Dictionnaire Raisonne De L Architecture Francaise Du Xie Au Xvi
Chapter 11
À partir du milieu du XIVe siècle, au contraire, nous voyons les vieux châteaux réparés ou reconstruits, de nouvelles forteresses s'élever sur le territoire français, à la faveur des troubles et des désastres qui désolent le pays; mais alors l'esprit féodal s'était modifié, ainsi que les moeurs de la noblesse, et ces résidences revêtent des formes différentes de celles que nous leur voyons choisir pendant le règne de Philippe-Auguste et au commencement de celui de saint Louis; elles deviennent des palais fortifiés, tandis que, jusqu'au XIIIe siècle, les châteaux ne sont que des forteresses pourvues d'habitations. Ces caractères bien tranchés sont faciles à saisir; ils ont une grande importance au point de vue architectonique, et le château de Coucy, tel qu'il devait exister avant les reconstructions de la fin du XIVe siècle, sert de transition entre les châteaux de la première et de la seconde catégorie; ce n'est plus l'enceinte contenant des habitations disséminées, comme un village fortifié dominé par un fort principal, le donjon; et ce ne devait pas être encore le palais, la réunion de bâtiments placés dans un ordre régulier soumettant la défense aux dispositions exigées par l'habitation, le véritable château construit d'après une donnée générale, une ordonnance qui rentre complètement dans le domaine de l'architecture.
Aujourd'hui, toutes les résidences seigneuriales sont tellement ruinées qu'on ne peut plus guère se faire une idée exacte des parties qui servaient à l'habitation; les tours et les courtines, plus épaisses que le reste des constructions, ont pu résister à la destruction, et nous laissent juger des dispositions défensives permanentes, sans nous donner le détail des distributions intérieures, ainsi que des nombreuses défenses extérieures qui protégeaient le corps de la place. Il nous faut, pour nous rendre compte de ce que devait être un château pendant la première moitié du XIIIe siècle, avoir recours aux descriptions contenues dans les chroniques et les romans; heureusement ces descriptions ne nous font pas défaut et elles sont souvent assez détaillées. L'une des plus anciennes, des plus complètes et des plus curieuses, est celle qui est contenue dans la première partie du _Roman de la Rose_, et qui, sous le nom du Château de la Jalousie, nous dépeint le Louvre de Philippe-Auguste. Personne n'ignore que la grosse tour ou donjon du Louvre avait été bâtie par ce prince pour renfermer son trésor et servir au besoin de prison d'État; tous les fiefs de France relevaient de la tour du Louvre, dans laquelle les grands vassaux rendaient hommage et prêtaient serment de fidélité au roi. Les autres constructions de ce château avaient été également élevées par Philippe-Auguste. Mais laissons parler Guillaume de Lorris[78]:
«Dès or est drois que ge vous die La contenance Jalousie, Qui est en male souspeçon: Où païs ne remest maçon Ne pionnier qu'ele ne mant. Si fait faire au commancement Entor les Rosiers uns fossés «Qui cousteront deniers assés, Si sunt moult lez et moult parfont. Li maçons sus les fossés font Ung mur de quarriaus tailléis, Qui ne siet pas sus croléis (qui n'est pas assis sur terre meuble), Ains est fondé sus roche dure: Li fondement tout à mesure Jusqu'au pié du fossé descent, Et vait amont en estrecent (et s'élève en talus); S'en est l'uevre plus fors assés. Li murs si est si compassés, Qu'il est de droite quarréure; Chascuns des pans cent toises dure, Si est autant lons comme lés[79]. Les tornelles sunt lés à lés (de distance en distance), Qui richement sunt bataillies (fortifiées) Et sunt de pierres bien taillies, As quatre coingnés (coins) en ot quatre Qui seroient fors à abatre; Et si i a quatre portaus Dont li mur sunt espés et haus, Ung en i a ou front devant Bien déffensable par convant[80], Et deux de coste, et ung derriere[81], Qui ne doutent cop de perrière. Si a bonnes portes coulans Por faire ceus defors doulans, Et por eus prendre et retenir, «S'il osoient avant venir[82]. Ens où milieu de la porprise (de l'enceinte) Font une tor par grant mestrise Cil qui du fere furent mestre[83]; Nule plus bele ne pot estre, Qu'ele est et grant, et lée, et haute[84]; Li murs ne doit pas faire faute Por engin qu'on saiche getier; Car l'en destrempa le mortier De fort vin-aigre et de chaus vive[85] La pierre est de roche naïve De quoi l'en fist le fondement, Si iert dure cum aïment. La tor si fu toute réonde, Il n'ot si riche en tout le monde, Ne par dedens miex ordenée. Elle iert dehors avironnée D'un baille qui vet tout entor, ... Dedens le chastel ot perrières Et engins de maintes manières. Vous poïssiés les mangonniaus Véoir pardessus les creniaux[86]; «Et as archieres tout entour Sunt les arbalestes à tour[87], Qu'armeure n'i puet tenir (résister), Qui près du mur vodroit venir, Il porroit bien faire que nices. Fors des fossés a unes lices De bons murs fors à creniaux bas, Si que cheval ne puent pas Jusqu'as fossés venir d'alée, Qu'il n'i éust avant mellée[88]. «Jalousie a garnison mise Où chastel que ge vous devise, Si m'est avis que Dangier porte La clef de la première porte Qui ovre devers orient[89] Avec li, au mien escient, A trente sergens tout à conte[90] «Et l'autre porte garde Honte, Qui ovre par devers midi[91], El fut moult sage, et si vous di Qu'el ot sergens à grant planté (en grand nombre) Près de faire sa volenté, Paor (Peur) ot grant connestablie, Et fu à garder establie, L'autre porte, qui est assise, A main senestre devers bise[92], Paor n'i sera ja seure, S'el n'est fermée à serréure, Et si ne l'ovre pas sovent; Car, quant el oit (entend) bruire le vent, Ou el ot saillir deus langotes, Si l'en prennent fievres et gotes (gouttes). Male-bouche (Mauvais propos, médisance), que Diex maudie! Ot sodoiers de Normandie[93]. Si garde la porte destrois[94]; Et si sachiés qu'as autres trois Va souvent et vient[95]. Quant il scet Qu'il doit par nuit faire le guet, Il monte le soir as creniaus[96], Et atrempe ses chalemiaus (prépare ses chalumeaux) Et ses busines (trompettes), et ses cors. ... «Jalousie, que Diex confonde! A garnie la tor réonde (le donjon): Et si sachiés qu'ele i a mis Des plus privés de ses amis, Tant qu'il i ot grant garnison[97].»
C'est là un château royal; la nécessité où se trouvait un seigneur de placer un poste, une petite garnison, dans chaque porte principalement, faisait qu'on ne multipliait pas les issues, d'autant plus que les attaques étaient toujours tentées sur ces points. Ce passage du _Roman de la Rose_ nous fait connaître que, dans les châteaux considérables, la multiplicité des défenses exigeait des garnisons comparativement nombreuses. Or ces garnisons ruinaient les seigneurs; s'ils les réduisaient, le système défensif adopté au commencement du XIIIe siècle, excellent lorsqu'il était convenablement muni d'hommes, était mauvais lorsque tous les points ne pouvaient pas être bien garnis et surveillés. Alors ces détours, ces solutions de communications devenaient au contraire favorables aux assiégeants. Nous verrons comme, au XIVe siècle, les châtelains ayant reconnu ces défauts cherchèrent à y remédier et à se bien défendre avec des garnisons que leur état de fortune ne leur permettait plus d'entretenir très-nombreuses.
Voici maintenant des descriptions de travaux exécutés dans des châteaux de seigneurs féodaux qui datent de la même époque (commencement du XIIIe siècle):
«Vers son chastel point tant et broche[98] Qu'il en a véue la roche[99]; Venuz est, si descent au pont[100]. Les ovriers qui les euvres font Amoneste de tost ovrer[101] Et de lor porte delivrer, Et de reparer ses fossez, Car moult bien estoit apanssez (il se préoccupait fort) Se li Rois vient sur lui à ost (avec son armée), Qu'il n'a pas pooir qu'il l'en ost, Einçoiz en seroit moult penez. Moult s'esforce li forcenez De faire fossez et tranchiées, Tot entor lui à sis archiées, Fait un fossé d'eve parfont (rempli d'eau profonde) «Riens n'i puet entrer qui n'afont (qui ne tombe au fond). Desor fu li ponz tornéiz Moult bien tornez toz coléiz[102]. Desor la tor sont les perrieres Qui lanceront pierres plenieres[103]: N'est nus hom qui en fust féruz, Qui à sa fin ne fust venuz. Les archières sont as querniax Par où il trairont les quarriax Por damagier la gent le roi. Moult est Renart de grant desroi Qui si contre le roi s'afete (se prépare). Sor chascune tor une gaite A mise por eschargaitier[104], Qar il en avoit grant mestier (grand besoin). Moult fut bien d'eye (d'eau) avironez, Einsi s'est Renart atornez. Hordéiz ot et bon et bel, Par defors les murs dou chastel[105] Ses barbacanes fist drecier Por son chastel miaux enforcier[106]. ...»
Il mande des soldats, des gens de pied et à cheval pour défendre le château; ils se rendent en grand nombre à son appel.
«...Grant joie en fist Renart, et maintenant les mist Es barbacanes por deffense[107], Nus ne puet savoir ce qu'il pense, Moult s'est Renart bien entremis D'aide faire à ses amis, Que bien quide sanz nul retor Qu'ii soit assis dedenz sa tor[108].»
Outre les dépenses qu'occasionnaient aux seigneurs féodaux la construction des châteaux et l'entretien d'une garnison suffisante en prévision d'une attaque, il leur fallait faire exécuter des travaux considérables, s'ils voulaient être en état de résister à un siége en règle, approvisionner quantité de munitions de bouche et de guerre. Les hourdages en bois dont, pendant les XIIe et XIIIe siècles, on garnissait les sommets des tours et courtines, exigeaient l'apport, la façon et la pose d'une quantité considérable de charpentes, par conséquent un nombre énorme d'ouvriers. Ces ouvrages transitoires se détérioraient promptement pendant la paix; ce n'était pas une petite affaire de posséder et de garder un château à cette époque.
Dans un autre poëme, contemporain de ce dernier (commencement du XIIIe siècle), nous trouvons encore des détails intéressants, non-seulement sur les défenses des châteaux, mais sur les logements, les dépendances, les armes et les passe-temps des seigneurs. Nous demanderons à nos lecteurs la permission de leur citer encore ce passage:
«... Li chastiax sist an une roche[109]; Li aigue jusc'à mur s'aproche, La roche fut dure et naïve, Haute et large jusc'à la rive; Et sist sor une grant montaigne Qui samble qu'as nues se teigne. El chastel n'avoit c'une entrée[110]; «Trop riche porte i ot fermée[111] Qui sist sor la roche entaillie. De cele part fut la chaucie, Li fossez et li rolléis (les palissades, littéralement les bâtons). Et si fut li ponz levéiz[112] Si estoit assiz li chastiax Que parrière ne mangoniax Ne li grevast de nulle part: Por nul anging, ne por nul art Nel' poïst-on adamaigier, Tant k'il éussent à maingier Cil ki del chastel fussent garde, N'éussent de tot le monde garde. Moult fut estroite li antreie, Qu'ansi fut faite et compasseie, Par devant la haute montaigne; I covient c'uns solx hom i veigne. J'ai dui ni vauroient ansamble[113]. D'autre part devers l'aigue sambre, Por ceu k'il siet en si haut mont, Qu'il doie chéoir en .i. mont. De tant com om trait d'un quarrel N'aprochoit nuns hons lo chastel. Il i ot portes colléisces (herses), Bailles (enceintes extérieures), fossez et murz et lices[114], Trestot fut an roche antaillet. Moult i ot ferut et tailliet Ainçoiz ke li chastels fust fais; «Onkes tels ne fut contrefaiz Trop par fut fors et bien assiz[115]. . . . . . . . . . Sor la roche ki fut pandans, Grant fut et large par dedans, Trop i ot riche herberjaige[116]; En la tor (le donjon) ot moult riche estaige, Bien fut herbergiez tot entor[117] Li pallais sist prest de la tor[118] Qui moult fut haus et bons et leis (larges) Li estauble (écuries) furent deleis, Greniers et chambres et cuisines; Moult i ot riches officines. Moult fut la salle grans et large[119]: Maint fort escut et mainte targe Et mainte lance et maint espiet (épieu) Et bon cheval et bon apiet Dont li fer sont bon et tranchant, Et maint cor bandeit d'argent Avoit pandut por lo pallais[120]. . . . . . . . Vers l'estanc furent les fenestres, Lai fut li sires apoieis; Ne sai c'il estoit annuiés, Mais, en pansant, l'aigue esgardoit (regardait l'eau), An esgardant, les cignes voit Qui estoient et bel et gent. Dont comandoit tote sa gent Que moult doucement les véissent; . . . . . . .
Les fenêtres des appartements donnent sur l'étang dont les eaux enveloppent le château; le seigneur, qui s'ennuie (le poëte penche à le croire et nous aussi), regarde l'eau, puis les cygnes; il leur jette du pain et du blé, et appelle ses gens afin de jouir de ce spectacle en compagnie... Tout est bon à ceux qui s'ennuient, et cette vie monotone du château, lorsqu'elle n'était pas remplie par la guerre ou la chasse, s'attachait aux moindres accidents pour y trouver un motif de distraction. Le pèlerin qui frappait à la porte et réclamait un gîte pour la nuit, le moine qui venait demander pour son couvent, le trouvère qui débitait ses vers, apportaient seuls des bruits et nouvelles du dehors entre ces murailles silencieuses. Cela explique le succès de ces lais, gestes, chansons et légendes qui abondaient à cette époque et occupaient les longs loisirs d'un châtelain, de sa famille et de ses gens.
Si le seigneur était riche, il cherchait à embellir sa demeure féodale, faisait bâtir une chapelle, et la décorait de peintures et de vitraux; il garnissait ses appartements de tapisseries, de meubles précieux, de belles armes; de là ce goût effréné pour le luxe qui, dès le XIIIe siècle, trouve sa place chez des hommes encore rudes, cette excitation de l'imagination, cet amour pour le merveilleux, pour la poésie, la musique, le jeu, les aventures périlleuses. Pendant que le peuple des villes participait chaque jour davantage à la vie politique du pays, devenait industrieux, riche par conséquent, était tout occupé de l'existence positive et prenait ainsi une place plus large, le seigneur, isolé dans son château, repaissait son imagination de chimères, comprimait difficilement ses instincts turbulents, nourrissait des projets ambitieux de plus en plus difficiles à réaliser entre la royauté qui s'affermissait et s'étendait, et la nation qui commençait à se sentir et se connaître.
Dès l'époque de saint Louis, la féodalité française n'était plus qu'un corps hétérogène dans l'État, elle ne pouvait plus que décroître. Au point de vue militaire, les guerres du XIVe siècle lui rendirent une certaine importance, la forcèrent de rentrer dans la vie publique (sous de tristes auspices, il est vrai), et prolongèrent ainsi son existence; la noblesse releva ses châteaux, adopta des moyens de défense nouveaux, appropriés aux temps, fit faire ainsi un pas à l'art de la fortification, jusqu'au moment où, l'artillerie à feu devenant un moyen d'attaque puissant, elle dut se résigner à ne plus jouer qu'un rôle secondaire en face de la royauté, et à ne considérer ses châteaux que comme de vieilles armes que l'on conserve en souvenir des services qu'elles ont rendus, sans espérer pouvoir s'en servir pour se défendre. De Charles VI à Louis XI, les barons semblent ne vouloir pas faire à l'artillerie l'honneur de la reconnaître; ils persistent, dans la construction de leurs châteaux, à n'en point tenir compte, jusqu'au moment où ses effets terribles viennent détruire cette vaine protestation au moyen de quelques volées de coups de canon[121].
Mais nous n'en sommes pas encore arrivés à cette époque de transition où le château n'est plus qu'un vain simulacre de défense militaire, et cache encore, par un reste des traditions antérieures, la maison de plaisance sous une apparence guerrière.
Revenons au Louvre, non plus au Louvre de Philippe-Auguste, mais au Louvre tel que l'avait laissé Charles V, c'est-à-dire à la forteresse qui se transforme en palais réunissant les recherches d'une habitation royale à la défense extérieure.
Voici (20) le plan du rez-de-chaussée du château du Louvre réparé et reconstruit en grande partie sous Charles V[122]. Philippe-Auguste avait bâti le château du Louvre en dehors de l'enceinte de Paris, pour défendre les bords de la Seine en aval contre des ennemis arrivant de la basse Seine, et aussi pour maintenir la ville sous son autorité, tout en conservant sa liberté d'action. C'était comme un fort détaché protégeant la ville et se défendant au besoin contre ses habitants. Notre plan, ou plutôt celui de M. le comte de Clarac, dressé sur les données les plus exactes que l'on puisse se procurer aujourd'hui, fait voir en SHLI des parties de l'enceinte de Paris élevée par Philippe-Auguste. La configuration générale de ce plan, qui se rapporte à la description de Guillaume de Lorris, fait voir que Charles V conserva les tours, les portes et le donjon du XIIIe siècle. La description de Guillaume de Lorris n'existerait-elle pas, que la forme, le diamètre, l'espacement des tours, la disposition des portes se rapprochent bien plus du système défensif adopté au commencement du XIIIe siècle que de celui du XIVe. Le tableau conservé autrefois dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et qui date du commencement du XVe siècle, représentant le Louvre et l'abbaye, les gravures d'Israël Sylvestre, n'indiquent pas, pour les tours, les dispositions de défense usitées du temps de Charles V, mais bien plutôt celles employées du temps de saint Louis. Toutefois, Charles V suréleva les courtines et y adossa des bâtiments d'habitation (c'est l'opinion de Sauval); il fit bâtir le grand escalier et la galerie mettant le donjon en communication avec la porte du nord. Peut-être qu'il franchit le périmètre du château de Philippe-Auguste, du côté J vers l'ouest, en élevant sur ce point des corps de logis très-épais. Il semblerait que les constructions primitives s'arrêtaient de ce côté à la tour Z, et que le mur intérieur de l'aile occidentale était l'ancienne courtine. Alors le donjon, plus rapproché de cette courtine, devait mieux commander la campagne vers le point où une attaque sérieuse était le plus à craindre. Les constructions entreprises par Charles V furent confiées à Raimond du Temple, son «bien aimé sergent d'armes et maçon[123].»
La porte de la ville (voy. la fig. 20) donnait issue entre deux murs flanqués de tournelles, le long de la rivière, et aboutissait à une première porte extérieure K donnant sur la berge, au point où se trouve aujourd'hui le balcon de la galerie d'Apollon. À côté de cette porte était la tour du Bois, qui correspondait à la tour de Nesle sur l'emplacement de l'Institut. On entrait, de la ville, dans les lices du Louvre par la porte H; c'était la porte principale. Mais, pour pénétrer dans le château, il fallait traverser un châtelet N construit en avant du fossé. La tour I faisait le coin sur la Seine, vers Paris. En A était le donjon de Philippe-Auguste, entouré de son fossé particulier B; son entrée en C était protégée par un corps-de-garde G. En F était une fontaine. Un large fossé à fond de cuve, avec contrescarpe revêtue, chemin de ronde et échauguettes, régnait en U tout autour du château. Les basses-cours du côté de la ville se trouvaient en R entre la muraille de Philippe-Auguste et le fossé. Du côté du nord en W et sur le terre-plain O étaient plantés des jardins avec treilles. Les tours d'angle X et la porte principale avec ses deux tours Y devaient appartenir à la construction du commencement du XIIIe siècle. La chapelle était en _a_; en _m_ un grand vestibule servant de salle des gardes. Les appartements de la reine tenaient l'aile _h_, _c_, _e_, _f_, _k_, _j_; le jeu de paume, la salle _g_. Le bâtiment V contenait la ménagerie, et ceux P T Q le service de l'artillerie depuis Charles V. Ce qui faisait l'orgueil de Raimond du Temple était l'escalier à vis E, qui passait pour un chef-d'oeuvre, construction à jour ornée de niches et statues représentant les rois de France; puis la galerie D mettant le donjon en communication avec le premier étage de l'aile du nord.
Au premier étage (21), la chambre des comptes occupait en D le dessus de la porte principale; la salle des joyaux (le trésor de Charles V était fort riche en objets d'or et d'argent) était placée en A au-dessus de la salle des gardes, et la bibliothèque dans la tournelle B[124]. Le cabinet du roi était en C; la chambre des requêtes en E; la chambre à coucher du roi en F, son oratoire en G; un cabinet et une salle de bain en H H. Le jeu de paume prenait la hauteur du rez-de-chaussée et du premier étage en I. Une chapelle haute en M se trouvait au-dessus de la chapelle basse, cette dernière étant réservée aux gens du château. En N, le roi possédait une seconde chambre à coucher, précédée d'une antichambre P, d'un oratoire O, d'une salle de bain et cabinet R R. La salle de parade (du Trône) était en Q, et la grand'salle dite de Saint-Louis en S. Il existait un appartement d'honneur avec salle de parade en V, X, T. Le premier étage du donjon L était divisé en quatre pièces contenant une chambre, un oratoire et des cabinets. Les galeries Y ou portiques servaient de communication pour le service, et, comme nous l'avons dit plus haut, la galerie K donnait entrée dans le donjon, au premier étage.