Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française en rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues

Part 59

Chapter 593,804 wordsPublic domain

Il ne faut pas compter sur l’avenir, car les espérances les mieux fondées peuvent être déconcertées à l’instant même où elles commencent à se réaliser. Ce proverbe, que nous avons reçu des anciens, a tiré, dit-on, son origine du trait suivant.—Ancée, roi de Samos, l’un des Argonautes, fesait planter une vigne, et ne donnait aucun relâche aux esclaves employés à cet ouvrage, dans l’impatience où il était de le voir achevé. Un de ces malheureux, excédé de fatigue, prit la liberté de lui dire: Seigneur, à quoi bon nous presser tant? vous ne boirez jamais du vin de cette vigne. Ancée prit à cœur ces paroles, et fit redoubler le travail. Aussitôt que les ceps eurent produit quelques raisins, il se hâta de les cueillir, de les exprimer dans un vase, et appelant son prophète: Regarde, dit-il, et ose me soutenir que je ne goûterai point le vin de ma vigne! A quoi l’esclave répondit: Seigneur, entre la coupe et la bouche il y a assez d’espace pour quelque accident qui peut vous en empêcher. Comme il prononçait ces mots, on vint annoncer au roi qu’un sanglier ravageait son vignoble. A cette nouvelle, il ne songe plus à boire, et se précipitant hors de son palais, il vole à la rencontre du féroce animal, qui s’élance sur lui, déchire ses entrailles et l’étend mort sur la place.

Dans l’Odyssée, Antinoüs, un des amants de Pénélope, pérît à peu près dans la même circonstance, car au moment où il portait la coupe à sa bouche, Ulysse lui perça la gorge avec une flèche.

_Vin de Brétigny qui fait danser les chèvres._

Quoique le terroir de Brétigny, près de Montlhéri, soit reconnu peu propre à la vigne, cependant il n’est point certain, dit Saint-Foix, que ce soit le vin de ce lieu qui a donné occasion de parler de Brétigny, comme d’un pays de mauvais vin; peut-être le mépris du vin de Brétigny est-il venu de Bourgogne à Paris. Il y a en effet un village du même nom près de Dijon, et, comme il est dans la plaine, le vin est naturellement moins bon que celui des côtes voisines. Mais le proverbe porte que _le vin de Brétigny fait danser les chèvres_; et l’on assure qu’à Brétigny, près de Montlhéry, il y avait autrefois un homme nommé _Chèvre_, dont la folie, quand il avait bu, était de faire danser sa femme et ses filles. On peut penser que l’homonymie des deux villages aura fait rattacher au proverbe antérieurement connu cette plaisante tradition.

_Vin d’une oreille._

On appelle ainsi le bon vin, parce qu’en le dégustant on marque l’approbation par l’inclination de l’oreille gauche; le _vin de deux oreilles_, au contraire, ne vaut rien, parce qu’on secoue les deux oreilles en signe de mécontentement.

_Le vin donné aux ouvriers est le plus cher vendu._

Les travaux corporels augmentent la soif, dit Brillat-Savarin. Aussi les propriétaires ne manquent jamais de fortifier les ouvriers par des boissons, et de là le proverbe, que _le vin qu’on leur donne est toujours le mieux vendu_.

_Vin sur lait c’est santé, lait sur vin c’est venin._

Ce proverbe signifie qu’on est guéri d’une maladie, lorsqu’on passe de l’usage du lait à celui du vin, et qu’on est malade, au contraire, lorsqu’on cesse de boire du vin pour boire du lait.

Les Espagnols disent: _Dexo la lache al vino: bien seas venido, amigo._ Le lait dit au vin: ami, sois le _bienvenu_.

_Le vin entre et la raison sort._

Un apologue juif, où les effets du vin sont exprimés à la manière orientale, nous apprend que le patriarche Noé s’étant éloigné un moment du premier pied de vigne qu’il venait de planter, Satan transporté de joie s’en approcha, en s’écriant: Chère plante, je veux t’arroser! et aussitôt il courut chercher quatre animaux différents, un agneau, un singe, un lion et un pourceau qu’il égorgea tour à tour sur le cep, afin que la vertu de leur sang passât dans la sève et se propageât dans les rejetons. Cette opération du diable fut très heureuse et son influence s’étendit à tous les vignobles du monde. Depuis lors, si l’homme boit une coupe de vin, il devient caressant, aimable; il a la douceur de l’agneau: deux coupes le rendent vif, folâtre, il va sautant et gambadant comme le singe: trois lui communiquent le naturel du lion; il se montre fier, intraitable; il veut que tout lui cède; il se croit une puissance; il se dit en lui-même: Qui peut m’égaler? Boit-il davantage? il perd le bon sens, il est incapable de se conduire, il se roule dans la fange, il n’est plus qu’un immonde pourceau. De là ce proverbe des sages: _Le vin entre et la raison sort._

De là aussi ces expressions, un _vin d’agneau_, un _vin de singe_, un _vin de lion_, un _vin de pourceau_, dont autrefois on se servait fréquemment, et dont on se sert encore quelquefois pour qualifier les divers effets de la boisson.—On a dit aussi un _vin d’âne_, qui assoupit et rend hébété; un _vin de pie_, qui rend bavard; un _vin de cerf_, qui rend triste et larmoyant; un _vin de renard_, qui rend malin et cauteleux. Enfin il y a peu de variétés bestiales qu’on n’ait découvertes dans l’ivrogne, et il semble qu’on ait voulu chercher en lui seul les nombreux sujets d’une ménagerie.

Le sens du proverbe, _le vin entre et la raison sort_, est exprimé poétiquement dans cette maxime tirée du _Hava-mal des Scandinaves:—L’oiseau de l’oubli chante devant ceux qui s’enivrent, et leur dérobe leur ame._

=VIOLENT.=—_Ce qui est violent n’est pas durable._

Tout excès dure peu; quand un mal est à son comble, il touche à sa fin. Telle est la loi de la nature qui, entretenant la durée par la modération, ne souffre pas qu’une action violente se soutienne longtemps.—Ce proverbe est littéralement traduit de l’axiome de l’école, _quod est violentum non est durabile_.

Nous disons aussi, _à force de mal tout ira bien_, parce que, dans l’ordre naturel également, le dernier terme du mal est le premier degré du bien.—Les Italiens disent: _Il male e la vigilia del bene, le mal est la veille du bien_; et les Persans: _C’est au plus étroit du défilé que la vallée commence._

=VIRGULE.=—_C’est une virgule dans l’Encyclopédie._

Expression dont on se sert en parlant d’une personne qui ne marque point par son esprit ou son érudition.

=VISIÈRE.=—_Rompre en visière à quelqu’un._

Cette expression s’employait autrefois au propre pour marquer l’action d’un combattant qui rompait sa lance dans la visière du casque de son adversaire. Aujourd’hui elle ne se prend qu’au figuré, et signifie contredire quelqu’un avec brusquerie et grossièreté, lui dire en face quelque chose de désobligeant ou d’injurieux.

=VIVRE.=—_Il faut que tout le monde vive._

On sait que l’abbé Desfontaines, mandé devant M. d’Argenson, lieutenant-général de police, pour quelques malices littéraires, crut se justifier en disant: _Il faut que tout le monde vive_, et que ce magistrat lui répondit: _Je n’en vois pas la nécessité._ Mais on ne sait pas peut-être que cette réponse souvent citée n’était qu’une redite, comme la plupart des bons mots dont les beaux-esprits du jour prétendent se faire honneur. Elle se trouve dans le _Traité de l’idolatrie_, par Tertullien (ch. XIV).—Ce père de l’Église pose en principe, qu’il n’est pas plus permis de fabriquer des idoles que de les adorer; et, supposant qu’un statuaire lui adresse cette objection: mais mon métier est d’en faire, et je n’ai pas d’autre moyen de vivre; il réplique: Eh quoi! mon ami, EST-IL NÉCESSAIRE QUE TU VIVES? _Jam illa objici solita vox: non habeo aliquid quo vivam.—Districtius repercuti potest:_ VIVERE ERGO HABES?

_Il faut vivre à Rome comme à Rome._

Il faut se conformer aux usages du pays où l’on se trouve.—Proverbe pris du distique suivant, de saint Ambroise:

_Si Romæ fueris, Romano vivito more; Si fueris alibi, vivito sicut ibi._

_Il a trop d’esprit, il ne vivra pas._

C’est ce qu’on dit d’un enfant trop précoce, parce que les trop grands développements de l’esprit, surtout dans un âge tendre, nuisent à ceux du corps et peuvent causer une maladie mortelle. Il y a pourtant bon nombre de ces petits prodiges de collége, de ces génies en herbe, même parmi les lauréats de l’Université de Paris, qui ne meurent que de vieillesse; mais il faut dire que, craignant sans doute les suites d’un pareil horoscope, à mesure qu’ils grandissent, ils se corrigent si bien de leur précocité, qu’ils tombent dans l’excès contraire. _Sottise entretient la santé._

_Les enfants trop tôt sages, ne vivent pas longtemps._

Ce proverbe est fondé sur la même raison que l’expression précédente. Il existait chez les Grecs et chez les Latins.

=VOISIN.=—_Qui a bon voisin a bon matin._

Quelques auteurs écrivent mâtin, parce que, disent-ils, un bon voisin défend son voisin si les voleurs l’attaquent, et est pour lui comme un bon chien de garde; mais les meilleurs auteurs écrivent matin sans accent circonflexe, parce que, suivant eux, quand on a un bon voisin, on peut dormir en repos la grasse matinée. Cette interprétation, plus recherchée peut-être, mais moins basse que l’autre, est conforme à cette sentence des interprètes du droit: _Cui malus est vicinus, infelix contingit mane._ Quoi qu’il en soit, les deux textes s’accordent à faire entendre que la tranquillité d’un homme dépend en partie de son voisin.

Hésiode préfère un bon voisin à un parent. «S’il te survient, dit-il, un travail ou un embarras imprévu, les voisins accourent sans ceinture, les parents prennent le temps de se retrousser. Un mauvais voisin est un malheur, un bon voisin est un bien inestimable. Heureux qui en rencontre de tels! Si le laboureur voit périr son bétail, c’est qu’il a de mauvais voisins.»

=VOLEUR.=—_Les grands voleurs font pendre les petits._

Diogène voyant passer un voleur que les ministres de la justice conduisaient au gibet, s’écria: Voilà de grands voleurs qui vont en faire pendre un petit. C’est sans doute ce mot qui donna lieu au proverbe, pour signifier que les coupables puissants livrent les faibles comme des victimes expiatoires et se sauvent en les sacrifiant.

_Les voleurs privés sont aux galères, et les voleurs publics dans des palais._

Proverbe pris de celui-ci, de Caton, cité par Aulu-Gelle: _Privatorum fures in nervo et compedibus ætatem agunt, publici in auro et purpurâ visuntur._

_On ne pend que les petits voleurs._

Parce qu’ils n’ont ni argent, ni crédit pour se soustraire à la sévérité des lois, si justement comparées par Anacharsis, aux toiles d’araignée qui retiennent les petites mouches et laissent passer les grosses.

Mal prend aux volereaux de faire les voleurs.

* * * * *

Où la mouche a passé le moucheron demeure. (LA FONTAINE.)

Le maréchal de Villars contait que, dans une de ses campagnes, les excessives friponneries d’un entrepreneur de vivres ayant fait souffrir et murmurer l’armée, il le tança vertement, et le menaça de le faire pendre. Cette menace ne me regarde pas, lui répondit hardiment le fripon, et je suis bien aise de vous dire qu’on ne pend pas un homme qui dispose de cent mille écus. Je ne sais comment cela se fit, ajoutait naïvement le maréchal, mais en effet il ne fut point pendu, quoiqu’il eût mérité cent fois de l’être.—_Pecuniosus damnari non potest._

Le pactole a des eaux qui peuvent tout blanchir.

=VOLONTÉ.=—_A bonne volonté ne faut la faculté._

_Ne faut_, c’est-à-dire ne manque pas. _Volenti nihil difficile._

Vouloir, c’est pouvoir, dit saint Paul.

A qui veut fortement les choses, nul obstacle n’est difficile. Un génie appliqué perce tout, se fait faire place, arrive enfin à son but (Bossuet).

C’est la seule tiédeur de notre volonté qui fait notre faiblesse, et l’on est toujours assez fort pour faire ce qu’on veut fortement (Jean-Jacques Rousseau).

Bien des choses ne sont impossibles que parce qu’on s’est accoutumé à les regarder comme telles: une opinion contraire et du courage rendraient souvent facile ce que le préjugé et la lâcheté font regarder comme impraticable (Duclos).

=VOMISSEMENT.=—_Retourner à son vomissement._

C’est retomber dans ses erreurs, s’abandonner de nouveau à ses inclinations vicieuses.—Cette expression est prise des Proverbes de Salomon (ch. XXVI, v. 11): _Sicut canis qui revertitur ad vomitum suum, sic imprudens qui iterat stultitiam suam. L’insensé qui retombe dans sa folie est comme le chien qui retourne à ce qu’il a vomi._

On trouve dans les _Adages des pères de l’Église_, une expression analogue qui est plus élégante. _Reædificare Jericho, reconstruire Jéricho_, pour signifier, revenir à l’esprit du siècle.

=VOULOIR.=—_Il faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher._

Tendre les bras à son destin, c’est de tous les moyens le plus infaillible pour en adoucir les rigueurs. Il n’y a de douleur que dans la privation forcée, dit M. A. Guiraud, et toutes les fois que la volonté de l’homme est d’accord avec son destin, le sacrifice devient une consolation, parce que la conscience y trouve une sorte d’acquit pour le passé et une espérance presque certaine pour l’avenir.

FIN.

ERRATA.

Page 14, ligne 27, le diminutifs; _lisez_: les diminutifs.

Page 21, lignes 26 et 27, une aiguille pour la bouche et deux pour la bourse; _lisez_: une aiguille pour la bourse et deux pour la bouche.

Page 52, ligne 9, notentem; _lisez_: nolentem.

Page 63, ligne 14, sancta pater; _lisez_: sancte pater.

Page 105, ligne 5, cresus; _lisez_: Cresus.

Page 152, ligne 32, boire comme un sauneur; _lisez_: boire comme un saunier.

Page 152, ligne 33, sauneurs; _lisez_: sauniers.

Page 155, ligne 4, Mercure, on me façonne; _lisez_: Mercure on ne façonne.

Page 240, ligne 22, grives braisés; _lisez_: grives braisées.

Page 303, ligne 5, were god hat is church the devil will his chapel; _lisez_: where god has his church, the devil will have his chapel.

Page 303, ligne 8, come il diavolo ci fabrica una capella apresso; _lisez_: che il diavolo ci fabbrica una cappella appresso.

Page 303, ligne 10, Sleltt; _lisez_: Steltt.

Page 344, ligne 3, le bon vin porte sa vente à soi; _lisez_: le bon vin porte sa vente avec soi.

Page 350, ligne 26, makea silken purse; _lisez_: make a silken purse.

Page 444, ligne 15, mi-partie; _lisez_: mi-parti.

Page 665, ligne 3, Mutterlub! _lisez_: Mutterlieb!

Page 670, ligne 31, cessat tinnitus afreni; _lisez_: cessat tinnitus aheni.

Page 677, ligne 1, escualdunac; _lisez_: escuara.

Page 677, ligne 3, on prétend qu’ils l’entendent; _lisez_: on prétend qu’ils s’entendent.

Page 686, ligne 8, Samuel; _lisez_: Lamuel.

IMP. D’HIPPOLYTE TILLIARD, RUE ST-HYACINTHE-ST-MICHEL. 30.

FOOTNOTES:

[1] Ce mot, qui reviendra souvent dans mon Dictionnaire, a besoin d’être expliqué. Il dérive du grec et désigne un auteur qui écrit sur les proverbes.

[2] Ce qui n’empêche pas que ces ouvrages n’aient leur mérite, particulièrement celui de M. de Méry qui me paraît préférable sous tous les rapports à celui de Lamésangère dans lequel on ne trouve pas un seul article original.

[3] L’auteur de la _Relation de l’île des Hermaphrodites_ met aussi les mots _à tous accords_ au titre de cet ouvrage, imprime en 1616, par allusion au savoir-faire des habitants dudit lieu.

[4] Le titre d’_altesse_, dont la racine est le mot latin _altissimus_ (très élevé), se donnait autrefois aux rois.

[5] Ils s’en servent aussi pour dire: _Il ne faut pas quitter le certain pour l’incertain._

[6] C’est l’opinion de l’auteur du _Traité historique de la foire de Beaucaire_, in-4^o, imprimé à Marseille en 1734. Cet auteur dit que le fils de Raymond VI confirma les franchises accordées par son père à la ville de Beaucaire. Cependant il n’est pas question de ces franchises dans la charte des concessions faites par le fils. L’acte le plus ancien où il en soit parlé, suivant Millin, fut donné par Louis XI, on 1463; mais on voit par une expression de cet acte, remarque encore Millin, que la foire était plus ancienne. Charles VIII ajouta aux priviléges accordés par son père.

[7] Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l’honneur de recevoir l’ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et s’était montré, pendant sept règnes consécutifs, le plus ferme appui du trône de ses maîtres.

[8] Le crocodile est une argumentation captieuse et sophistique pour mettre en défaut un adversaire peu précautionné et le faire tomber dans le piége. Cette argumentation a été nommée ainsi, conformément à l’usage de désigner la règle par l’exemple. Il s’agit d’un crocodile qui, supplié par une mère de lui rendre son fils qu’il est prêt à dévorer, promet de le faire à l’instant, si elle répond juste à cette question: Ai-je envie de te le rendre?—Tu n’en as pas envie, dit la mère; et ayant deviné, elle réclame l’exécution de la promesse; mais le monstre refuse en ces termes: Si je te le rendais, tu n’aurais pas deviné.

[9] C’est le nom grécisé de Jérôme le Hangest ou de Hangest, docteur de Sorbonne, auteur du _Traité des académies contre Luther_.

[10] L’histoire offre plusieurs exemples de cet usage, depuis le fils du malheureux Psammenit, qui fut envoyé au supplice avec un mors dans la bouche par ordre de Cambyse, jusqu’à Hugues de Châlons qui, reconnaissant son impuissance contre l’armée des Normands, alla trouver le jeune duc Richard qui la commandait et se roula à ses pieds en signe de soumission, avec une selle de cheval sur ses épaules. C’est en vertu d’un pareil usage que Eustache de Saint-Pierre et cinq autres bourgeois de Calais se présentèrent à Édouard III, roi d’Angleterre, avec la corde au cou.

[11] _Le Lai d’Aristote_, attribué à Henri d’Andelys, trouvère du treizième siècle, est un conte tiré d’un auteur arabe qui l’a intitulé: _Le Visir sellé et bridé._ L’usage absurde de substituer Aristote à un visir est venu, suivant J. M. Chénier, de l’autorité même qu’Aristote avait acquise dans les écoles du treizième siècle.

[12] La figure du grillon a fourni, sans doute, le modèle du masque d’Arlequin, comme le remarque M. Ch. Nodier; et ce qui paraît confirmer cette opinion, c’est que le nom de cet insecte, _grillo_, a été appliqué au masque d’un farceur de l’ancienne comédie italienne, et à ce farceur lui-même. Chez les Latins, le même nom, _gryllus_, signifiait précisément ce que nous entendons en français par _caricature_.

[13] Voyez Eusèbe, _Préparation évangélique_, liv. IX, chap. 9

[14] Cette homonymie paraît avoir été fondée sur la ressemblance de bigarrure qui existe entre la peau de ce poisson et le vêtement de l’acteur chargé du rôle de proxénète dans l’ancienne comédie, ou sur une autre ressemblance qu’offrent le proxénète et ce poisson qui nage, dit-on, devant les jeunes aloses et a l’air de les conduire à leurs mâles. Suivant une conjecture de Le Duchat, le proxénète aurait été qualifié du titre de _Mercureau_ (petit mercure), parce que le messager des habitants de l’Olympe était entremetteur de mauvais commerce; et _mercureau_ serait devenu par altération un terme injurieux que je n’ai pas besoin de dire, car le lecteur l’a déjà deviné.

[15] Tarquin l’ancien, irrité de la résistance qu’opposait l’augure Accius Navius au projet qu’il avait de créer trois nouvelles centuries, lui demanda:—Puis-je faire une chose que je pense en ce moment?—Tu le peux, répliqua l’augure.—Eh bien, ajouta le roi, je veux couper ce caillou avec ce rasoir.—Frappe! s’écria Navius; et le caillou fut coupé en deux. Presque tous les historiens ont attesté ce fait comme ils ont attesté la première apparition des barbiers à l’époque de Ticinius Menas. C’est dommage qu’ils n’aient pas expliqué la présence du rasoir dans l’absence des artistes habitués à le manier.

[16] Misopogon signifie _ennemi de la barbe_. Ce nom est formé des deux mots grecs _misos_, _haine_, et _pôgon_, _barbe_.

[17] L’excommunication fut fondée, entre autres motifs, sur ce que Nicolas et son clergé ne se fesaient pas raser le visage.

[18] C’est ce qu’atteste un passage curieux du troubadour Aimeri de Péguilain. «Quand je considère la beauté de ma dame, dit-il, je me réjouis des peines que j’endure, et je ressemble au _basilic qui se tue en se regardant au miroir_.» Du reste, le basilic mort était réputé aussi utile qu’il avait été supposé nuisible pendant qu’il vivait. Heureux qui pouvait trouver son corps! Ce corps, réduit en cendres, possédait des vertus merveilleuses: il guérissait des maux incurables, et opérait la transmutation des métaux.

[19] C’est-à-dire dont le fer est rompu ou ôté. Ces lances étaient encore appelées _lances courtoises_ ou _lances innocentes_. Les Romains avaient aussi de semblables armes, dites _arma lusoria_.

[20] Saint Bernard de Sienne, chap. 7, dit qu’en ce cas on allumait douze cierges représentant les douze apôtres, dans l’idée que l’agonisant serait rappelé à la vie par le simple changement de son nom en celui de l’apôtre dont le cierge brûlait plus longtemps.

[21] Avant l’ordonnance que François I^{er} rendit à Villers-Cotterets, au mois d’août 1539, il en avait rendu deux autres sur le même sujet, celle de 1532 et celle de 1529. Il s’était montré en cela imitateur de Louis XII, qui avait prescrit par un arrêt de 1512 d’employer le _langage françois uniquement et exclusivement à tout autre_ dans les actes publics, et Louis XII lui-même n’avait fait que suivre l’exemple de Charles VIII, dont un décret daté de 1490 exigeait que les dépositions judiciaires fussent écrites en français. Mais l’usage de cette rédaction en langue maternelle remonte beaucoup plus haut. Il était assez fréquent sous le règne de Louis IX; et il y a des preuves irrécusables qu’il existait du temps de Philippe-Auguste, même du temps de Louis VII.

[22] On appelait _avage_, _havage_ ou _havée_, une sorte de mesure en usage dans la Normandie, et quelques autres provinces: c’était une fraction du septier, équivalente à une poignée. Le droit d’avage, qui a existé jusqu’en 1750, consistait à prendre dans les marchés autant de grains ou de denrées que la main peut en contenir. Le bourreau, en percevant ce droit, marquait avec de la craie l’habit des marchands, pour quittance du paiement.

[23] C’est le titre d’un ancien registre du parlement.

[24] Bray est un village de Berkshire, dans l’Angleterre proprement dite.

[25] Je les prends dans un livre de statistique publié par M. Mourgues en l’an IX (1801).

[26] Le Talmud (mot hébreu qui signifie _instruction_) est un livre qui contient la loi orale, la doctrine, la morale et les traditions des Juifs. Ce livre est l’ouvrage d’une foule de rabbins ou docteurs.

[27] On lit dans un sermon d’Innocent III que la fête de la Chandeleur fut substituée à celle de Cérès, où l’on fesait de grandes illuminations et où les femmes portaient des flambeaux.

[28] C’est le nom que le peuple donnait à François I^{er}, dont le nez était un remarquable morceau d’histoire naturelle. Louis Aleaume, lieutenant-général d’Orléans et bon poëte latin, a dit de ce prince:

_Occupat immenso qui tota numismata naso._

[29] Ces religieux, de la règle de saint Bernard, prirent le nom de _feuillants_, parce que leur abbaye, chef d’ordre, était au village de _Feuillans_, en Languedoc, à cinq lieues de Toulouse, dans le diocèse de Rieux.

[30] Presque tous les commentateurs ont prétendu que c’était d’une sirène qu’Horace voulait parler, en peignant dans ce vers _une belle femme dont le corps se termine en poisson_; mais il n’y a aucun mythologue ni aucun monument de l’antiquité qui aient représenté les sirènes comme femmes-poissons.

[31] L’apore, mot tiré du grec ἄπορου, qui signifie _sans issue_, est un problème regardé comme insoluble.

[32] On disait aussi autrefois _écarlate rouge_, _écarlate blanche_, _écarlate noire_, comme on le voit dans les ordonnances des rois de France du quatorzième siècle. Le mot _purpureus_ avait en latin une semblable acception; il signifiait _éblouissant_. Horace applique cette épithète aux cygnes, _purpurei olores_; et Plutarque, dans la _Vie d’Alexandre_, parle de la _pourpre blanche_ d’Hermione ville de Laconie.

[33] Cette croix, composée de deux pièces de bois en sautoir, a été ainsi nommée, parce qu’elle fut l’instrument du martyre que l’apôtre saint André subit à Patras.