Dictionnaire Raisonne De L Architecture Francaise Du Xie Au Xvi

Chapter 52

Chapter 521,092 wordsPublic domain

L'institution des ordres militaires avait créé au XIIe siècle des confréries assez puissantes pour alarmer les rois de la chrétienté. C'était la féodalité, non plus rivale et disséminée, mais organisée, armée et pouvant dicter les plus dures conditions aux souverains. Le pouvoir monarchique, après avoir brisé le faisceau, voulut le relier autour de lui et s'en faire un rempart; il institua pendant les XVe et XVIe siècles les ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, pendant le XVIIe l'ordre de Saint-Louis, et plus tard encore Louis XV établit l'ordre du Mérite-Militaire peu de temps après la promulgation de l'édit dont nous avons cité un extrait. Ces institutions effaçaient les derniers écussons armoyés. Désormais la noblesse devait se reconnaître par un signe général, non plus par des signes individuels. La monarchie tendait à mettre sur le même rang, à couvrir du même manteau, toute noblesse, qu'elle fût ancienne ou nouvelle, et la nuit du 4 août 1789 vit briser, par l'assemblée constituante, des écussons qui, voilés par le pouvoir royal, n'étaient pour la foule que le signe de priviléges injustes, non plus le souvenir et la marque d'immenses services rendus à la patrie. L'écusson royal de Louis XIV avait couvert tous ceux de la noblesse française; au jour du danger il se trouva seul; il fut brisé; cela devait être.

[Note 254: Blasonner vient du mot allemand _blasen_ (sonner du cor): «C'était autrefois la coutume de ceux qui se présentaient pour entrer en lice dans les tournois, de notifier ainsi leur arrivée; ensuite les hérauts sonnaient de la trompette, blasonnaient les armes des chevaliers, les décrivaient à haute voix, et se répandaient quelquefois en éloges au sujet de ces guerriers.» (_Nouv. Méth. du blason, ou l'art hérald._ du P. Ménestrier, mise dans un meill. ordre, etc., par M. L***. In-8°, Lyon, 1770.)]

[Note 255: «Louis le Jeune est le premier de nos rois qui soit représenté avec des fleurs de lys à la main et sur sa couronne. Lorsqu'il fit couronner son fils, il voulut que la dalmatique et les bottines du jeune prince fussent de couleur d'azur et semées de fleurs de lys d'or.» (_Ibid._)]

[Note 256: Il est entendu que, conformément à la méthode employée depuis le XVIIe siècle pour faire reconnaître par la gravure les émaux des armoiries, nous exprimons l'argent par l'absence de toute hachure, l'or par un pointillé, l'azur par des hachures horizontales, gueules par des hachures verticales, le sinople par des hachures diagonales de droite à gauche (de l'écu), le pourpre par des lignes diagonales de gauche à droite, le sable par du noir sans travail, bien que dans la gravure en taille-douce ou l'intaille, on l'indique par des hachures horizontales et verticales croisées.]

[Note 257: Voyez le mot FLEUR DE LIS.]

[Note 258: Il ne paraît pas que des règles fixes aient été adoptées pendant les XIIIe et XVIe siècles pour la forme ou la proportion à donner aux écus, ils sont plus ou moins longs par rapport à leur largeur ou plus ou moins carrés; il en existe au XIIIe siècle (dans les peintures de l'église des Jacobins d'Agen, par exemple) qui sont terminés à la pointe en demi-cercle.]

[Note 259: Mémoire d'Olivier de la Marche. liv. I, chap, XXI.]

[Note 260: _Traicté le la forme et devis d'ung tournoy_. Les manants du livre des tournois par le roi Réné. Bib. imp. (Voir celui n°8351).]

[Note 261: Liv. I, char. XXI.]

[Note 262: _Traicté de la forme et dev. d'ung tournoy_, Bib. imp. man. 8351; et les _OEuvres chois._ du roi Réné, par M. le comte de Qnatrebarbes. Angers, 1835.]

[Note 263: A Vézelay, XIIIe siècle; dans la cathédrale de Carcassonne, XIVe siècle, etc.]

[Note 264: Le présid. Hénault, _Abrégé chron. de l'Histoire de France_.]

[Note 265: Édit du mois de novembre 1750.]

ARONDE, s. f. (Queue d'). Sorte de crampon de métal, de bois ou de pierre, ayant la forme en double d'une queue d'hirondelle, et qui sert à maintenir l'écartement de deux pierres, à réunir des pièces de bois de charpente, des madriers, des planches (1). Cette espèce de crampon a été employé de toute antiquité. Lorsqu'on déposa l'obélisque de Louqsor pour le transporter en France, on trouva sous le lit inférieur de ce bloc de granit une queue d'aronde en bois qui y avait été incrustée dans l'origine pour prévenir la rupture d'un _fil_. Dans les fragments de constructions antiques dont on s'est servi à l'époque gallo-romaine pour élever des enceintes de villes, on rencontre souvent des entailles qui indiquent l'emploi fréquent de queues d'aronde en fer ou en bronze. Nous en avons trouvé en bois dans des constructions romanes de la première époque. Quelquefois aussi la bascule des chapiteaux des colonnes engagées, cantonnant des piles carrées, des XIe et VIIe siècles, est maintenue postérieurement par une fausse coupe en queue d'aronde (2). Il en est de même pour les corbeaux formant une forte saillie et destinés à porter un poids en bascule (3).

Mais c'est surtout dans les ouvrages de charpente que la queue d'aronde a été employée pendant le moyen âge. Les entraits des fermes dans les charpentes de combles des XIIIe, XIVe et XVe siècles sont généralement assemblés dans les sablières doubles en queue d'aronde et à mi-bois (4), afin d'arrêter la poussée des chevrons portant ferme et reposant sur ces sablières d'un entrait à l'autre (voy. CHARPENTE). L'usage des languettes et embrèvements étant peu commun dans la menuiserie antérieure au XVe siècle, les membrures des huis, les madriers, sont souvent réunis par des queues d'aronde entaillées à mi-bois (5). Dans ce cas, les menuisiers ont eu le soin de choisir, pour les queues d'aronde, des bois très-durs et tenaces, tels que l'orme, les parties noueuses du noyer ou du chêne.

Les architectes des XVe et XVIe siècles usèrent et abusèrent de la queue d'aronde en pierre pour maintenir de grands encorbellements, pour suspendre des clefs de voûte ou des sommiers recevant des arcs sans le secours d'un point d'appui (6) (voy. CLEF pendante, VOUTE). Les queues d'aronde en pierre ont l'inconvénient de casser facilement au point faible; la pierre n'ayant pas d'élasticité, le moindre mouvement dans les blocs que ces queues doivent réunir, les brise, et rend leur emploi inutile.

FIN DU TOME PREMIER.

Paris.--Imprimé chez Bonaventure et Ducessois. 55, quai des Grands-Augustins.

TABLE PROVISOIRE DES MOTS CONTENUS DANS LE TOME PREMIER.

A

Abaque (Tailloir) Abat-sons Abat-voix Abbaye Abside Accolade Accoudoir Agrafe Aiguille Albâtre Alignement Allége Ames (les) Amortissement Ancre Ange Animaux Annelée Apocalypse Apôtres Appareil Appentis Application Appui.

Arbalétrier Arbre Arbre de Jessé Arc Arc-boutant Arcade Arcature Arche (d'Alliance) Architecte Architecture Architecture religieuse --monastique --civile --militaire Architrave Ardoises Arête Arêtier Arêtière Argent Armature Armoire Armoirie Aronde

FIN DE LA TABLE PROVISOIRE DU TOME PREMIER.