En ballon! Pendant le siege de Paris

Chapter 16

Chapter 163,589 wordsPublic domain

«Dans deux minutes, ils descendirent de 2,000 mètres; le premier choc fut terrible, le ballon remonta et retomba deux fois encore. En ouvrant brusquement la soupape, le ballon se dégonfla à sa partie inférieure, ce qui lui fit faire parachute et amortit le choc de la descente. Il était dans d'excellentes conditions pour la descente, ayant encore vingt sacs de lest sur 26. Au dernier choc, le ballon s'accrocha à un mur d'environ un mètre. M. Martin se précipita hors de la nacelle et frappa contre le mur où il eut la jambe et la poitrine violemment contusionnées.

«Quant à M.D.C, il fut précipité contre terre à une vingtaine de mètres plus loin.

«M. Martin, revenu de son étourdissement, aperçut alors son ami couché sur le dos, ayant un masque de sang à la figure; il le crut mort.

«L'intrépide M. Martin nous a avoué que son unique préoccupation dans ce danger suprême et même dès la descente vertigineuse, fut le souvenir de l'assurance faite à la dame de M.D.C. que nul danger n'existait pour l'excellent chef de famille, le citoyen dévoué à sa patrie qui allait le suivre.

«Espérons que ces Messieurs sortiront bientôt saufs de leur chute effrayante!

«Les dépêches partent cette nuit pour Saint-Nazaire par l'_Euménide_.

«M. JOUAN.»

DÉPARTS DE DÉCEMBRE 1870.

_33e Ascension_. _1er décembre_.--_La Bataille de Paris_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Poirrier, professeur de gymnastique.--Passagers: MM. Lissajoux et Youx. Départ: gare du Nord, 5h. 45 m. Arrivée: Grand-Champ (Bretagne), midi.

La descente de cet aérostat a été très-accidentée. L'ancre jetée ne mordait pas et les voyageurs étaient entraînés par un vent violent. L'aéronaute crut bien faire en sautant de la nacelle à terre pour chercher à attacher lui-même le guide-rope à un arbre. Mais il ne peut réussir cette manoeuvre. MM. Lissajoux et Youx furent emportés, par l'aérostat délesté du poids de l'aéronaute, avec une violence vertigineuse. Le ballon se creva à un kilomètre de là; il s'arrêta. Les voyageurs en furent quittes pour l'émotion!

La plus indispensable union est rigoureusement commandée à la descente. Sauter de la nacelle, c'est risquer d'abord sa propre vie, mais ce qui est plus grave encore, c'est compromettre celle des autres!

UNE ASCENSION SCIENTIFIQUE.

34e Ascension. _2 décembre_.--_Le Volta_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Chapelain, marin.--Passager: M. Janssen astronome. Départ: gare d'Orléans, 6h. m. Arrivée: Savenay (Loire-Inférieure), 11h. 30 m.

M. Janssen emportait avec lui les instruments nécessaires pour observer en Algérie l'éclipse de soleil.

Ainsi, pendant que l'étranger souillait par sa présence et ses ravages le sol de la patrie, l'Académie des sciences, restant en dehors de ces monstruosités sociales, portait toujours ses regards vers les grands problèmes de la science. Nous croyons devoir reproduire les nobles paroles de M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, au sujet de l'expédition scientifique organisée pendant le siège.

Dans la séance du 5 décembre 1870, voici comment s'est exprimé l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences:

«Une éclipse de soleil, totale pour une partie de l'Algérie, aura lieu le 27 décembre. M. Janssen, si célèbre par les belles découvertes qu'il a effectuées dans l'Inde, à l'occasion de l'éclipse de 1868, était naturellement désigné de nouveau, pour compléter ses observations, au patronage et au concours du bureau des longitudes et de l'Académie, qui, avec l'autorisation de M. le ministre de l'instruction publique, se sont empressés de les lui accorder.

«M. Janssen est parti de Paris, vendredi à 5 heures du matin, par un ballon spécial: le _Volta_. L'administration avait bien voulu se mettre entièrement à sa disposition; cet appareil n'emportait que le savant, les instruments de la science, et le marin chargé de la manoeuvre. Notre confrère, M. Charles Deville et moi, nous assistions au départ de M. Janssen, soit pour l'aider dans ses derniers apprêts, soit pour lui donner une preuve de plus de l'intérêt que l'Académie porte à ses travaux. L'ascension, grâce aux précautions minutieuses de M. Godard aîné, s'est accomplie dans les meilleures conditions, et la direction excellente prise par l'aérostat, doit faire espérer le succès d'une expédition que menacent, il est vrai, des périls de plus d'un genre.

«Les secrétaires perpétuels de l'Académie, il est utile de le déclarer publiquement, se portant garants du caractère absolument scientifique de l'expédition et de la parfaite loyauté de M. Janssen, l'ont recommandé officiellement à la protection et à la bienveillance des autorités et des amis de la science, en quelque lien que les chances du voyage l'aient dirigé. Il fut un temps, où ce témoignage aurait suffi pour lui assurer un accueil chevaleresque dans les lignes ennemies. On nous a appris le doute sur ce point. Aussi chacun a-t-il compris que des rigueurs et des menaces, non justifiées par les lois de la guerre, aient fait à M. Janssen comme un devoir de compter sur son propre courage et non sur la générosité d'autrui. Je suis entouré de témoins qui peuvent attester, cependant, qu'en pleine guerre, en 1813, Davy, un Anglais, recevait, dans ce palais même, l'hospitalité de la France, comme un hommage rendu au génie et aux droits supérieurs de la civilisation.

«En suivant du regard notre digne missionnaire dans l'espace, où il se perdait peu à peu, j'ai senti ce souvenir se réveiller et renouveler en moi le besoin de protester, soit au nom de la science, soit au nom des principes eux-mêmes, contre tout empêchement qui pourrait être mis à son expédition. Deux inventions françaises, liées aux gloires de l'Académie, ont concouru aux opérations de la défense: les ballons que Paris investi expédie, les dépêches microscopiques qui lui reviennent sur l'aile des pigeons.

«La décision prise par le comte de Bismark de renvoyer devant un conseil de guerre les personnes qui, montées dans les ballons, auront, sans autorisation préalable, franchi les lignes ennemies, intéresse donc l'Académie. Elle ne saurait accepter que des opérations soient punissables parce qu'elles reposent sur des principes scientifiques nouveaux; que l'homme dévoué qui, dans l'intérêt de la science, passe au-dessus des lignes prussiennes, soit coupable de manoeuvre illicite; qu'en donnant, enfin, nos soins à l'aéronautique, nous ayons contribué nous-mêmes à fabriquer des engins de guerre prohibés.

«Comment! les voies de terre, de fer nous étaient interdites, la voie de l'air nous restait seule, inconstante et douteuse; elle n'avait jamais été pratiquée; quoi de plus légitime que son emploi! Nous l'avons conquise par des procédés méthodiques, et si elle fonctionne régulièrement au profit de nos armes, où est le délit?

«Que l'ennemi détruise, s'il le peut, nos ballons au passage; qu'il s'empare de nos aéronautes au moment où ils touchent terre, soit; c'est son intérêt, c'est chance de guerre. Mais que les personnes, tombant ainsi entre ses mains, soient livrées à une cour martiale, au loin, en pays ennemi, comme des criminels, c'est un abus de la force....

«Dans Syracuse assiégée, Archimède opposant aussi aux efforts de l'ennemi toutes les ressources de la science de son temps, rendait pour les Romains l'attaque de plus en plus meurtrière. Marcellus, loin de lui faire un crime d'avoir prolongé la défense par ses inventions, ordonna que la vie de ce grand homme fût respectée, et, plein de regret pour sa mort fortuite, entoura sa famille de soins et d'égards!...»

Ajoutons pour l'honneur de M. Janssen que, lors de son départ, il apprit que les savants anglais lui offraient un laisser-passer à travers les lignes prussiennes, M. Janssen refusa; il préféra ne rien devoir à l'ennemi de son pays, et il aima mieux risquer les chances du voyage aérien!

35e Ascension. _4 décembre_.--_Le Franklin_ (2,050 mèt. cub.).--Aéronaute: Marcia, marin.--Passager: M. le comte d'Andrecourt, officier d'état-major du général Trochu, il apporte en province les nouvelles de la prise du plateau d'Avron. Départ: gare d'Orléans, 1h. m. Arrivée: près Nantes (Loire-Inférieure), 8h. m.

36e Ascension. _5 décembre_.--_L'armée de Bretagne_ ( mèt. cub.). Aéronaute: Surrel.--Passager: M. Lavoine, consul à Jersey.--Dépêches: 400 kil. Départ: gare du Nord, 6h. m. Arrivée: Bouillet (Deux-Sèvres). L'aéronaute à la descente a été assez grièvement blessé à la tête.

37e Ascension. _7 décembre_.--_Le Denis Papin_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Domalin, marin.--Passagers: MM. Montgaillard, Delort et Robert, inventeurs des cylindres sous-aquatiques, pour le transport des lettres de province par la Seine.--Dépêches: 55 kil. Pigeons: 3. Départ: gare d'Orléans, 4h. m. Arrivée: près le Mans (Sarthe), 7 h.m.

38e Ascension. _11 décembre_.--_Le général Renault_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Joignerey, gymnaste.--Passagers: MM. Wolff et Lermanjat.--Dépêches: 1,000 kil.--Pigeons: 12. Départ: gare du Nord, 3h. 15m. Arrivée: (Seine-Inférieure) près Rouen, 5h. 30m., 130 kil. en 3h. 15.

QUATRIÈME BALLON PRISONNIER.

39e Ascension. _15 décembre_.--_La Ville de Paris_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Delamarne.--Passagers: Morel, rédacteur _du Gaulois_, et Billebault.--Dépêches: 65 kil.--Pigeons: 12. Départ: gare du Nord, 4h. m. Arrivée: Wertzlur (Prusse), 4h. 5m. Fait prisonnier en Prusse, M. Delamarne a failli être fusillé par les Prussiens, et n'a échappé à la mort que par miracle. M. Morel a subi des mauvais traitements les plus humiliants.

40e et 41e Ascensions. _17 décembre_.--1° _Le Parmentier_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Paul, marin.--Passagers: M. Desdouet et un franc-tireur.--Dépêches: 460 kil.--Pigeons 4. Départ: gare d'Orléans, 1h. 15m. Arrivée: Gourganson (Marne), 9h. m.

2° _Le Guttemberg _(2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Perruchon, marin.--Passagers: MM. d'Alméida, Lévy et Louisy. Dépêches 0.--Pigeons: 6. Départ: gare d'Orléans, 1h. 30m. Arrivée: Montpreux (Marne), 9h. m.

Ces deux ballons furent lancés à peu près en même temps de la gare d'Orléans.--Le franc-tireur, monté dans le premier aérostat, M. Lepère, ami du général Trochu, devait porter au général Faidherbe l'ordre de faire un énergique mouvement en avant pour faciliter une grande sortie. M. Lepère avait un signe de reconnaissance, et une mission verbale: son message put être délivré avec une étonnante rapidité. Ce fait est un admirable exemple de l'utilisation des ballons pendant la guerre.

M. d'Alméida, monté dans _le Guttemberg_ était chargé de coordonner les efforts pour communiquer avec la ville assiégée.

42e Ascension. _18 décembre_.--_Le Davy_ (1,000 m. cub.).--Aéronaute: Chaumont, marin.--Passager: M. Deschamps. Dépêches: 25 kil. Départ: gare d'Orléans, 5h. m. Arrivée: Chuney près Beaune (Côte-d'Or).

CINQUIÈME BALLON PRISONNIER.

43e Ascension. _20 décembre_.--_Le général Chanzy_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Werrecke, gymnaste.--Passagers: MM. de l'Épynay, Julliac, Joufryon.--Dépêches: 25 kil.--Pigeons: 4. Départ: gare du Nord, 2h. 30 m. Arrivée: Rotembery (Bavière), 10h. 45 m. Fait prisonnier en Allemagne.

Cette expédition avait pour but d'organiser en province un corps de plongeurs qui à l'aide de scaphandres auraient pu revenir à Paris par la Seine.

44e Ascension. _22 décembre.--Le Lavoisier_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Ledret, marin.--Passager: Raoul de Boisdeffre.--Dépêches: 175 kil.--Pigeons: 6. Départ: gare d'Orléans, 2h. 30m. Arrivée: Beaufort (Maine-et-Loire), 9h. m.

M. Raoul de Boisdeffre, officier d'état-major du général Trochu, avait une mission importante auprès du général Chanzy. Il venait lui dire que Paris cesserait d'avoir des vivres le 20 janvier et que le moment d'agir était venu.

45e Ascension. _23 décembre.--La Délivrance_ (2,050 mèt. cub.).--Aéronaute: Gauchet, commerçant,--Passager: M. Reboul. Dépêches: 40 k.--Pigeons: 4. Départ: gare du Nord, 3h. 30m. Arrivée: La Roche (Morbihan), 11h. 45m. 560 kil. en 8h. 30.

46e Ascension. _24 décembre.--Le Rouget de l'Isle_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Jahn, marin.--Passager: M. Garnier. Départ: gare d'Orléans, 3h. m. Arrivée: Alençon (Orne), 9h. m.

47e Ascension. _27 décembre.--Le Tourville_ (2,050 mèt. cub.).--Aéronaute: Mouttet, marin.--Passagers: MM. Miége et Delaleu. Dépêches: 160k.--Pigeons: 4. Départ: gare d'Orléans, 4h. m. Arrivée: Eymoutiers (Haute-Vienne), 1h. s.

48e Ascension. _29 décembre.--Le Bayard_ (2,045 mèt. cub.).--Aéronaute: Réginensi, marin.--Passager: M. Ducoux. Dépêches: 110k.--Pigeons: 4. Départ: gare d'Orléans, 4h. m. Arrivée: La Mothe-Achard (Vendée), 10h. 10m.

49e Ascension. _30 décembre.--L'Armée de la Loire_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Lemoine.--Pas de passager. Dépêches: 250k. Départ: gare du Nord, 5h. m. Arrivée: près le Mans (Sarthe), 4 h. s.

Ce ballon est tombé au milieu de l'armée de la Loire dont il portait le nom.

DÉPARTS DE JANVIER 1871.

50e Ascension. _3 janvier.--Le Merlin de Douai_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: L. Griseaux.--Passager: M. Eug. Tarbé. Départ: gare du Nord, 4h. m. Arrivée: Massay (Cher), 11h. 45m.

Entreprise particulière.

51e Ascension. _4 janvier_.--_Le Newton_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Ours, marin.--Passager: M. Brousseau. Dépêches: 310 k.--Pigeons, 4. Départ: gare du Nord, 4h. m. Arrivée: Digny (Eure-et-Loir).

52e et 53e Ascensions. _9 janvier_.--1° _Le Duquesne_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Richard, quartier-maître et trois marins. Départ: gare d'Orléans, 3h. 50m. Arrivée: Bizieu près Reims (Marne).

Tentative de direction avec une hélice. (Voir chap. III.)

2° _Le Gambetta_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Duvivier, marin.--Passager: M. de Fourcy. Dépêches: 240k.--Pigeons: 3. Départ: gare du Nord, 3h. 55m. Arrivée: Clamecy près Auxerre (Yonne), 2h. 30s.

54e Ascension. _11 janvier_.--_Le Kepler_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Roux, marin.--Passager: M. Dupuy. Dépêches: 160k.--Pigeons: 3. Départ: gare d'Orléans, 3h. 30m. Arrivée: Laval (Mayenne), 9h. 15m.

55e et 56e Ascensions. _13 janvier_.

1° _Le Monge_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Raoul.--Passager: M. Guigné. Départ: gare d'Orléans, midi 50. Arrivée: Harfeuille (Indre), 8 h. s.

2° _Le général Faidherbe_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Van Seymortier.--Passager: M. Hurel et cinq chiens destinés à rentrer à Paris avec des dépêches. Dépêches: 60k.--Pigeons: 2. Départ: gare du Nord, 3h. 30m. Arrivée: Saint-Avit (Gironde), 2h. s.

57e Ascension. 45 _janvier_.--_Le Vaucanson_ (2,000 mèt. Cub.). Aéronaute: Clariot, marin.--Passagers: MM. Valade et Delente. Dépêches: 75 k.--Pigeons: 3. Départ: gare d'Orléans, 3h. M. Arrivée: Armentières (Belgique), 9h. 15m.

58e Ascension. 16 _janvier_.--_Le Steenackers_ (2,000 mèt. cub.). Aéronaute: Vibert, ingénieur.--Passager: M. Goleron. Départ: gare du Nord, 7h. m. Arrivée: Hynd (Hollande), dans les dunes du Zuyderzée. M. Vibert emportait avec lui deux caisses de dynamite, destinées, dit-on, À l'armée de Bourbaki, qui commençait à battre en retraite.

59e Ascension. 18 _janvier_.--_La poste de Paris_ (2,000 mèt. Cub.). Aéronaute: Turbiaux, mécanicien.--Passagers: MM. Cleray et Cavailhon. Dépêches: 70k.--Pigeons: 3. Départ: gare du Nord, 3h. m. Arrivée: Venray (Pays-Bas).

60e Ascension. 20 _janvier_.--_Le général Bourbaki_ (2,000 mèt. Cubes). Aéronaute: Mangin jeune.--Passager: M. Boisenfrey. Dépêches: 125 k.--Pigeons: 4. Départ: gare du Nord, 5h. m. Arrivée: Hasancourt près Reims (Marne).

L'aéronaute, tombé en pays occupé par l'ennemi, peut sauver ses dépêches; il brûle son ballon pour le dissimuler aux Prussiens.

61e Ascension. _22 janvier_.--_Le général Daumesnil_ (2,000 mèt. cub.).--Aéronaute: Robin, marin.--Pas de passager. Dépêches: 280 kil.--Pigeons: 3. Départ: gare de l'Est, 4h. m. Arrivée: Charleroi (Belgique), 8h. 20m.

62e Ascension. _24 janvier._--_Le Toricelli_ (2,000 mèt. cub.). Aéronaute: Bely, marin.--Pas de passager. Dépêches: 230 kil. Pigeons: 3. Départ: gare de l'Est, 3h. m. Arrivée: Fuchemout (Oise), 11h. m.

Ballon caché; dépêches sauvées et remises au bureau de Blanzy.

DEUXIÈME BALLON PERDU EN MER.

63e Ascension. _27 janvier_.--_Le Richard Wallace_ (2,000 mèt. Cub.). Aéronaute: E. Lacaze, soldat.--Pas de passager. Dépêches: 220 kil.--Pigeons: 2. Départ: gare du Nord, 3h. 30 m. Arrivée: inconnu. Ce ballon a été perdu en mer en vue de la Rochelle.

Il est difficile d'expliquer la cause de ce malheur. L'aérostat monté par M. Lacaze, a presque touché terre en vue de Niort; on a crié à l'aéronaute de descendre, mais il est reparti dans les hautes régions de l'air après avoir vidé un sac de lest. Il a été vu à la Rochelle à une grande hauteur; au lieu de descendre sur le rivage de la mer, il a continué sa course vers l'Océan, où on l'a vu se perdre à l'horizon.

L'infortuné Lacaze n'a-t-il pas pu trouver la corde de soupape pour descendre? S'est-il évanoui dans la nacelle? C'est ce que l'on ne saura jamais. Ses restes ont aujourd'hui pour tombeau l'immensité des flots!

64e Ascension. 38 _janvier_.--_Le général Cambronne_ (3,000 mèt. cub.). Aéronaute: Tristan, marin.--Pas de passager. Dépêches: 20 kilogr. Départ: gare de l'Est, 6h. m. Arrivée: Mayenne (Mayenne), 4h. S.

Cet aérostat a apporté en province la nouvelle de l'armistice.

Tels sont les voyages aériens exécutés pendant le siège de Paris.

Soixante-quatre ballons ont franchi les lignes ennemies. Cinq d'entre eux, comme on l'a vu, ont été faits prisonniers, deux autres se sont perdus en mer.--Ils ont enlevé dans les airs 64 aéronautes, 94 passagers, 363 pigeons voyageurs, et 9,000 kilogr. de dépêches représentant trois millions de lettres à 3 gr. Nous ne terminerons pas ce chapitre, sans dire que les ballons-poste qui ont si puissamment contribué à la prolongation du siège de Paris, resteront dans l'histoire un sujet d'admiration pour les amis de la France, comme ils susciteront pendant longtemps la jalousie de ses ennemis. Un prisonnier de guerre français, retenu à Mayence pendant la guerre, m'affirmait récemment que les Allemands avaient été profondément surpris des merveilles de la poste aérienne. Pendant le siège, il avait entendu dire ces mots à un sujet de Bismark:

--Ces maudits ballons nous font bien du tort, car grâce à eux le gouverneur de Paris parle sans cesse aux généraux de province. Décidément ces diables de Français sont ingénieux!

III

Les pigeons voyageurs.--La Société l'Espérance.--La poste terrestre.--La poste aquatique.--Projets divers.--Les ballons dirigeables.

Ainsi, grâce aux ballons, Paris parlait à la province, les assiégés envoyaient des messages aux amis du dehors; la grande ville n'avait pas été bâillonnée. C'était beaucoup, mais ce n'était pas assez. Après avoir ouvert le chemin de l'aller, il était nécessaire d'en trouver un pour le retour. Le gouvernement fit appel aux inventeurs, aux hommes ingénieux, à la science. L'appel fut entendu, mille projets prirent subitement naissance, et si beaucoup d'entre eux n'ont pas rempli les promesses qu'il était permis d'en attendre, il faut en accuser un ennemi non moins puissant que la Prusse, c'était l'hiver, c'était le froid, c'étaient les neiges et les glaces.

On fit de nombreuses tentatives de tout genre, dans toutes conditions, mais c'est encore l'air qui se montra le plus favorable aux assiégés.--Les pigeons voyageurs, emportés de Paris dans la nacelle des ballons, rentrèrent dans les murs de la capitale cernée. Si la France n'a pu secourir Paris par ses armées, elle n'a cessé de lui tendre la main par-dessus les remparts des ennemis!

LES PIGEONS ET LES DÉPÊCHES MICROSCOPIQUES.

L'explorateur Thévenot raconte dans le récit de ses voyages publiés vers 1650, que les habitants d'Alep recevaient souvent des nouvelles d'Alexandrie par des pigeons voyageurs. Il parait certain que les messagers ailés étaient fréquemment usités dans l'antiquité. Cependant Aristote et Pline n'en disent rien. Le fait que nous venons de citer prouve toutefois que la poste aérienne par pigeon est connue depuis plus de deux cents ans. Mais ce n'est guère que depuis le commencement de notre siècle que la Belgique a créé le _sport_ des colombes. Plusieurs propriétaires de pigeons se réunissaient; chacun d'eux confiait un de ses pigeons à un homme sûr, qui les laissait envoler à 20 ou 30 lieues du point de départ.--Le premier pigeon revenu au logis gagnait pour son maître les enjeux mis sur la tête de tous les autres. Ces pigeons servaient souvent aussi pour le commerce, les affaires, et plus d'un spéculateur a profité habilement de ces messagers ailés.

Dans les temps modernes on se rappelle sans doute que Venise en 1849, assiégée par les Autrichiens, fit un usage efficace des colombes; pour porter des dépêches au dehors. Du reste, depuis quelques années, de grands perfectionnements ont été apportés dans l'élevage des pigeons par la sélection des types et des croisements habilement exécutés. On est arrivé à former des individus dont le vol est d'une rapidité vraiment extraordinaire. C'est ainsi que l'énorme distance qui sépare Toulouse de Bruxelles a été franchie par le _Gladiateur_ des pigeons en une seule journée. Généralement la vitesse des pigeons varie entre 1,000 et 1,200 mètres à la minute, soit environ 60 kilomètres à l'heure. Il va sans dire qu'il n'y a rien d'absolu dans cette estimation, et que la vitesse varie singulièrement suivant que l'oiseau a le vent _derrière_ ou le vent _debout_, comme diraient les marins. Les pigeons voyageurs ont l'oeil très-perçant et la mémoire locale extraordinairement développée. On les élève dans des pigeonniers où ils sont en liberté; ils accomplissent d'eux-mêmes de longues promenades autour de leur habitation, et arrivent sans doute à connaître les environs de la ville qu'ils habitent. Les brouillards, qui les empêchent de retrouver les points de repère que leur a fait observer un merveilleux instinct, rendent presque impossible leur retour au colombier. Par une cause qui n'est pas encore expliquée, ils perdent aussi leurs facultés, par les temps de gelée, et surtout quand la neige couvre le sol. On comprendra que l'hiver exceptionnellement froid de 1870-1871 a été bien défavorable à la poste par pigeons.

Nous compléterons ces renseignements par quelques lignes extraites du _Journal Officiel_ (mars 1871), où se trouvent des détails sur les types de pigeons les plus recherchés des amateurs du sport aérien.

«Le pigeon voyageur est élégant et gracieux de forme.

«Le _liégeois_ (1er type) est petit, à tête régulièrement convexe, que termine un bec très-court. Les yeux sont saillants et entourés d'une membrane nue; l'iris est jaune orange foncé; les caroncules nasales sont plus grosses chez le mâle que chez la femelle.

«Le pigeon d'_Anvers_ (2e type) est beaucoup plus gros, plus élancé, plus haut sur ses pattes, le cou est long; son vol est très-rapide, mais il est moins fidèle à son colombier que le liégeois; sa tête est moins arrondie, comme si les lobes cérébraux correspondant à la mémoire étaient moins développés; le bec est plus grand, l'iris est entouré d'un cercle blanc. «L'_irlandais_ (3e type) est fort; les caroncules nasales sont très-grosses; la membrane nue qui entoure l'oeil est large; l'oeil est souvent tout noir (en termes techniques, oeil de vesce).

«Le plumage est très-varié, très-doux de nuance, très-fourni: les couleurs uniformes, telles que rouge, blanc, noir, sont rares. Les plus communes sont le bleu, le bleu étincelé, le rouge étincelé ou taché de noir, et les nuances binaires; blanc et bleu, blanc et rouge, et blanc et noir.

«Ce sont ces trois races croisées qui fournissent les meilleurs coureurs, réunissant la mémoire, la force, la vue (qui prédominent dans chacune des races signalées), à la beauté et à la solidité de la charpente osseuse.»