Part 60
[34] Borel a rapporté d’autres explications que voici: «Pile vient d’un ancien mot qui signifie _prince_ (aussi est-ce le côté où est la tête du prince qu’on nomme pile), ou bien de _pileus_, bonnet, parce que le _pileus_ étant la marque de la liberté, on l’avait mis sur certaines monnaies; ou bien encore de _pyle_ qui en ancien gaulois se disait pour navire (d’où dérive _pilote_), car en la première monnoie, qui fut celle de Janus ou Noé, était représentée la navire ou arche, et j’en ai plusieurs de telles (monnaies) tant d’argent que de bronze.» (_Antiq. gauloises._)
[35] Cœlius Rhodiginus cite l’expression _grammatica pocula_, traduite du grec d’Athénée. On lit dans les Adages des pères de l’Église, _urna litterata_; et il y a un vieux proverbe italien et français qui dit, _E scritto sopra i bocali_, _c’est écrit sur les pots_, pour signifier, c’est très connu.
[36] «Les chrétiens, dit Le Duchat, qualifièrent de _Grand-Turc_ Mahomet II, non par rapport à ses grandes actions, mais eu égard à l’étendue de sa domination, en comparaison du sultan de Cappadoce, son contemporain, que Monstrelet désigne sous le nom de _Petit-Turc_. Après la prise de Constantinople, celui-ci eut sur les bras Mahomet II qui, s’étant emparé de ses états, conserva le titre de _Grand-Turc_, quoiqu’il n’y eût plus de _Petit-Turc_.»
[37] On lit dans la _Dama Duende_, comédie de Calderon de la Barca: «C’était un diable si petit, et il portait un capuchon si petit, qu’à ces signes je crois que c’était le diable-capucin.» Cobaruvias dit que le nom de _duende_ a été formé par contraction de _dueno de casa_, maître de la maison.
[38] Longin reproche à Platon d’avoir appelé l’eau _une divinité sobre_. Cette expression, dit La Harpe, est en effet ridicule.
[39] La pièce d’Izarn, composée d’environ huit cents vers alexandrins, a beaucoup d’importance sous le rapport historique. C’est une controverse qui contient la réfutation en forme et par conséquent l’exposé de la doctrine attribuée aux Albigeois. On y voit de quelle manière on s’y prenait pour convertir ces malheureux, et avec quel zèle à la fois absurde et barbare on renforçait les arguments par la terreur des supplices. Image parlante de l’ancienne inquisition.
[40] Les guerriers macédoniens portaient une ceinture de cuir, qu’ils ne devaient quitter qu’après avoir tué un ennemi; alors seulement ils devenaient de vrais guerriers, des _hommes libres_.
[41] L’usage barbare de vendre les prisonniers faits à la guerre n’était pas encore tout à fait aboli au dix-septième siècle. M. de Châteaubriand a remarqué que dans les guerres des Anglais contre Charles I^{er}, pour la liberté des hommes, on vit ces fameux niveleurs vendre comme esclaves les royalistes pris sur le champ de bataille.
[42] Le nom d’Arthur est formé des deux mots _Arth-uer_, qui signifient _souverain des Silures_, suivant Withaer, auteur d’une histoire intéressante et même probable des guerres de ce prince.
[43] On croit que les gazettes ont été inventées en Chine, où l’on _imprime_ tous les jours, depuis un temps immémorial, par ordre de la cour, une relation circonstanciée de ce qui se passe dans l’empire. Un savant rédacteur du _Journal des Débats_, M. Jos.-Vict. Leclerc, nous a appris que les gazettes ont existé aussi chez les Romains, ce dont personne ne s’était douté avant lui. Mais si la chose est ancienne, le mot ne l’est pas; il vient de l’italien _gazetta_, petite pièce de monnaie qu’on payait pour la lecture d’un cahier de nouvelles manuscrites qui se publiaient, chaque semaine, à Venise, au commencement du seizième siècle, à l’époque où cette ville était l’asile de la liberté et l’Italie le centre des négociations de l’Europe. Le médecin Théophraste Renaudot eut le premier, en France, l’idée de faire une semblable publication pour récréer ses malades, et il fonda à Paris, en 1631, _la Gazette de France_, pour laquelle il obtint un privilége du roi l’année suivante.
[44] La raison pour laquelle les époux devaient s’abstenir du devoir conjugal, non-seulement pendant les fêtes de Pâques, mais pendant les autres fêtes et les dimanches, d’après la recommandation même de l’Église, était fondée sur une superstition qui leur fesait croire que les enfants procréés ces jours-là ne pouvaient manquer d’être noués, contrefaits, épileptiques ou lépreux. Cette superstition existait dès le sixième siècle. (Voyez Grégoire de Tours, _de Mirac. S. Martini_, lib. 11, c. 24.)
[45] On croit à tort que les lettres de rémission furent obtenues par l’entremise de Diane de Poitiers qui désarma le courroux de François I^{er}, ému, dit-on, à sa vue, d’un autre sentiment que celui de la pitié. Rien n’est moins prouvé que ce fait qui, s’il était vrai, donnerait quelque fondement à l’opinion de certains auteurs qui veulent que cette dame ait été la maîtresse de ce monarque avant d’être celle de Henri II, d’où vient que Buchanan l’a surnommée _Diana venatrix regum_. Ce n’est pas à elle que les lettres de rémission furent octroyées, mais à son mari, le comte de Maulevrier-Brézé, grand sénéchal de Normandie, qui avait découvert la conspiration. Elles n’accordaient pas du reste une grâce pure et simple au coupable: elles commuaient sa peine en une détention perpétuelle entre quatre murailles, où il ne devait recevoir le jour et la nourriture que par une petite lucarne. E. Pasquier (_Recherches_, liv. VIII, ch. 39) prétend qu’il mourut de la fièvre quelques jours après la terrible épreuve à laquelle il fut soumis. Cependant le traité de Madrid, conclu en janvier 1526, atteste qu’il existait encore et était prisonnier, à cette époque, puisque sa délivrance est stipulée dans une des clauses de ce traité.
[46] On trouve aussi _écrire florettes_, expression qui signifie particulièrement: _écrire en chiffres de fleurs_.
[47] Ces flûtes, dont chacune contenait au moins un chopine, ont donné naissance au verbe _flûter_, très usité parmi le peuple, pour dire _boire largement_.
[48] Ce vers se trouve dans la tragédie de _la Mort d’Abel_, où il est déplacé pour deux raisons: 1º parce qu’il fait partie du rôle de Caïn; 2º parce que c’était une chose fort difficile, au temps d’Abel et de Caïn, dit M. Ch. Nodier, qu’il y eût des amis au troisième degré.
[49] La _rue aux Oues_, _via ad Aucas vel Ocas_, comme dit une vieille charte latine, est celle qui s’appelle aujourd’hui _rue aux Ours_, par corruption de son nom primitif, et qui va de la rue St-Martin à la rue St-Denis.
[50] Ce fait est que _maître Gonin_ ayant été condamné, en 1570, au supplice de la corde, par arrêt du parlement, usa si bien de son art magique, que le bourreau, qui croyait le pendre, pendit à sa place la mule du premier président. (_Disquisit. mag._, liv. III.)
[51] Ils avaient toujours le roi pour parrain et la reine pour marraine, et c’est apparemment à cause de cela que leur baptême était retardé jusqu’à un âge où ils fussent en état de sentir que cet honneur qu’ils recevaient était un lien de plus qui devait les attacher encore davantage à leur souverain.
[52] Ce droit, qu’un vieil auteur a nommé _suille_, du latin _suillus_, date d’une époque reculée. Il fut accordé aux églises dès l’an 560, par édit de Clotaire I^{er}. Ce fut pour le percevoir plus commodément que le chapitre de Paris fit tenir la _foire des jambons_ dans le parvis de Notre-Dame, le mardi de la semaine sainte.
[53] Cette dague, encore en usage en 1716, avait été ainsi nommée, suivant Fauchet, parce que, dès l’instant qu’elle était tirée, le vaincu devait crier _miséricorde_, s’il voulait éviter la mort.
[54] Dans ce sens, j’ai toujours trouvé le mot écrit _oc_ et non pas _hoc_. Mais cette différence n’est pas de nature à détruire l’explication de l’abbé Morellet, qui peut d’ailleurs avoir découvert des exemples de l’orthographe qu’il a adoptée.
[55] C’est l’opinion de David Hume et de la plupart des historiens qui est rapportée ici. Il y en a qui pensent que l’ordre de la jarretière dut sa naissance à la fameuse journée de Crécy, où l’on avait pris pour mot de guet _garter_, qui, en anglais, signifie _jarretière_.
[56] Charles Quint avait toujours eu un goût très prononcé pour l’horlogerie. Un de ses maîtres d’hôtel disait qu’il désespérait de pouvoir réveiller son appétit autrement qu’en lui servant une fricassée d’horloges.
[57] Les moines _jacobins_ étaient les mêmes que les _dominicains_ ou _frères prêcheurs_. Le nom de jacobins leur avait été donné parce que le premier couvent qu’ils avaient occupé à Paris était dans la rue Saint-Jacques, _in via sancti Jacobi_.
[58] Ce mot vient du latin _scopelismus_, fait de _scopulus_, en grec σκόπελος, _pierre_, _rocher_.
[59] Jarnac, qui dépensait beaucoup, quoiqu’il n’eût qu’un faible patrimoine, était soupçonné de devoir l’opulence dont il fesait parade aux libéralités de sa belle-mère, qui avait pour lui une tendresse plus que maternelle; et Lachataigneraie avait eu l’indiscrétion de dire que la chose était vraie, d’après une confidence qu’il prétendait avoir reçue de Jarnac, lorsqu’ils étaient tous deux intimes. C’est ce qu’on voit dans les pièces mêmes du cartel qui ont été conservées.
[60] Le dîner fut avancé jusqu’à neuf heures, même jusqu’à huit heures du matin, à ce que nous apprend Montaigne.
[61] Elles en avaient bien formé treize, mais comme on avait omis trois jours à différentes époques l’excédant n’était plus que de dix jours.
[62] Il s’agit évidemment de la force morale. Le nom d’Israël, dit M. Salvador, a été composé expressément dans l’intérêt d’une idée, d’un principe, et il est provenu de la réunion des deux mots hébreux _lachar_ et _el_, qui signifient _droiture_ et _force_.
[63] Christine de Pisan rapporte, comme une chose extraordinaire, qu’une simple dame de Gatinois eût osé porter cette cottehardie à queue traînante.
[64] _Tailler quelqu’un de l’étole de saint Hubert_, c’était insérer une parcelle de cette étole dans une entaille qu’on lui fesait au front avec la clef de saint Hubert, espèce de cor ou de cornet de fer béni. Cette expression était technique.
[65] Un décret de l’empereur Othon fait voir quel devait être l’excès de ce luxe épiscopal. Il borne le nombre des chevaux pour un archevêque, à douze, et pour un évêque, à six.
[66] De là est venu le préjugé qui fait que beaucoup de gens éprouvent un certain déplaisir à la vue d’un pain tourné au rebours.
[67] Comme ce verbe est très ignoré des lexicographes, dans l’acception que j’indique, je citerai pour preuve de cette acception les deux vers suivants, extraits de la _Trésorière_, comédie de Jacques Grevin (Act. II, sc. 2):
Si est-ce que j’ay espérance _D’émoucher quelque argent de vous_.
[68] Ouvrage composé au XII^e siècle par Hue de Tabarie. Le fragment cité est extrait d’une édition dans laquelle le style de cet ouvrage a été un peu rajeuni.
[69] Mabinogion est un mot gallois qui signifie contes pour la jeunesse et l’enfance. M. de Walckenaer reconnaît dans le mabinogion le type primitif de nos contes de fées.
[70] Lors de l’avénement de Hugues Capet, on comptait en France plus de cent cinquante monnaies différentes, dont la plupart s’excluaient réciproquement, ce qui rendait presque impossible le commerce de province à province. La monnaie royale n’eut cours, dans tout le royaume, que sous le règne de Louis IX, qui eut seul le droit de faire frapper de» pièces d’or et d’argent, en laissant à plus de quatre-vingts seigneurs celui d’en fabriquer d’une autre matière.
[71] Pour qu’on ne m’accuse pas de vouloir rien ôter à la gloire de saint Denis, j’ajouterai, d’après Helduin, son biographe, qu’il baisa plusieurs fois sa tête sur la route, en présence des anges qui l’accompagnaient en chantant: _Gloria tibi, Domine, alleluia_. Une action si miraculeuse doit être conservée dans les livres, avec d’autant plus de soin que la peinture et la sculpture seront à jamais impuissantes à la représenter.
[72] C’est le nom qu’on donnait à la somme taxée par les lois pour la réparation de quelque crime. «Les peines corporelles, dit M. Michelet, étaient rares, inexécutables, chez les Barbares. Ce n’était pas chose aisée de mettre la main sur un homme désespéré, pour lequel toute une tribu aurait combattu. Les représailles, d’ailleurs, n’auraient jamais fini. Il valait mieux éteindre la vengeance, faire payer le coupable.» De là vint l’usage du _wehrgeld_ ou composition.
[73] Phébus était un surnom donné à ce prince, soit à cause de sa beauté, soit à cause de son amour pour la chasse, soit à cause du soleil qu’il avait pris pour emblème.
[74] C’est ce que dit saint Grégoire de Nazianze, dans des vers grecs dont sir Thomas Brown a rapporté cette traduction latine.
Utque latet rosa verna suo putamine clausa, Sic os vincla ferat, validisque arctetur habenis Indicatque suis prolixa silentia labris.
[75] Cet usage n’est pas entièrement tombé en désuétude. J’en ai été témoin dans la petite ville de Vahres, près de Saint-Affrique, département de l’Aveyron.
[76] _Jacquet_ était, dit-on, venu par corruption de _jacet_: troisième personne du présent de l’indicatif du verbe latin _jaceo_, employé pour exprimer l’action du flatteur qui se prosterne, qui se met pour ainsi dire à plat ventre devant la personne qu’il veut flagorner.
[77] Des écrivains respectables assurent que les lis ne furent introduits que sous le règne de Louis-le-Jeune dans les armoiries de France, à la place des abeilles qui y figuraient primitivement. Comme ce prince avait été surnommé _florus_, à cause de sa grande beauté, ils conjecturent que ce doux surnom de _fleur_, joint à l’analogie que le nom de _Loïs_ (_Louis_), avait avec un lis, donna l’idée d’adopter un tel emblème.
[78] La forme originale de cette phrase est devenue un objet de controverse pour les grammairiens. Les uns l’ont sévèrement blâmée, comme contraire aux habitudes reçues; les autres l’ont beaucoup louée, mais sans nous faire connaître la véritable raison pour laquelle l’_innocence_ et le _repentir_, qui sont des noms dont le genre est différent, ont pu être légitimement désignés, dans le nom pluriel _sœurs_, par le même genre, et par le genre féminin plutôt que par le masculin. Voici, je crois, cette raison. Le nom _sœurs_ n’est point en rapport immédiat avec l’_innocence_ et le _repentir_, mais avec un nom pluriel ellipsé, et la construction pleine est celle-ci: _Il n’appartenait qu’à la religion chrétienne d’avoir fait deux sœurs_, DES DEUX VERTUS, _l’innocence et le repentir_. Les mots sont disposés dans la phrase avec tout l’art nécessaire pour faire passer ce qu’il y a de singulier et d’imprévu. Le mot _sœurs_ s’offre le premier; immédiatement après lui vient celui d’_innocence_, qui donne à entendre que les deux sœurs sont des vertus. Le _repentir_ n’arrive qu’en dernier lieu, et revêtu, pour ainsi dire, du caractère particulier sous lequel l’imagination du lecteur l’a déjà entrevu. M. de Châteaubriand, considérant le _repentir_ comme une autre _innocence_, a fait sa construction selon l’idée qu’il avait dans l’esprit, plutôt que selon les mots, en vertu de la figure de grammaire nommée syllepse ou synthèse. L’usage de la syllepse du genre est assez fréquent dans notre langue. J’en pourrais citer beaucoup d’exemples; mais je me bornerai à celui-ci, de Voltaire: _Joue-t-on Tancrède? personne ne m’en dit rien. Réussit_-ELLE? _Est_-ELLE _tombée_? Mon intention, en choisissant cette phrase, est de montrer que l’idée peut en être reproduite sous la même forme que celle de M. de Châteaubriand, sans donner prise à la critique; et, pour cela, il n’y a qu’à dire: Joue-t-on Zaïre et Tancrède? Le public applaudit-il toujours ces deux charmantes sœurs?
[79] Expression prise des comédies espagnoles où figure un _capitan matamoros_, c’est-à-dire un _capitaine tue-mores_.
[80] La _fête des fous_ dont Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, avait composé un office qu’on trouve dans un diptyque conservé à la bibliothèque de cette ville, était un mélange monstrueux d’impiété et de religion. Elle donnait lieu à des cérémonies bizarres et extravagantes. On y élisait un évêque et même, dans quelques églises, un pape des fous. Les prêtres y figuraient barbouillés de lie, masqués ou travestis de la manière la plus folle et la plus ridicule. Promenés dans des tombereaux pleins d’ordure, ils chantaient des chansons obscènes, prenaient des postures lascives, fesaient des gestes impudiques et mettaient des morceaux de vieilles savattes dans leurs encensoirs. La fameuse prose de l’âne y était chantée à deux chœurs qui imitaient par intervalles et comme par refrain le braire de cet animal qu’on voulait honorer parce qu’il avait assisté à la naissance de Jésus-Christ, et l’avait porté sur son dos, lors de sa fuite en Égypte et de son entrée à Jérusalem. En chantant la prose on conduisait l’âne, vêtu d’une belle chape, à la porte de l’église ou vers l’autel.
M. Michelet voit un symbole dans la _fête des fous_. L’homme, dit-il, y offrait l’hommage même de son imbécillité, de son infamie, à l’église qui devait le régénérer. C’était une comédie sacrée qu’on jugea dangereuse, lorsque, ayant cessé de la comprendre, on ne vit que la lettre et on perdit le sens du symbole.
[81] Nom supposé sous lequel le chartreux Noël d’Argonne a publié des mélanges assez curieux.
[82]
Laissons cela, _ventre saint-George_! Vous me feriez rendre ma gorge.