Documents Inédits sur Alfred de Musset

Part 2

Chapter 23,798 wordsPublic domain

5º Gravure in-4 sur acier par Pollet; médaillon ovale de H.: 0.150, L.: 0.105, publié dans l'_Artiste_ du 3 janvier 1858, exposé au Salon de 1859 (no 3638). (Imprimerie Drouart). Bonne reproduction, à laquelle M. Taxile Delord consacre une étude dans le _Magasin de Librairie_ du 10 mai 1859.

6º Gravure in-8º sur acier par Daguin, avec encadrement rectangulaire, faite en 1865 et exposée au Salon de 1866 (no 3119). H.: 0.178. L.: 0.112.

7º Gravure in-4º sur acier par Léopold Flameng: médaillon ovale, entouré d'un cartouche rectangulaire et de branches de laurier. Publiée primitivement à la librairie Charpentier, dans l'édition in-4º des _OEuvres_ d'Alfred de Musset, dite de souscription; puis jointe à toutes les éditions in-4º et in-8º des _OEuvres_, comportant les figures de Bida.--Il existe des épreuves d'artiste, avant la lettre, ne donnant que le médaillon, sans aucun encadrement.--Exposée au Salon de 1867 (no 2610).

8º Gravure in-8º sur acier par Adrien Nargeot, publiée dans la _Revue du XIXe siècle_ du 1er mai 1866. Médaillon ovale, porté par un socle, avec encadrement rectangulaire, sur fond haché. H.: 0.128. L.: 0.088.

9º Photographie in-32, faite par Colin en 1867, pour l'édition des _OEuvres_ d'Alfred de Musset en 10 vol. in-32, ornée de la reproduction photographique des dessins de Bida.

10º Gravure sur acier, exécutée en 1867 par Goutière: médaillon ovale, fermé par un cordon de perles, dans un encadrement rectangulaire quadrillé, avec ornements. H.: 0.088. L.: 0.065. Sans nom d'imprimeur ni d'éditeur. Tirage in-folio sur Chine monté avant lettre, in-4º sur blanc avant lettre, et in-8º sur vélin avec lettre (Salon de 1867, no 2621).

C'EST, D'APRÈS LA DÉCLARATION MÊME DE Mme LARDIN DE MUSSET, LE PORTRAIT LE PLUS RESSEMBLANT DE SON FRÈRE ALFRED. L'artiste a su reconnaître que, sur le pastel original, la tache qui se voit au nez est une ombre portée de l'arcade sourcillière et non pas l'effet d'une protubérance. Tout le travail de gravure est d'une très grande finesse.

11º Gravure in-32 sur acier par Goutière, avec fac-similé de la signature d'Alfred de Musset. Publié en tête du tome I des _Poésies_ d'Alfred de Musset. (Charpentier, 1867,2 vol. in-32).

Une contrefaçon de ce portrait a été publiée à Bruxelles, avec fac-similé de la signature au bas du médaillon; on y a joint le fac-similé de la première strophe autographe de la _Ballade à la Lune_. Épreuves en noir et en sanguine, très mauvaise exécution.

12º Gravure à l'eau-forte par Mongin, faite en 1876 pour l'édition des _OEuvres_ d'Alfred de Musset à la librairie Lemerre. (10 vol. in-18).

13º Gravure à l'eau-forte par Le Rat, d'après le portrait de Landelle, avec des modifications dans le costume, publiée en 1876 dans l'édition des _OEuvres_ à la librairie Lemerre.

14º Gravure in-32 à l'eau-forte par Flameng, publiée en 1876 dans les _OEuvres_, collection de la Petite Bibliothèque Charpentier.

15º Gravure à l'eau-forte par Hanriot, figure renversée. Tirage sur Hollande in-4º et in-8º, sans nom d'imprimeur ni d'éditeur.

16º Gravure à l'eau-forte et pointe-sèche par Lessore, figure renversée. Éditée en 1878, à la librairie Rouquette. Imp. de Vve Cadart. Épreuves sur Hollande in-4º et in-8º.

17º En 1879, M. Mazerolle, dans son plafond de la salle de la Comédie-Française, a représenté Alfred de Musset dans un de ses groupes; la tête est faite d'après le portrait de Landelle; le poète, drapé dans son manteau, est placé aux côtés d'Alexandre Dumas.

L'_Illustration_ du 2 août 1879 donne une gravure de ce plafond.

En 1882, M. Raphaël Breynat a gravé sur bois une reproduction de ce plafond pour le livre _Paris_ (Librairie Rothschild). (Salon de 1882, no 5211).

18º _Programme de la représentation extraordinaire, donnée au Palais du Trocadéro, le dimanche 9 mai 1880._ (Imp. Motteroz, 4 pages in-4º). Parmi les ornements lithographies du titre, se trouve une reproduction du médaillon de Landelle.

19º Gravure in-32 sur bois, sans signature et d'une très mauvaise exécution, publiée dans _Alfred de Musset et Edgar Quinet enfants, par V. Tinayre_. (Paris, Keva, 1881, 1 vol. in-32).

20º Gravure in-8º sur acier, sans encadrement, par Adrien Nargeot, publiée dans _Souvenirs poétiques de l'École Romantique, par Ed. Fournier_. (Paris, Laplace, 1880, 1 vol. in-8).

21º Gravure in-8 sur bois par Thiriat, publiée dans la _Lecture Rétrospective_ du 5 juillet 1890.

22º Gravure sur cuivre, à la pointe-sèche, par Adrien Nargeot, exécutée en octobre 1891 et destinée primitivement à orner l'édition du conte _La Mouche_, par Alfred de Musset, publiée à la librairie Ferroud. M. Lalauze ayant gravé toutes les vignettes du volume, fit une nouvelle planche du portrait qui fut donnée dans le livre à la place de celle de M. Nargeot.--Finement gravé.

23º Gravure à l'eau-forte par Lalauze, publiée dans _La Mouche_, par Alfred de Musset. (Paris, Ferroud, 1891, 1 vol. in-8º. Imp. Wittmann).

24º Dans le médaillon rond, renfermant le double portrait de George Sand et d'Alfred de Musset, gravé à l'eau-forte par Abot, qui orne le titre de l'édition de _La Confession d'un enfant du siècle_, publiée en 1891 chez Quantin, 1 vol. in-8º; le buste du poète est la reproduction à peu près exacte du portrait de Landelle, ce qui est un anachronisme, _la Confession_ étant de 1835 et le portrait, de 1854.

25º Je possède une épreuve in-4º sur Japon, sans date et sans nom d'imprimeur ni d'éditeur, d'un portrait d'Alfred de Musset, gravé à la pointe-sèche par Loys Delteil. Musset est représenté à mi-corps, presque de face, le bras droit replié et la main passée dans l'ouverture de sa redingote; le bras gauche pend le long du corps. La tête est inspirée par le portrait de Landelle.

26º Le _Programme de la soirée du 7 Octobre 1896_, donnée à la Comédie-Française en l'honneur de LL. MM. le Czar et la Czarine (Stern, graveur, 1 f. in-4º), présente parmi son ornementation une reproduction du médaillon de Landelle.

27º Enfin, dans le commerce, on trouve des reproductions photographiques de ce portrait, trop noires en général, format carte-album et carte de visite, éditées par la maison Charles Jacotin.

Il existe encore d'autres reproductions du pastel de Landelle, dans des revues et des journaux illustrés, un entre autres, in-8º, gravée sur bois par Collette, dont il m'a été impossible de retrouver la provenance; j'en ai rencontré jusque sur des titres de morceaux de musique. Tous ces portraits pèchent en général par leur exécution et ne sont, pour le plus grand nombre, que des _clichages_ n'offrant aucun intérêt artistique.

GAVARNI

1854.

Portrait en pied, in-4º, lithographie par Gavarni, et publié dans la série des _Contemporains illustres_. (Imp. Lemercier).

Musset est presque de face, les yeux tournés à droite, cheveux longs, toute la barbe. De la main droite, il tient une canne, le bout en avant; le bras gauche, appuyé sur la hanche, est recouvert par un vaste manteau qui, enveloppant les épaules et le buste, descend jusqu'aux genoux. Paysage au fond.--H: 0.345; L: 0.222. Trait rectangulaire, cintré dans la marge supérieure; sous le portrait, fac-similé de la signature.

Le reproche qu'on peut adresser à ce portrait, est de représenter un Alfred de Musset plus vieilli qu'il n'était en réalité.

1º Reproduction partielle du buste seul, figure renversée, sans le manteau, gravée sur bois et publiée dans le _Monde illustré_ du 9 mai 1857 et dans l'_Almanach des célébrités contemporaines_. (1 vol. in-8º, p. 26).

2º Fac-similé de la lithographie originale gravé sur bois par Pistho, publiée dans l'_Illustration_ du 16 mai 1857.

3º Gravure sur bois in-12, non signée, représentant Alfred de Musset à mi-corps, publiée comme frontispice de l'_Almanach de la littérature, du théâtre et des beaux-arts_ pour 1858, par J. Janin. (Paris, Pagnerre. 1 vol. in-12 carré).

4º Lithographie in-4º, semblable à l'original et probablement tirée sur la même pierre, publiée dans le _Panthéon des Illustrations françaises au XIXe siècle, par Victor Frond_. (Paris, Abel Pilon, 1865-1873. 17 vol. in-folio.)

5º Gravure à l'eau-forte par Boilvin, ne donnant que le haut du buste, exécutée en 1876, pour l'édition des _OEuvres_ à la librairie Lemerre.

6º Réduction in-32, gravée à l'eau-forte par A. Leroy, en 1876, pour l'édition des _OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

7º Reproduction du buste seul, gravé sur bois, dans _El Libéral_ (Madrid) du 11 novembre 1898 pour accompagner une Notice sur A. de Musset, par Tello Tellez.

Voir: _Gavarni, l'homme et l'oeuvre, par E. et J. de Goncourt_. (Paris, Plon, 1873. 1 vol. in-8º, pages 153 et 401.)--_L'OEuvre de Gavarni, par Armelhaut et Bocher_ (Paris, Librairie des Bibliophiles, 1873. 1 vol. in-8º, p. 13).

NADAR

1857.

Portrait-charge in-32, gravé sur bois par Diolot, d'après un dessin de Nadar, publié dans la 1re livraison des _Binettes Contemporaines, par Joseph Citrouillard_, (Commerson). (Paris, Havard, 1857. 2 vol. in-32).

Musset, orné d'une énorme tête sur un tout petit corps, et vu de profil, se promène, en costume d'académicien, devant les lions de l'Institut. Une main dans sa poche, tenant de l'autre son chapeau derrière son dos, il roule de gros yeux et semble désespéré d'avoir un nez aussi phénoménal que celui dont on l'a doté.

La tête de ce portrait se trouve lithographiée sous le no 13 du _Panthéon Nadar_. (Prime du Figaro. 1 feuille in-plano grand aigle).

En 1883, M. Louis Charbonnel a gravé en fac-similé à l'eau-forte le bois de Nadar; les quelques épreuves tirées à l'imprimerie Lemercier n'ont pas été mises dans le commerce.

BARRE

_Le tombeau d'Alfred de Musset._

1859.

Buste en marbre blanc, sculpté par Auguste Barre et placé sur le tombeau d'Alfred de Musset, au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Des reproductions de ce buste, également en marbre, se trouvent chez Mme Lardin de Musset et à l'Académie Française.

On trouve dans le commerce des photographies 18×24 du Tombeau et par conséquent du buste. En outre, buste et tombeau ont été gravés:

1º Sur bois, dans l'_Illustration_ du 4 mai 1861.

2º A l'eau-forte, par Abot, en 1877, format in-32, pour l'édition des _OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

Auguste Barre était un ami d'Alfred de Musset, qui s'était plusieurs fois essayé chez lui en l'art du statuaire. Certain jour que le poète devait l'aller voir, un événement inattendu l'en ayant empêché, il lui envoya ce billet:

«Mon cher ami,

«Je vous écris de chez Mlle Rachel, qui me garde à dîner. Ainsi, ne m'attendez donc pas ce soir. A bientôt.

«A vous,

«ALFd Mt.»

«J'ai ébauché une belle petite chatte. J'ai employé d'abord un couperet de cuisine, puis mes mains, puis vos petits bâtons. J'ai tout lieu de croire que ce sera admirable, mais dans ce moment-ci, mon idéal a encore un torticolis et une fluxion. Venez donc voir ça.»

C'est sans doute à cause de cette intimité que Paul de Musset s'adressa à M. Barre pour le buste qui devait orner le tombeau de son frère. Ce tombeau, qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, est construit sur les plans donnés par l'architecte Anatole Jal, dans la grande avenue qui mène à la chapelle centrale; il est élevé sur un emplacement concédé par l'État, aux frais de la famille de Musset et de l'éditeur Charpentier:

«_A Monsieur le Préfet de la Seine._

«Paris, 8 juin 1857.

«Monsieur le Préfet,

«Alfred de Musset, dont la mort prématurée cause en ce moment une émotion si profonde, est né à Paris. Comme la plupart des grands poètes, il ne laisse point de fortune. Dans une élégie touchante, que tout le monde connaît, il a exprimé le voeu suivant:

Mes chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière; J'aime son feuillage éploré, La pâleur m'en est douce et chère, Et son ombre sera légère A la terre où je dormirai.

«Afin de pouvoir répondre au désir formulé dans ces vers, je prends la liberté de m'adresser à vous, Monsieur le Préfet, pour obtenir la concession gratuite au Cimetière de l'Est, d'un terrain de cinq ou six mètres carrés, espace rigoureusement nécessaire à l'érection d'un tombeau modeste, orné d'un buste en marbre, offert par le statuaire Barre, et accompagné d'un saule pleureur.

«Le poète si justement regretté n'est pas seulement une des gloires de la France; il est aussi un enfant de Paris, et j'ose espérer que sa ville natale voudra bien accorder à l'un des esprits les plus aimables et les plus aimés qu'elle ait produit, une dernière demeure digne de lui.

«Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute considération.

«PAUL DE MUSSET.»

«Je recommande à la bienveillance de Monsieur le Préfet de la Seine la demande de M. Paul de Musset; que le voeu exprimé d'une manière si poétique et si touchante, par son frère, soit rempli. La Ville de Paris doit un tombeau à un poète né dans ses murs et dont la mémoire ne finira jamais.

«P. MÉRIMÉE.»

«Je me joins bien cordialement à mon confrère M. Mérimée.

«EMPIS.»

«Le saule que demande ce jeune et charmant poète, aura des pèlerins; à présent, ceux qui l'ont aimé, et toujours, ceux qui sauront aimer et lire la poésie impérissable.--Puisse la Ville de Paris planter et renouveler perpétuellement cet arbre mélancolique sur sa tombe.

«ALFRED DE VIGNY.»

«Je me joins à mes confrères dans le voeu qu'ils expriment en faveur d'un des rares poètes dont le nom survivra.

«SAINTE-BEUVE, de l'Académie Française.»

Mais M. le baron Haussmann, préfet de la Seine, n'était pas partisan de ce projet et trouva mille prétextes pour en ajourner l'examen. Paul de Musset, dans le but d'obtenir la concession nécessaire au tombeau, fit agir d'autres influences:

«_A Monsieur Alfred Arago._

«Mon cher Alfred,

«On me fait observer que M. Delmas ayant promis à Jal que la pétition déjà lancée serait classée parmi celles que l'Empereur doit lire et non parmi celles dont on lui rend compte, il serait convenable, avant de tenter une autre démarche, d'attendre le résultat de celle-là. Il n'y a pas de raison pour que ce résultat ne soit pas favorable. Je ne demande qu'un appui dans l'accomplissement d'un devoir pieux, et je me sens très fort sur ce terrain. Le Conseil Municipal a été pressenti: tous les membres à qui on en a parlé, ont été d'avis que le rapport fût présenté. M. Husson a fait ce rapport et l'a porté à la signature: M. le Préfet a refusé de le signer. Il n'y a pas d'autre obstacle.

«Pendant ce temps-là, Charpentier me proposait d'ouvrir une souscription pour l'achat du terrain, disant que les frais en seraient couverts en quelques jours. Je ne l'ai pas voulu, pour l'honneur de la Ville de Paris, car il ne faut pas se dissimuler que tout cela est de l'histoire, et qu'on lira le récit de ces détails dans cinq cents ans.

«Dites toujours au Prince Impérial[3] combien je suis touché de l'intérêt qu'il prend à cette affaire et des paroles chaleureuses qu'il vous a fait entendre. Malgré la démarche dont je dois, par convenance, attendre le résultat, un mot de lui au Préfet ne peut pas nuire.

«A bientôt, mon cher Alfred, et tout à vous.

«PAUL DE MUSSET.

«Vendredi, 27 novembre 1857.»

[3] A cette époque, le Prince Impérial était encore Joseph Napoléon, nommé par décret du 18 décembre 1852, confirmé le 23 par un sénatus-consulte.

La parcelle de terrain fut enfin obtenue... par achat et le tombeau aussitôt érigé.

L'exhumation eut lieu le 23 mars 1858.

«_A Monsieur le Sénateur, Préfet de la Seine._

«Paris, le 12 mai 1858.

«Monsieur le Préfet,

«J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien autoriser le remboursement de la somme qui doit me revenir sur le prix d'un terrain de deux mètres au cimetière de l'Est, acquis conditionnellement le 3 mai 1857, pour la sépulture de Louis-Charles-Alfred de Musset, mon frère, décédé le 2 du même mois; ce terrain étant devenu libre par suite de l'exhumation faite le 23 mars 1858 et de la réinhumation dans un terrain de trois mètres 38 c., acquis le 29 décembre 1857, sous le numéro 936. Ci-joint le certificat de M. le Conservateur du cimetière de l'Est.

«Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma haute considération.

«PAUL DE MUSSET.

«Rue des Pyramides, 8.»

M. Paget, dans l'_Illustration_ du 4 mai 1861, décrit ainsi le tombeau:

«Le monument dont nous donnons ici la figure, a 2m de large sur 2m20 de haut. La partie supérieure, forme médaillon placé dans le fronton, porte la tête de Minerve, symbole de l'Institut. Au-dessous du piédouche qui supporte le buste en marbre d'Alfred de Musset, tel qu'il était peu de temps avant sa mort, on a sculpté la lyre, la plume, avec une palme et une branche de laurier, attributs du poète illustre. Dans un cartel placé sous ces attributs, sont gravés six vers, extraits d'une élégie touchante que tout le monde connaît; elle est intitulée _Lucie_:

Mes chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière; J'aime son feuillage éploré, La pâleur m'en est douce et chère, Et son ombre sera légère A la terre où je dormirai.

«...Enfin, sur les deux cippes parallèles, sont gravés: d'un côté, quatre titres d'oeuvres en vers: _Namouna_, _Rolla_, _Mardoche_, _Les Nuits_; de l'autre, trois titres d'ouvrages en prose: _Un Caprice_, _Lorenzaccio_, _Frédéric et Bernerette_.»

Un saule pleureur est placé près du tombeau qu'il recouvre de ses branches; mais le pauvre arbre a bien peu de terre et il faut le remplacer souvent, ce à quoi veilla d'abord le frère et veille aujourd'hui la soeur du poète. Fréquemment, des mains amies vont y déposer des fleurs et tous les ans, le 2 mai, une manifestation a lieu, organisée par des jeunes gens enthousiastes et des admirateurs de l'auteur des _Nuits_.

Le 9 mai 1880, une représentation extraordinaire fut donnée au Palais du Trocadéro, organisée par MM. Grippa de Winter, Buchelbry, Raymond Bonnial, le comité des fêtes du Quartier-Latin, l'école de M. Talbot et les délégations des Facultés de Bruxelles, Lille, Liège, etc..., sous la présidence d'honneur de M. Paul de Musset. Une quête fut faite par Mmes Sarah Bernhardt, Leslino, Hess, Schriwanech, etc..., dont le produit devait être affecté à l'embellissement de la tombe d'Alfred de Musset, quête contre laquelle protesta Paul de Musset par cette lettre adressée au _Figaro_:

«_A Monsieur le Rédacteur du_ Figaro.

«Le 10 mai 1880.

«Monsieur le Rédacteur,

«L'état de ma santé ne m'a pas permis d'assister hier, 9 mai, à la représentation extraordinaire qui a eu lieu dans la salle du Trocadéro, en l'honneur d'Alfred de Musset. Mais je viens d'apprendre qu'une quête, organisée par des dames, a été faite, malgré ma défense, dont le produit est destiné à l'embellissement de la tombe d'Alfred de Musset.

«Je proteste contre cette étrange prétention d'_embellir_ la tombe de mon frère. Cette tombe est connue de toute la terre par la photographie; elle n'a besoin d'aucun embellissement, et je ne permettrai à personne d'y porter les mains.

«Si le saule pleureur a été gelé, le jardinier du cimetière le remplacera; il est payé pour cela. Que ces dames portent des couronnes et des fleurs tant qu'elles voudront, elles ne seront pas les seules. Mais l'entretien du tombeau n'appartient qu'à la famille du poète.

«Je vous serai très obligé, monsieur le Rédacteur, si vous voulez bien prêter à ma protestation le secours de votre grande publicité.

«Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

«PAUL DE MUSSET.»

A l'occasion de cette fête, on moula le buste d'A. de Musset, dû au ciseau de Barre, et ce buste fut couronné au cours de la représentation; moule et buste sont depuis lors chez Mme Lardin de Musset. Un programme, orné d'une vignette lithographiée par H. Dillon, fut imprimé.

Le _Petit Journal_ du 2 novembre 1891 donne une petite vignette du tombeau, qu'accompagne un article descriptif.

A propos de la manifestation du 3 mai 1892, M. Paul Ferrier composa une pièce de vers «Sur la tombe d'Alfred de Musset»:

Portez des fleurs au cimetière, Les fleurs du printemps que j'aimai Les lilas à la grappe altière Et les pâles roses de mai; Venez avec une prière Sur la tombe où je dormirai. ...........................

que publièrent le _Gaulois_ du 8 mai 1892 et la _Semaine Politique et Littéraire_ du 6 novembre de la même année.

MEZZARA

1865.

Buste en marbre, sculpté par Mezzara en 1865 et dont la physionomie semble inspirée principalement par le portrait de Landelle. Alfred de Musset est représenté de trois quarts à gauche, le col découvert, la cravate retombant au milieu de la poitrine, les épaules drapées dans un manteau. Sur le socle, on lit: «Alfred de Musset, né à Paris le 11 décembre 1810, mort le 2 mai 1857.»

«_A Monsieur Alfred Arago._

«20 avril 1865.

«Mon cher Alfred,

«Le buste de Mezzara est terminé. Je le trouve vraiement très ressemblant. On a dit à l'auteur qu'on lui enverrait l'Inspecteur des Beaux-Arts. Tâchez donc que ce soit vous, car un autre n'ayant pas connu mon frère ne pourrait point juger de la ressemblance, qui est une chose très importante.

«Je voudrais bien que ce buste fût mis dans le foyer de la Comédie-Française. Il y serait bien à sa place. M. Mezzara m'a l'air d'un homme très modeste, sans protections, comme beaucoup de gens de talent. Il ne semble pas que ce soit une raison de l'abandonner. Tâchez de faire quelque chose pour lui.

«Tout à vous,

«PAUL DE MUSSET.»

«_A Monsieur Alfred Arago._

«10 février 1868.

«Mon cher Alfred,

«J'ai revu pour la dernière fois le buste de mon frère dans l'atelier de M. Mezzara et je l'ai trouvé parfait. Ma soeur et moi, nous avons presqu'été scandalisés de ne plus trouver une seule observation à faire à l'auteur sur la ressemblance. M. Mezzara a réellement beaucoup de talent. Il pense avec raison que le foyer de la Comédie Française sera pour lui la meilleure des expositions. Je suis aussi pressé que lui de voir ce beau buste dans les rangs des Corneille et des Molière. Faites écrire à l'artiste de vous l'envoyer. Édouard Thierry l'attend.

«Je vous serre la main bien cordialement et suis tout à vous.

«PAUL DE MUSSET.»

Le buste est placé dans la galerie du Foyer public au théâtre de la Comédie-Française: «Musset, le poète aimé qui revit dans l'oeuvre de Mezzara, dit M. René Delorme, reçoit chaque jour de pieuses visites. Souvent, des groupes s'arrêtent pour le contempler; aucune physionomie ne reste indifférente alors: les unes s'assombrissent, les autres s'éclairent, double hommage de regret et d'admiration[4].»

[4] _Le Musée de la Comédie-Française._ Paris, Ollendorff, 1878. 1 vol. in-8, p. 46.

Quatre reproductions: 1º Gravure à l'eau-forte in-32 par A. Lamotte, faite en 1876 pour l'édition des _OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

2º Gravure à l'eau-forte par Monziès, en 1877, pour l'édition in-18 des _OEuvres_ à la librairie Lemerre.

3º Peinture sur émail faite en 1881 par Mme Rosine Mezzara.

4º Glyptographie in-4º, publiée en tête du tome I de l'édition populaire illustrée des _OEuvres_ à la librairie Charpentier, 1889. (5 vol. in-4º).

EUGÈNE LAMI

1879.

Dans le portrait d'Alfred de Musset peint en 1879 par M. Eugène Lami, le poète est représenté à mi-corps, de trois quarts, la figure à droite. Il est appuyé sur la tablette d'une cheminée et de la main gauche tient un livre à demi fermé.

Gravé à l'eau-forte par Waltner, pour l'édition in-32 des _OEuvres_ dans la Petite Bibliothèque Charpentier.

PIERRE GRANET

1882.

Statue en pied, exécutée en 1882 par Pierre Granet, et figurant au Salon de la même année. Alfred de Musset est représenté de face; de la main gauche, il tient son chapeau appuyé sur la cuisse; son bras droit est replié, et, dans la main droite, il tient un stick et des gants; un long manteau, tombant de l'épaule droite, lui couvre une partie du dos.