Énide

Part 5

Chapter 5951 wordsPublic domain

«Prince, lorsque dernièrement vous m'avez demandé la permission de vous rendre dans vos terres pour défendre vos frontières, je sentis quelque remords comme un homme qui laissait les crimes impunis pour avoir trop vu les choses par les yeux d'autrui, et agi trop longtemps par des délégués et non par lui-même; mais à présent vous me voyez en train de purger tout mon royaume de ce qui le déshonore, et cela avec l'aide d'Édyrn et d'autres. Avez-vous remarqué Édyrn? avez-vous vu le noble changement qui s'est opéré en lui? C'est de sa part une œuvre aussi grande qu'étonnante. Sa figure même a changé en même temps que son cœur. Le monde ne veut pas croire au repentir d'un homme, et ce sage monde, dont nous faisons partie, a bien raison: il est fort rare qu'un homme se repente ou emploie à la fois la bonne grâce et la volonté pour arracher la mauvaise herbe implantée chez lui par le sang et l'habitude, se laver de ses souillures et se transformer. C'est ce qu'a fait Édyrn, épurant son cœur comme je purgerai cette campagne avant de la quitter. En conséquence, je l'ai fait chevalier de la Table ronde, non pas sans réflexion, mais après l'avoir reconnu, à la suite de mainte épreuve, comme l'un de nos plus nobles, de nos plus valeureux, de nos plus sensés et de nos plus obéissants sujets. En vérité, l'œuvre accomplie par Édyrn sur lui-même, après une vie de violence, me semble mille fois plus grande et plus étonnante que si l'un de mes chevaliers, mon sujet, avec d'autres sous ses ordres, risquant sa vie, faisait seul un carnage dans un pays de voleurs, bien qu'il les tuât l'un après l'autre, et qu'il fût lui-même presque blessé à mort.»

Ainsi parla le roi. Le prince s'inclina profondément, et sentit que ce qu'il avait fait n'était ni grand ni étonnant. Il passa à la tente d'Énide, et le médecin du roi s'y rendit pour examiner sa blessure. Énide lui donna aussi des soins, et là, tournant constamment autour du blessé, l'air de tendre sollicitude qui planait sur lui, infusa de plus en plus l'amour dans son cœur, comme le vent du sud-ouest qui, gonflant le lac de Bala, remplit toute la rivière sacrée de Dee. Ainsi passèrent les jours.

Mais pendant que Geraint guérissait de sa blessure, le roi sans reproche s'avança et jeta les yeux sur ceux à qui son père Uther avait confié, il y avait longtemps, le soin de garder la justice royale. Examen fait, il les trouva en défaut; et ainsi qu'aujourd'hui on épile le cheval blanc sur les collines du comté de Berks pour le tenir propre et brillant comme autrefois, il chassa les employés paresseux ou coupables qui s'étaient laissés corrompre pour prêter les mains à l'injustice, et il les remplaça par une plus forte race qui avait des cœurs et des bras. Il envoya un millier d'hommes pour labourer les terres incultes, et, se montrant partout, il purgea les endroits écartés et y rétablit l'ordre; il détruisit les repaires des bandits et nettoya le pays.

Quand Geraint fut revenu en santé, ils passèrent avec Arthur à Caerleon-sur-Usk. Là, une fois de plus, la grande reine embrassa sou amie et lui donna une robe belle connue le jour. Quoique Geraint ne pût jamais recouvrer cette quiétude que lui avait donnée leur liaison avant que le nom de la reine eût été terni par le souffle de la médisance, il resta satisfait, trouvant tout bien. Après un séjour de quelque temps, ils se mirent en route, accompagnés de cinquante chevaliers, vers les rives de la Severn, et rentrèrent dans leur pays. Geraint y fit observer la justice du roi avec tant d'énergie, quoique avec douceur, que tous les cœurs applaudirent et tous les mauvais bruits tombèrent. En le voyant toujours à la tête de la chasse et vainqueur à la joute et aux tournois, il fut proclamé le grand prince, et l'homme des hommes. Pour Énide, que les femmes se plaisaient à appeler Énide la belle, un peuple reconnaissant lui décerna le nom d'Énide la bonne; et dans leur manoir se firent entendre les cris des enfants d'Énide et de Geraint, venus en leur temps. Il cessa de douter de son épouse, et resta ferme dans la confiance qu'il avait en elle, jusqu'à ce qu'il couronnât une heureuse vie par une belle mort, et succombât en combattant contre les païens de la mer du Nord pour le roi sans reproche.

FIN DE ÉNIDE.

Liste des illustrations

Pl. 1 Un morceau de l'escalier d'une tourelle usée par des pieds qui maintenant etaient silencieux, tournait au soleil.

Pl. 2 Lorsque le pâle orient commença à s'animer au soleil, elle se leva. Sa mère en fît autant, et, la main l'une dans l'autre, elles descendirent, se dirigeant vers la prairie.

Pl. 3 D'abord toi-même, ta dame et ton nain, vous vous rendrez à la cour d'Arthur, et, une fois là, vous demanderez pardon pour l'insulte faite à la reine.

Pl. 4 Énide se tint de côté pour attendre l'événement, n'osant pas suivre le combat.

Pl. 5 De la ville, par un sentier taillé dans le roc, venait un jeune homme aux blonds cheveux, qui portait à la main de quoi manger aux faucheurs.

Pl. 6 A l'aspect d'une pareille impétuosité, elle disparut en proie à une terreur panique.

Pl. 7 Après avoir fait tout ce qu'elle pouvait faire, elle s'arrêta, la désolation s'empara d'elle, et elle pleura sur le bord du chemin.

Pl. 8 D'un coup de revers il frappa le cou basané du comte; et, comme une balle, la tête à la barbe rousse bondit sur le plancher.

Pl. 9 Il se retourna et la baisa en passant; elle jeta ses bras autour de lui, et, sans tarder plus longtemps, ils partirent.