Part 56
Ce qu’on a de trop est quelquefois plus nuisible qu’utile. Ce proverbe fait entendre qu’il est bon de borner ses vœux à cette heureuse médiocrité qu’Horace a si bien nommée _auream mediocritatem_, et dont les Grecs indiquaient les avantages par un tour de paradoxe proverbial, traduit ainsi en latin: _dimidium plus toto, la moitié est plus que le tout_, c’est-à-dire vaut mieux que le tout.
«Les hommes ignorent le prix de la sobriété; ils ne savent pas que _la moitié vaut mieux que le tout_.» (Hésiode.)
Le véritable point de la richesse, c’est de n’être ni trop près ni trop loin de la pauvreté.
=SYCOPHANTE.=—_C’est un sycophante._
Ce terme est pris du grec _συϰοφάντης_ composé de _συϰον_ _figue_, et _φαίνω _je dénonce. Il signifie proprement _dénonciateur de figues_, et voici pourquoi: les Athéniens, dont le territoire sec et aride ne produisait guère que des olives et des figues, avaient défendu par une loi de transporter des figuiers hors du territoire d’Athènes, et ils appelaient _sycophante_ quiconque dénonçait ce genre de fraude. Or, comme on accusait souvent des gens qui n’étaient pas coupables, _sycophante_ devint insensiblement synonyme de calomniateur, d’imposteur, de fourbe et même d’hypocrite, parce que l’hypocrisie n’est qu’un mode de fourberie.
=SYNAGOGUE.=—_C’est une synagogue._
Les Juifs n’avaient qu’un seul temple qui était à Jérusalem, et dans l’intérieur duquel devaient s’accomplir toutes les cérémonies de leur culte. L’extérieur de ce temple se composait de portiques et de galeries. Les unes servaient de salles de séance au conseil général de la nation; les autres étaient le forum, la place publique, le lieu de réunion des habitants de Jérusalem, dans les temps ordinaires, et du peuple de toutes les tribus ou provinces, dans les fêtes et assemblées solennelles. Il est indispensable, dit M. Salvador, à qui j’emprunte cet article, d’avoir présente à l’esprit cette disposition religieuse, politique et matérielle des assemblées juives, et du temple juif, pour comprendre la plupart des formes des prophètes, et pour ne pas s’étonner de l’expression proverbiale _c’est une synagogue_, qui s’applique à toute réunion, à toute assemblée, et les exemples n’en sont pas rares de nos jours, où il y a des murmures, du bruit, de la confusion.
Observons que le nom de _synagogue_, qui désigne l’assemblée des Juifs, n’est pas d’origine juive. Il est venu, comme son synonyme le nom d’église, de la langue grecque, où l’un et l’autre signifient congrégation, assemblée.
_Enterrer la synagogue avec honneur._
Se soutenir jusqu’au bout, malgré les dégoûts et les obstacles, terminer une affaire, une entreprise par quelque chose de remarquable.—On trouve dans la satire Ménippée, _assurer la synagogue_, pour dire assurer le succès d’une faction.
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=TABLATURE.=—_Donner de la tablature à quelqu’un._
Le mot _tablature_ désigne la totalité des lettres et des signes dont on se servait pour écrire la musique, avant l’invention des notes, et dont se servent encore beaucoup de compositeurs allemands pour écrire des morceaux à plusieurs parties. Comme cette méthode offrait d’assez grandes difficultés, elle fit naître la locution _donner de la tablature à quelqu’un_, c’est-à-dire lui donner de la peine, de l’embarras, _du fil à retordre_.
=TABLE.=—_La table est l’entremetteuse de l’amitié._
A table les haines s’éteignent, les inimitiés cessent et l’amitié se resserre davantage. C’est une vérité que Minos et Lycurgue avaient reconnue lorsqu’ils établirent des repas de confraternité. Aristée regardait comme contraire à la sociabilité la coutume des Égyptiens, qui mangeaient séparément et n’avaient jamais des festins communs.
_On ne vieillit point à table._
Les uns ont attribué ce proverbe à madame de Thianges, que madame de Sévigné nous a représentée se mettant à table en personne persuadée qu’on n’y vieillit point; les autres en ont fait honneur au célèbre gourmand Broussin; mais ce proverbe était usité en France et en Italie longtemps avant l’époque à laquelle on prétend qu’il est né. Peut-être fut-il présent à l’esprit du trouvère qui imagina de placer la fontaine de Jouvence dans le pays de Cocagne.
Laurent Joubert, dans le _Ramas de propos vulgaires_ qu’on trouve à la suite de son livre des _Erreurs populaires_, édition de 1579, fait cette question qu’il ne résout point: _Pourquoi dit-on qu’on ne vieillit point à table ni à la messe?_—Je crois que la _messe_ a été réunie à la _table_ dans le proverbe, à cause des repas nommés agapes, que les Chrétiens fesaient dans l’église après le sacrifice divin. _Mensas faciebant communes, et peracta synaxi post sacramentorum communionem inibant convivium_ (_Chrysostomi Homelia_ XXVII).—Plusieurs étymologistes pensent que le mot messe est dérivé de _mensa_, mense ou table, et que la formule _ite, missa est_, fut primitivement _ite mensa est_; _mensa_, disent-ils, devint _messa_, et _messa_ fut changé en _missa_ par deux effets successifs de la prononciation qui adoucissait ou supprimait le _n_, et qui donnait à l’_e_ le son de l’_i_.
_Point de mémoire à table._
C’est le proverbe antique _odi memorem compotorem_. _Je hais un convive qui a de la mémoire._—Il était défendu chez les Grecs de rien révéler de ce qui se passait dans les festins, afin que la crainte des indiscrétions n’y vint pas comprimer les libres épanchements de la gaieté; et lorsqu’ils étaient réunis dans la salle du banquet, le plus âgé des convives montrait la porte aux autres en leur disant: Souvenez-vous qu’aucune parole ne doit sortir par cette porte. Cet usage avait été introduit primitivement à Sparte par une loi de Lycurgue.
=TARARE.=—_Tarare-pon-pon._
_Tarare_ est une onomatopée du bruit de la trompette, et pon-pon en est une de celui du tambour. On se sert de cette expression pour se moquer de quelqu’un qui étale de la vanité dans un récit, dans des projets, ou pour foire entendre à quelqu’un qui menace qu’on ne le craint ni à pied ni à cheval.
=TARGE.=—_N’avoir ni écu ni targe._
C’est n’avoir pas le sou.—La _targe_, dit Le Duchat, était une petite monnaie du duché de Bretagne, ainsi appelée parce qu’elle portait sur son revers, au lieu de l’écu ordinaire des armoiries, l’empreinte d’une _targe_, espèce de bouclier presque carré. Cette expression, presque inusitée aujourd’hui, a été employée par Villon.
=TARTUFFE.=—_C’est un tartufe._
A quelle idée le nom de tartufe fait-il allusion? Les opinions sont divisées sur ce point. _Tartufo_, en italien, signifie truffe. On raconte que, dînant avec un _monsignor_ de la suite du légat, Molière fut si frappé de l’accent de sensualité que ce béat mettait à prononcer le mot _tartufo_, qu’il en fit le nom caractéristique de son faux dévot, auquel il avait donné d’abord le nom de Panuphle.—Le Duchat, dans ses notes sur Ménage, prête à ce nom une étymologie plus savante; _truffer_, dans l’ancien langage, était synonyme de tromper: _comment vous savez bien vous truffer des pauvres gens_, dit en effet Panurge à Dindenaud. De plus, dans l’ancien langage aussi, on disait _tartuffe_ pour _truffe_. Ce savant part de là pour insinuer que Molière, en appelant son faux dévot _tartufe_, a voulu indiquer que la pensée d’un hypocrite n’est pas plus facile à découvrir que les truffes. Il y a de mauvaises étymologies tirées de moins loin.—Quoi qu’il en soit, tartufe a pris, sous la plume de Molière, une valeur spéciale. Ce nom est devenu usuel, non seulement parce qu’il a été créé par un homme de génie, mais parce qu’il manquait à la langue (A. V. Arnault).
=TEMPLIER.=—_Boire comme un templier._
Cet adage, dit M. Raynouard, n’a été imaginé que longtemps après la destruction des templiers. Il ne se trouve point dans les recueils des anciens proverbes français, et il ne prouve pas davantage contre les chevaliers que l’adage, sans doute plus ancien, _bibere papaliter, boire comme un pape_, ne prouve contre les pontifes romains.—J’adopte l’opinion de M. Raynouard, et j’ajoute que boire _comme un templier_ a dû peut-être son origine au passage suivant qu’on lit dans le _Mode de réception des chevaliers du Temple_, ancien manuscrit de la bibliothèque Corsini, imprimé à Rome, en 1786: «De nostre religion vous ne véés qui l’escorche qui est par defors; car l’escorche si est que vos nos véés avoir biaus chevaus et biaus harnois, et _bien boivre_ et bien mangier et bèles robes.» L’expression _bien boivre_ qui autrefois, comme le remarque le savant Baluze, signifiait vivre dans l’aisance, aura été prise dans le sens de faire débauche de vin.
Feydel pense que le mot _templier_ a été substitué à _temprier_, lequel, inusité maintenant, avait autrefois plusieurs significations, et désignait aussi l’artisan que nous nommons verrier. En effet, les ouvriers qui soufflent le verre sont obligés, par état, ainsi que les gouverneurs de hauts-fourneaux, les forgerons à martinet, de boire souvent, afin de remplacer leurs sueurs continuelles.
=TEMPS.=—_Le temps perdu ne se répare jamais._
Napoléon étant allé un jour visiter une école, dit en sortant aux élèves, dont quelques-uns avaient été interrogés par lui: «Jeunes gens, souvenez-vous bien que chaque heure du temps perdu est une chance de malheur pour l’avenir.» Mot remarquable d’un homme qui connaissait toute la valeur du temps.
_La plus belle épargne est celle du temps._
Proverbe qui paraît pris de cette pensée de Théophraste: «La plus forte dépense qu’on puisse faire, est celle du temps.» _Ménagez le temps, car la vie en est faite_, disait le bonhomme Richard.
Il n’y a pas d’homme qui ne perde au moins un quart-d’heure par jour, et cette perte ne paraît rien. Cependant elle est fort grande, car en employant bien ce quart-d’heure répété, on pourrait faire quelque chose qui donnerait à la fois honneur et profit. Un fait va le prouver: On raconte que le chancelier Daguesseau, habitué à se rendre dans la salle à manger aussitôt qu’on l’avertissait pour dîner, ayant reconnu que sa femme le fesait attendre régulièrement cinq minutes, prit le parti d’arriver au même instant qu’elle, et composa un de ses ouvrages dans le temps qu’il gagna par ce moyen.
La vie n’est pas composée d’un assez grand nombre de quarts-d’heure pour qu’on en puisse perdre un chaque jour. Elle n’est qu’un point imperceptible dans le temps, et le temps tout entier est lui même assez borné. Savez-vous bien qu’il n’y a pas un milliard de minutes que le Christ a paru sur la terre pour apprendre aux hommes à faire le meilleur usage du temps qu’ils perdent avec tant d’insouciance?
_Qui a temps, a vie._
Pour signifier qu’il n’y a pas d’affaire si désespérée à laquelle le temps ne puisse porter remède; que le temps est le véritable élément du succès en toutes choses.
L’histoire présente mille traits à l’appui de ce proverbe. En voici un qui n’est pas moins suprenant que singulier. Un roi maure de Grenade, nommé Mahomet IX, fesait garder depuis plusieurs années dans un château-fort, à deux lieues de cette ville, son frère aîné Joseph III, qu’il avait détrôné; étant sur le point de mourir, il ne voulut point laisser à son jeune fils un trône menacé par la vie d’un prince dont les partisans recommençaient à s’agiter. Il ordonna à un officier de ses gardes d’aller couper la tête du prisonnier et de la lui apporter. Joseph jouait aux échecs lorsque ce messager de mort vint lui notifier sa sentence. Il eut recours aux supplications les plus touchantes pour en faire suspendre l’exécution pendant quelques heures, et il parvint à obtenir le temps d’achever sa partie. On croira sans peine qu’il mit tous ses soins à la prolonger. Pendant qu’il était occupé à jouer si gros jeu, des cris se firent entendre tout à coup à la porte de sa prison, et lui apprirent que ses partisans l’avaient fait élire successeur du roi qui venait d’expirer; de sorte que ce peu de temps, obtenu par ses prières, l’arracha des mains de la mort et lui donna une couronne.
=TENDRESSE=.—_Tendresse maternelle Toujours se renouvelle._
Ce charmant proverbe qui est aussi allemand, _Mutterlub! ist immer neu_, s’explique très bien par cette pensée, aussi délicate qu’ingénieuse, _le cœur d’une mère est le chef-d’œuvre de l’amour_.
Une mère, vois-tu, c’est là l’unique femme Qui nous aime toujours, A qui le ciel ait mis assez d’amour dans l’ame Pour chacun de nos jours. (M. LATOUR.)
Il a paru en 1803, à Zurich, une collection de gravures d’après les dessins originaux de J. Martin Ustéri, dans lesquelles ce proverbe est développé d’une manière très intéressante. Les explications placées à côté de chaque estampe ajoutent un nouveau prix à cette collection, qui est devenue le sujet d’un petit roman sentimental publié depuis à Paris.
=TENIR.=—_Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras._
La possession d’un bien présent vaut mieux que la promesse ou l’espérance de deux biens qui sont incertains. Les anciens disaient: _Il vaut mieux avoir l’œuf aujourd’hui que la poule demain._
=TENTATION.=—_Le plus sûr moyen de vaincre la tentation, c’est d’y succomber._
Proverbe favori de la présidente Drouillet, qui passe pour l’avoir formulé. Il n’a rien de surprenant dans la bouche d’une femme galante; mais on doit s’étonner d’en trouver l’équivalent dans les écrits d’un philosophe. Helvétius a osé dire: «En s’abandonnant à son caractère, on s’épargne du moins les efforts inutiles qu’on fait pour y résister.» C’est absolument le principe des Manichéens, qui prétendaient dompter la chair en l’assouvissant, faire taire le monstre en emplissant la gueule aboyante, suivant l’expression de M. Michelet.
=TERRE.=—_Bonne terre, mauvais chemins._
Les chemins sont presque toujours mauvais dans les grasses terres. De là ce proverbe, dont le sens figuré est que la plupart des avantages sont mêlés de quelques inconvénients.
_Qui terre a, guerre a._
Qui a du bien, est sujet à avoir des procès.
_Il n’y a pas de terre sans voisin._
Avis aux ambitieux qui voudraient tout avoir, parce qu’ils croient n’avoir rien s’ils n’ont tout.
Ce proverbe se trouve dans _l’Ane d’Or_ d’Apulée, liv. IX, où l’un des trois frères que le mauvais riche fait périr, pour s’emparer de leur champ, lui adresse, en expirant, ces paroles: _Scias, licet privato suis possessionibus paupere, fines usque et usque proterminaveris, habiturum te tam en vicinum aliquem._ Sache que tu as beau étendre les limites de tes terres, en dépouillant le pauvre de son héritage, il faudra toujours que tu aies quelque voisin.
On raconte que Louis XIV, pendant qu’il fesait agrandir le parc de Versailles, ayant vu un paysan qui, au lieu de travailler, restait appuyé contre un arbre, lui demanda à quoi il pensait, et en reçut cette réponse: Je pense, sire, que vous avez beau agrandir votre parc, _vous aurez toujours des voisins_. J.-B. Rousseau a rimé ainsi cette anecdote dans une ode adressée au comte de Sinzindorf (Ode 7, liv. III):
Écoutez la leçon d’un Socrate sauvage Faite au plus puissant de nos rois. Pour la troisième fois du superbe Versailles Il fesait agrandir le parc délicieux. Un peuple harassé de ses vastes murailles Creusait le contour spacieux. Un seul, contre un vieux chêne appuyé, sans mot dire, Semblait à ce travail ne prendre aucune part. A quoi rêves-tu donc, dit le prince?—Hélas! sire, Répond le champêtre vieillard, Pardonnez; je songeais que de votre héritage Vous avez beau vouloir élargir les confins: Quand vous l’agrandiriez trente fois davantage, Vous aurez toujours des voisins.
_Tant vaut l’homme, tant vaut la terre._
C’est l’industrie, l’intelligence du propriétaire qui fait valoir plus ou moins la propriété; c’est en proportion de sa capacité personnelle, que chacun réussit dans son état.
=TÊTE.=—_Grosse tête peu de sens._
Ce proverbe est le pendant de celui-ci: _En petite tête gît grand sens._ L’un et l’autre sont venus d’une opinion fort contestable d’Aristote, qui dit, dans un de ses problèmes (section 30), que les hommes qui ont la tête petite sont plus sages que ceux qui l’ont grosse. Voici le passage d’après la traduction latine: _Inter homines qui minori sunt capite prudentiores nascuntur quam qui sunt grandiori._
_Mal de tête veut repaître._
Le mal de tête est souvent un indice du besoin de l’estomac, et dans ce cas on l’apaise en mangeant.
_Ne savoir où donner de la tête._
Ne savoir comment se tirer d’embarras.—Métaphore prise des bêtes à cornes, qui, se voyant attaquées de plusieurs côtés à la fois, _ne savent où donner de la tête_; c’est-à-dire où frapper de la tête.
_Laver la tête à quelqu’un._
C’est lui faire une sévère réprimande.—«Celui qui _lave la teste à un autre_, dit Nicot, la lui frotte, tourne et retourne, et rebourse les cheveux, comme s’il le pelaudait; par ainsi, _laver la teste_ à quelqu’un, c’est aussi le traiter à la rigueur.»
Quand on emploie cette expression, il ne faut point oublier la convenance des idées, comme l’a fait Voltaire; dans ce vers de l’_Enfant prodigue_, justement critiqué:
Lavons la tête à ce large visage.
=TINTER.=—_Les oreilles ont dû lui tinter._
Cette expression, dont on se sert pour dire qu’on a beaucoup parlé de quelqu’un, est fondée sur la croyance superstitieuse que les absents, sur le compte desquels on tient des discours, en sont avertis par le tintement de leurs oreilles. _Absentes_, dit Pline le Naturaliste, _tinnitu aurium præsentire sermones de se receptum est_. Ces discours sont supposés favorables, si c’est l’oreille droite qui tinte, et défavorables, si c’est la gauche.
Les Romains, qui nous ont transmis cette superstition, l’avaient reçue des Grecs; on lit dans une lettre d’amour d’Aristénète: _Ton oreille ne résonnait-elle pas quand je parlais de toi en pleurant?_
=TINTOUIN.=—_Avoir du tintouin._
Avoir du souci, de l’inquiétude pour le succès de quelque chose.—Expression dérivée de la même source que la précédente.
=TISON.=—_Les tisons relevés chassent les galants._
Dicton fondé sur un usage très ancien, d’après lequel une jeune fille, lorsqu’elle voulait se débarrasser des poursuites d’un jeune homme qui la recherchait en mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait se cacher aussitôt qu’elle le voyait arriver, après avoir relevé les tisons du feu; signifiant par là sans doute, que l’un et l’autre ne devaient pas avoir un foyer commun.
Il se pratique encore aujourd’hui quelque chose d’analogue dans le département des Hautes-Alpes, où les belles congédient les galants, en leur présentant le bout non allumé d’un tison.
L’usage symbolique de notifier un refus de mariage en offrant aux yeux du prétendant les tisons relevés, c’est-à-dire, le foyer sans feu, donna lieu dans la suite à une superstition dont il reste encore quelque vestige. «Lorsqu’il y a une femme veuve ou quelque fille à marier dans une maison, dit le curé Thiers, et qu’elles sont recherchées en mariage, il faut bien se donner de garde de lever les tisons, parce que cela chasse les amoureux.» (_Traité des superst._, tome III, p. 455.)
=TOILE.=—_C’est la toile de Pénélope._
Expression usitée chez les Grecs et chez les Romains, en parlant d’une affaire qui recommence toujours et ne finit point.—On sait que Pénélope, obsédée par ses nombreux amants, qui voulaient la contraindre à choisir parmi eux un époux, à la place d’Ulysse qu’on croyait mort, leur promit de faire son choix aussitôt qu’elle aurait terminé une pièce de toile à laquelle elle travaillait, et fit durer l’ouvrage en défesant de nuit ce qu’elle avait fait pendant le jour.
_Vous parlez trop, vous n’aurez pas ma toile._
C’est ce qu’on dit à un babillard qui cherche à séduire par des beaux discours.—Allusion à un conte de vieille, que l’abbé Tuet rapporte ainsi, d’après Fleury de Bellingen: Une paysanne avait chargé son fils d’aller vendre au marché une pièce de toile, et comme il n’était pas bien fin, elle lui avait défendu de la vendre à un grand parleur, qui l’enjôlerait pour avoir la marchandise à bas prix. Ce benêt retint si bien sa leçon, qu’il ne trouva point d’acheteur qui ne parlât trop à son gré; car dès qu’on lui avait demandé _combien la toile_, et qu’il en avait dit le prix, si on lui répondait _c’est trop cher_, il répliquait à l’instant: _Vous parlez trop, vous n’aurez pas ma toile_, et renvoyait ainsi tout son monde.
Une autre version dit que ce Jocrisse, prévenu par sa mère d’éviter de faire marché avec des femmes bavardes, renvoya toutes celles qui se présentèrent, en leur disant: _Vous parlez trop, vous n’aurez pas ma toile_; et, comme il lui avait été recommandé de ne pas revenir sans s’être défait de sa marchandise, il l’offrit à une madone placée sur la route et la lui laissa, parce qu’elle ne parlait point.
=TOIT.=—_Prêcher une chose sur les toits._
C’est la divulguer, la rendre publique.—Cette expression, plusieurs fois employée dans l’Écriture-Sainte, est venue de ce que les grands édifices de la Judée étaient couverts par une plate-forme ou terrasse, sur laquelle on avait la liberté de monter, et du haut de laquelle on haranguait quelquefois le peuple. Le temple de Jérusalem n’était pas couvert autrement.
=TON.=—_C’est le ton qui fait la chanson_ ou _la musique_.
Pour signifier qu’il y a dans le langage, en certaines circonstances, un accent qui modifie le sens des mots et porte à l’oreille une expression différente; que c’est moins ce qu’on dit qui blesse que la manière dont on le dit.
=TONDU.=—_Je veux être tondu si..._
Cette espèce d’imprécation proverbiale est venue de l’usage où l’on était autrefois de dégrader un homme en le tondant. Dans les commencements de la monarchie, les serfs avaient la tête rase. On jurait sur ses cheveux, comme on jure aujourd’hui sur son honneur, et les couper à quelqu’un, c’était le déshonorer. En saluant une personne, rien n’était plus poli que de s’arracher un cheveu et de le lui présenter; c’était dire, qu’on lui était aussi dévoué que son esclave. Clovis s’arracha un cheveu et le donna à saint Germier, évêque de Toulouse, pour marquer à quel point il l’honorait; chaque courtisan fit le même présent à ce vertueux évêque, qui s’en retourna dans son diocèse enchanté, dit Saint-Foix, des politesses de la cour. (L’abbé Tuet.)
L’horreur des cheveux courts dura longtemps en France, parce qu’on tondait les hommes détenus dans les prisons ou condamnés par jugement à une déshonorante détention. Quand le comte de Saint-Germain, ministre sous Louis XV, voulut faire couper les cheveux aux soldats, l’armée fut sur le point de se révolter, et l’on fut obligé de lui laisser ses cheveux.
=TONNEAU.=—_Les tonneaux vides sont ceux qui font le plus de bruit._
L’origine et l’explication de ce proverbe se trouvent dans ce mot de Phocion: Les grands parleurs sont comme les vases vides qui résonnent plus que les pleins.
Les Grecs comparaient les grands bavards dont les paroles semblent renaître d’elles-mêmes, aux chaudrons de Dodone. Ces chaudrons d’airain, placés dans le temple, étaient disposés de telle sorte qu’en frappant sur le premier, le son se communiquait successivement jusqu’au dernier.
_Nec Dodonæi cessat tinnitus aheni._ (AUSONE.)
Les Latins disaient _tonitrua Claudiana_, non, comme on pourrait le croire, par allusion aux vers ampoulés et ronflants du poëte Claudien, mais par allusion à des machines de bronze, inventées par Claudius Pulcher, pour l’usage des théâtres, où on les agitait fortement, après les avoir remplies de cailloux, afin d’imiter le roulement du tonnerre.
Les Chinois disent: _les grosses cloches sonnent rarement._
=TONNER.=—_Tant tonne qu’il pleut._