Dictionnaire Grammatical Du Mauvais Langage Ou Recueil Des Expr
Chapter 7
_Tourterelle_. Oiseau qui hante les bois. Quand on parle de cet oiseau, comme bon à manger, on le nomme _tourtre_: servir des _tourtres_.
_Tra_. Ce mot est dérivé de _trabs_; dites, _solive_, s. f.
_Tranchet_. On dit communément d'une chose qui a été choisie avec soin, qu'elle a été triée sur le _tranchet_; dites, sur le _volet_. Le _volet_ est un petit ais rond sur lequel on trie les choses menues, telles que le riz, l'orge, etc. Le _tranchet_ est un outil tranchant dont les cordonniers se servent pour couper le cuir.
_Transiger_. Observez que la lettre _s_, dans ce mot, quoique placée entre une voyelle et une consonne, a cependant le son du _z_, ainsi que dans _transaction_, _transition_, _transitoire_, _Alsace_, _Alsacien_, _balsamine_, _balsamique_.
_Traque_. Cette fille est bien _traque_; dites, _vive_, _enjouée_ ou _étourdie_.
_Traquerie_. Ce mot n'est pas françois; dites, _étourderie_, s. f.
_Travers_. Il y a une faute dans ce vers de Boileau:
Donner de l'encensoir _à travers_ du visage.
_À travers_ veut toujours après lui le régime direct; et _au travers_ doit être suivi de la préposition _de_. Il faudroit _à travers le_ visage, ou _au travers du_ visage.
_Traverse_. On appelle _traverse_, le vent qui vient du couchant et traverse le méridien; dites, _vent d'ouest_.
_Traverser_ le pont, la rue, pour dire, les _parcourir_ dans leur longueur. Cette façon de parler ne rend pas l'idée qu'on a: _traverser_ signifie parcourir l'étendue d'un lieu considéré dans sa largeur; ainsi, traverser la rue, c'est passer d'un côté à l'autre, dans le sens de la largeur. On peut parcourir une rue dans sa longueur sans la _traverser_: on _passe_ le pont; on _traverse_ la riviere sur le pont.
_Trémontade_. Cet homme a perdu la _trémontade_; pour dire, qu'il ne sait plus où il en est; dites, _tramontane_, s. f.
_Trempe_. Il est si mouillé qu'il est _trempe_; dites, _trempé_, participe passé du verbe _tremper_.
_Trépiter_. Battre des pieds contre terre; dites, _trépigner_, v.: il a _trépigné_ de colere.
_Tricot_. Une culotte de _tricot_; c'est-à-dire, tricotée; dites, _tricotage_, soit pour marquer l'ouvrage, soit pour exprimer l'action. Un _tricot_ est un bâton gros et court.
_Tringue_. Verge de fer; dites, _tringle_, s. f.
_Tromper_. Me _trompe-je_. Il est une regle en françois qui veut que l'on mette et prononce en pareil cas un accent aigu sur le premier _e_; dites donc et écrivez, _me trompé-je_. Il n'y a pas deux _e_ muets de suite à la fin d'un mot.
_Trompeter_. Pour sonner de la trompette: _trompeter_, signifie annoncer, publier à son de trompe, ou au son de la trompette. On _trompete_ les accusés décrétés de prise de corps, qui ne sont pas constitués prisonniers; et lorsqu'on veut exprimer l'action de faire rendre des sons à la trompette, on dit, _sonner_ de la trompette.
_Trop_. Ne prononcer pas le _p_, à moins qu'il ne soit suivi d'une voyelle; j'en dis autant de _beaucoup_. L'_o_ est bref, puisqu'il est suivi d'une consonne qui n'est ni l'_s_, ni l'_x_, ni le _z_; cependant la plupart des comédiens prononcent _trô_; ce qui est contre les principes et le bon usage.
_Troupe_. Mon fils est dans la _troupe_; dites, dans les _troupes_. On dit que tel Officier conduit bien sa _troupe_; mais il n'est pas permis de dire au singulier, j'ai été dans la _troupe_, pour dire au _service_ ou dans les _troupes_.
_Trousseau_. Le linge, les langes, et tout ce qui est destiné pour un enfant nouveau né; c'est encore ici un abus de terme; dites, _layette_, s. f.: ce pere a fait à ses enfans une telle _layette_. Le mot _trousseau_ signifie un amas de clefs. On dit, un _trousseau_ de clefs. Il se dit aussi des habits, des hardes, du linge, et de tout ce qu'on donne à une fille en la mariant, elle a reçu un beau _trousseau_; mais on n'appelle pas _trousseau_ les hardes d'un nourrisson.
_Truffe_. Plante farineuse; dites, _pomme de terre_, s. f.: des _pommes de terre_ cuites au jus. La _truffe_ est une autre plante qui ne pousse ni tige, ni racines. _Truffes_ noires, _truffes_ blanches.
_Tuilliere_. Lieu où l'on fabrique la tuile; dites, _tuilerie_, s. f. Le palais des Tuileries, à Paris, tire son nom d'une fabrique de tuile, qui étoit établie sur le terrain où se trouve situé ce palais.
_Turlubrelu_. Cet homme est _turlubrelu_; c'est-à-dire, qu'il ne prend pas garde à ce qu'il fait; dites, _hurluberlu_, ou _hurlubrelu_.
U.
_Ulcere_. Il a une _ulcere_ maligne; c'est-à-dire une ouverture dans les chairs, causée par la corruption des humeurs. Ce mot est masculin, dites, un _ulcere_ malin.
_Urinoire_. Vase où les malades peuvent uriner commodément; dites, _urinal_, s. m.
V.
On dit, à Lyon, je vais _en Vaise_, je vais _en Serin_, au lieu de dire: je vais au faubourg _de Vaise_, _de Serin_. Les noms de petits lieux ne prennent jamais la préposition _en_, mais la préposition _à_; dites donc, je vais _à Vaise_, _à Serin_, _à Bellecour_.
_Vergette_. Brosse pour les habits. Ce mot doit toujours être employé au pluriel: voilà d'excellentes _vergettes_.
_Vernoge_. Cet endroit est _vernoge_; c'est-à-dire, qu'il est humide, et que le soleil n'y donne pas. Nous n'avons point de mot en françois, qui rende ces deux idées à la fois. Il faut se servir des mots de l'explication, ou autres semblables.
_Vessicatoire_. Médicament qu'on met sur la peau, pour faire venir des vessies; dites, _vésicatoire_, en ne mettant et ne prononçant qu'une _s_ qui a le son du _z_ étant placée entre deux voyelles. Elle a cependant le son fort dans _parasol_, _entresol_, _havre-sac_, _vraisemblance_, _préséance_, _resaluer_, _présupposition_, _resaisir_, etc. La raison en est, que chacun de ces mots étant composé, le primitif a gardé le son fort.
_Vêtir_. On conjugue mal ce verbe. On ne doit pas dire, _je vêtis_, _tu vêtis_, _il vêtit_, _nous vêtissons_, _vous vêtissez_, _ils vêtissent_; dites, _je vêts_, _tu vêts_, _il vêt_, _nous vêtons_, _vous vêtez_, _ils vêtent_; _je vêtois_; _que je vête_; _que je vêtisse_. Le premier _e_ est ouvert et marqué d'un accent circonflexe, ainsi que dans _revêtir_ qui est son composé.
_Vicoter_. Dites, _vivoter_, v.; fournir à peine à ses besoins.
_Vieille_. Instrument; dites, _vielle_, s. f. en retranchant le second _i_: jouer de la _vielle_.
_Vieuilliers_. Fleurs dont le bouton est gros et applati, dont les unes sont blanches, marbrées, violettes et jaunes; dites, _giroflées_, s. f.: de belles _giroflées_. On appelle _violiers_ les fleurs qui croissent sur les murs, et _giroflées_ celles que l'on cultive dans les jardins.
_Vigoureuse_. Sorte de poire d'hiver; dites, _virgouleuse_, s. f.
_Vilité_. La _vilité_ d'un prix, de la matiere, d'un coeur; dites, _vileté_, s. f., formé de l'adjectif féminin, _vile_.
_Virebroquin_. Outil d'artisan, qui sert à percer; dites, _vilebrequin_, s. f.
_Vis_. Le _vis_ d'un pressoir; dites, _la vis_, s. f. L'on fait sonner l'_s_.
_Vis-à-vis_. _Vis-à-vis_ de cette personne. Cette faute a été condamnée par Voltaire. _Vis-à-vis_ ne doit jamais se prendre dans le sens d'_envers_, ni d'_à l'égard_: il est bienfaisant _vis-à-vis_ de lui; dites, _à l'égard_ de lui. On s'en sert dans les rapport physiques: il est logé _vis-à-vis_ de votre maison.
_Voilà_. On confond souvent les mots _voici_ et _voilà_. Ce dernier marque une chose plus éloignée, _voici_, une chose plus près: _voilà_ ce que j'avais à vous dire; _voici_ ce que j'ai à vous dire. Il en est de même des mots _ceci_, _cela_. _Ceci_ signifie cette chose-ci; _cela_, cette chose-là.
_Voir_. _Voyons voir_. Ce pléonasme est absurde; le premier de ces deux mots suffit.
_Vois-tu-z-en_. Dites, _vois-en_.
_Voui_. Ce mot s'écrit et se prononce sans _v_; dites, _oui_.
_Voyage_ de bois, de charbon. Dites, _une voie_ de charbon, de bois.
_Vuide_. On écrit et prononce maintenant _vide_, _vider_, etc.
_Vuit_. Nombre; écrivez et prononcez _huit_. L'_h_ est aspirée.
X.
Cette lettre se prononce diversement. Elle a le son du _cs_, dans _Alexandre_; du _gz_, dans _examen_; de l'_s_, dans _Auxonne_; du _z_, dans _sixieme_, _deuxieme_, etc. On ne doit pas la prononcer dans les mots _eux_, _ceux_, à moins qu'elle ne se lie avec une voyelle. Elle sonne comme un _s_ à la fin de _six_, _dix_, si ces mots finissent le sens. Elle se fait entendre comme _cs_, dans _phénix_, _préfix_, _Astianax_.
Y.
_Yeux_. Cette expression donna lieu à un pari entre deux négocians. L'un deux soutint à l'autre qu'il n'étoit pas permis de dire, _entre quatre zieux_. Celui-ci prétendit que le dictionnaire de l'Académie autorisoit cette liaison pour la douceur du son. Il ouvrit le Vocabulaire, qui lui donna gain de cause. Le vaincu voulut prendre sa revanche aux dépens de quelqu'autre, et il alloit toujours répétant cette locution, en faisant une liaison défectueuse; enfin, elle fut relevée, et il renouvela son pari; mais le contestant s'y prit mieux que lui; il s'adressa à Urbain Domergue, qui décida que _quatre_ n'étant jamais terminé par une _s_, on ne pouvait pas dire, _entre quatre zieux_; il ajouta qu'on ne prononçoit pas toujours toutes les lettres; mais qu'on ne faisoit jamais entendre celles qui n'étoient pas écrites. Il donna le désaveu de l'auteur du Dictionnaire, prétendu de l'Académie: et le négociant fut condamné pour avoir dit oui comme pour avoir dit non.
PRÉCIS DES REGLES DE LA PROSODIE.
Puisque la Prosodie est l'art de donner à chaque syllabe le son et la durée qui lui sont propres, la lecture et la prononciation en supposent la connaissance. La langue françoise a ses notes, comme le chant; avec cette différence; que les ports de voix et la durée des sons notés pour le musicien, ne le sont presque jamais pour le lecteur, et lors même que nos syllabes seroient notées, qu'elles auroient leurs diezes et leurs bémols, il seroit impossible d'exprimer par des signes la durée précise du son, la douceur et la légéreté que peut donner seul un exercice habituel. La durée d'une syllabe dépend quelquefois de sa position; l'abbé d'Olivet dit que par le mot Prosodie, on entend la maniere de prononcer chaque syllabe régulierement; c'est-à-dire, de lui donner un son grave ou aigu, bref ou long.
_A_, pris pour la premiere lettre de l'alphabet, est long et grave; dans tout autre cas, aigu. Cette voyelle, marquée d'un accent circonflexe, est toujours grave et longue, comme dans _âge_, _râle_, _mânes_, _tâche_, _lâche_, _fâcher_, _lâcher_, _âpre_; elle est souvent longue sans accent, comme dans _sable_, _fable_, _rable_, _délabré_, _cadre_, _cable_, _accablement_, _sabre_, _flamme_, _condamner_, _damner_; l'_s_, l'_x_ et le _z_, terminant un mot, rendent toujours longue cette voyelle, ainsi que les autres. D'après cette regle, la seconde personne des futurs et du passé défini, au singulier, sera longue, et la troisieme breve, _tu chanteras_, _il chantera_; _tu aimas_, _il aima_. Au commencement des mots l'_a_ est ordinairement bref; il faut en excepter ceux que nous venons de citer. On le prononcera d'une maniere aigue et rapide dans _apôtre_, et toujours s'il est suivi d'une consonne redoublée, comme dans _apprendre_.
Quand une voyelle finit la syllabe, et qu'elle est suivie d'une autre voyelle, qui n'est pas l'_e_ muet, la syllabe est breve, _créé_, _haïr_, _féal_, _tué_, _doué_; toute syllabe qui finit par une voyelle suivie de l'_e_ muet, devient longue, comme _plu[=i]e_, _vra[=i]e_, _ha[=i]e_, _v[=i]e_, _jo[=i]e_.
Quand un mot se termine par une _l_ mouillée, la syllabe est breve, _béta[)i]l_, _déta[)i]l_, _avr[)i]l_, _verme[)i]l_, _fauteu[)i]l_.
La terminaison _aille_ est ordinairement longue: _pa[=i]lle_, _bata[=i]lle_, _rima[=i]lle_; excepté, _il déta[)i]lle_, _il trava[)i]lle_, _il éma[)i]lle_, _méda[)i]lle_.
La terminaison _aillon_ est breve dans _méda[)i]llon_, _déta[)i]llons_, _trava[)i]llons_, et longue dans _ha[=i]llon_, _ba[=i]llon_, _pena[=i]llon_, _nous ta[=i]llons_.
Quand les voyelles nasales sont suivies d'une consonne qui n'est pas la leur, c'est-à-dire, qui n'est ni _m_, ni _n_, et qui commence une autre syllabe, elles rendent longues la syllabe où elles se trouvent, _j[=a]mbe_, _cra[=i]nte_, _jo[=i]ndre_, _h[=u]mble_.
La terminaison _aine_ est longue dans _ha[=i]ne_, _cha[=i]ne_, _gua[=i]ne_, _tra[=i]ne_, hors de là breve, _capita[)i]ne_, _fonta[)i]ne_.
Les mots qui finissent en _aire_ sont longs: une _a[=i]re_, une _pa[=i]re_, _cha[=i]re_, on _écla[=i]re_. Ce qui rend longues ces pénultiemes, c'est l'_e_ muet final, qui étant toujours bref, demande un point d'appui pour la voix, et l'on se repose sur l'avant-derniere syllabe; cependant on prononce breves les pénultiemes suivantes, _parfa[)i]te_, _retra[)i]te_.
_Ale_, _alle_, toujours bref: _cig[)a]le_, _scand[)a]le_, _interv[)a]lle_; excepté les mots dont l'_a_ prend l'accent circonflexe, comme _m[=a]le_, _p[=a]le_.
_Ame_, toujours bref: _d[)a]me_, _r[)a]me_; il en faut excepter, _[=a]me_, _inf[=a]me_, _bl[=a]me_, et les passés définis dans ces deux personnes, nous _aim[=a]mes_, _vous aim[=a]tes_.
Toute syllabe qui finit par une _r_, et qui est suivie d'une syllabe commençant par une consonne, devient breve; _b[)a]rbe_, _b[)e]rceau_, _[)o]rdre_.
_Are_, long et grave: _barb[=a]re_, je _prép[=a]re_; mais il devient bref et aigu, si la derniere syllabe n'est pas muette: _prép[)a]ré_.
Quelle que soit la voyelle qui précede deux _r_, quand les deux ensemble ne forment qu'un son indivisible, la syllabe est toujours longue: _[=a]rrêt_, _b[=a]rre_, _tonn[=e]rre_.
L'_s_ entre deux voyelles, dont la derniere est muette, allonge la pénultieme: _b[=a]se_, _dioc[=e]se_, _franch[=i]se_, _r[=u]se_.
_Asse_, ordinairement bref, excepté dans _b[=a]sse_, _cl[=a]sse_, _ch[=a]sse_, pour les morts, _m[=a]sse_, terme de jeu, _gr[=a]sse_, _am[=a]sse_.
_At_, long dans _b[=a]t_ de mulet, _m[=a]t_, _app[=a]t_, et à la troisieme personne du subjonctif _qu'il aim[=a]t_; bref ailleurs, il _b[)a]t_, _chocol[)a]t_, _pl[)a]t_.
_Attre_, _atre_, bref dans _qu[)a]tre_, _b[)a]ttre_; hors de là, long, _idol[=a]tre_, _thé[=a]tre_.
_Au_, long, suivi d'une syllabe muette: _a[=u]ge_, _a[=u]ne_, long, aussi, quand il y a une consonne après: _cha[=u]d_, _cha[=u]x_; excepté, _pa[)u]l_.
E.
La voyelle _e_, non seulement est tantôt longue et tantôt breve, mais elle a plusieurs sons, l'_e_ est muet et féminin, quand il n'a qu'un son sourd, comme dans _gloire_; cette espece d'_e_ ne commence jamais un mot; il ne se trouve pas dans plusieurs syllabes de suite, à moins que ce ne soit des mots composés; ainsi que _revenir_, _redevenir_; il faut en excepter, _chevelure_, _ensevelir_; et jamais, sur-tout, à la fin du mot. C'est pour cela que les verbes dont la pénultieme est muette à l'infinitif, comme _appeler_, _concevoir_, prennent dans les temps qui finissent par l'_e_ muet, ou un _e_ masculin ou la diphthongue _oi_: _j'appelle_, ils _conçoivent_. Par cette même raison, quoiqu'on dise _j'aime_, on dira, _aimé-je?_
L'_e_ moyen, comme dans _pere_, ne prend point d'accent, parce que cet accent seroit inutile, l'_e_ ne pouvant pas se prononcer autrement; il seroit même vicieux, parce qu'il donneroit un son trop grave, comme dans _procès_.
On prononce trop ouvert le premier _e_ du mot _acheve_; il est moyen à cause du voisinage de l'_e_ muet. L'_e_ ouvert se marque d'un accent grave, ainsi que dans _abcès_. L'_e_ plus ouvert prend l'accent circonflexe qui indique suppression de lettre et allongement de syllabe, ainsi que dans _tête_. L'_e_ fermé prend un accent aigu, comme dans _vérité_; si cet _e_ est suivi de l'_x_, il rejette l'accent, comme dans _examen_. Dans les verbes en _er_, l'_e_ se prononce fermé, et l'on ne le fait pas sentir, à moins qu'il ne soit suivi d'un mot commençant par une voyelle. Dans _item_, _amen_, _hymen_, _examen_, on fait sonner la consonne finale.
_Ene_, _enne_, longs dans _ch[=e]ne_, _c[=e]ne_, _sc[=e]ne_, _g[=e]ne_, _r[=e]ne_, _fr[=e]ne_, _ar[=e]ne_, _p[=e]ne_, _Ath[=e]nes_, _Diog[=e]ne_, _Méc[=e]ne_; bref et moyen dans _phénom[)e]ne_, _éb[)e]ne_, _étr[)e]nne_, _appr[)e]nne_, et par-tout où la consonne est redoublée.
_Er_, bref dans _Jupit[)e]r_, _Eth[)e]r_; _Cl[)e]rc_; et plus ouvert dans _enf[=e]r_, _f[=e]r_, _m[=e]r_, _am[=e]r_, _hiv[=e]r_.
_Esse_, long dans _ab[=e]sse_, _prof[=e]sse_, _conf[=e]sse_, _pr[=e]sse_, _compr[=e]sse_, _expr[=e]sse_, _c[=e]sse_, on _s'empr[=e]sse_; hors de là, bref: _tendr[)e]sse_, _par[)e]sse_, _car[)e]sse_.
L'accent circonflexe rend longs et ouverts tous les _e_, comme dans _intér[=e]t_, _arr[=e]t_; la double consonne rend la syllabe breve, ainsi que dans _houl[)e]tte_, _tabl[)e]tte_.
_Euf_, bref: _ve[)u]f_, _ne[)u]f_, un _oe[)u]f_, un _boe[)u]f_. Dans tous ces mots on prononce l'_f_; mais non au pluriel dans les deux derniers; quand _neuf_, nom de nombre, est suivi d'un mot commençant par une voyelle, l'_f_ sonne comme un _v_: _neuf ans_.
_Eune_, long dans _jeûne_, bref dans _jeune homme_. Observez que telle syllabe qui est breve, suivie d'un autre mot qui sert de point d'appui à la voix, devient longue si elle finit le sens.
Le nombre des breves et des douteuses, étant plus grand que celui des longues, nous ne parlerons que des dernieres.
I.
_Ie_, long d'après la regle générale: _v[=i]e_, _sais[=i]e_.
_Ile_, long dans _[=i]le_, _hu[=i]le_, _tu[=i]le_.
_Ire_; long dans les passés définis, ils _pun[=i]rent_.
Les terminaisons _île_, _îmes_, _îtes_, _ître_ sont toujours longues, quand l'_i_ prend un accent circonflexe, comme dans nous _d[=i]mes_, vous _d[=i]tes_, _ép[=i]tre_, etc.
O.
Quand cette voyelle commence le mot elle est breve, excepté dans _[=o]s_, _[=o]ser_, _[=o]sier_ et _[=o]ter_, où il est ouvert et long, ainsi que dans _h[=o]te_.
_Ode_, ordinairement bref.
L'_o_ et l'_a_ étant graves dans les mots simples, demeurent tels dans les dérivés: _gr[=o]s_, _gr[=o]ssir_, _gr[=o]ssier_; _gr[=a]s_, _gr[=a]sseyer_; _r[=o]se_, _r[=o]sier_.
La syllabe _oi_ a deux sons, celui de la diphthongue _oa_, comme dans _bourgeois_, _danois_; et celui de l'_e_ ouvert, comme j'_étois_, je _chanterois_, un _François_, les _Anglois_.
_Ole_, toujours bref, excepté dans ces mots, _dr[=o]le_, _p[=o]le_, _m[=o]le_, _contr[=o]le_, il _enj[=o]le_, il _enr[=o]le_.
_Ome_, _one_, long: _at[=o]me_, _fant[=o]me_, _pr[=o]ne_. Pour les mots où la consonne est redoublée, ils suivent la regle générale.
_Ore_, _orre_, longs, s'ils ne sont pas terminés par un son masculin; _enc[=o]re_, _aur[=o]re_. Quand cette voyelle est marquée d'un accent circonflexe, elle est toujours longue, comme dans _ap[=o]tre_.
U.
L'_u_ suivi d'une autre voyelle finale, est toujours long, comme dans _v[=u]e_, _coh[=u]e_.
_Ure_, finissant un mot, toujours long: _murm[=u]re_, _aug[=u]re_, _d[=u]re_.
_Usse_, est long dans les verbes, comme je _p[=u]sse_, et dans _ût_, à la troisieme personne de ce temps.
L'aspiration peut être regardée comme une partie de la Prosodie; mais elle ne regarde que l'_h_. Cette lettre est aspirée, lorsqu'elle a les propriétés de la consonne; c'est-à-dire, lorsqu'elle ne souffre ni suppression de voyelle, ni liaison de consonne. On dit sans élision, une _haquenée_, et sans liaison, des _haquenées_. Comme il n'y a point de regles à donner à cet égard, on peut consulter la liste suivante, dont tous les mots commencent par des _h_ aspirées.
_Ha! habler, hableur, haha, hagard, haie, haie! haillon, haîne, haïr, haire, halage, halbran, halbrener, hâle, hâler, halener, haleter, halte, hameau, hampe, hanap, hanche, hangard, hanneton, hanter, happelourde, happer, haquenée, haquet, harangue, haras, harasser, harceler, hardes, hardi, hargneux, hareng, haricot, haridelle, harnois, haro, harpailler, harpe, harper, harpie, harpon, hart, hasard, hâter, have, havresac, hausser, haut, hé! hennir, hérault, here, hérisser, hérisson, hernie, héron, héros, herse, hêtre, heurter, hibou, hic, hideux, hoc, hiérarchie, ho! hola! hobereau, hoche, hochepot, hochet, houpe, honnir, honte, holle, houblon, houille, houlette, houppe, houppelande, housard, hussard, houssaie, houspiller, houspillon, housse, housser, houssine, houssiner, hoyau, huche, hucher, huer, hulotte, humer, hume, huppe, hure, hutte._
Tous les mots dérivés des précédens conservent leur aspiration, excepté ceux de _héros_, qui sont: _héroïne_, _héroïsme_, _héroïde_, _héroïquement_. Dans _enhardir_ l'_h_ est aspirée, mais non pas dans _exhausser_. On aspire l'_h_ du mot _Henri_, dans un discours oratoire; mais hors de là, c'est une affectation. _Hollande_, _Hollandois_, commencent par une _h_ aspirée, excepté dans ces façons de parler: toile d'_hollande_, fromage d'_hollande_, qui ont passé du peuple dans le langage ordinaire. _Hongrie_ s'aspire, excepté dans ces phrases: eau de la reine _d'Hongrie_, points _d'Hongrie_, etc. Quoique onze et onzieme commencent par une voyelle, on écrit sans élision l'article ou la préposition qui la précede, et l'on ne lie pas la consonne: de _onze_ enfants il ne leur en reste qu'un; tous les _onze_ du mois.
* * * * *
Pour l'intelligence des signes de quantité prosodique dont on va faire usage, on croit devoir avertir qu'on ne s'est point assujetti à la méthode de l'abbé d'Olivet. Quoique par son traité de Prosodie, il ait rendu un grand service à la langue, il s'en faut bien que son ouvrage ait été aussi utile qu'il eût pu l'être, s'il eût distingué l'accent prosodique de la quantité prosodique. En confondant ces deux parties, il a embrouillé la matiere. Il est bien, difficile, pour ne pas dire impossible, de comprendre, ce qu'il entend par syllabes longues, breves et douteuses.
Nous avons des voyelles graves par leur nature, et par conséquent très-longues. Leur longueur et leur gravité ne changent jamais du primitif au dérivé, quelque place qu'elles occupent dans un mot. On fait entendre également, l'_a_, l'_e_ et l'_o_ graves, dans m_â_t, m_â_ter, il m_â_te; dans pr_ê_t, pr_ê_ter, il pr_ê_te; dans dép_ô_t, dép_o_ser, il dép_o_se, etc. Ces voyelles sont très-longues dans tous ces mots.
Au contraire, les voyelles aiguës et les muettes deviennent moyennes, si la syllabe qui vient après commence par une consonne suivie d'une muette. La syllabe _gé_, par exemple, qui est aiguë et très-breve dans affli_gé_, est muette et breve dans affli_ge_ra. Elle est moyenne, tant pour la quantité que pour l'accent prosodique, dans ils affli_ge_rent: elle tient le milieu entre la longue et la breve, et entre l'aiguë et la grave.
L'abbé d'Olivet nomme quelquefois douteuses les voyelles qui sont moyennes quant à la qualité de la voix, et quelquefois il les nomme breves relativement aux graves, qui sont toujours très-longues. On pourroit les qualifier de longues, en les comparant aux breves, puisqu'elles tiennent le milieu, tant pour la quantité que pour la qualité, entre la grave et l'aiguë, entre la longue et la breve. Mais on peut les qualifier de moyennes, sous les deux rapports de la quantité et de l'accent: cette qualification préviendra toute équivoque.
Cela étant convenu, on avertit que les syllabes breves seront annoncées par le signe suivant (u); les longues, par celui-ci (=); et les moyennes, par (v).
Et comme, dans notre langue, nous avons beaucoup plus de breves que de longues, pour ne pas surcharger l'écriture de signes inutiles, les voyelles qui ne porteront aucun signe, seront réputées breves.
On prévient les lecteurs qu'on n'a pas pu indiquer les différentes qualités de son, parce qu'on auroit hérissé les syllabes de signes embarassans. On doit se tenir pour averti que l'article _les_, et les pronoms, _mes_, _tes_, _ses_, doivent se prononcer, comme si l'_e_ étoit marqué d'un accent grave, et que la conjonction _et_ se prononce comme un _e_ moyen, au lieu que le verbe _est_ a le son très-ouvert.
LA ROSE ET LE BUISSON.