Documents Inédits sur Alfred de Musset

Part 14

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Pour quelle raison Alfred de Musset ne termina-t-il pas ce drame ou détruisit-il ce qu'il en avait écrit (car le manuscrit n'a jamais été vu)? Peut-être la connaissance d'un drame analogue, pour le sujet comme pour la forme, la _Mort de François Ier_ par Félix Arvers[77]. Au mois de janvier 1850, M. Charpentier imprimant un nouveau volume d'oeuvres d'Alfred de Musset, lui avait transmis le voeu exprimé par bien des personnes, de voir adjoindre à ce livre des poésies inédites jusqu'à ce jour. En ce qui concerne ce drame, l'auteur se borna à lui répondre: «J'ai beau faire, je ne puis pas corriger ces _Derniers Moments de François Ier_; il y a dix-neuf ans que c'est au rancart»[78].

[77] Voir: FÉLIX ARVERS, par Charles Glinel. 2e édition. Reims, Michaud. Paris, Rouquette, 1897. 1 vol. in-8º.

[78] _OEuvres Posthumes_, in-12, p. 241.

Alfred de Musset et Félix Arvers se connaissaient; ils avaient des amis communs, Paul Foucher, Alfred Tattet; tous deux se trouvèrent plus d'une fois côte à côte à la table de Ulric Guttinguer, rue de Courcelles, dans cette maison des Lilas, rendue célèbre par la fête printanière donnée en l'honneur de M. et Mme Victor Hugo. Ils se rencontraient aux soirées de l'Arsenal, chez Charles Nodier, dont ils étaient les hôtes assidus; ils adressaient même des vers à la fille du maître de ce logis, car l'_innommée_ du fameux sonnet:

«Mon âme a son secret, ma vie a son mystère»

et l'héroïne des Stances:

«Madame, il est heureux, celui dont la pensée»

ne sont qu'une même personne, mademoiselle Marie Nodier, qui devint madame Ménessier. De plus, le 1er janvier 1830, Arvers avait fait ses débuts dans le notariat comme clerc chez Me Guyet-Desfontaines, ami de la famille de Musset; en sa qualité de poète, le jeune basochien avait ses entrées au salon.

«_La Mort de François Ier_, drame en 3 actes, en vers, dédié à mon ami Roger de Beauvoir» par Félix Arvers, porte la date de juin 1831, dans le recueil où il a été publié[79]. On y trouve certaines similitudes avec le drame d'Alfred de Musset; ce passage de la scène 3 du IIIe acte, se rapproche beaucoup du début du dialogue entre François Ier et son Fol:

FRANÇOIS Ier

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . S'il est vrai que souvent ma raison égarée, Aux pompes de Satan, jadis se soit livrée, N'ai-je rien fait aussi qui puisse retenir Le bras de Jésus-Christ levé pour me punir? Fils aîné de l'Église, ardent à sa querelle, J'ai défendu sa gloire et combattu pour elle. Que me reproche-t-on? N'ai-je pas résisté A ce torrent du schisme et de l'impiété? N'ai-je pas su, malgré des efforts sacrilèges, Remettre le Saint-Père en tous ses privilèges? Et savez-vous un roi qui fut meilleur soutien Du Saint Nom de Jésus et du monde chrétien?.......

[79] MES HEURES PERDUES par Félix Arvers. Paris, Fournier, 1833. 1 vol. in-8º, p. 156 à 293.

Cela se poursuit dans la réplique de Féron, et, quelques vers plus loin, la ressemblance est encore plus grande:

FRANÇOIS Ier

........ Ah! ce n'est pas la mort qui m'épouvante! L'Espagnol me connaît, de reste, et je me vante Que dans toute l'Europe il n'est pas chevalier Plus âpre à la besogne et plus franc de collier. Pourquoi, dans les combats, n'ai-je perdu la vie? Je serais si bien mort aux plaines de Pavie, Au bruit des instruments de guerre et des clairons, Entouré de mes preux chevaliers et barons! Mon armure eût servi de linceul militaire Et mes soldats pleurant m'auraient mis dans la terre Humide encor du sang que ma main eût versé, Comme ils ont fait Bayard, quand il a trépassé.

Et dans Alfred de Musset:

LE ROI

Dieu du saint Évangile! O Dieu, j'ai fait pourtant Brûler par Bonneval tout un bourg protestant! Dans un pourpoint de fer, certes, je fus à l'aise; Maintenant, je suis mort, ma cuirasse me pèse! O mon cousin Bayard! Il mourut tout poudreux, Les reins tout fracassés!..... Il était bien heureux! (_Délirant_) Oh! parmi les tournois, les écharpes dorées, Les vieux barons de fer, les femmes adorées! O soleil d'Italie! O mon beau Milanais! Où trouver pour mourir, tes champs, si je renais? Mourir la dague au poing, mourir le casque en tête, Des éclairs que l'acier croise dans la tempête! En bas d'un palefroi saillir contre un sol dur, Et tomber sur le dos, sous un beau ciel d'azur! Hardi, mes preux sans peur, ma vaillante noblesse! Hardi, mes lansquenets, dans la mêlée épaisse! Hardi!--C'est d'Alençon sur la colline assis! C'est Chabanne et ses gens, de poussière noircis! Bien combattu, Dunois! Comme il court, comme il vole! Je te fais duc et pair, Dunois, sur ma parole! Trivulce! A Marignan et tant d'autres endroits, Mes féaux serviteurs, on vous a vus tous trois! Marignan laissa-t-il entre vos cicatrices De quoi, sur votre coeur, écrire vos services? Quelle bataille, amis! Elle dura deux jours! Un soir vint..... puis un autre..... on se battait toujours; Et de faim ni de soif, nul ne sentait l'envie. Deux jours!..... nul ne songea qu'à sa mort ou sa vie; Et les bataillons noirs se heurtaient dans la nuit, Et fatigués du bruit, n'entendaient plus de bruit. On se battait!--Quand vint un matin le silence, Comme, tout étonné, je restais sur ma lance, La Tremouille arriva, qui me dit: «Ils sont morts!». Et je vis, en effet, que l'on comptait les corps.

Dans les _Derniers moments de François Ier_, Féron faisant le compte des maris outragés, qui ont voulu tirer vengeance du roi François, sans y réussir comme lui, émet des idées qu'on retrouve dans les scènes 3, 4 et 5 du 1er acte de _La Mort de François Ier_.

Malgré ces ressemblances, ces deux drames n'ont pas été copiés l'un sur l'autre, et celui de Musset a une priorité d'au moins une année sur celui d'Arvers.

Il existe deux autres drames célèbres sur les amours de François Ier, qui ont été plus d'une fois comparés avec les deux pièces dont je viens de parler:

_Le Roi s'amuse_, drame en cinq actes, en vers, par Victor Hugo, représenté pour la 1re fois au Théâtre Français le 22 novembre 1832 et pour la seconde fois le 22 mars 1882.

Et _Ango_, drame en cinq actes et six tableaux, avec épilogue, en prose, par Auguste Luchet et Félix Pyat, représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Ambigu le 29 juin 1835.

Enfin, M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul nous apprend dans ses LUNDIS D'UN CHERCHEUR (C. Lévy, 1894. 1 vol. in-12, p. 8-9), que Théophile Gautier avait songé à composer un drame sur le même sujet.

_Les Derniers moments de François Ier_ ont été réimprimés avec plus ou moins d'exactitude dans le KEEPSAKE FRANÇAIS de 1832, le KEEPSAKE FRANÇAIS DE 1833, le MONDE DRAMATIQUE du 16 juillet 1835, et, sous le titre d'_Ango_, dans l'ARTISTE du 15 juillet 1850. D'autres revues en ont publié des fragments.

VI

PERDICAN

_Perdican_ est un fragment de drame lyrique, composé peu de temps avant _On ne badine pas avec l'amour_. Une seule scène est écrite.

Perdican, fils d'Evrard, pleure la mort de son père, tué dans un récent combat; un chevalier vient essayer d'enlever à son inaction le fils de son ancien compagnon d'armes. Perdican résiste; d'autres chevaliers surviennent:

Crois-tu que nous soyons comme le vent d'automne, Qui vient sécher tes pleurs jusque sur ce tombeau Et pour qui ta douleur n'est qu'une goutte d'eau? Les hommes, mon enfant, ne consolent personne; L'herbe que nous voulons arracher de ce lieu, C'est ton oisiveté! Ta douleur est à Dieu! Laisse là s'élargir cette sainte blessure Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du coeur; Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur! Montre la tienne au monde, et prends-la pour armure...

Mais malgré tous leurs discours, Perdican reste indécis.

Plusieurs vers de _Perdican_ se retrouvent dans la _Nuit de Mai_.

VII

CONFESSION D'UN ENFANT DE L'AUTRE SIÈCLE

Cette _Confession d'un Enfant de l'autre Siècle_, composée en mai 1842, n'a, malgré son titre, aucun rapport avec la _Confession d'un Enfant du Siècle_. C'est une sorte de préface, dans laquelle Alfred de Musset s'excuse presque de faire encore des vers, et demande l'indulgence de ses amis:

. . . . . . . . . . . . . Mil huit cent vingt! Nous éclosions Dans les mélanges poétiques . . . . . . . . . . . . . Puis dix ans nous nous reposions Au sein des drames romantiques. Venaient après?... je ne sais plus, Sinon que c'était du plus tendre, Du coeur brisé, des sens émus, Et beaucoup de voeux superflus. Dix nouveaux ans encor de fièvre! Arthur[80] paraît, le malheureux, Déplorablement vertueux, Triste réveil d'un charmant rêve! Est-ce la fin? Hélas! Hélas! Voilà que viennent des _Lilas_![81] C'est l'amitié qui les fait naître, Le temps d'éclore et de paraître, De parfumer une fenêtre, Et tout est dit de cette fois!

[80] _Arthur_, roman, par U. Guttinguer. Paris, Renduel, 1837. 1 vol. in-8º.

[81] _Les Lilas de Courcelles_, poésies, par U. Guttinguer. Saint-Germain, Imp. de Beau, 1842. 1 vol. in-8º.

Mais comme ils sont négligés, ces vers, mal présentés,

Avec des trous à leur chemise;

grande est leur sottise de paraître en pareil accoutrement devant leurs amis et maîtres; cependant, on leur pardonnera en faveur de leur bonne intention et du grand âge de leur auteur.

Ce petit poème est adressé à Monsieur ou à Madame Alfred Tattet. Peut-être est-ce la _lettre_ qui accompagnait l'envoi d'un volume de poésie.

VIII

LES FRÈRES VAN BUCH

_Les Frères Van Buch_, légende allemande, tel est le titre d'une nouvelle en prose publiée dans le CONSTITUTIONNEL du 27 juillet 1844 et précédée d'une _Lettre_ au Directeur.

Dans une petite ville des bords du Rhin, habite le vieil orfèvre Hermann; sa fille Wilhelmine revient ce jour même du couvent, et, dès leur première rencontre avec deux jeunes graveurs, voisins et hôtes assidus de son père, Henri et Tristan Van Buch, inspire un violent amour aux deux frères. Les jeunes hommes se cachent leur mutuelle passion, mais leurs rêves les trahissent, et dans l'impossibilité où ils sont d'épouser la même jeune fille, ils décident de s'en rapporter à son choix: «Ma fille, leur répond l'orfèvre, vous a vus tous deux; elle chérira Tristan comme un époux et Henri comme un frère.» Henri s'efface devant l'heureux élu, mais bientôt il se sent incapable de tenir son serment. Un jour qu'ils chassent, il s'en ouvre à son frère et le supplie d'attendre qu'il soit mort pour épouser Wilhelmine; devant un si grand désespoir, Tristan offre à Henri de lui céder ses droits: «Que je l'épouse! s'écria l'autre. Me transmettrez-vous son amour en me transmettant vos droits? Il faut cependant que l'un de nous en meure! ajouta-t-il d'une voix sombre. Sa main tremblait et battait contre son couteau de chasse.--Oui, répondit Tristan.» Et la lutte s'engage. Bientôt tous deux sont mortellement frappés; Tristan tombe à terre, mais Henri reste debout, vacillant et immobile: «Du fond de la vallée, dans le crépuscule, une forme vague sembla tout à coup se détacher et s'avancer vers eux. Elle montait lentement la colline et, à mesure qu'elle approchait, les fils reconnaissaient leur mère. Au moment où le spectre parut, entièrement visible et reconnaissable, celui qui était debout, par un suprême effort, quitta la place où il était cloué, et alla se jeter dans les bras de celui qui gisait à terre. Ainsi tous deux, couverts de larmes et de sang, expirèrent dans un dernier embrassement.»

_Les Frères Van Buch_ ont été réimprimés dans le supplément du FIGARO du 29 août 1875. En 1878, un admirateur d'Alfred de Musset a fait composer et tirer cette nouvelle à huit exemplaires, pour lui et ses amis, 19 pages in-4º sur papier vergé.

_Lous dus frays bessous, per Jasmin_, balado dediato a moussu De Salvandy (Agen, Imprimerie Noubel, 1847. In-8º de 32 pages) semblent imités de cette nouvelle d'Alfred de Musset.

IX

EN LISANT LE JOURNAL

Le mariage de la reine Isabelle d'Espagne avec son cousin Don François d'Assises et celui de sa soeur Doña Fernanda avec le duc de Montpensier, célébrés ensemble le 10 octobre 1846, et conclus contre le gré de l'Angleterre, avaient amené des représentations très vives de la part du cabinet anglais. Au mois de novembre de la même année, l'annexion de Cracovie, ville libre, aux États Autrichiens, par suite d'entente entre les trois puissances qui s'étaient partagé la Pologne--la Russie, la Prusse et l'Autriche--donnèrent lieu à des remontrances de la France pour cette violation des traités de 1815, remontrances qui ne furent pas écoutées. Des bruits de guerre coururent; aussi, à l'ouverture de la session parlementaire de 1847, une discussion très vive eut lieu à la Chambre entre M. Guizot et M. Thiers. Les journaux de l'opposition accusèrent le ministère de reculer et de ne pas oser soutenir l'honneur du drapeau français. C'est la lecture d'un de ces articles qui inspira ces stances à Alfred de Musset, l'une de ses rares pièces politiques, qui débutent ainsi:

J'aurais voulu, même en tremblant, Même étourdi par ton tonnerre, J'aurais voulu suivre sur terre, César, ton éperon sanglant.

Un ami d'Alfred de Musset m'a communiqué le manuscrit d'une autre pièce du même genre, intitulée _La Lanterne magique_, écrite vers 1830, dans laquelle il passe en revue la double face des choses de ce monde.

X

SUR MES PORTRAITS

Je ne crois pas commettre une indiscrétion en donnant en entier cette poésie satirique, dont L'INTERMÉDIAIRE DES CHERCHEURS ET CURIEUX du 15 juillet 1891 a publié les sept premiers vers:

Nadar, dans un profil croqué, M'a manqué, Landelle m'a fait endormi, A demi; Biard m'a produit éveillé, A moitié; Le seul Giraud, d'un trait rapide, Intrépide, Par amour de la vérité, M'a fait stupide. Que pourra pondre dans ce nid Gavarni?

La lithographie de Gavarni fut exécutée en 1854, ce qui nous donne la date du morceau. Tous ces portraits ont été gravés à l'exception de deux: celui de Giraud, charge à l'aquarelle que l'on a pu voir en 1888 à l'Exposition des Maîtres français de la Caricature, et celui de Biard, que, malgré le bon vouloir de la fille du peintre, la spirituelle Étincelle, il m'a été impossible de retrouver.

XI

NAPOLÉON

«Napoléon, ton nom est un cri dans l'histoire....

Ce sonnet est encore une pièce politique, écrite en 1856 et qui semble avoir été inspirée au poète par la vue d'une peinture ou d'une sculpture représentant un soldat blessé, étendu aux pieds d'une Victoire.

Un autre fragment de huit vers, sans date, adressé également à Napoléon, subsiste aussi, qui commence par ces mots: «Oh! d'ennemis sans foi....»

* * * * *

Je noterai encore quelques _brouillons_ se rattachant à des pièces publiées et qui présentent des variantes avec le texte imprimé, pour _Les Marrons du Feu_ (deux fragments), _Le Saule_ (deux), _La Coupe et les Lèvres_ (quatre, dont l'un porte le titre de _Brandel_, et qui ne sont pas les mêmes que les deux fragments indiqués ci-dessus); _Rolla_ (un); quelques phrases inédites de la _Confession d'un Enfant du Siècle_, dont un passage est publié dans le supplément du FIGARO du 14 mai 1887; cinq plans ou divisions de scènes différents pour _Lorenzaccio_[82]; deux projets d'un nouveau dénoûment du _Chandelier_, faits en 1850, lors de l'interdiction de la pièce; un commencement d'étude en prose _Sur Léopardi_, qui est publié en vers et terminé sous le titre de _Après une lecture_; un sonnet _Au Rhin_; un fragment de poème dramatique en trois chants, _L'Oubli des Injures_, dont plusieurs passages se retrouvent dans _La Coupe et les Lèvres_; un autre fragment en vers, qui est un dialogue entre _Rolla et le Grand-prêtre_, sans titre; une première version du _Sonnet au Lecteur_ de 1850; d'autres fragments inédits des stances _Sur la Paresse_, de la chanson _Les Filles de Cadix_, de _Louison_, de _Carmosine_, de _Faustine_ et du _Songe d'Auguste_.

[82] L'édition in-4º, des OEuvres d'Alfred de Musset publiée à la Librairie Lemerre, de 1884 à 1895, est la première qui donne un texte de _Lorenzaccio_ conforme au manuscrit. De nombreux passages sont ajoutés, entre autres, toute la fin de la quatrième scène de l'acte IV, demeurée jusqu'alors inédite.

Il ne subsiste après cela, parmi les manuscrits d'Alfred de Musset, que des ébauches (les _Deux Magnétismes_; deux _Lettres à Buloz_, inachevées, l'une sur les réformes théâtrales, l'autre sur les «voleurs de noms»; cette seconde lettre est le dernier morceau en prose sorti de la plume d'Alfred de Musset. _Un Thé_; une _Comédie sous le règne de Louis XV_, sans titre; _A Mme ***_, sur le suicide; _Adolphe_, etc...); des essais de tournures de phrases, des fragments de poésies où le sens finit au milieu d'un vers inachevé, où les vers s'arrêtent avant le sens (_Sur Grévedon_, _A Mme Ristori_, _Conte en vers_ se passant en Limagne, _A Willa_, _A un jeune peintre_, etc...); des lignes de prose qui n'ont ni commencement ni fin (_Sur la Guerre d'Orient_, _Sur la Visite de la Reine d'Angleterre_, etc...), débris qui ne peuvent figurer dans les oeuvres de l'écrivain.

* * * * *

Il ne me reste plus à parler maintenant que de certaines oeuvres que l'on attribue à Alfred de Musset, sans donner la preuve certaine qu'il en est l'auteur: «Alfred de Musset n'a jamais employé de secrétaire, dit Paul de Musset. Toute publication posthume dont on ne pourra pas produire l'autographe, sera évidemment apocryphe et mensongère.» (BIOGRAPHIE, p. 371). Il faut s'entendre sur ce mot autographe: Paul de Musset désigne non seulement ceux écrits en entier par Alfred, mais aussi ceux écrits sous sa dictée, après 1842, par Mlle Colin, alors qu'il était malade et dans l'impossibilité de tenir une plume, lesquels sont revus par lui et _corrigés de sa main_; le plus important de ces «seconds autographes» est celui de _Carmosine_.

Tel est le cas des pièces qui suivent: où est l'autographe?

1º _Chanson de Sténio_, intercalée dans la première édition de LÉLIA par George Sand. (Dupuy et Tenré, 1833. 2 vol. in-8º. Tome II, p. 208.)

2º _Quatrain à H. de Latouche_, composé en 1833, à propos des polémiques sur George Sand. LA REVUE DES FAMILLES, 1er mars 1892.

3º _Deux Sonnets à Alfred de Vigny_, l'un par George Sand, l'autre par Alfred de Musset, envoyés à l'auteur de _Chatterton_ au lendemain de la représentation de cette pièce. REVUE MODERNE, juin 1865.

Avant de les publier dans la Revue, M. Louis Ratisbonne avait soumis ces deux sonnets à l'appréciation de Paul de Musset, qui lui fit cette réponse:

«Monsieur et cher confrère,

«En pensant aux deux sonnets que vous avez eu l'obligeance de me communiquer, j'ai conçu des doutes sérieux sur leur authenticité. A moins de preuves du contraire, je ne puis croire qu'ils soient de mon frère. Le mot _race bovine_, que contient l'un des deux, et plusieurs autres expressions de colère ou de mépris appliquées aux critiques du drame de _Chatterton_, me semblent un peu trop forts en crudité. On n'a pas tant de ressentiment pour des critiques adressées à un autre. Je croirais volontiers que M. de Vigny a pu faire ces deux sonnets dans un moment d'irritation, et s'amuser ensuite à supposer qu'il les avait reçus de personnes qui, sans doute, lui avaient fait des compliments sur la pièce qu'on représentait alors avec succès à la Comédie Française. Je vous engage donc à ne pas publier sous le nom de mon frère celui que M. de Vigny lui a attribué, à moins que vous n'en retrouviez l'autographe, car cet autographe doit exister si le sonnet a été envoyé. Quant à l'autre sonnet, attribué à une personne qui n'a jamais fait de vers, son caractère évidemment pseudonyme est une preuve à l'appui de mon opinion que tous deux sont de l'auteur de _Chatterton_. Je ne vois que la découverte des autographes qui puisse me faire revenir de cette opinion. Si vous les retrouvez, soyez assez bon pour m'en donner avis; mais s'il n'existe dans les papiers de M. de Vigny que la copie écrite de sa main, dont vous m'avez donné lecture, il sera prudent de ne les considérer que comme des documents incertains.

«Agréez, Monsieur et cher confrère, l'assurance de mes sentiments distingués.

«9 mai 1865.

«P. DE MUSSET.»

Malgré cette lettre, la publication fut faite et M. L. Rastibonne eut raison, car M. Georges Jubin, dans la _Revue bleue_ du 3 avril 1897, a publié des documents, dont une lettre d'Alfred de Musset à Buloz, qui ne laissent plus aucun doute sur l'authenticité de ces deux sonnets, dont Alfred de Musset est l'auteur.

4º _Sur les Auteurs de mon temps_, strophes burlesques dont voici la dernière:

Lassailly A failli Vendre un livre. Il n'eût tenu qu'à Renduel Que cet homme immortel, Eût enfin de quoi vivre.[83]

[83] Publié dans: _Les Soupeurs de mon temps, par Roger de Beauvoir._ Paris, Faure, 1868. 1 vol. in-12, p. 135.--_L'Illustration_, 19 septembre 1868.

L'autographe que je possède est écrit par Roger de Beauvoir, qui est _pourtraicturé_ dans la troisième strophe:

De Beauvoir Bel à voir Nous amuse Lorsqu'il a bien dîné Il nous prie à déjeuné On y va, l'on s'abuse.

Les autres écrivains dépeints sont Henri Blaze, d'Anglemont, Sainte-Beuve, Capo de Feuillide, Paul de Musset et Paul Foucher.

Ce genre de plaisanterie était très en vogue parmi les habitués du salon de George Sand. M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, dans sa VÉRITABLE HISTOIRE D'ELLE ET LUI (C. Lévy, 1897. 1 vol. in-12, p. 8), publie une _Complainte sur le Duel_ de Gustave Planche et de Capo de Feuillide, que l'on attribua à la collaboration d'Alfred de Vigny et de Brizeux, mais dont l'héroïne connaissait le véritable auteur (ce n'est pas à nous de soulever le voile). _Lui_ écrivit à cette époque une _Revue Romantique_; _Elle_, le 23 novembre 1834, une _Complainte sur la mort de François Luneau_. Nous indiquons d'autre part les _charges_ faites à l'atelier d'Achille Devéria par Alfred de Musset, qui écrivit aussi une parodie des _Mémoires d'Outre-Tombe_ de Chateaubriand; et peut-être a-t-il aidé Mme Augustine Brohan à confectionner son «beau couplet de la vierge en patache».

5º _Rêves d'Hiver._ Janvier 1838. Tel est le titre d'un manuscrit passé en vente chez Laverdet le 10 avril 1855. J'ignore ce qu'il est et qui le possède aujourd'hui.

6º _Quatrain Italien_, inscrit sur l'album de M. le comte Dousse d'Armanon. L'ARTISTE, 29 septembre 1844:

La rosa e un vago fiore Come la giornata, Presto che nasce e muore E non ritorna piu

Cette petite pièce est citée dans un article de M. Guénot-Lecointe sur la manie des albums; il l'accompagne de cette réflexion: «Au lieu de ces quatre lignes italiennes qui ne sont même pas des vers, pourquoi M. Alfred de Musset n'a-t-il pas écrit une strophe des Contes d'Espagne?»

La même revue, dans sa livraison du 21 novembre 1844, donne encore une _Prière inscrite sur l'album des moines du Carmel_.

7º _Stances à Henri Cantel_. REVUE DE FRANCE, 1er mars 1881.

8º Un ami inconnu, qui me permettra de le remercier ici, me faisait parvenir, naguère, ce sonnet, dont il attribue la paternité à l'auteur de la Ballade à la Lune:

LUNA

Ce soir, la Lune est ronde, et sa tête fantasque Comme un domino, passe entre les peupliers. --Peste! la folle nuit! et vous avez, beau masque, Choisi là, sur ma foi, d'étranges cavaliers.

Quoi, jusqu'au noir clocher, qui, coiffé de son casque, Semble prêt à vous suivre! Et, parmi les halliers, L'âpre Éole intrigué, qui suspend sa bourrasque Pour ne pas déranger vos projets singuliers!