Du Niger au golfe de Guinée par le pays de Kong et le Mossi, tome 2 (de 2)
Part 32
A toute cette nomenclature il convient d’ajouter les ressources qu’offrent l’arbre à beurre, le baobab, le _néré_ (_Parkia biglobosa_), le bombax, le _finsan_, les palmiers, etc., l’arbre à kola, les lianes à caoutchouc, arbres desquels nous avons déjà entretenu le lecteur, ainsi qu’une cinquantaine de variétés de bois de construction et d’arbres à écorce de fibres qu’on peut utiliser comme textiles.
Après avoir lu une nomenclature de produits aussi riche que celle que nous donnons ci-dessus, il ne faut pas en conclure que dans tous les pays que j’ai parcourus on puisse se procurer aisément ces produits. Hélas ! non. L’état social des noirs, le peu de sécurité dans l’avenir et le manque de débouchés entretiennent l’inertie complète chez ces peuples.
Certains d’entre eux ne cultivent que deux ou même une seule variété de céréales. D’autres, ruinés par les guerres, ne s’occupent plus que des cultures hâtives, dont elles mangent les récoltes au fur et à mesure de leur maturité, se contentant d’employer comme condiments quelques feuilles d’arbre, des graines de cucurbitacées sauvages, des chenilles, etc. C’est ce qui explique comment j’ai dû me nourrir pendant plusieurs mois de _la même variété de mil_, accommodée tous les jours de _la même façon_.
Dans les pays où règne la tranquillité, les indigènes, en cultivant toujours les mêmes lieux, ont épuisé leurs terres, qui, jadis si fertiles, ne produisent plus aujourd’hui que des produits dégénérés dont les indigènes abandonnent peu à peu la culture. Malgré les remarques que font les indigènes pour les terrains bordant le village et engraissés par les détritus du village, ils ne s’occupent pas du fumage des champs pour augmenter leurs récoltes. Cette remarque ne s’applique cependant pas à tous les peuples noirs que j’ai visités : les Soninké, les Mandé, les Peul fument leurs terres en y parquant des troupeaux.
L’indigène ne jouit pas des produits de sa basse-cour ; quantité d’œufs se perdent ; on ne s’y entend pas pour faire couver ; c’est à peine si, de temps à autre, le chef de famille peut mettre une poule dans son fricot.
Pourtant les animaux de basse-cour pullulent.
J’ai remarqué 4 ou 5 variétés de poules,
2 variétés de canards,
Des pigeons domestiques,
Et 10 variétés de pintades domestiques.
Les animaux de boucherie ne font pas défaut non plus ; nous avons eu occasion de parler plus haut des diverses races bovine, ovine, caprine, chevaline et asine ; on y élève plusieurs variétés de chiens _qui pour eux sont comestibles_.
Le gibier ne leur fait pas non plus défaut.
Je n’entrerai pas dans la riche nomenclature d’animaux de toute espèce qui peuvent fournir des ressources en vivres.
Je me bornerai à dire que le gibier d’eau abonde et est représenté par une vingtaine de sortes de canards sauvages, oies, poules d’eau, râles, etc.
Les échassiers sont représentés à l’infini.
Les outardes, pintades, perdrix grises et poules de rochers se trouvent un peu partout, ainsi que les oiseaux à plumage brillant, les perruches et les perroquets.
Parmi le gibier à poil, nous citerons le lièvre, les belettes, fouines, sortes de furets, les porcs-épics, hérissons, la loutre, le sanglier et le phacochère. Toutes les variétés de gazelles et d’antilopes (au moins 20 espèces).
Les girafes et les bœufs sauvages (7 ou 8 variétés).
2 espèces d’éléphants.
L’hippopotame, le lamantin, le caïman et 8 ou 10 espèces de poissons, les tortues, les lézards et les iguanes.
Enfin, quand nous aurons cité les fauves, hyènes, chats-tigres, onces, panthères, lions et une belle collection de serpents, nous aurons fait connaître tout ce que nous avons vu pendant le cours de notre exploration.
Ces animaux ne font courir aucun danger. Il n’y a que les imaginations exaltées qui peuvent narrer des scènes comme celles qu’on lit trop souvent. J’affirme ici que, dans le cours de mon voyage, et depuis huit ans que je suis constamment au Soudan, je n’ai jamais entendu parler d’un indigène dévoré ou blessé par un fauve ; que chaque fois que j’en ai vu, ils ont pris la fuite, de sorte qu’il est très rare de pouvoir en tuer un.
Quant aux serpents, qui inspirent une terreur si irréfléchie à beaucoup de personnes, ils ne sont pas plus à craindre, surtout pour l’Européen, qui marche toujours chaussé. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui soit mort d’une morsure de serpent. Les gros serpents, boas, etc., ne quittent pas les fourrés impénétrables ; il est difficile d’en voir. J’en ai vu en tout quatre ou cinq, et encore n’avons-nous pas réussi à les tirer. Quand on songe que tous les indigènes circulent à peu près nus dans les hautes herbes et dans les fourrés les plus impénétrables et qu’il n’arrive pas d’accidents, ou presque jamais, on peut conclure avec moi que les fauves, les serpents et les animaux nuisibles sont bien moins dangereux qu’on ne le proclame un peu partout.
APPENDICE V
Liste des rois sonr’ay de la première dynastie. — Liste de la deuxième dynastie. — Notes sur l’histoire générale de la dynastie sonr’ay-mandé. — Famille mandé. — Famille sonni-nké. — Famille mandé-bammana. — Famille soso ou sousou — Famille mandé-mali. — Famille mandé-dioula.
PREMIÈRE DYNASTIE
Les historiens arabes nous apprennent les noms de presque tous les rois dits du Sonr’ay. On en trouve la liste complète dans Rolfs (_Beiträge zur Geschichte_, etc.), dans la _Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft_, Band IV, 1855. Je la donne ci-dessous :
1. Le premier roi sonr’ay (سغى) ? était Za al-Yamin (vers 771 ? ; d’après moi, en chiffres ronds, 800).
2. A lui succéda زكى Za Zakajâ ou Za Zaki.
3. — اتَكىْ ou تكى Za Atakaï ou Taki.
4. — اكَىَ Za Akaya.
5. — اكِرُ (اكو) Za Akirou (_Kérou_ ?)
6. — على بُى (على بنى) Za Ali Boy ou Boya, ou encore Ali Bana (Bani).
7. — بِيَرُ (بيرو كومَىْ) Za Biyarou ou Barou Koumaya ? (_Barou_ ?)
8. — بِى (ابى) Za Abi ou Aba.
9. — اكُىِ Za Akouyi.
10. — يُم كَروَىَ Za Youma Karaouaya.
11. — يُم دُنكُ Za Youma Dounkou.
12. — يُمَ كيبعَ (كبيع) Za Youma Kiba’a ou Kibakha ou Kabaya.
13. — كوكِرىَ Za Koukirya.
14. — كِنْكِر Za Kinkira.
Aucun de ces rois ne croyait en Dieu et à ses prophètes.
Le premier qui embrassa l’islamisme fut :
15. Za-Kasi كَسى 400 de l’hégire (1009 à 1010), il régna jusqu’en 1020.
16. A lui succéda كُسُرْ دارى Za Kousour Dari, peut-être _Diara_ (1020 à 1038).
17. — اهِرْ كَرُنْك دُمْ Za Ahir Karounkou Doum (1038 à 1062).
18. — بيىْ كى كَيْمَ Za Bayouky Kayma (1062 à 1078).
19. — يُمَ داعُ (نتاسنى) Za Youma _Da’ou_ (_Natanansi_) (1078 à 1100).
20. — بَيىَ كَيْرِ كِنْبَ Za Baya Kayri Kinba (1100 à 1119).
21. — كُيى شيبيب (كين شنبيب) Za Kouyi Chibiba, ou Kayan Chanbib (1119 à 1140).
22. — اتيبا (تب) Za Atiba ou Taba (1140 à 1158).
23. — تنبا سِنَى Za Tanba (Tenéba) Sinay (1158 à 1176).
24. — يُمَ داعُ Za Youma _Da’ou_ (1176 à 1200).
25. — فدازو (فدزر) Za Fadazou ou Fadazara (1200 à 1218) ; ce règne correspond à celui de Baramindana.
26. — على كِرُ Za Ali _Kirou_ (1218 à 1235), correspondant au règne de Mari Diara.
27. — بير فَلك Za _Birou_, ou Bayarou Falaka, correspondant au règne de Mansa Wali.
28. — باسبيى ? Za Basabia, ou Basabi (Yasabi), correspondant aux règnes de Mansa Wali, Mansa Kalifa et de Mansa Abou Bakr.
29. — درر ? Za Darar, _Za Dazara_ ? } } Serki Diara, Gao, 30. — زنك بار Za Zanaki, _Barou_. } Mohammed, Abou Bakr, } Mansa Mouça, noms 31. — بسا فار Za Basa Farou ou } des rois mandé Fara ou _Basi-Fara_. } correspondants. } 32. — فد Za Fada, Za Fa-_Dé_. }
DEUXIÈME DYNASTIE
Les Sonni. — 1331 (date mentionnée sous le règne de Mansa Magha, par Ahmed Baba).
33. Sonni Ali Kilnou.
34. Sonni Silman Nar.
35. Sonni Ibrahim Kiba ou Kibya.
36. Sonni Ousman Kanou ou Kanwa.
37. Sonni Basakin Aukabaya ou Bara Kina Abaky.
38. Sonni Mouça.
39. Sonni Boukar Zanka ou Zanaka ou Zoniké.
40. Sonni Boukar Dal Binba.
41. Sonni _Barou_ Kouya.
42. Sonni Mohammed _Da’ou_.
43. Sonni Mohammed Koukia.
44. Sonni Mohammed _Barou_.
45. Sonni Mari Koul Khoum ou Mari fi Koul Khoum.
46. Sonni Mari Râkar.
47. Sonni Mari Aranadan.
48. Sonni Souleyman _Da’ou_.
49. Sonni Ali.
50. Sonni _Bara_ ou _Barou_, appelé aussi Abou Bakr Da’ou.
51. Askia _Thouré_ : El-Hadj Mohammed (1500 ?).
La première dynastie est celle des Za, titre dont nous donnons l’origine à propos de l’histoire des Sonni-nké.
Cette dynastie se divise en deux moitiés, dont la première, la plus ancienne, ne comprenait que des rois païens (infidèles). Ils sont au nombre de 14. Za al-Yamin, le premier dont le nom soit connu, devait, d’après nos calculs, régner vers l’an 800 de l’ère chrétienne. Le quatorzième, Za Kinkira, a dû mourir vers l’an 1000.
L’énumération des noms des rois de cette première moitié de la dynastie des Za nous rappelle peu de noms propres mandé ; on ne peut y relever que ceux du cinquième souverain, nommé Akirou, nom qui rappelle le diamou mandé-dioula _Kérou_, et celui du septième souverain, dans lequel on trouve le nom Birou, qui rappelle le mandé-dioula _Barou_.
Mais nous ne tenons pas pour une preuve suffisante ce rapprochement de noms pour en déduire que réellement les cinquième et septième souverains de cette dynastie étaient d’origine mandé.
Il n’en est pas de même pour la deuxième moitié de la dynastie des Za. Elle comprend 18 rois, tous musulmans. Le premier d’entre eux qui embrassa l’islamisme (le quinzième de la dynastie des Za) se nommait Za Kasi.
El-Békri rapporte que la date de sa conversion remonte à l’an 1009-1010.
Si, en dehors de la conversion de Za Kasi, les historiens arabes ne rapportent aucun événement sur le règne des 18 rois _musulmans_ Za, nous apprenons par la liste de leurs noms que neuf d’entre eux, c’est-à-dire la moitié, portaient des noms ou surnoms mandé. C’est là un point très important pour l’histoire de ces peuples. Il prouve tout simplement que pendant cette deuxième moitié de dynastie les Mandé sont au pouvoir dans le Sonr’ay. Ainsi le 16e roi de la dynastie des Za est un Diara ; le 19e et le 24e, deux Da’ou ; le 26e, un Kérou ; le 27e, un Birou.
Le 29e est écrit دزر. En haoussa c’est l’expression _Diara_. Le _di_ ou _d_ mouillé se change toujours en _z_. C’est pourquoi nous n’hésitons pas à croire que le 29e roi était un _Diara_. Le 30e était un _Barou_. Le 31e porte un surnom mandé, _Basi-Fara_. Le 32e est nommé _Fa-Dé_, le père _Dé_.
Nous avons dit plus haut que l’histoire ne nous apprend que la date de la conversion de Za Kasi (1009-10), nous devons ajouter qu’El-Békri annonce qu’en l’an 1153 (548 de l’hégire), la domination des Mandingo ou Wangara s’étendait jusqu’à Tirka ou Tirekka (environs de Bourroum), même Kougha dépendait des Wangara, dit-il, seule Gogo était libre et indépendante. Il est curieux d’observer que précisément l’année 1153 correspond avec l’apparition des noms mandé dans la chronologie des rois sonr’ay de la dynastie des Za musulmans, et probablement au règne du roi Za Youma Da’ou II (à ce roi ne succèdent que des souverains portant des noms mandé).
Doit-on en déduire que ce n’est qu’en 1153 que les Mandé ont fait leur apparition dans le nord de la boucle de Niger ? Nous ne le pensons pas. Les Mandé devaient être là depuis beaucoup plus longtemps. Leur aile gauche, comme nous l’avons constaté, occupait déjà vers les IVe et Ve siècles de l’hégire le Ghanata, il n’y a pas de raison pour ne pas les trouver sur le même parallèle plus à l’est vers le Sonr’ay. Mais là comme ailleurs ils n’arrivent au pouvoir qu’après la domination et l’affaiblissement des Senhadjô (des Berbères). L’avènement des premiers rois mandé au trône sonr’ay ne dut avoir lieu que vers la fin du XIe siècle, mais ils ne devinrent réellement puissants au détriment des Sonr’ay que dans le courant du XIIIe siècle ; ce n’est du reste que vers cette époque que les historiens arabes en font mention avec méthode et suite. On peut donc en inférer que les empires sonr’ay et mandé se sont longtemps confondus.
El-Békri nous apprend que les Mandé étaient déjà puissants dans l’est en 1153, mais il omet de nous donner le nom de leurs souverains. Le premier souverain qu’il cite est Baramindana ou Sérbendana ; il le mentionne parce qu’il est le premier qui ait embrassé l’islamisme ; sa conversion date de l’année 1213.
Au commencement du XIIIe siècle la situation est donc la suivante :
A l’ouest : le pouvoir appartient aux Sousou ou Soso, fraction des Mandé, de 1203 à 1235.
Au centre : Baramindana, premier roi musulman du Mali, règne de 1213 à 1235.
A l’est : un empire ou royaume dit Sonr’ay, gouverné par des rois pour la plupart mandé.
De 1235 à 1260. — Mari Diara Ier, roi de Mali, successeur de Baramindana, absorbe le royaume de Ghanata et subjugue les Sousou.
A dater de cette époque il n’existe plus que deux pouvoirs : le Mali et le Sonr’ay.
Mari Diara Ier eut pour successeur son fils, Mansa Wali Ier, qui fit le pèlerinage de la Mecque, sous le règne du sultan Bibars ; il régna de 1260 à 1276.
1276-77. — Mansa Wali II, frère du précédent, règne très peu de temps.
1277 à 1311. — Mansa Khalifa, successeur de Mansa Wali II, est pauvre d’esprit et tué par son peuple.
Puis vient Mansa Abou Bakr, neveu, fils de la sœur de Khalifa.
Le trône est occupé ensuite par un usurpateur nommé Sakoura ou Sabkara, qui entreprend un pèlerinage à la Mecque au temps d’El-Malik é Nassir.
A lui succèdent Serki[66] Diara, Gao, Mohammed, Abou Bakr, Mansa Mouça.
1311. — Avènement de Mansa Mouça, dit Konkour Moussa.
1311-1331. — Mansa Mouça Ier (Konkour Mouça) arrive au trône ; il devient le plus grand roi de Melle. Il réunit sous son sceptre toute la puissance militaire et politique de ce royaume, qui, selon Ahmed Baba, constitua une force sans mesure ni limites. Tout en étendant sa domination sur tous les peuples noirs environnants, il se ménagea d’amicales relations avec Abou’l-Hassan du Maghreb (Maroc). Mansa Mouça plaça sous sa domination :
1o Le Baghena, y compris le Tagant et l’Adrar ;
2o Sagha et le Tekrour occidental, capitale Silla ;
3o Tombouctou ;
4o Et enfin le Sonr’ay avec sa capitale, Gogo. Ahmed Baba le dit formellement : Konkour Mouça est le premier roi de Mali, suzerain du Sonr’ay.
Djenné, grâce à sa position dans une île, semble ne pas avoir été annexé.
1326. — Mansa Mouça entreprend un pèlerinage à la Mecque. Tous les auteurs anciens parlent d’une façon détaillée de l’escorte du roi pèlerin, des richesses qu’il emportait et de l’armée qui l’accompagnait.
D’après Ahmed Baba, traduction de Rolfs, « il emmena 60000 guerriers (?). Partout où passait le sultan, il se faisait précéder de 500 esclaves dont chacun portait une canne en or pesant 500 mitkal d’or » (6 kil. 500 d’or). Ces données sont évidemment exagérées, elles offrent cependant un certain caractère de vérité, puisque plusieurs peuples que j’ai visités ont conservé la coutume des porte-canne. Ardjouma, chef du Bondoukou, se fait précéder d’un sabre à pomme d’or pesant environ 1 à 2 kilogrammes.
D’après Ahmed Baba, le poids total de ces cannes aurait représenté une valeur intrinsèque de 100 millions ! Ce n’est guère possible.
« En allant à la Mecque, il prit le chemin de Walata et traversa le Touat. Dans ce dernier pays, ajoute l’historien, il dut abandonner beaucoup de son monde. Atteint d’une maladie dans les jambes, qu’ils nomment dans leur langue _touat_ (?). » C’est probablement la filaire de Médine.
L’historien ajoute même que c’est parce que les gens de Mansa Mouça se fixèrent dans ce lieu qu’il a conservé le nom de _Touat_.
Barth ajoute que cette circonstance est bien connue des habitants du Touat, dont une grande partie se dit d’origine sonr’ay.
Les Orientaux du Caire et de la Mecque, dit Ahmed Baba, furent éblouis par sa puissance et sa munificence. Le peuple sonr’ay lui fit sa soumission dès qu’il entreprit son pèlerinage.
A son retour de la Mecque, il passa par le Sonr’ay.
Ebn Batouta nous apprend que Mansa Mouça ou Konkour Mouça campa dans le jardin de Sirakh ed-Din ben el-Kouwaïk, notable commerçant d’Alexandrie, établi dans un lieu nommé Birket-el-Khabas, dans la banlieue du Caire.
C’est pendant son voyage d’aller et probablement avant de se diriger sur Oualata que Mansa Mouça soumit Tombouctou et plaça la ville sous sa suzeraineté.
Il y fit construire un palais, actuellement détruit, que l’on nommait _Mâ dougou_ et élever un minaret de la grande mosquée.
1331-35 (732-36). — Mansa Magha Ier succède à son père Mansa Mouça.
C’est sous son règne que Sonni Ali Kilnou et Silman Nar, deux jeunes Sonr’ay, _otages du roi de Mali_, s’enfuirent de la cour de Mali, retournèrent dans leur pays et s’emparèrent du pouvoir sonr’ay.
Sous le règne de Mansa Magha, le Mali perdit de sa grandeur et de son prestige. La mort au bout de quatre ans de règne vint délivrer le pays de ce triste régent.
1335-1359. — Mansa Sliman ou Suleyman, frère de Mansa Mouça ou Konkour Mouça, et oncle de Mansa Magha Ier, arrive au pouvoir et rétablit la puissance du Mali un moment ébranlée.
1351. — D’après Makrizi, un roi de Mali entreprend à cette date un pèlerinage à la Mecque. Le nom de ce monarque ne nous est pas parvenu. Nous avons tout lieu de croire qu’il s’agit de Mansa Sliman.
Sous le règne de Mansa Sliman, le sultanat de Mali s’étendit bien loin, et sa domination se fit sentir jusque vers Tombouctou.
L’étendue de son royaume força Mansa Sliman de procéder à une répartition de son territoire en trois grandes provinces, dont Ahmed Baba nous donne la nomenclature et les noms des gouvernements.
Ces trois provinces étaient :
1o Le _Kala_, le Kalari actuel, avec Ségou ;
2o Le _Bandouk_, le Bendougou ;
3o Le _Sabardougou_ (?).
Dans chacun de ces trois pays il y avait douze sultans.
En ce qui concerne le Kalari, huit sultans régnaient en même temps sur cette presqu’île.
Le premier d’entre eux régnait tout contre le Djenné.
Il se nommait _Ouarraba Koy_ (Ouarraba est le synonyme de _Diara_).
Les sept autres étaient : 1o وتر كى _Ouattara_ Koy.
2o Le _Koma_ Koy كُمَى كى. Koma veut dire : grue couronnée ; cet oiseau est fétiche pour tous les Mali-nké.
3o فَدْكَ كى appelé aussi فَركَ كى Fadka Koy ou _Farka_ Koy.
4o كُرْكَ كى _Kourka_ Koy.
5o كَو كى _Kawa_ Koy ou Kaba (nom de famille sonni-nké).
6o فَرَما كى _Farama_ Koy.
7o زر كى _Zara_ Koy.
Les quatre autres sultans régnaient au nord du fleuve.
Le premier d’entre eux régnait contre le domaine de Zago, vers l’ouest ; il s’appelait كوكِرِ كى _Koukiri_ (peut-être Kou Kérou Koy).
2o يارَ كى _Yara_ Koy, peut-être سر كى Sara Koy, ou bien بار كى Barou.
3o سَامَ كى _Sama_ Koy.
4o وفال فرن Wafala Faran.
Ce Wafala Faran était celui qui avait le pas sur les autres dans les audiences ou les visites de corps chez le sultan de Mali.
Tous les sultans du Bendougou régnaient au sud du fleuve.
Le premier d’entre eux régnait à côté de Djenné ; il se nommait كو كى _Kawa_ Koy.
2o كَعَر كى Ka’ar Koy peut-être _Kamara_ كمَرَ ?
3o سَمر كى Samar Koy.
4o داعُ كى _Da’ou_ Koy
5o تَعب كى Taba Koy.
1359-60. — Mansa Ebn Sliman, fils de Mansa, qui ne règne que neuf mois.
1360-73. — Mansa Diara, fils de Mansa Magha Ier, prend le pouvoir ; il envoie une ambassade à Abou el-Hassan, sultan du Maroc.
1373-87. — Mansa Mouça II, fils de Mansa Diara, laisse, par sa faiblesse, usurper le pouvoir par son vizir Mari Diara.
1387-88. — Mansa Magha II, frère du précédent, lui succède au trône et est assassiné après un an de règne.
1388-90. — Un autre usurpateur détient le pouvoir.
1390-1400. — Mohammadou ou Mansa Magha III, un descendant de Mari Diara Ier, règne 10 ans.
1400. — A dater de cette époque, Ahmed Baba ne mentionne plus la chronologie des rois du Mali.
En lisant attentivement la chronologie, on s’aperçoit immédiatement qu’en dehors de Konkour Mouça et de Mansa Souleyman, le Mali n’a guère possédé de rois brillants. Le dernier acte important à enregistrer date du règne de Mansa Diara, qui envoya une ambassade à Abou el-Hassan, sultan du Maroc.
Avec la mort de Mansa Diara (1373) commence pour le Mali l’ère de la décadence ; le sultanat se maintient cependant jusqu’au commencement du XVe siècle. Puis, sous le règne de Sonni-Ali, fils de Sonni Mohammed Daou, en 1465, le Mali fut complètement bouleversé. Enfin, à l’avènement d’Askia Mohammed (1492), la décadence était complète. Celui-ci et ses successeurs firent si souvent la guerre au royaume de Mali qu’il succomba.
Il faut donc reporter la désagrégation du sultanat de Melle ou Mali vers l’année 1540, c’est-à-dire à cinq ans après la mort d’Askia.
1540 environ. — « Alors, dit Ahmed Baba, le sultanat de Melle se disloqua en trois royaumes ayant chacun son propre sultan, puis les deux gouverneurs militaires[67] institués par Konkour Moussa se soulevèrent à leur tour et se taillèrent chacun un royaume. » De sorte que Melle divisé a donné lieu à cinq nouveaux groupements, qui seraient, selon nos recherches :
1o Les Bambara, avec les Samokho et les Sama-nké ;
2o Les Mali-nké ;
3o Les Sousou ;
4o Les Sonni-nké ;
5o Les Dioula.
Un essai sur l’histoire mandé proprement dite n’est donc pas chose aisée. Les matériaux à notre disposition sont excessivement rares. Les chroniques arabes, pleines d’omissions, sont confuses. Les historiens musulmans ont apporté trop de négligence dans leurs relations pour permettre d’écrire une histoire fidèle et de retracer avec soin les vicissitudes traversées par les nombreux États nègres habités actuellement par les Mandé.
Jusqu’aujourd’hui on a désigné ce peuple sous le nom de Mandi-nké, Mandénga, Mandingue, Mali-nké, et leur royaume très souvent sous le nom de Mali, Melli et Malal.
La racine du mot est _mandé_[68].
_Mandi-nké_, _Mandinga_, veulent dire « hommes du Mandé », et _Mandingue_ n’est qu’une altération de ces deux premiers noms. Chaque fois que j’ai demandé avec intention à un Mandé : « Es-tu Peul, Mossi, Dafina ? » Il me répondait invariablement : « _Je suis Mandé_ ».
C’est pourquoi, dans le cours de ma relation, j’ai toujours désigné ce peuple par le nom de _Mandé_, qui est son vrai nom.
D’après les informations que j’ai recueillies, _Ndé_ était le nom sous lequel on désignait le pays d’origine mandé. Jadis, ont-ils ajouté, le berceau de la race mandé était divisé en deux : la partie arrosée par le Niger moyen et ses gros affluents était désignée sous le nom de Ma-ndé parce que les peuples qui l’habitaient adoraient pendant la période païenne le lamantin (_Manatus_, désigné encore aujourd’hui sous le nom de _ma_). Le restant du pays, la partie sud, éloignée des grands cours d’eau, portait seulement le nom de _Ndé_.
El-Edrizi et El-Békri rapportent d’autre part, en parlant de l’origine de la première dynastie des rois du Sonr’ay, que « pendant la période païenne Dieu apparaissait aux populations du Niger sous la forme d’un serpent ; il leur donnait des ordres et ils l’adoraient.
« Un étranger le tua devant la population, et par ce fait il devint leur roi. En montant sur le trône il prit pour cette raison le titre de _za_, et ses successeurs firent toujours précéder leur nom de celui de _za_. » (_Za_, _sa_, en mandé, veut dire « serpent »).