'ai sous la main, si je puis dire (dans des cartons), une petite fortune de toutes sortes en "produits Gutenberg" Avis aux collectionneurs qui, comme chacun sait, sont pour le progrès!.... et pour cause!
= Quelles sont vos suggestions pour un meilleur respect du droit d'auteur sur le web?
Les mesures de respect: oui, mais de protection: non! Et, quoi qu'il en sera, que cela n'aboutisse pas à freiner la création, tant il est vrai que chaque auteur en a digéré d'autres.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure répartition des langues sur le web?
Je suis de langue française. J'ai appris l'allemand, l'anglais, l'arabe, mais je suis encore loin du compte quand je surfe dans tous les coins de la planète. Il serait dommage que les plus nombreux ou les plus puissants soient les seuls qui "s'affichent" et, pour ce qui est des logiciels de traduction, il y a encore largement à faire. Je ne sais quoi suggérer au juste sinon, pour l'instant, de connaître suffisament d'anglais et de créer beaucoup plus encore en français.
= Quelles sont vos suggestions pour une meilleure accessibilité du web aux aveugles et malvoyants?
Ils ont aussi droit de cité dans le cyberspace à la république des lettres et à la démocratie du savoir et, bien qu'ils soient encore loin de nos technologies, n'oublions pas les dizaines de millions d'aveugles et de malvoyants du sud.
= Comment définissez-vous le cyberespace?
Un espace sans odeurs mais pour tous les goûts.
= Et la société de l'information?
Un espace où l'esprit d'examen et le sens critique sont particulièrement de mise.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Quand j'ai sorti mon premier ordinateur de son emballage.
= Et votre pire souvenir?
Cet été, à la plage: mes ordinateurs étaient en panne :-)
*Entretien du 3 mai 2001
= Quoi de neuf depuis notre premier entretien?
La routine d'un travail de plus en plus prenant et qui, faute de vivre une vie tranquille en m'attelant à des entreprises pour le moins accaparantes, me laisse peu de temps à me prélasser sur le sable.
Alors, quand je le peux et pour respirer autre chose, je m'évade vers d'autres horizons si le prix du billet me le permet, ne serait-ce que pour retrouver ma compagne qui enseigne à l'étranger, dans son pays, et qui, comme bien d'autres, se demande pourquoi je ne me range pas bien sagement dans la carrière.
Comme je vous le disais il y a déjà quelque temps, je suis professeur mais j'ai fait bien d'autres choses dans ma vie professionnelle, et je ne peux m'empêcher de suivre autant que je le peux ce qui me passionne - et j'ai bien peur que tout me passionne - passant le plus clair de mon temps à découvrir ce que je ne sais pas encore.
Faute d'avoir une famille dont il faudrait que je m'occupe quotidiennement là où je vis en France, je peux consacrer le temps que je veux à développer mes projets... et la seule écriture sur mon clavier m'occupe déjà pas mal. Mais tout n'est pas vain et je peux me vanter en toute modestie :-) et sans ego démesuré que ce que j'entreprends me procure la satisfaction de le voir grandir sans le devoir à personne.
Rubriques à Bac est le prototype de ce genre de phénomène chez moi et, précisément pour parler du net, je constate tous les jours que ce que j'y fais est utile, si j'en juge d'après la fréquentation presque frénétique du site. Il est vrai que, les échéances s'approchant, il est bien normal que le nombre des visites s'accroisse à deux mois du Bac ou des examens d'une manière générale; cela relève du bouche à oreilles - bien sûr avec un travail de marketing derrière - mais au bout du compte cela paye. Ceci dit je ne suis pas riche, loin de là, et ce n'est peut être pas le moment. Pour l'heure, ce qui rentre, quand ce n'est pas réinvesti, va dans ce que j'ai décidé de faire en Afrique.
A ce propos, je vous avais dit combien j'étais comme aimanté par ce continent et en particulier par le Sénégal où je me suis découvert de nombreuses attaches au point que, si Dieu le veut - mais il est grand et miséricordieux :-), je me suis proposé en personne pour concourir à un projet social, éducatif et de développement. En partenariat avec quelques-uns de mes amis indigènes, j'ai mis au point un système d'organisation qui permette, par contrat, la réalisation de projets individuels où chacun, par synergie, à la manière d'une tontine - pour faire court, apporte ce qu'il a de savoir-faire et de "pouvoir le faire" pour l'édification d'une maison commune ouverte à la réunion d'humains qui cherchent le bonheur dans la solidarité. Cela prend plus de temps que prévu mais ça avance, puique nous voilà déjà avec un toît là-bas et que, dans quelques mois, un jeune Sénégalais qui n'a pas envie de vider les poubelles chez nous va pouvoir, grâce à Rubriques à Bac, venir en Europe quelques mois, recevoir une formation dans le domaine de l'informatique, la stratégie d'organisation et repartir en Casamance avec un ordinateur pour la création d'un relais internet (un nom de domaine est déjà déposé) au bénéfice de la population locale pour m'aider à assurer ma disponibilité en dispense de cours et de savoir-faire en élaboration de projets d'intérêt local.
J'enrage que les choses n'aillent pas plus vite, oh... pas pour moi! mais bien pour eux, quand on sait de quoi, comment et où vivent ces gens-là. Tiers-mondiste? Oui, quelque part et sans illumination ou parti-pris idéologique, lucide simplement sur ce que j'ai à faire et... dois le faire parce que il y a une demande de savoirs en face et que le savoir-faire dont ils ont besoin souvent en procède ou y contribue... n'en déplaise à l'un des mots fameux de Figaro dans la réplique célèbre que lui fait dire Beaumarchais. :-)
Tout cela peut paraître presque simplet, mais qu'en ai-je à faire de ce que l'on pourrait penser, je ne cherche pas de médailles...ça déséquilibre les funambules! :=) En revanche je recherche toujours des sponsors qui pourraient faire que les choses aillent plus vite et je renouvelle mon appel; pourquoi pas pour plusieurs ordinateurs dont un au moins qui soit portable? Neufs ou "d'occase" et qui marchent avec modem de connection, le tout gratos bien sûr, car je n'ai toujours pas les moyens de tout faire!... et j'ai même déjà fort à faire pour me sortir de ce que l'on nomme un revers de fortune. Moyennant - pourquoi pas - de la pub à finalité culturelle via Rubriques à Bac, et sans que ça me prive du fruit de mon travail ou le dénature pour le transformer en banal produit marchand.
Et puisque voilà la chose dite, et pour ne pas passer éventuellement pour un bonimenteur, je tiens, à qui voudrait faire le geste qu'ils attendent, les statistiques de fréquentation du site de Rubriques à Bac pour continuer plus vite l'aventure africaine.
PIERRE FRANCOIS GAGNON (Montréal)
#Fondateur d'Editel, pionnier de l'édition littéraire francophone en ligne
Pierre François Gagnon, éditeur en ligne québécois, vit dans l'agglomération montréalaise depuis plus de vingt ans. Ardent défenseur de la langue française, il est un des pionniers de l'internet littéraire francophone. Dès avril 1995, il crée Editel, le premier site web d'auto-édition collective de langue française, devenu ensuite un site de cyberédition non commerciale en partenariat avec les auteurs maison.
*Entretien du 14 juillet 2000
= En quoi Editel est-il pionnier?
En fait, tout le monde et son père savent ou devraient savoir que le premier site d'édition en ligne commercial fut Cylibris (fondé par Olivier Gainon en août 1996, ndlr), précédé de loin lui-même, au printemps de 1995, par nul autre qu'Editel, le pionnier d'entre les pionniers du domaine, bien que nous fûmes confinés à l'action symbolique collective, faute d'avoir les moyens de déboucher jusqu'ici sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable, bien qu'il n'existe toujours pas de support de lecture "grand public" qui soit crédible pour la publication payante de livres numériques. Nous l'attendons toujours dans le courant de l'an 2000!
= En quoi consiste exactement votre activité?
Nous sommes actuellement trois mousquetaires (Pierre François Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr) à développer le contenu original et inédit du webzine littéraire qui continuera de servir de façade d'animation gratuite, offerte personnellement par les auteurs maison à leur lectorat, à d'éventuelles activités d'édition en ligne payantes, dès que possible au point de vue technico-financier. Est-il encore réaliste de rêver à la démocratie économique?
= Comment voyez-vous l'avenir?
Tout ce que j'espère de mieux pour le petit éditeur indépendant issu, comme Editel, directement du net et qui cherche à y émerger enfin, c'est que les nouveaux supports de lecture, ouverts et compatibles grâce au standard OeB (Open eBook), s'imposeront d'emblée comme des objets usuels indispensables, c'est-à-dire multifonctionnels et ultramobiles, intégrant à la fois l'informatique, l'électronique grand public et les télécommunications, et pas plus dispendieux qu'une console de jeux vidéo: le concept d'origine d'un Marc Poret chez General Magic en 1994, poignardé dans le dos par cet avorton de Newton d'Apple!
= Que pensez-vous des débats liés au respect du droit d'auteur sur le web?
Le web doit ouvrir toute grande pour les auteurs une nouvelle fenêtre d'exploitation de leurs droits exclusifs, et j'ose croire qu'est concevable une solution de chiffrement qui soit étanche, non propriétaire, mais transparente et sans douleur pour l'utilisateur final.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Je pense que, si les diverses langues de la planète vont occuper chacune le net en proportion de leur poids démographique respectif, la nécessité d'une langue véhiculaire unique se fera sentir comme jamais auparavant, ce qui ne fera qu'assurer davantage encore la suprématie planétaire de l'anglais, ne serait-ce que du fait qu'il a été adopté définitivement par l'Inde et la Chine. Or la marche de l'histoire n'est pas plus comprimable dans le dé à coudre d'une quelconque équation mathématique que le marché des options en bourse!
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
La découverte de quelques amitiés affinitaires, indéfectibles, m'enchante encore, tandis que l'étroitesse de vision, le scepticisme négatif qu'affichait la vaste majorité des auteurs de science-fiction et de fantastique vis-à-vis du caractère pourtant immanent et inéluctable de ce qui n'est après tout qu'un fantasme à la Star Trek, qui hante depuis longtemps l'imaginaire collectif, soit l'e-book tout communicant qui tienne dans le creux de la paume, ne cesse pas de m'étonner et de me laisser pantois rétrospectivement.
= Une conclusion?
Je dirai, pour conclure, que je me trouve vraiment fait pour être "éditeur en ligne, poète et essayiste, et peut-être même un jour, romancier"! Fait à noter, c'est curieusement de la part des poètes, toujours visionnaires quand ils sont authentiques, que le concept de livre numérique a reçu le meilleur accueil!
OLIVIER GAINON (Paris)
#Fondateur et gérant de CyLibris, maison d'édition littéraire en ligne
Créé en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber et Libris, livre) utilise l'internet et le numérique pour s'affranchir des contraintes liées à l'économie traditionnelle du livre. L'éditeur peut ainsi se consacrer à la découverte et à la promotion de nouveaux auteurs littéraires francophones, et à la publication de leurs premières oeuvres (romans, poésie, théâtre, policier, science-fiction, fantastique, etc.). Si CyLibris est avant tout un tremplin pour les nouveaux talents, les auteurs confirmés y ont aussi leur place (voir à ce sujet l'entretien avec Emmanuel Ménard, directeur des publications, qui expose en détail la procédure éditoriale de Cylibris).
Vendus uniquement sur le web (avec des extraits en téléchargement libre au format texte), les livres (52 titres en juin 2001) sont imprimés à la commande et envoyés directement au client, ce qui permet d'éviter le stock et les intermédiaires. Le site web procure des informations pratiques à destination des auteurs en herbe: comment envoyer un manuscrit à un éditeur, ce que doit comporter un contrat d'édition, comment protéger ses manuscrits, etc. Depuis le printemps 2000, CyLibris est membre du Syndicat national de l'édition (SNE).
Par ailleurs, l'équipe de CyLibris lance en mai 1999 une lettre d'information électronique sur le monde de l'édition francophone. Souvent humoristique et décapante, la lettre, d'abord mensuelle, paraît deux fois par mois à compter de février 2000. Elle change de nom en février 2001 pour devenir Edition-actu. Depuis ses débuts, son objectif n'est pas tant de promouvoir les livres de l'éditeur que de présenter l'actualité du livre tous azimuts.
*Entretien du 23 décembre 2000
= Quelle est l'activité de CyLibris?
CyLibris a été créé d'abord comme une maison d'édition spécialisée sur un créneau particulier de l'édition et mal couvert à notre sens par les autres éditeurs: la publication de premières oeuvres, donc d'auteurs débutants. Nous nous intéressons finalement à la littérature qui ne peut trouver sa place dans le circuit traditionnel: non seulement les premières oeuvres, mais les textes atypiques, inclassables ou en décalage avec la mouvance et les modes littéraires dominantes.
Ce qui est rassurant, c'est que nous avons déjà eu quelques succès éditoriaux (grand prix de la Société des gens de lettres (SGDL) en 1999 pour La Toile de Jean-Pierre Balpe, prix de la litote pour Willer ou la trahison de Jérôme Olinon en 2000, etc.).
Ce positionnement de "défricheur" est en soi original dans le monde de l'édition, mais c'est surtout son mode de fonctionnement qui fait de CyLibris un éditeur atypique. Créé dès 1996 autour de l'internet, CyLibris a voulu contourner les contraintes de l'édition traditionnelle grâce à deux innovations: la vente directe par l'intermédiaire d'un site de commerce sur internet, et le couplage de cette vente avec une impression numérique en "flux tendu".