Dissertation sur la nature et la propagation du feu

Part 2

Chapter 23,804 wordsPublic domain

1º. Les rayons du Soleil font changer de direction à la fumée, & réunis par un verre ardent, ils fondent l'Or & les Pierres, & font faire des vibrations à un ressort de Montre que l'on a placé à moitié d'étendu dans le foyer de ce verre; or on ne voit pas comment il seroit possible que le Feu agît sur les corps, ni comment il pourroit faire faire des vibrations à ce ressort de Montre, s'il ne résistoit à l'effort que font ces corps pour s'opposer à son action.

On peut répondre que l'ame n'est pas impénétrable, & qu'elle fait cependant remuer notre corps qui est composé de parties qui résistent. Et qu'enfin tout ce qui agit sur les corps, n'est pas corps, puisque Dieu certainement n'est pas matiere, & qu'il agit cependant sur la matiére.

2º. Les rayons se réfléchissent de dessus les corps pour venir à nos yeux, or la réfléxion emporte nécessairement l'élasticité du corps qui réfléchit: donc, puisque les rayons réfléchissent, il faut qu'ils soient composés de parties résistantes.

Mais on peut répondre encore que M. Newton a fait voir que ce n'est point en rebondissant de dessus les parties solides des corps, que la lumiére se réfléchit, & que par conséquent la réfléxion de la lumiére ne prouve point l'impénétrabilité du Feu, que même ce phénomene de la réfléxion pourroit faire croire que la lumiére n'est point impénétrable; car comment le rayon perpendiculaire retournera-t-il après la réfléxion, par la ligne selon laquelle il est tombé, si dans cette ligne il rencontre une continuation de lui-même, qui lui résistera par ses parties solides, & l'empêche par conséquent de retourner par la ligne déjà décrite? Si on dit que ce rayon ne décrira pas tout-à-fait la même ligne, mais qu'il se détournera un peu, outre que ce seroit détruire un axiome d'Optique, qui passe pour incontestable, je demande quelle seroit la raison de cette déclinaison du rayon, & ce qui le détermineroit à décliner plûtôt à gauche qu'à droite? Si l'on me répond enfin, que l'extrême porosité que le Microscope découvre dans les corps soumis à nos recherches, nous porte à croire que la ténuité des parties constituantes du Feu peut suffire pour opérer la réfléxion du rayon perpendiculaire, & tous les phénoménes de la lumiére qui étonnent le plus notre esprit, & qui pourroient nous faire douter de l'impénétrabilité du Feu: je demande comment on peut concevoir qu'un rayon composé d'un million de pores qui séparent ses parties solides, puisse venir du Soleil à nous en ligne droite, sans être interrompu & sans se confondre avec des milliasses d'autres rayons de différentes couleurs qui émanent en même tems que lui du Soleil?

On est donc obligé d'avouer qu'on peut avec quelque fondement regarder l'impénétrabilité du Feu comme douteuse.

VI.

_Le Feu tend-il vers le centre de la Terre?_

Les Philosophes conviendront sans doute qu'il peut y avoir plusieurs corps qui ne tendent point vers le centre de la terre, telle doit être par exemple la matiere qui fait la pesanteur, & qui chasse les corps vers le centre de la terre; voyons donc si le Feu est dans le même cas, ou bien s'il tend vers la terre comme les autres corps.

C'est encore à l'experience, ce grand maître de Philosophie, à nous apprendre si le Feu a cette propriété.

Je me contenterai d'examiner ici l'expérience de M. Homberg sur le poids du régule d'Antimoine calciné au Verre ardent, & celle de M. Boërhaave sur le poids du Fer enflammé.

M. Homberg rapporte que 4 onces de régule d'Antimoine exposées à un pied & demi du véritable foyer du miroir du Palais Royal, augmentérent de 3 dragmes, & de quelques grains pendant leur calcination, c'est-à-dire, environ d'un dixiéme; mais qu'ayant été mises ensuite en fusion au véritable foyer, elles perdirent ce dixiéme acquis, & un huitiéme de leur propre poids.

M. Boërhaave, au contraire, ayant pesé 8 livres de Fer, ne trouva aucune différence de poids entre ce Fer enflammé & ce Fer absolument froid.

Il y a plusieurs remarques à faire sur ces deux expériences.

[Note: Examen de l'expérience de M. Homberg, sur le poids de l'antimoine calciné au verre ardent.]

1º. Pendant tout le tems de la calcination de l'Antimoine de M. Homberg, on fut obligé de le remuer avec une spatule de fer: or il est très-possible que la chaleur ait détaché quelques particules de cet instrument, lesquelles s'étant jointes au régule, auront augmenté son poids. Les sels & les souffres dont l'air est toujours chargé, auront pû s'unir aussi à l'Antimoine par l'action du feu, & à la faveur de ce mouvement continuel de la spatule avec laquelle on le remuoit; ainsi on est bien loin d'être sûr que ce soit le feu qui ait augmenté son poids, car si le feu est le plus subtil dissolvant de la Nature, il est aussi le plus puissant agent pour unir les corps.

2º. Ce qui confirme cette conjecture, c'est que les corps qui augmentent le plus leur poids par le Feu, sont ceux qu'on remuë pendant leur calcination, & qu'ils perdent tout le poids acquis, & même de leur propre substance, lorsqu'on les remet en fusion. Boyle lui-même, convient que l'agitation continuelle pendant la calcination, est ce qui contribue le plus à augmenter l'action du Feu sur les corps.

3º. L'Antimoine de M. Homberg ayant été mis en fusion au véritable foyer, perdit tout le poids acquis, & encore un huitiéme de son propre poids: or si des particules de Feu avoient augmenté son propre poids dans la calcination, comment se pourroit-il qu'il eut perdu ce poids au véritable foyer? un nouveau Feu n'auroit-il pas dû produire au contraire une nouvelle augmentation, & puisque le poids de l'Antimoine diminua dans la fusion, au lieu d'augmenter, n'est-il pas vrai-semblable que le Feu du foyer étant plus violent que celui auquel on l'avoit calciné, sépara les parties hétérogenes qui s'étoient unies au régule d'Antimoine, & qui avoient augmenté son poids pendant la calcination.

4º. Tous les Métaux en fusion, perdent de leur poids, & cependant la fusion est l'état dans lequel ils reçoivent la plus grande quantité de feu; ainsi si le Feu augmentoit le poids des corps, il devroit augmenter considérablement celui des métaux en fusion, mais au contraire leur poids diminue, il est donc certain que la plus grande quantité de Feu que ces métaux puissent recevoir, n'augmente point leur poids.

On sent aisément que la diminution de poids des métaux en fonte doit être attribuée aux parties que ce Feu violent fait évaporer d'entre leurs pores, & à l'augmentation de leur volume.

[Note: Examen & confirmation de l'expérience de M. Boërhaave sur le poids du fer enflammé.]

5º. Le Fer de M. Boërhaave pendant qu'il étoit tout pétillant de feu, devoit contenir bien plus de particules ignées, que l'Antimoine de M. Homberg, qui avoit été calciné à 18 pouces du véritable foyer du miroir, & cependant ce Fer tout imprégné de Feu ne pesoit pas un grain de plus que lorsqu'il étoit entiérement froid. Je ne vois cependant aucune raison pour laquelle si le Feu étoit pesant, il n'augmenteroit pas toujours le poids des corps qu'il pénétre, je puis certifier que cette égalité de poids s'est retrouvée dans des masses de Fer depuis une livre jusqu'à 2000 livres, que j'ai fait peser devant moi toutes enflammées, & ensuite entiérement froides.

[Note: Autres expériences sur la pesanteur du Feu.]

6º. L'augmentation du poids des corps calcinés à travers le verre, est beaucoup moins considérable que celle des corps que l'on calcine en plein air, cependant la même quantité de feu pénétre à travers le verre, puisqu'il produit le même effet sur ces corps, & qu'il les calcine; d'où peut donc venir cette différente augmentation de poids, lorsque la calcination se fait en plein air, ou lorsqu'elle se fait sous le verre, sinon de ce qu'il se joint alors moins de corps étrangers au corps calciné?

7º. L'Antimoine devient rouge dans la calcination, & lorsqu'on le met en digestion dans de l'Esprit de Vin, il rend une teinture rougeâtre, & se trouve après du même poids qu'avant la calcination: donc cette couleur rougeâtre lui étoit venue des parties sulfureuses que le Feu lui avoit unies pendant la calcination, puisqu'après s'être déchargé de cette teinture, il se trouve du même poids qu'il avoit avant d'être calciné.

8º. M. Boyle est un des Philosophes qui a fait le plus d'expériences sur la pesanteur du Feu, & toutes concourent à l'établir.

Cependant son Traité _De Flammæ ponderabilitate_, ne prouve autre chose sinon que la flamme pese, & que les parties pénétrent à travers les pores du verre, mais aucune de ses expériences ne prouve la pesanteur des parties élémentaires du Feu.

[Note: * _Page 8._]

[Note: ** _Page 39._]

9º. Le même Boyle rapporte * qu'une once de corne de cerf perdit au Feu six ou sept grains de son poids, & qu'une once de Zinc ** en perdit cinq grains, & plus, par l'action du Feu.

10º. Du Charbon enfermé hermétiquement dans une boîte de Fer, & exposé pendant quatre heures à un Feu très-violent, a diminué de 4 onces environ sur 4 livres, & j'ai été témoin de cette expérience.

11º. M. Bolduc assûre que l'Antimoine calciné dans un vase de terre, diminue de poids, bien loin d'augmenter.

12º. M. Hartsoëker, de son côté, ayant tenu de l'Etain pendant des heures entiéres, & du Plomb pendant plusieurs jours de suite dans le foyer d'un Verre ardent, ne trouva aucune augmentation dans le poids de ces métaux.

13º. Le célébre Boërhaave rapporte qu'ayant tenu du Plomb dans un Fourneau de digestion pendant trois ans, à un Feu de 84 degrés, & l'ayant exposé pendant quatre heures au feu de sable, le Plomb n'augmenta nullement de poids; cependant si les expériences varient, c'est une preuve certaine que ce n'est point le Feu qui augmente le poids des corps, car s'il l'augmentoit une fois, il l'augmenteroit toujours. Mais si l'on attribue cette augmentation lorsqu'on en trouve, à l'intromission de quelques parties hétérogenes dans les pores des corps que l'on expose au Feu, on conçoit aisément que les différentes circonstances de l'opération peuvent changer ces effets; voilà pourquoi de toutes les expériences répétées sur le poids des corps exposés au Feu, aucune n'est entiérement la même. L'augmentation que le même Feu cause dans les corps est tantôt plus grande, tantôt moindre, comme on peut s'en convaincre en lisant les expériences de Boyle, ou en opérant soi-même; ce qui prouve bien que ce n'est pas à une cause aussi invariable que le Feu, qu'il faut attribuer l'augmentation du poids des corps.

L'expérience de M. Homberg que je viens d'examiner, fournit elle-même une preuve qu'on ne doit point attribuer au Feu l'augmentation de poids qu'on remarque dans les corps qu'on lui expose; car il trouva dans cette expérience le poids de l'Antimoine augmenté d'un dixiéme.

Or en supposant l'émission de la lumiére, tout le Feu que le Soleil envoye sur notre hémisphere pendant une heure du jour le plus chaud de l'Eté, doit peser à peine ce que M. Homberg suppose qu'il en étoit entré dans son régule d'Antimoine: en voici, si je ne me trompe, la démonstration.

On connoît la vîtesse des rayons du Soleil depuis les observations que Mrs. Huguens & Roëmer ont faites sur les Eclipses des Satellites de Jupiter; cette vîtesse est environ de 7 à 8 minutes pour venir du Soleil à nous: or, on trouve que si le Soleil est à 24000 demi-diametres de la Terre, il s'ensuit que la lumiére parcourt en venant de cet Astre à nous, mille millions de pieds par seconde en nombres ronds; & un Boulet de Canon d'une livre de balle poussé par une demi livre de Poudre, ne fait que 600 pieds en une seconde, ainsi la rapidité des rayons du Soleil surpasse en nombres ronds 1666600 fois celle d'un boulet d'une livre.

Mais l'effet de la force des corps étant le produit de leur masse par le quarré de leur vîtesse, un rayon qui ne seroit que la 1/2777555560000e partie d'un boulet d'une livre feroit le même effet que le Canon, & un seul instant de lumiére détruiroit tout l'Univers; or je ne crois pas que nous ayons de _minimum_ pour assigner l'extrême ténuité d'un corps qui n'étant que la 1/2777555560000e partie d'un boulet d'une livre feroit de si terribles effets, & dont des millions de milliars passent à travers un trou d'épingle, pénétrent dans les pores d'un Diamant, & frappent sans cesse l'organe le plus délicat de notre corps sans le blesser, & même sans se faire sentir.

14º. L'expérience du trou d'épingle (qu'on trouverait bien admirable, si elle étoit moins commune) fournit elle seule une démonstration de l'excessive ténuité des rayons; car regardez à travers ce trou pendant un jour entier, vous verrez toujours les mêmes objets, & aussi distinctement: donc il vient à chaque moment indivisible, des rayons de tous les points de ces objets, frapper votre rétine: or il faut de deux choses l'une, ou que ce ne soient pas les rayons du Soleil qui ayent augmenté le poids de l'Antimoine de M. Homberg, ou qu'il entrât pendant ce jour dans vos yeux plusieurs onces de Feu, puisqu'il y entreroit plus de rayons qu'il n'en pouvoit être entré dans le régule d'Antimoine pendant sa calcination. Mais s'il entroit cette quantité de Feu dans nos yeux en un jour, combien y en entreroit-il en une semaine, en un mois, &c. que deviendroit cette matiere ignée, si elle étoit pesante? Je crois donc qu'il est démontré en rigueur, par la façon dont nous voyons, par les phénomenes de la lumiére, & par les loix primitives du choc des corps, que (supposé que le Feu pese) nous ne pouvons nous appercevoir de son poids, & que si tous les rayons que le Soleil envoye sur notre hémisphere pendant le plus long jour de l'Eté, pesoient seulement 3 livres, nos yeux nous seroient inutiles, & l'Univers ne pourroit soutenir un moment la lumiére.

[Note: Argument de M. Musschenbroek, en faveur de la pesanteur du Feu.]

15º. Le sçavant M. de Musschenbroek fait en faveur de la pesanteur du Feu, un argument qui paroît très-fort. _Le Fer ardent que vous pesez_, dit-il, _vous le pesez dans l'air qui est un fluide, or le Feu ayant augmenté le volume de ce Fer par la raréfaction, il devroit peser moins dans l'air lorsqu'il est chaud, & que son volume est plus grand, que lorsqu'il s'est contracté par le froid, & que son volume est diminué, & vous ne trouvez le même poids dans le Fer refroidi, que parce que le Feu avoit réellement augmenté le poids du Fer enflammé; car s'il ne l'avoit pas augmenté, vous auriez dû trouver votre Fer moins pesant lorsqu'il étoit tout rouge, que lorsqu'il étoit refroidi._

[Note: Réponse à cet argument.]

Cet argument seroit invincible, si l'on étoit sûr qu'aucun autre corps que le Feu ne se fut introduit dans le Fer enflammé; mais on est bien loin d'en être sûr, car s'il peut se mêler des corps étrangers aux corps calcinés par les rayons du Soleil (le Feu le plus pur que nous connoissions) combien à plus forte raison pourra-t-il entrer de particules de bois ou de charbon dans les corps qu'on expose au Feu ordinaire? Ainsi on sent aisément qu'en réfutant l'expérience de M. Homberg, j'ai compté réfuter celles de M. Boyle, & Lémery, & toutes celles enfin qu'on a faites sur les corps augmentés de poids par le Feu; cette augmentation que le Feu d'ici-bas cause dans les corps, devroit même être fort sensible par la quantité de particules hétérogenes qu'il doit introduire dans leurs pores, & elle n'est imperceptible dans quelques-uns, que parce qu'ils perdent beaucoup de leur propre substance par l'action du Feu, & que leur pesanteur spécifique diminue par la raréfaction.

Il faut donc conclure de toutes ces expériences que le Feu ne pese point, ou que s'il pese, il est impossible que son poids soit jamais sensible pour nous.

VII.

_Quelles sont les propriétés distinctives du Feu._

[Note: Le Feu tend naturellement en-haut.]

Mais si après avoir examiné les expériences de la pesanteur du Feu, on vient à considérer sa nature & à rechercher ses propriétés, on ne peut s'empêcher de reconnoître que loin d'avoir cette tendance vers le centre de la terre, que l'on remarque dans les autres corps, il fuit au contraire toujours ce centre, & que son action se porte naturellement en haut.

L'Académie de Florence a découvert cette tendance du Feu en haut, par une expérience qui ne permet plus aux Philosophes de se méfier de leurs sens, quand ils voyent la flamme monter, & l'action du Feu se porter toujours en haut.

Deux Thermometres, l'un droit, & l'autre renversé, ayant été mis dans un tube de Verre, & deux globes de Fer, rouges & égaux, approchés à égale distance de ces tubes, le Thermometre qui étoit droit, monta sensiblement plus que celui qui étoit renversé ne descendit. Je ne rapporte point le procedé de cette expérience, ni les autres circonstances qui l'accompagnerent, on peut les voir dans les _Tentamina Florentina_, mais toutes ces circonstances concourent à prouver que le Feu tend naturellement en haut, loin d'avoir aucune tendance vers le centre de la terre.

Cette tendance du Feu en haut, dépend d'une autre propriété particuliére au Feu, par laquelle il tend à l'équilibre, & se répand également dans tout l'espace, lorsque rien ne s'y oppose; ainsi le Feu tend sans cesse à se dégager des pores des corps, & à se répandre en haut où il n'y a point d'atmosphere sensible, & où il peut s'étendre également de tous côtés sans obstacle; car l'atmosphere contribue infiniment à la chaleur dans laquelle nous vivons, ainsi que le froid qu'il fait sur les Montagnes le prouve.

Une expérience bien simple, & que j'ai répétée souvent, prouve encore cette tendance du Feu en haut.

Si vous mettez une assiette ou une planche sur un de ces grands cylindres de Verre qui fervent l'Eté à couvrir les bougies, & que vous laissiez une bougie allumée sous ce cylindre couvert, il est certain que la chaleur de la flamme doit à tout moment raréfier l'air renfermé dans ce verre: donc si la flamme montoit par sa seule légéreté spécifique (comme on le prétend) on la devroit voir à tout moment s'arrondir & perdre sa figure conique, puisque cet air renfermé dans le cylindre, se raréfie à chaque instant, mais c'est ce qui n'arrive point: la flamme conserve cette figure conique jusqu'au moment auquel elle s'éteint, & lorsqu'elle est très-diminuée de hauteur, on voit toujours sa pointe tendre en haut.

[Note: Pourquoi la flamme monte dans un air très-rarefié.]

La cause de ce phénomene est que la flamme de la bougie contient assez de feu pour qu'il puisse s'opposer à la tendance naturelle de cette flamme vers le centre de la terre, & que le Feu la fait monter par cette supériorité de force, indépendamment de la pesanteur spécifique de l'air; le Feu ne feroit peut-être pas le même effet sur toutes les flammes, car il y en a qui contiennent bien moins de particules ignées les unes que les autres.

La légéreté spécifique de la flamme est sans doute une des causes qui fait qu'on ne la voit jamais tendre en bas, c'est aussi cette légéreté spécifique qui fait monter la fumée; mais les particules de feu que la flamme & la fumée contiennent, contribuent aussi à cette tendance en haut.

[Note: Pourquoi la fumée descend dans le vuide.]

[Note: _Tentamina Florentina._]

La fumée qui est la même chose que la flamme, lorsqu'elle contient moins de particules ignées, descend dans le vuide, parce qu'étant composée des particules que le Feu a détachées des corps, & ces particules tendant par leur pesanteur vers le centre de la terre: puisque dans le vuide la résistance de l'air est ôtée, & qu'alors la pesanteur de ces particules surpasse la force du Feu, elles doivent tendre en bas; mais si vous augmentez la quantité du Feu, en approchant un charbon du récipient, alors la fumée monte par la supériorité des particules du Feu.

M. Geoffroy a fait une expérience dans laquelle on voit à l'œil que le feu tend à se répandre également de tous côtés, & qu'il fait sans cesse des efforts sur les parties des corps pour les écarter les unes des autres; car cet habile Académicien rapporte qu'ayant fait fondre du Fer au Miroir ardent, & ayant ramassé les étincelles qu'il jettoit, il trouva que ces étincelles étoient autant de petits globes de fer creux; le Feu avoit donc combattu la cohesion de ces particules de fer, & leur pesanteur, & il les avoit surmontées.

[Note: Le Feu est l'antagoniste de la pesanteur, loin d'y être soumis.]

[Note: Point de repos dans la Nature.]

Le Feu est donc l'antagoniste perpétuel de la pesanteur, loin de lui être soumis, ainsi tout est dans la Nature dans de perpétuelles oscillations de dilatation & de contraction par l'action du Feu sur les corps, & la réaction des corps qui s'opposent à l'action du feu par leur pesanteur & la cohésion de leurs parties, & nous ne connoissons point de corps parfaitement durs, parce que nous n'en connoissons point qui ne contienne du Feu, & dont les parties soient dans un parfait repos; ainsi les anciens Philosophes qui nioient le repos absolu, étoient assurément plus sensés, peut-être sans le sçavoir, que ceux qui nioient le mouvement.

[Note: Le Feu conserve & vivifie tout dans l'Univers.]

Sans cette action & cette réaction perpétuelle du Feu sur les corps, & des corps sur le feu, toute fluidité, toute élasticité, toute mollesse seroit bannie, & si la matiére étoit privée un moment de cet esprit de vie qui l'anime, de ce puissant agent qui s'oppose sans cesse à l'adunation des corps, tout seroit compact dans l'Univers, & il seroit bientôt détruit. Ainsi non seulement les expériences ne démontrent point la pesanteur du feu; mais vouloir que le feu soit pesant, c'est détruire sa nature, c'est enfin lui ôter sa propriété la plus essentielle, celle par laquelle il est un des ressorts du Créateur.

[Note: Le Feu est également répandu partout.]

[Note: Tous les corps dans un même air, contiennent également de Feu.]

Un autre attribut du feu qui paroît encore n'appartenir qu'à lui, c'est d'être également distribué dans tous les corps. Les hommes ont dû être long-tems sans doute à se persuader cette vérité. Nous sommes portés à croire que le Marbre est plus froid que la Laine, nos sens nous le disent, & il a fallu pour nous détromper, que nous créassions, pour ainsi dire, un être pour juger du dégré de chaleur répandu dans les corps; cet être, c'est le Thermometre, c'est lui qui nous a appris que les matiéres les plus compactes & les plus légeres, les plus spiritueuses & les plus froides, le Marbre, & les Cheveux, l'Eau, & l'Esprit de Vin, le Vuide de Boyle, & l'Or, tous les corps enfin (excepté les créatures animées) contiennent dans un même air la même quantité de feu.

[Note: Le Feu est répandu non selon les masses, mais selon les espaces.]

Il suit de cette propriété du Feu, 1º. Que tous les corps sont également chauds dans le même air, puisqu'ils font tous le même effet sur le Thermometre. 2º. Que le feu est distribué non selon les masses, mais selon les espaces, puisque l'Or & le Vuide pneumatique en contiennent également. 3º. Qu'il n'y a aucun corps qui s'empreigne de Feu plus qu'un autre, ni qui puisse en retenir une plus grande quantité, puisque dans un même air l'Esprit de Vin n'est pas plus chaud que l'Eau, & qu'ils se refroidissent au même degré.

[Note: L'Esprit de vin ne contient pas plus de Feu que l'eau.]