Part 58
Quelques parémiographes pensent que ces façons de parler ont été altérées et que le nom de Vendôme y a été introduit par abus au lieu de vent d’amont; _vent pluvieux, froid et invisible qui souffle du côté d’Orient_. Quelques autres croient qu’elles n’ont subi aucun changement, et qu’elles sont des allusions à divers traits de la conduite militaire du duc de Vendôme, ce qui paraît plus vraisemblable. Mais il est à remarquer que ce duc n’est point, comme ils l’ont cru, celui qui fit la guerre de la succession d’Espagne, car les expressions dont il s’agit sont antérieures de plus d’un siècle et demi à cette époque. Elles doivent se rapporter au duc de Vendôme qui, en 1522, défendit la Picardie avec autant de prudence que de succès, lorsque cette province fut envahie par les troupes combinées des Flamands et des Anglais sous les ordres de l’amiral comte de Surrey. Le général français, qui avait à lutter contre des forces très supérieures aux siennes, prit le parti d’éviter les batailles rangées, et s’appliqua constamment à ruiner en détail l’armée ennemie, soit en interceptant ses convois, soit en attaquant ses postes avancés, soit en la harcelant sans relâche sur tous les points vulnérables avec une bonne cavalerie. Comme il n’était jamais arrêté dans ses expéditions, ni par la grande pluie, ni par la grande chaleur, et qu’il manœuvrait, au contraire, à la faveur de ces circonstances du temps, pour fondre à l’improviste sur quelque corps isolé ou pour aller ravitailler secrètement les places dans lesquelles il avait eu soin de jeter des garnisons, les soldats s’amusèrent à créer les locutions _du brouillard, de la fraîcheur et de la couleur de monsieur de Vendôme_, voulant faire entendre que leur chef regardait la grosse pluie comme un léger brouillard, que la grande chaleur était pour lui comme la fraîcheur, et qu’il savait dérober ses mouvements aux ennemis aussi bien que s’il eût été invisible.
Ils allèrent même jusqu’à dire _le perroquet de monsieur de Vendôme_, autre expression de la même espèce par laquelle on désigne encore un homme dont le silence rend les secrets impénétrables.
_Il est plus près de sainte larme que de Vendôme._
Il est plus près de pleurer que de chanter.
Ce dicton est fondé sur une double allusion à une chanson joyeuse dont le refrain est _Vendôme, Vendôme, Vendôme_; et à la sainte larme qu’on gardait autrefois religieusement dans l’abbaye des Bénédictins à Vendôme. Cette sainte larme était une de celles que Notre Seigneur répandit à la résurrection de Lazare. Recueillie par un ange dans une petite ampoule et donnée à Marie, sœur du ressuscité, elle échut, dans la suite des temps, à un patriarche de Constantinople, puis à des chevaliers de l’empereur qui l’apportèrent dans un église de Frésingue, où Nitkère, évêque de cette ville, la reçut. Celui-ci en fit présent à Henri I^{er}, roi de France, ou à Henri III, roi de Germanie, époux de la fille d’Agnès, comtesse d’Anjou et fondatrice de Vendôme; car la certitude historique est malheureusement en souffrance sur ce point. Mais cela ne tire point à conséquence. On sait positivement que, des mains du roi de France, où de celles de l’épouse du roi de Germanie, la sainte larme passa à l’abbaye de Vendôme où elle fut déposée sur l’autel en signe de donation. Le reliquaire où on la conservait se composait de trois pièces, savoir: la petite ampoule, qui était bleue comme le ciel où l’ange l’avait sans doute prise, un vaisseau de verre transparent qui enveloppait cette ampoule, et un coffret qui contenait le tout. Si l’on désire de plus amples détails, on peut consulter une lettre de trente-huit pages dans le tome II des _Œuvres posthumes_ du savant Mabillon, qui a pris la défense de la sainte larme contre Thiers, auteur du _Traité des superstitions_, qui avait osé publier une dissertation dans laquelle il cherchait à prouver la fausseté de cette relique.
=VENTRE.=—_Ventre affamé n’a point d’oreilles._
On a prétendu que ce proverbe fut inventé par un favori de Titus à propos d’une Juive, nommée Marie, qui, pendant le siége de Jérusalem par cet empereur, avait été poussée par la famine à se nourrir de la chair de son propre fils; mais ce proverbe était connu longtemps avant cette horrible action. Caton, haranguant le peuple dans un temps de disette, avait dit: _Arduum est, Quirites, ad ventrem auribus carentem verba facere; il est difficile, citoyens, de se faire entendre du ventre qui n’a point d’oreilles_.
_Ventre saint-gris._
C’est à tort que le prétendu Vigneul-Marville[81] affirme que ventre saint-gris, mis à la mode par Henri IV, ne signifia jamais rien et qu’il n’eut d’autre fondement que le caprice des gouverneurs de ce prince, qui le lui enseignèrent afin qu’il ne contractât point l’habitude de certains blasphèmes que les seigneurs catholiques proféraient à tout propos à la cour du roi très chrétien. Il est évident que _ventre saint-gris_, variante de _sang saint-gris_, juron poitevin recueilli par Rabelais (liv. IV, ch. 9), désigne saint François d’Assise, fondateur de l’ordre des moines gris, et il est très probable que Henri IV, élevé dans une religion sans cesse anathématisée par ces moines, doit avoir juré sciemment par le ventre de leur patron, comme l’avocat Patelin par le _ventre saint-Pierre_, Clément Marot par le _ventre saint-George_[82], les Bas-Bretons par le _ventre saint-Quenet_, et les Belges par le _ventre-Dieu_, sur quoi Érasme a remarqué que ces derniers étaient moins scrupuleux que Socrate, qui ne jurait que par l’oie, _per anserem_.
=VÉRITÉ.=—_La vérité est au fond d’un puits._
Mot de Démocrite passé en proverbe pour exprimer la difficulté de découvrir la vérité. M. Ch. Nodier trouve dans ce mot une allégorie admirable: Parce que, dit-il, du fond d’un puits, où l’on ne reçoit la lumière que par une ouverture circonscrite, on ne juge sainement que la partie de l’horizon que cette ouverture laisse à découvert. Ainsi la vérité même, ajoute-t-il, si elle existait quelque part, ne connaîtrait qu’une partie du vrai. La vérité dans le puits est l’emblème de notre intelligence.
La vérité, suivant Saadi, s’enveloppe de sept voiles qu’il faut arracher.
Les Pyrrhoniens disaient de la vérité: Elle est comme l’Orient, différente selon le point de vue d’où on la considère.
_La vérité est dans le vin._
_In vino veritas._—Le proverbe précédent nous a dit que la vérité se tient dans un puits, celui-ci nous fait entendre qu’elle se tient dans une cave; mais placer sa demeure tantôt dans l’eau et tantôt dans le vin, n’est-ce pas avouer qu’on ne sait pas précisément où elle peut se trouver? Quoi qu’il en soit, les deux opinions sont très bien fondées, et si la première a pour elle l’autorité de Démocrite, la seconde s’appuie de l’autorité de Salomon. Ce sage roi s’écriait dans ses _Paraboles_: «Ne donnez point, ô Samuel, ne donnez point trop de vin aux rois qui mangent à votre table, et n’en prenez point vous-même avec excès, parce qu’_il n’y a nul secret où règne le vin: nullum secretum est ubi regnat ebrietas_.» (Ch. XXXI, v. 4.)
La conduite d’un homme échauffé de vin, dit J.-J. Rousseau, n’est que l’effet de ce qui se passe au fond de son cœur dans les autres temps. Dans un état où l’on ne déguise rien, on se montre tel qu’on est. On parle étant ivre comme on pense à jeun.
L’ivresse, en égarant l’esprit, dit Duclos, n’en donne que plus de ressort au caractère. Le vil complaisant d’un homme en place, s’étant enivré, lui tint des propos d’une haine envenimée et se fit chasser. On voulut excuser l’offenseur sur l’ivresse. Je ne puis m’y tromper, répondit l’offensé: ce qu’il m’a dit étant ivre, il le pense à jeun.
Chez certains sauvages, l’ivresse attire le respect; qui est ivre est déclaré prophète.
L’auteur du _Rambler_ demandait que l’application du proverbe, _in vino veritas_, fût réservée pour les gens qui mentent à jeun; mais il ne pensait pas à cet autre proverbe, qui prouve l’inutilité de l’exception: _Omnis homo mendax_, tout homme est menteur.
_Le temps découvre la vérité._
N’espérez pas pouvoir rien cacher, le temps voit, entend et découvre tout (Sophocle.)
Il n’est point de secret que le temps ne révèle. (RACINE.)
On dit aussi: _La vérité est la fille du temps_, et ce proverbe cité par Aulu-Gelle, qui l’attribue à un poëte ancien dont il ne donne pas le nom, a été réduit en apologue par le capitaine Delisle.
Aux portes de la Sorbonne La vérité se montra, Le syndic la rencontra. Que demandez-vous, la bonne? —Hélas! l’hospitalité. —Votre nom?—La vérité. —Fuyez, dit-il, en colère, Fuyez, ou je monte en chaire Et crie à l’impiété! —Vous me chassez, mais j’espère Avoir mon tour, et j’attends: _Je suis la fille du temps_, Et j’attends tout de mon père.
=VERRIER.=—_Gentilhomme verrier._
On appelait ainsi, avant la révolution, le chef d’une manufacture de bouteilles, emploi qui, loin de faire déroger, conférait une sorte de noblesse; car tout ce qui avait quelque rapport au vin était particulièrement respecté en France. C’est pourquoi on avait consacré aux vacances des tribunaux et des colléges le temps des vendanges et non celui de la moisson, dont les travaux sont beaucoup plus importants.
=VERT.=—_Prendre quelqu’un sans vert._
Dans les XIII^e, XIV^e et XV^e siècles, on formait des sociétés connues sous le titre de _sans vert_, dont le principal statut était qu’on porterait sur soi une petite branche de verdure pendant les premiers jours du mois de mai. Les membres de ces sociétés, dans les deux sexes, jouissaient du droit de se visiter à toute heure de la journée, depuis l’aurore jusqu’à la nuit, en négligé comme en toilette, afin de s’assurer que chacun était muni de la branche de l’espèce de verdure déterminée par la compagnie. Quand on se laissait surprendre sans cette branche ou avec cette branche déjà fanée, on recevait un seau d’eau sur la tête, et l’on était obligé de donner un gage représentant le prix d’une amende, dont le produit s’appliquait à des plaisirs variés.
_Employer le vert et le sec._
_Le vert et le sec_ désignent le fourrage vert et le fourrage sec qu’on donne à manger aux bestiaux. On met les chevaux au vert ou on les met au sec, selon que l’un ou l’autre de ces deux régimes leur est plus salutaire; de là l’expression proverbiale _employer le vert et le sec_, c’est-à-dire employer tous les moyens, toutes les ressources qu’on peut avoir pour réussir à une chose.
On rapporte que Henri IV, voyant arriver à un bal qu’il donnait une dame vieille et sèche, vêtue d’une robe verte, s’approcha d’elle, et lui dit, qu’il lui était bien obligé du soin qu’elle avait pris, pour faire honneur à la compagnie, d’_employer le vert et le sec_. Cette plaisanterie, indigne d’un si bon roi, a donné une acception de plus à l’expression proverbiale.
=VIE.=—_Cache ta vie._
Ce précepte proverbial, que Suidas attribue à Néoclès, frère d’Epicure, était fort estimé des épicuriens, qui enseignaient par là de ne point se mêler des affaires publiques avec lesquelles le bonheur leur semblait incompatible. Plutarque, indigné d’une telle doctrine, en a fait une critique rigoureuse dans un traité particulier où il la signale comme destructive de tous les intérêts sociaux. Mais, quoi qu’il en dise, le mot _cache ta vie_ est assez bien trouvé pour nous apprendre que notre prospérité nous expose aux traits de l’envie, et qu’il est prudent de cacher nos avantages pour être heureux. C’est ainsi qu’il faut l’entendre, et c’est ainsi que Voltaire l’a entendu dans ces vers qu’il adresse au bonheur personnifié, sous le nom grec de Macare.
Macare, c’est toi qu’on désire: On t’aime, on te perd, et je croi Que je t’ai rencontré chez moi, Mais je me garde de le dire. Quand on se vante de t’avoir, On en est privé par l’envie; Pour te garder il faut savoir Te cacher et _cacher sa vie_.
_Vie courte et bonne._
On dit presque toujours _courte et bonne_, en sous-entendant _vie_.—C’est le mot des amis de la joie, pour signifier qu’ils ne tiennent pas à se ménager une longue existence en renonçant à l’abus des plaisirs. Ce mot obtint une célébrité historique à l’époque de la Régence, par la répétition fréquente qu’en fesait la duchesse de Berry, fille du Régent, princesse aimable et spirituelle, qui fut servie à souhait et moissonnée à la fleur de l’âge.
Les voluptueux de Rome avaient adopté pour devise le vers suivant d’une traduction qu’avait faire Cécilius de la comédie de Ménandre, intitulée Hymnis.
_Mihi sex menses satis sunt vitæ: septimum oreo spondeo._
Ce que Regnier-Desmarais a rendu ainsi:
Donnez-moi six mois de plaisir: Je donne à Pluton le septième.
Saint Chrysostome rapporte, dans sa LXXIV^e homélie, un proverbe grec très analogue, que Novarinus a traduit ainsi en latin dans son recueil: _Adsit suave quiddam et jucundum, et suffocet me! Vienne quelque chose de doux et de délicieux, et que j’en sois suffoqué!_
Les Allemands disent dans le même sens: _Ein gutes Mahl und dann der Galgen!_ Un bon dîner, et la potence!
Que Bacchus, la table ont d’appas! A Paphos, Vénus, tu m’entraînes! Oh! ne m’attachez point aux mâts, Si j’entends chanter les Sirènes! (DUCIS.)
Au dicton, _courte et bonne_, les gens sensés répondent par cette remarque qui en est le corollaire: _C’est la vie du cochon._
Ce sacrifice de l’avenir au présent, est un calcul faux et funeste. Écoutons Bossuet: «Quelle honte, s’écrie-t-il, quelle infamie, quelle ruine dans les fortunes, quels déréglements dans les esprits, quelles infirmités dans les corps n’ont pas été introduites par l’amour désordonné des plaisirs!... Les tyrans ont-ils jamais inventé des tortures plus insupportables que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s’y abandonnent? Ils ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain; et les médecins nous enseignent d’un commun accord que ces funestes complications de symptômes et de maladies qui déconcertent leur art, confondent leurs expériences et démentent si souvent leurs anciens aphorismes, ont leurs sources dans les plaisirs.»
Saint Augustin, peignant les suites fâcheuses de la volupté, compare les plaisirs aux racines des ronces. Ces racines, dit-il, sont douces et on les manie sans être piqué, mais c’est de là que vient ce qui pique. _Lenes sunt et radices spinarum. Si quis eas contrectet non pungitur; sed quo pungeris inde nascitur._
La volupté, disent quelques sages, doit être dans la vie, à l’égard de nos actions, comme un grain de sel qui les assaisonne et qui n’y peut entrer avec excès sans tout gâter.
Sénèque fait cette excellente recommandation: _Sic præsentibus utaris voluptatibus ut futuris non noceas. Usez des voluptés présentes de manière à ne pas nuire aux voluptés futures._
La sagesse nous a été donnée principalement pour ménager nos plaisirs. (Saint Evremond.)
=VIEILLESSE.=—_Tout le monde désire la vieillesse, et tout le monde la maudit après l’avoir obtenue._
Proverbe qui se trouve dans Cicéron: _Optant senectam omnes, adepti despuunt_ (_de Senect._, ch. II).
=VIERGES.=—_Amoureux des onze mille vierges._
On appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les femmes qui s’offrent à sa vue.—Cette expression rappelle la légende des onze mille vierges. Voici ce que dit M. Salgues sur cette légende, qui passe aujourd’hui pour apocryphe: «Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres pour la Basse-Bretagne, avec onze mille vierges qui devaient épouser les onze mille soldats du capitaine Conan, son fiancé, et peupler le pays? Croyez-vous qu’une tempête miraculeuse les ait jetées dans les bouches du Rhin, et qu’elles aient remonté le fleuve jusqu’à la ville de Cologne, alors occupée par les Huns, qui servaient l’empereur Gratien? Croyez-vous que ces impertinents aient voulu leur faire la cour un peu trop brusquement, et qu’irrités d’être repoussés avec trop de fierté, ils les aient mises à mort pour leur apprendre à vivre? Nos bons aïeux le croyaient certainement, puisqu’ils célébraient annuellement, le 22 octobre, la fête de ces chastes héroïnes. Mais comme il n’est rien dans le monde sans contradiction, des critiques sourcilleux et difficiles ont contesté la vérité de ces récits. Ils ont fait d’abord observer que le nombre de onze mille vierges était un peu fort, qu’on aurait eu de la peine à les trouver dans les meilleurs temps du christianisme, et que le martyrologe de Wandelbert, composé en 850, et l’un des plus estimés des connaisseurs, n’en a porté le nombre qu’à mille, ce qui est encore beaucoup. Ensuite, ils ont soutenu qu’il fallait pousser la réduction encore plus loin, et ils ont porté l’esprit de réforme jusqu’à effacer d’un trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf vierges; de sorte qu’ils n’en ont voulu accorder que onze, ce qui doit laisser beaucoup de places vacantes en paradis. Ils se sont autorisés d’une inscription qu’ils ont interprétée à leur manière: SANCTA URSULA ET XI. M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges ont traduit: _Sainte Ursule et onze mille vierges_. Mais nos critiques assurent que cette interprétation est fautive et erronée, et veulent que l’on traduise: _Sainte Ursule et onze martyres vierges_. Pour appuyer leur prétention, ils citent un catalogue de reliques tiré du Spicilège du père D. Luc d’Acheri, dans lequel on lit: _De reliquiis SS. undecim virginum; des reliques des onze vierges._
Réduire ainsi onze mille vierges à onze, c’est déjà beaucoup. Cependant d’autres critiques, plus sévères encore, ont prétendu enchérir sur les premiers, et porter la soustraction bien plus loin; car ils ne veulent absolument que deux vierges. Ils protestent qu’on a très mal lu les anciens martyrologes qui portaient: _SS. Ursula et Undecimilla virg. mart._, c’est-à-dire _SS. Ursule et Ondecimille, vierges, martyres_. Des copistes ignorants ont pris un nom de femme pour un nom de nombre, et se sont imaginé que _Undecimilla_ était une abréviation de _undecim millia_.
Voilà ce que pense le savant père Simon. Je ne sais s’il se trompe. Il est au moins constant qu’on a peu de renseignements exacts sur l’histoire de sainte Ursule et de ses compagnes. Baronius avoue que les véritables actes de son martyre ont été perdus.»
=VIEUX.=—_Il faut devenir vieux de bonne heure, si l’on veut l’être longtemps._
Ce proverbe est fort ancien, car il se trouve dans le _Traité de la vieillesse_ par Cicéron. _Mature fias senex si diu velis esse._ Il signifie que c’est dans la jeunesse qu’on doit jeter les fondements d’une bonne et longue vieillesse.—Jean-Jacques Rousseau a très bien dit: «L’homme jeune n’est point celui que Dieu a voulu faire: pour s’empresser d’obéir à ses ordres, il faut se hâter de vieillir.»
=VILAIN.=—_Oignez vilain, il vous poindra: poignez vilain, il vous oindra._
Vieux dicton usité parmi les nobles d’autrefois pour rappeler la règle de conduite qu’ils devaient suivre à l’égard des vilains.
Le duc de Bourbon, frère aîné du sire de Beaujeau mari de la régente pendant la minorité de Charles VIII, disait aux États-Généraux de 1484: «Je connais le caractère des vilains: _S’ils ne sont opprimés, il faut qu’ils oppriment._ Otez leur le fardeau des tailles: vous les rendrez insolents, mutins, insociables. Ce n’est qu’en les traitant durement qu’on peut les contenir dans le devoir.»—Ce passage, rapporté par Garnier d’après Masselin, est curieux, et il peut avoir fourni à l’auteur d’Athalie, le trait remarquable qui termine les vers suivants sur les flatteurs des cours:
Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois, Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois,
* * * * *
Qu’aux larmes, au travail le peuple est condamné Et d’un sceptre de fer veut être gouverné, _Que s’il n’est opprimé, tôt ou tard il opprime_.
=VILLE.=—_Avoir ville gagnée._
Cette expression, qui s’emploie en parlant de toute difficulté qu’on a vaincue, surmontée, était usitée chez les Grecs. Platon a dit: _Un homme qui se décourage dans le commencement n’aura jamais ville gagnée._
_Ville gagnée_ a été un cri de victoire: Martial de Paris nous apprend que les Anglais proféraient ce cri à la prise de Pontoise, en 1437.
Quand ils se virent les plus forts, Commencèrent à pleine gorge Crier tant qu’ils purent alors: _Ville gaignée!_ Vive saint George!
Monstrelet, racontant comment cette ville fut reprise, en 1441, par Charles VII, rapporte que ce roi et tous les autres seigneurs et capitaines ne cessaient de crier: Saint Denys _ville gaignée_!
_Ville qui parlemente est à demi rendue._
Qui écoute les propositions qu’on lui fait n’est pas éloigné d’accorder ce qu’on lui demande.
=VIN.=—_A la Saint-Martin on boit du bon vin._
La fête de saint Martin arrive le onze novembre, après la fin des vendanges, et lorsque le vin commence à être fait. Elle correspond exactement à celle que les païens célébraient en l’honneur de Bacchus, le jour où ils fesaient l’ouverture des tonneaux pour goûter la liqueur nouvelle qu’ils regardaient comme un don de ce dieu. Cette fête était autrefois, en France, ce que le peuple appelle une _fête à gueule_, une espèce de mardi-gras, ainsi que je l’ai dit à la page 568, et tout le monde la solennisait le verre à la main, avec une égale ferveur. On pourrait croire que c’est à cause de cela que saint Martin devint le patron des buveurs. Cependant on assure que cette importante fonction lui fut conférée pour un autre motif; et l’on en rapporte l’origine au fait suivant qu’on voit représenté dans plusieurs tableaux d’église.—Notre saint se trouvait à dîner un jour, avec un prêtre qui lui servait la messe, chez l’empereur Maxime. Lorsque l’échanson présenta la coupe au prince suivant l’usage, celui-ci, voulant honorer son hôte, la lui fit remettre afin qu’il y bût le premier; mais saint Martin, après l’avoir portée à ses lèvres, la fit passer à son clerc comme au plus digne de la compagnie. Une action si inattendue étonna tous les convives; néanmoins elle ne déplut pas à l’empereur, qui loua, dit-on, saint Martin d’avoir fait à sa table ce qu’aucun autre évêque n’aurait osé faire à la table des moindres magistrats, et d’avoir préféré un simple ministre de Dieu au maître du monde.
On disait autrefois _martiner_ pour bien boire, et l’on appelait l’ivresse _mal de saint Martin, morbus sancti Martini_.
_Vin de la Saint-Martin._
On appelait autrefois ainsi l’argent que les maîtres donnaient aux valets et aux ouvriers pour faire la Saint-Martin.
_Après bon vin, bon cheval._
Le Duchat explique ainsi ce proverbe: «Quand on a bu de bon vin on s’en ressent, et comme alors on ménage moins le cheval, il paraît meilleur parce qu’il va plus vite.»—Il me semble qu’on a dû dire _après bon vin bon cheval_, ou à _bon vin bon cheval_, pour signifier que lorsqu’on a bien bu, on a besoin d’un bon cheval qui ne bronche pas, et ne jette pas son cavalier à terre.
_Vin versé n’est pas avalé._