Dictionnaire Raisonne De L Architecture Francaise Du Xie Au Xvi
Chapter 17
Mais Chambord nous donne l'occasion de signaler un fait curieux. Dans beaucoup de châteaux reconstruits en partie au commencement du XVIe siècle, on conserva les anciennes tours, autant à cause de leur extrême solidité et de la difficulté de les démolir que parce qu'elles étaient la marque de la demeure féodale. Mais pour rendre ces tours habitables, il fallait les éclairer par de larges fenêtres. Pratiquer des trous à chaque étage et construire des baies en sous-oeuvre eût été un travail difficile, dispendieux et long. On trouva plus simple, dans ce cas, pour les tours avec planchers de bois (et c'était le plus grand nombre), de pratiquer du haut en bas une large tranchée verticale et de remonter dans cette espèce de créneau autant de fenêtres qu'il y avait d'étages, en reprenant seulement ainsi les pieds-droits les linteaux et alléges. Une figure est nécessaire pour faire comprendre cette opération. Soit (39) une tour fermée; on y pratiquait une tranchée verticale, ainsi qu'il est indiqué en A, tout en conservant les planchers intérieurs. Puis (39 bis) on bâtissait les fenêtres nouvelles, ainsi qu'il est indiqué dans cette figure. Pour dissimuler la reprise et éviter la difficulté de raccorder les maçonneries neuves des pieds-droits avec les vieux parements extérieurs des tours, qui souvent étaient fort grossiers, on monta, de chaque côté des baies, des pilastres peu saillants se superposant à chaque étage. Cette construction en raccordement, donnée par la nécessité, devint un motif de décoration dans les tours neuves que l'on éleva au commencement du XVIe siècle, ainsi que nous le voyons dans les vues des châteaux de Bury et de Chambord. Les machicoulis devinrent aussi l'occasion d'une décoration architectonique là où on n'en avait plus que faire pour la défense; à Chambord, les tours et murs des bâtiments sont couronnés par une corniche qui rappelle cette ancienne défense; elle se compose de coquilles posées sur des corbeaux et formant ainsi un encorbellement dont la silhouette figure des machicoulis. Rien d'italien dans ces traditions, qui sont à Chambord la décoration principale de tous les extérieurs.
Au XVIe siècle, le sol français était couvert d'une multitude de châteaux qui faisaient l'admiration des étrangers. Car, à côté des vieilles demeures féodales que leur importance ou leur force avaient fait conserver, à la place de presque tous les châteaux de second ordre, les seigneurs avaient élevé des habitations élégantes et dans la construction desquelles on cherchait à conserver l'ancien aspect pittoresque des demeures fortifiées. Les guerres de religion, Richelieu et la Fronde en détruisirent un grand nombre. Alors la noblesse dut s'apercevoir, un peu tard, qu'en rasant elle-même ses forteresses pour les remplacer par des demeures ouvertes, elle avait donné une force nouvelle aux envahissements de la royauté. C'est surtout pendant les luttes de la fin du XVIe siècle et du commencement du XVIIe que les suprêmes efforts de la noblesse féodale se font sentir. Agrippa d'Aubigné nous paraît être le dernier rejeton de cette race puissante; c'est un héros du XIIe siècle qui surgit, tout d'une pièce, dans des temps déjà bien éloignés, par les moeurs, de cette grande époque. Le dernier peut-être il osa se renfermer dans les forteresses de Maillezay et du Dognon, les garder contre les armées du roi, auxquelles il ne les rendit pas; en quittant la France il les vendit à M. de Rohan. Avec cet homme d'un caractère inébranlable, mélange singulier de fidélité et d'indépendance, plus partisan que français, s'éteint l'esprit de résistance de la noblesse. Quand, de gré ou de force, sous la main de Richelieu et le régime absolu de Louis XIV, la féodalité eut renoncé à lutter désormais avec le pouvoir royal, ses demeures prirent une forme nouvelle qui ne conservait plus rien de la forteresse seigneuriale du moyen âge.
Cependant le château français, jusqu'au XVIIIe siècle, fournit des exemples fort remarquables et très-supérieurs à tout ce que l'on trouve en ce genre en Angleterre, en Italie et en Allemagne. Les châteaux de Tanlay, d'Ancy-le-Franc, de Verneuil, de Vaux, de Maisons, l'ancien château de Versailles, les châteaux détruits de Meudon, de Rueil, de Richelieu, de Brèves en Nivernais, de Pont en Champagne, de Blérancourt en Picardie, de Coulommiers en Brie, offrent de vastes sujets d'études pour l'architecte. On y trouve la grandeur du commencement du XVIIe siècle, grandeur solide, sans faux ornements; des dispositions larges et bien entendues, une richesse réelle. Dans ces demeures, il n'est plus trace de tours, de créneaux, de passages détournés; ce sont de vastes palais ouverts, entourés de magnifiques jardins, faciles d'accès. Le souverain peut seul aujourd'hui remplir de pareilles demeures, aussi éloignées de nos habitudes journalières et de nos fortunes de parvenus que le sont les châteaux fortifiés du moyen âge.
La révolution de 1792 anéantit à tout jamais le château, et ce que l'on bâtit en ce genre aujourd'hui, en France, ne présente que de pâles copies, d'un art perdu, parce qu'il n'est plus en rapport avec nos moeurs. Un pays qui a supprimé l'aristocratie et tout ce qu'elle entraîne de priviléges avec elle ne peut sérieusement bâtir des châteaux. Car qu'est-ce qu'un château avec la division de la propriété, sinon un caprice d'un jour? Une demeure dispendieuse qui périt avec son propriétaire et ne laissant aucun souvenir, est destinée à servir de carrière pour quelques maisons de paysans ou des usines.
Nos vieilles églises du moyen âge, toutes dépouillées qu'elles soient, sont encore vivantes; le culte catholique, ne s'est pas modifié; et s'il est survenu, depuis le XIIIe siècle, quelques changements dans la liturgie, ces changements n'ont pas une assez grande importance pour avoir éloigné de nous les édifices sacrés. Mais les châteaux féodaux appartiennent à des temps et à des moeurs si différents des nôtres, qu'il nous faut, pour les comprendre, nous reporter par la pensée à cette époque héroïque de notre histoire. Si leur étude n'a pour nous aujourd'hui aucun but pratique, elle laisse dans l'esprit une trace profondément gravée. Cette étude n'est pas sans fruits; sérieusement faite, elle efface de la mémoire les erreurs qu'on s'est plu à propager sur la féodalité; elle met à nu des moeurs empreintes d'une énergie sauvage, d'une indépendance absolue, auxquelles il est bon parfois de revenir, ne fût-ce que pour connaître les origines des forces, encore vivantes heureusement, de notre pays. La féodalité était un rude berceau; mais la nation qui y passa son enfance et put résister à ce dur apprentissage de la vie politique, sans périr, devait acquérir une vigueur qui lui a permis de sortir des plus grands périls sans être épuisée. Respectons ces ruines, si longtemps maudites, maintenant qu'elles sont silencieuses et rongées par le temps et les révolutions; regardons-les, non comme des restes de l'oppression et de la barbarie, mais bien comme nous regardons la maison, désormais vide, où nous avons appris, sous un recteur dur et fantasque, à connaître la vie et à devenir des hommes. La féodalité est morte; elle est morte vieillie, détestée; oublions ses fautes, pour ne nous souvenir que des services qu'elle a rendus à la nation entière en l'habituant aux armes, en la plaçant dans cette alternative ou de périr misérablement ou de se constituer, de se réunir autour du pouvoir royal; en conservant au milieu d'elle et perpétuant certaines lois d'honneur chevaleresque que nous sommes heureux de posséder encore aujourd'hui et de retrouver dans les jours difficiles. Ne permettons pas que des mains cupides s'acharnent à détruire les derniers vestiges de ses demeures, maintenant qu'elles ont cessé d'être redoutables, car il ne convient pas à une nation de méconnaître son passé, encore moins de le maudire.
[Note 17: _De bell. Gall._, I, VI, c. 23.]
[Note 18: _Demor. Germ._, c. 16.]
[Note 19: Voy. l'_Hist. de la civil. en France_, par M. Guizot, leçon 8e.]
[Note 20: _Hist. de la civil. en France_, leçon 8e.]
[Note 21: Grégoire de Tours parle de plusieurs châteaux assiégés par l'armée de Théodoric... «Ensuite, dit-il, liv. III, Chastel-Marlhac fut assiégé (dans le Cantal, arrond. de Mauriac). _Tunc obsessi Meroliacensis castri..._ Il est entouré, non par un mur, mais par un rocher taillé de plus de cent pieds de hauteur. Au milieu est un grand étang, dont l'eau est très-bonne à boire; dans une autre partie sont des fontaines si abondantes, qu'elles forment un ruisseau d'eau vive qui s'échappe par la porte de la place; et ses remparts renferment un si grand espace, que les habitants y cultivent des terres et y recueillent des fruits en abondance.» On le voit, cet établissement présente plutôt les caractères d'un vaste camp retranché que d'un château proprement dit.]
[Note 22: _Expéd. des Normands_, par M. Depping, liv. IV, chap. III.--_Recherches sur le Haguedike et les prem. étab. milit. des Normands sur nos côtes_.--_Mém. de la Soc. des antiq. de Normandie, ann._ 1831-33, par M. de Gerville.]
[Note 23: Voy., dans les _Actes de l'ac. imp. de Bordeaux_, la notice de M. Léo Drouyn sur _quelques châteaux du moyen âge_, 1854.]
[Note 24: En Angleterre même, les Gallois qui sont de même race que les Bretons, encore aujourd'hui, ne se regardent pas comme Anglais; pour eux les Anglais sont toujours des Saxons ou des Normands.]
[Note 25: Les bordiers devaient le curage des biefs de moulins, la couve des blés et du foin, des redevances en nature comme chapons, oeufs, taillage des haies, certains transports, etc.]
[Note 26: Les _vavasseurs_ et les _hôtes_ étaient des hommes libres: les premiers tenant des terres par droit héréditaire et payant une rente au seigneur; les seconds possédant un tènement peu important, une maison, une cour et un jardin, et payant cette jouissance au seigneur au moyen de redevances en nature s'ils étaient établis à la campagne, ou d'une charge d'hébergeage s'ils étaient dans une ville. La condition des hôtes diffère peu d'ailleurs de celle du paysan.]
[Note 27: Hic Willelmus castrum Archarum in cacumine ipsius montis condidit (Guillaume de Jumiéges). Arcas castrum in pago Tellau primus statuit. _Chron. de Fontenelle_.]
[Note 28: Lib. VII, cap. I.]
[Note 29: On voit encore des restes assez considérables de cette enceinte extérieure, notamment du côté de la porte vers Dieppe.]
[Note 30: Le plan est complété, en ce qui regarde les bâtiments intérieurs, au moyen du plan déposé dans les archives du château de Dieppe, dressé au commencement du XVIIIe siècle, et réduit par M. Deville dans son _Histoire du château d'Arques_. Rouen, 1839.]
[Note 31: _Le Roman de Rou_, Rob. Wace, vers 8600 et suiv.]
[Note 32: _Le Roman de Rou_, vers 10211.]
[Note 33: Le roi de France, afin de corrompre les vassaux du duc Robert de Normandie. _Roman de Rou_, vers 15960.]
[Note 34: Il avait de l'or à boisseaux.]
[Note 35: Marquis, seigneurs chargés de la défense des marches ou frontières.]
[Note 36: Le château inférieur fut presque entièrement reconstruit au XVe siècle; cependant de nombreux fragments de constructions antérieures à cette époque existent encore, entre autres une poterne du commencement du XIIIe siècle et des caves qui paraissent fort anciennes.]
[Note 37: _Hist. du château Gaillard et du siége qu'il soutint contre Philippe-Auguste_, en 1203 et 1204, par A. Deville. Rouen, 1849.]
[Note 38: Les parties intérieures de cet ouvrage existent encore:
«Endroit la vile d'Andeli, Droit en mi Sainne, a une ilete, Qui comme un cerne ost réondete; Et est de chascune partie Sainne parfonde et espartie. Cele ilete, qui s'en eléve, Est si haute au-dessus de l'éve (l'eau), Que Sainne par nule cretine (crue) N'a povoir d'i faire ataïne. Ne jusqu'au plain desus reclorre, Li Roy Richart l'ot faite clorre, A cui ele estoit toute quite, De forz murs à la circuite, Bien crenelez d'euvre nouvele. En mi ot une tour trop bele; Le baille (l'enceinte extérieure) et le maisonnement, Fu atournez si richement Aus pierres metre et asséoir, Que c'iert un déduit du veoir. Pont i ot qui la rabeli, Pour passer Sainne à Andeli Qui là endroit est grant et fiére.
(Guill. Guiart, _Branche des roy. Lignages_, vers 3162 et suiv.)]
[Note 39:
«Au desus et travers de Sainne, Estoïent en cete semainne Ordenéement, comme **aliz**, Entroit Gaillart trois granz paliz A touchant l'une et l'autre rive. N'i furent pas mis par oidive, Mes pour faire aus nés destourbance Que l'en amenast devers France. Jamais nule nef ne fut outre Qui ne féist les piex descoutre; Dont là ot plainnes maintes barges.»
(Guill. Guiart, _Branche des roy. lignages_, vers 3299 et suiv.)]
[Note 40: Ces quatre tours sont dérasées aujourd'hui; on n'en distingue plus que le plan et quelques portions encore debout.]
[Note 41: Les traces des défenses de ce chemin de ronde sont à peine visibles aujourd'hui. Nous avons eu le soin de n'indiquer que par un trait les ouvrages complétement dérasés.]
[Note 42: «Ecce quam puichra filia unius anni!» (Bromton, _Hist. angl. scriptores antiqui._ col. 1276.)--_Hist. du chât. Gaillard_, par A. Deville. C'était, comme le dit Guillaume Guiart,
«Un des plus biaus chastiaus du monde Et des plus forz, si com je cuide, Au deviser mist grant estuide (Richard) Tuit cil qui le voïent le loent. Trois paires de forz murs le cloent, Et sont environ adossez De trois paires de granz fossez Là faiz on le plain de sayve, Acisel, en roche nayve, Ainz que li liens fu entaillez, En fu maint biau deniers bailliez. Ne croi, ne n'ai oï retraire, Que nus homs féist fossez faire En une espace si petite Comme est la place desus dite, Puis le tens au sage Mellin (l'enchanteur Merlin); Qui coustassent tant estellin.»
(Guill. Guiart, vers 3202 et suiv.)
Nous verrons tout à l'heure comment cette agglomération de défenses sur un petit espace fut précisément la cause, en grande partie, de la prise du château Gaillard.]
[Note 43: Jean de Marmoutier, moine chroniqueur du XIIe siècle, raconte que Geoffroy Plantagenet, grand-père de Richard Coeur de Lion, assiégeant un certain château fort, étudiait le traité de Végèce.]
[Note 44:
... «Mes l'autre (la seconde enceinte) est quatre tanz plus bèle, Trop sont plus bèles les entrées; Et les granz tours, dont les ventrées Ens el fonz du fossé s'espandent, Trop plus haut vers le ciel s'estandent. ... Entre les deus a grant espace, Pour ce que, se l'en préist l'une, L'autre à deffendre fut commune. Tout amont comme en réondèce, Resiet la mestre forterèce (la dernière enceinte) Qui rest noblement façonnée, Et de fossez environnée; Onques tiex ne feurent véuz. S'un rat estoit dedanz chéuz, Là seroit qui ne l'iroit querre.»
(Guill. Guiart, vers 3238 et suiv.)
En effet, les fossés sont creusés à pic, et, comme le dit Guillaume, nul n'aurait pu aller chercher un rat qui serait tombé au fond.]
[Note 45: Les constructions sont dérasées aujourd'hui au niveau du point O (fig. 13); il est probable que des hourds ou bretèches se posaient, en cas de siège, au sommet de la partie antérieure des segments, ainsi que nous l'avons indiqué en B, afin d'enfiler les fossés, de battre leur fond et d'empêcher ainsi le mineur de s'y attacher. Nous en sommes réduits sur ce point aux conjectures.]
[Note 46:
«Pluseurs François garnis de targes, Que l'en doit entiex faiz loer, Prennent nus par Sainne à noer; À dalouères et à haches, Vont desrompant piex et estaches; Les gros fuz de leur place lièvent. Cil de Gaillart forment les grièvent, Qui entr'eus giètent grosses pierres, Dars et quarriaus à tranchanz quierres, Si espés que tous les en queuvrent. Non-pour-quant ileuques tant euvrent, Comment qu'aucuns ocis i soient, Que les trois paliz en envoient, Ronz et tranchiez, contreval Sainne, Si que toute nef, roide ou plainne Puet par là, sans destourbement, Passer assez legièrement.»
(Guill. Guiart, vers 3310 et suiv.)]
[Note 47:
«Anglois meuvent, le jour décline; Leur ost, qui par terre chemine, S'en va le petit pas serrée. Là ot tante lance serrée, Tante arbaleste destendue, Et tante targe à col pendue, Painte d'or, d'azur et de sable, Que li véoirs est délitable.
(Guill. Guiart, vers 3445 et suiv.)]
[Note 48: Ce passage explique parfaitement l'assiette du camp de Philippe-Auguste qui se trouvait en R (fig. 10), précisément au sommet de la colline qui domine la roche Gaillard et qui ne s'y réunit que par cette langue de terre dont nous avons parlé. On voit encore, d'ailleurs, les traces des deux fossés de contrevallation et de circonvallation creusés par le roi. Ces travaux de blocus ont les plus grands rapports avec ceux décrits par César et exécutés à l'occasion du blocus d'Alesia; ils rappellent également ceux ordonnés par Titus lors du siége de Jérusalem.]
[Note 49: C'est le sentier qui aboutit à la poterne S (voy. la fig. 11); c'était en effet la seule entrée du château Gaillard.]
[Note 50: Cette chaussée est encore visible aujourd'hui.]
[Note 51: La fig. 14 représente à vol d'oiseau le château Gaillard au moment où, les approches étant à peu près terminées, les assiégeants se disposent à aller combler le fossé. On voit en A l'estacade rompue par les gens de Philippe-Auguste pour pouvoir faire passer les bateaux qui devaient attaquer l'île B; en C le Petit-Andely, en E l'étang entre le petit et le grand Andely; D les tours de la ligne de circonvallation et de contrevallation tracée par Philippe-Auguste, afin de rendre l'investissement du château Gaillard complet; F le val où moururent de faim et de misère la plupart des malheureux qui s'étaient réfugiés dans le château et que la garnison renvoya pour ne pas épuiser ses vivres. On voit aussi, à l'extrémité de la chaussée faite par l'armée assiégeante, pour arriver par une pente au fossé de l'ouvrage avancé, deux grandes pierrières qui battent la tour saillante contre laquelle toute l'attaque est dirigée; puis, en arrière, un beffroi mobile que l'on fait avancer pour battre tous les couronnements de cet ouvrage avancé et empêcher les assiégés de s'y maintenir.]
[Note 52: Il s'agit ici, comme on le voit, de tout l'ouvrage avancé dont les deux murailles, formant un angle aigu au point de leur réunion avec la tour principale A, vont en déclinant suivant la pente du terrain. La description de Guillaume est donc parfaitement exacte.]
[Note 53: La fidélité scrupuleuse de la narration de Guillaume ressort pleinement lorsqu'on examine le point qu'il décrit ici. En effet, le fossé est creusé dans le roc, à fond de cuve; il a dix mètres de large environ sur sept à huit mètres de profondeur. On comprend très-bien que les soldats de Philippe-Auguste, ayant jeté quelques fascines et des paniers de terre dans le fossé, impatients, aient posé des échelles le long de la contrescarpe et aient voulu se servir de ces échelles pour escalader l'escarpe, espérant ainsi atteindre la base de la tour; mais il est évident que le fossé devait être comblé en partie du côté de la contrescarpe, tandis qu'il ne l'était pas encore du côté de l'escarpe, puisqu'il est taillé à fond de cuve; dès lors les échelles qui étaient assez longues pour descendre ne l'étaient pas assez pour remonter de l'autre côté. L'épisode des trous creusés à l'aide de poignards sur les flancs de la contrescarpe n'a rien qui doive surprendre, le rocher étant une craie mêlée de silex. Une saillie de soixante centimètres environ qui existe entre le sommet de la contrescarpe et la base de la tour a pu permettre à de hardis mineurs de s'attacher aux flancs de l'ouvrage. Encore aujourd'hui, le texte de Guillaume à la main, on suit pas à pas toutes ces opérations de l'attaque, et pour un peu on retrouverait encore les trous percés dans la craie par ces braves pionniers lorsqu'ils reconnurent que leurs échelles étaient trop courtes pour atteindre le sommet de l'escarpe.]
[Note 54: C'est le bâtiment H tracé sur notre plan, fig. 11.]
[Note 55: C'étaient les latrines; dans son histoire en prose, l'auteur s'exprime ainsi: «Quod quidem religioni contrarium videbatur.» Les latrines étaient donc placées sous la chapelle, et leur établissement, du côté de l'escarpement, n'avait pas été suffisamment garanti contre une escalade, comme on va le voir. Les latrines jouent un rôle important dans les attaques des châteaux par surprise; aussi on verra comme, pendant les XIIIe et XIVe siècles, elles furent l'objet d'une étude toute spéciale.]
[Note 56: C'est le pont marqué sur notre plan et communiquant de l'ouvrage avancé à la basse-cour E.]
[Note 57: C'est le pont L (fig. 14).]
[Note 58: Un _chat_ (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE).
«Un chat fait sur le pont atraire.» (Guill. Guiart, vers 4340.)]
[Note 59: Richard avait eu le tort de ne pas ménager des embrasures à rez-de-chaussée pour enfiler ce pont, et le chat garantissant les mineurs français contre les projectiles lancés du sommet de la muraille, les assiégés sont obligés de créneler la muraille au niveau du sol de la cour.]