Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française en rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues

Part 43

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Mot du poète grec Callimaque, bibliothécaire d’Alexandrie, qui disait aussi: _Un petit livre vaut mieux qu’un gros, parce qu’il contient moins de sottises._ Les deux propositions sont vraies en général, et elles s’expliquent très bien par ces pensées extraites de J.-J. Rousseau: «L’abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu’on a lu, on se croit dispensé de l’apprendre. Trop de lecture ne sert qu’à faire de présomptueux ignorants.... Tant de livres nous font négliger le livre du monde, ou, si nous y lisons encore, chacun s’en tient à son feuillet.—Celui qui aime la paix ne doit point recourir aux livres; c’est le moyen de ne rien finir. Les livres sont des sources de disputes intarissables...; les subtilités s’y multiplient; on y veut tout expliquer, tout décider, tout entendre. Incessamment la doctrine se raffine et la morale dépérit toujours plus.—J’ai cherché la vérité dans les livres, je n’y ai trouvé que le mensonge et l’erreur. J’ai consulté les auteurs, je n’ai trouvé que des charlatans qui se font un jeu de tromper les hommes, sans autre loi que leur intérêt, sans autre dieu que leur réputation.—Professeurs de mensonge, c’est pour abuser le peuple que vous feignez de l’instruire, et, comme ces brigands qui mettent des fanaux sur des écueils, vous l’éclairez pour le perdre.»

_Je crains l’homme d’un seul livre._

_Timeo virum unius libri._ Parce que l’homme qui s’est bien nourri de la lecture d’un seul livre, qui en possède bien toutes les parties, qui en a bien fécondé, bien développé toutes les idées par ses méditations, est un adversaire redoutable pour ceux qui voudraient argumenter avec lui sur les matières explicitement ou implicitement contenues dans ce livre qu’on suppose bon.

Il n’y a presque pas d’effets que ne puisse produire, presque pas d’obstacles que ne puisse surmonter le génie d’un homme, soit dans la vie active, soit dans la vie spéculative, quand il l’applique invariablement à un seul objet. Diderot a dit: «L’homme qui est tout à son métier, s’il a du génie, devient un prodige; et, s’il n’en a point, il s’élève par une application constante au-dessus de la médiocrité. Heureuse la société où chacun serait à sa chose, et ne serait qu’à sa chose! Celui qui disperse ses regards sur tout, ne voit rien ou voit mal.» (Sat. 1^{re}, _sur les caractères_.)

_J’y brûlerai mes livres._

Je mettrai tout en œuvre pour le succès de cette affaire.

Cette façon de parler, dit l’abbé Morellet, est une allusion à la folie d’un certain alchimiste qui, cherchant la pierre philosophale, après s’être ruiné en charbon, et n’ayant plus que le dernier coup de feu à donner pour obtenir le grand-œuvre, emploie à chauffer son fourneau jusqu’à ses livres, dont il ne doit plus avoir besoin.

=LOI.=—_Si veut le roi, si veut la loi._

Lorsque l’abolition du combat judiciaire eut rendu la connaissance et par conséquent l’étude des lois indispensable, les seigneurs, jusqu’alors juges dans leurs terres, désertèrent les tribunaux, et l’administration de la justice devint le partage des hommes de loi. Voilà l’origine de notre magistrature, et cette grande innovation ne remonte pas plus haut que les dernières années du XIII^e siècle. A cette époque, l’esprit de Grégoire VII animait encore ses successeurs, et les hauts barons s’agitaient pour reconquérir ce qu’ils avaient perdu sous les derniers règnes. A peine établi, le parlement lève sur toutes les classes de la société le glaive de la justice, en frappe indistinctement tout ce qui se montre hostile envers la couronne, et force l’épée des barons et la crosse des évêques à s’incliner devant la majesté du trône. Bientôt il ne reste en France qu’une seule autorité, l’autorité du roi, et le droit public des Français se concentre dans la maxime: _Si veut le roi, si veut la loi._

Loisel a interprété d’une manière constitutionnelle cette maxime de l’ancienne jurisprudence, en disant qu’elle signifie que le roi ne peut vouloir que ce que veut la loi; mais pour qu’elle présentât un pareil sens, il faudrait qu’elle eût ses deux termes déplacés, et que le conséquent fût l’antécédent: _Si veut la loi, si veut le roi_, signifierait le régime de la légalité; _si veut le roi, si veut la loi_, signifie le régime du bon plaisir.

=LONGIS.=—_C’est un Saint-Longis._

C’est-à-dire une homme plein de lenteur dans tout ce qu’il fait. Saint Longis, dont le nom seul a donné lieu à cette façon de parler, est le soldat qui perça d’un coup de lance le flanc droit du Sauveur crucifié, comme le disent les deux vers suivants, extraits d’une vie manuscrite de Jésus-Christ, et cités dans le glossaire de Carpentier.

Longis le coté droit ouvri Et sang et aigue s’en issi.

La tradition rapporte que ce soldat, s’étant fait chrétien, fut martyrisé à Césarée, en Cappadoce.

=LORIOT.=—_Compère Loriot._

Petit aposthème qui se forme au bord de la paupière et qui s’appelle ordinairement orgeolet ou orgelet, à cause de sa ressemblance avec un grain d’orge. Ce nom très singulier de _Compère Loriot_ est venu d’une vieille opinion dont il est parlé dans l’_Histoire naturelle_ de Pline (liv. XXX, ch. XI), et dans les _Symposiaques_ de Plutarque (liv. V, quest. VII). Ces deux auteurs ont prétendu que le regard du loriot est salutaire aux personnes attaquées de la jaunisse, attendu que cet oiseau a la propriété d’attirer et de recevoir par les yeux l’humeur bilieuse dont l’épanchement cause cette maladie. Or, comme une telle opinion a été fort accréditée autrefois en France, et comme on a cru aussi que l’orgeolet provenait de quelque émanation morbifique reçue par l’organe de la vue, on a été amené de là, par une transition naturelle, à la dénomination de _Compère Loriot_, employée d’abord pour désigner le malade et appliquée depuis au mal.

=LORRAIN.=—_Lorrain vilain, traître à Dieu et au prochain._

On prétend que ce dicton a été imaginé du temps de la ligue, par les partisans des Valois, contre les Guises, princes de la maison de Lorraine, qui voulaient usurper le trône, et qu’il ne concerne pas les Lorrains à qui on l’applique abusivement. Il est bien vrai qu’il fut très usité en ce temps, mais on peut croire qu’il existait antérieurement, et qu’il avait été fait pour les Lorrains en général, puisque d’autres dictons fort anciens leur reprochent de semblables défauts.

=LOUER.=—_Il ne faut pas louer un homme avant sa mort._

Parce qu’un homme, tant qu’il vit, est sujet à démentir les éloges dont il peut avoir été l’objet.—Ce proverbe est pris du passage suivant de l’_Ecclésiastique_ (ch. XI, v 30): _Ante mortem ne laudes hominem quemquam, quoniam in filiis suis agnoscitur vir_. _Ne louez aucun homme avant sa mort, car on connaît un homme par les enfants qu’il laisse après lui._

Le havamal des Scandinaves dit: _Louez la beauté du jour quand il est fini_.

Vauvenargues pense que le proverbe _Il ne faut pas louer un homme avant sa mort_, a été inventé par l’envie et a été adopté trop légèrement par les philosophes. Au contraire, dit-il, c’est pendant leur vie que les hommes doivent être loués, lorsqu’ils ont mérité de l’être: c’est pendant que la jalousie et la calomnie, animées contre leur vertu ou leurs talents, s’efforcent de les dégrader, qu’il faut oser leur rendre témoignage. Ce sont les critiques injustes qu’il faut craindre de hasarder, et non les louanges sincères.

Socrate voulait qu’on donnât des louanges aux hommes de bien, comme de l’encens aux dieux.

_Qui se loue s’emboue._

_Laus propria sordet._ _La propre louange pue._

Ce proverbe est du moyen-âge. Les anciens ne connaissaient pas la modestie, dans le sens que nous attachons à ce mot. Ils pensaient que chacun avait droit de se louer soi-même, personne ne pouvant mieux savoir que lui comment il voulait être loué, et que la voix qu’il se donnait était une voix de plus, et une voix qui comptait. Les hommes les plus célèbres de Rome se conformaient volontiers à ce principe. Cicéron mandait à Atticus: «Vous avez reçu l’histoire de mon consulat que j’ai écrite en grec; quand j’aurai achevé la même histoire en latin, je vous l’enverrai, et je vous en promets une troisième en vers, afin de faire mon panégyrique de toutes les manières possibles. Pourquoi attendrais-je que les autres me louent, puisque je m’en acquitte si bien moi-même?»

Ce franc amour-propre des anciens ne valait-il pas mieux que cette fausse modestie des modernes, qui a été si bien nommée par Labruyère, le dernier raffinement de la vanité.

=LOUP.=—_Avoir vu le loup._

Cette expression s’applique à un homme, pour signifier qu’il a vu le monde, qu’il est aguerri et expérimenté; mais elle s’applique à une femme pour lui reprocher une conduite déréglée. Dans ce dernier cas, c’est comme si l’on disait: cette femme est une _louve_; dénomination qu’on donnait autrefois aux prostituées, afin de les rendre odieuses par une comparaison convenable à leur vie brutale. On lit dans l’_Amphithéâtre sanglant_ par P. C., évêque de Bellay: «Ces malheureuses _louves_ (c’est-à-dire ces femmes débauchées) sont toujours prêtes à la curée et souffrent une faim canine de la chair humaine.» Les Latins employaient le mot _lupa_, _louve_, dans la même acception, comme on peut le voir dans le discours de Cicéron _pro Milone_. Acca Laurentia, qui allaita Romulus et Rémus, avait reçu cette qualification de ses voisins, à cause de la voracité de son appétit charnel. _Lupanar_ signifiait lieu de prostitution.

_Savoir la patenôtre du loup._

Lorsqu’on veut faire entendre à quelqu’un qui fait des menaces qu’on saura bien l’empêcher de les effectuer, on dit qu’on _sait la patenôtre du loup_, par allusion à une prière ainsi nommée à laquelle la superstition du moyen-âge attribuait la vertu d’éloigner les loups des bergeries. Voici cette singulière oraison telle que le curé Thiers l’a rapportée: «Au nom du Père + du Fils + et du Saint-Esprit +. Loups et louves, je vous conjure et charme: je vous conjure au nom de la très sainte et sur-sainte, comme Notre-Dame fut enceinte, que vous n’ayez à prendre ni écarter aucune des bêtes de mon troupeau, soit agneaux, soit brebis, soit moutons (on nomme les bestiaux que l’on veut préserver des loups), ni à leur faire aucun mal.» (_Traité des superstitions_, liv. VI, ch. 2.)

On croit encore à l’efficacité de la _patenôtre du loup_ dans plusieurs hameaux du département de l’Aveyron, et il y a de prétendus sorciers appelés _louvetiers_ qui, fesant métier de la dire, jouissent d’un grand crédit auprès de certains métayers.

_Enfant de loup, qui n’a jamais vu son père._

Lorsque les louves sont en chaleur, dit Buffon, ce qui arrive en hiver, plusieurs mâles suivent la même femelle et cet attroupement est sanguinaire, car ils se la disputent cruellement. Ils grondent, ils frémissent, ils se battent, ils se déchirent, et il arrive presque toujours qu’ils mettent en pièces celui qu’elle a préféré. De là cette expression proverbiale par laquelle on désigne un bâtard.

_Quand on parle du loup on en voit la queue._

Proverbe dont on fait l’application, lorsqu’il survient une personne au moment où l’on parle d’elle. Cette personne est probablement assimilée au loup, parce que sa présence inattendue déconcerte et fait taire, de même que l’apparition subite du loup produit un étonnement et une crainte qui coupent d’abord la parole. Mais pourquoi est-il question de la _queue_ du loup, au lieu de la tête qui semblerait plus convenablement rappelée? C’est peut-être parce que cet animal, qui aperçoit ordinairement l’homme avant d’en être aperçu, se détourne rapidement pour s’enfuir, et ne se laisse voir que par derrière, et peut-être aussi parce que le mot _queue_ forme une assonance, une sorte de rime, avec le mot _leu_ (loup), qui figura primitivement dans le proverbe.

Les Latins disaient: _Lupus est in fabulâ_. _Le loup est dans le discours._ Ce qui doit être fondé sur la même raison que le proverbe français. Cependant il y a des parémiographes qui prétendent que _lupus in fabulâ_ signifie proprement _le loup dans la comédie_, et fait allusion à une antique tradition romaine qui rapporte qu’un jour où l’on représentait, en plein air, sur le bord du Tibre, une pièce de théâtre, dans laquelle il s’agissait de Romulus et de Rémus allaités par une louve, on vit paraître un loup qui étonna comme un prodige, les spectateurs interdits. Mais ce fait est évidemment apocriphe, et ce qui prouve que _fabula_ doit se traduire ici par _discours_, et non par _comédie_, c’est qu’on trouve dans Plaute et dans d’autres auteurs: _Lupus est in sermone_.

Le peuple parisien n’emploie guère que dans une acception de blâme le proverbe _Quand on parle du loup on en voit la queue_. Toutes les fois qu’il veut montrer de la politesse ou s’exprimer dans un sens d’éloge, il ne manque pas d’y substituer une de ces phrases poétiques: _Quand on parle du soleil on en voit les rayons_.—_Quand on parle de la rose on en voit le bouton._

_A chair de loup dent de chien._

Proverbe qui s’applique dans le même sens que: _A rude âne rude ânier_.—_A méchant méchant et demi._ Les Danois disent très originalement: _Dur contre dur, s’écriait le diable en opposant son derrière au tonnerre_.

_Il faut hurler avec les loups._

Il faut s’accommoder aux mœurs, aux manières des gens avec lesquels on vit, avec lesquels on se trouve lié, quoiqu’on ne les approuve point.—Ce proverbe correspond au proverbe latin qu’on trouve dans les _Bacchides_ de Plaute (act. IV, vers 10): _Versipellem frugi convenit esse hominem pectus cui sapit_. _Il convient qu’un homme sage et avisé change quelquefois de peau_; mot à mot, devienne _versipellis_. Les Latins entendaient par _versipellis_ le loup-garou, c’est-à-dire l’homme à qui la superstition populaire attribue le pouvoir de se transformer en loup, et de revenir ensuite à sa première forme. Ainsi quand on dit: _Il faut hurler avec les loups_, c’est à peu près comme si l’on disait: _Il faut savoir se faire loup-garou_.

=LOYER.=—_Qui sert et ne persert, son loyer perd._

Ce proverbe est le même que celui-ci: _Qui sert et ne continue, sa récompense est perdue_. L’un et l’autre sont fondés sur une ancienne coutume d’après laquelle les domestiques qui s’étaient loués pour un temps n’avaient droit à aucune partie de leurs gages, s’ils venaient à quitter leur service avant l’expiration du temps convenu. Leur sens moral est qu’on n’obtient rien sans la persévérance.

=LUCE.=—_A la Sainte-Luce, les jours croissent du saut d’une puce._

L’année solaire se compose de 365 jours et 6 heures moins 11 minutes. Dans la correction faite au calendrier, sous Jules César, on négligea de tenir compte de ces onze minutes qui, étant employées de trop, tous les ans, avaient formé dix jours[61], vers la fin du seizième siècle. Comme il en résultait, dans l’office ecclésiastique un dérangement qui, croissant toujours, aurait fini par dérouter tous les calculs, le pape Grégoire XIII ordonna de passer du 5 octobre au 15 du même mois, en supprimant ces dix jours dans l’année 1582, qui n’en eut ainsi que 355, ce qui la fit surnommer _la petite année_. Avant cette suppression, par laquelle l’année civile fut mise en harmonie avec l’année solaire, les jours diminuaient jusqu’au onze décembre, dont la nuit était la plus longue de toutes, comme l’atteste cette épigramme d’Owen:

_Nupsisti undecimo cur, Pontiliana, decembris? —Nulla magis nox est longa diesque brevis._

Pourquoi, Pontiliana, vous êtes-vous mariée le onze décembre?—C’est qu’il n’y a pas de nuit plus longue, ni de jour plus court.

Par conséquent les jours recommençaient à augmenter le treize décembre, qui correspondait alors, comme le vingt-trois aujourd’hui, au lendemain du solstice d’hiver, et c’est même ce qui avait fait choisir le treize pour l’anniversaire de la fête de sainte Luce, à cause de l’analogie de ce nom avec le mot latin _lux_, lumière. Ainsi le proverbe, qui est faux maintenant, était vrai autrefois, et le poète Passerat avait raison de dire:

Heureux jour de Sainte-Luce, Qui croît du saut d’une puce, Raccourcissant les ennuis Qu’apportent les longues nuits.

=LUNE.=—_Aboyer à la lune._

Crier contre une personne à qui on ne peut nuire, faire des menaces impuissantes. Métaphore prise des chiens qui, d’après une opinion populaire, aboient contre la lune dont l’éclat les blesse. _Quo plus lucet luna, magis latrat molossus._ _Plus la lune brille, plus le mâtin aboie._

_La lune n’a rien à craindre des loups._

C’est aussi une opinion populaire que les loups ne peuvent souffrir la clarté de la lune, et qu’ils poussent des hurlements à sa vue. De là le proverbe traduit du latin, _luna tuta à lupis_, pour marquer l’impuissance des critiques et des envieux contre un mérite supérieur. Ce proverbe, dans le moyen-âge, s’appliquait particulièrement aux impies vainement déchaînés contre l’Église, dont la lune est le symbole mystérieux.

_Poltron comme la lune._

C’est sans doute parce qu’elle se cache derrière les nuages que la lune est devenue le type de la poltronnerie. Mais si elle se cache, du moins elle n’a jamais reculé, et le soleil ne peut en dire autant. Toutefois il faut avouer que, depuis sa reculade, il s’est tenu constamment immobile à son poste.

_Changeant comme la lune._

Je n’ai pas besoin de faire sentir la justesse de cette comparaison. Il me suffira de citer l’apologue suivant, rapporté par Plutarque, dans _le Banquet des sept sages_ (ch. XLII): «La lune, un jour, pria sa mère de lui faire un manteau qui allât juste à sa taille. Eh! comment le pourrais-je, répondit la mère, puisque tu changes de taille toutes les semaines?»—Ce joli apologue sera certainement plus agréable aux lecteurs qu’un commentaire, et il leur donnera en même temps l’origine de cette autre expression proverbiale: _Cela lui va comme un manteau à la lune_, c’est-à-dire cela ne lui va pas du tout.

_Faire un trou à la lune._

C’est manquer à ses engagements, faire faillite.—D’où vient donc cette expression qui paraît déraisonnable? Car si l’effet qu’elle signale était produit par chaque faillite, le disque de la lune devrait nous apparaître comme une écumoire. Je crois qu’elle ne désigne pas le satellite de la terre, mais certain corps opaque qu’on appelle _la lune de Landernau_, et qu’elle est tout simplement une variante comique de cette autre expression, _facere bombum_ (_faire un pet_), employée pour dire, faire banqueroute. Si une telle explication, que je regarde comme la plus probable, n’était pas admise, je proposerais la suivante: autrefois le terme des contrats et des paiements était ordinairement fixé à la lune qui précède et détermine la fête de Pâques, avec laquelle commençait l’année, sous la troisième race de nos rois, jusqu’au règne de Charles IX. C’est pourquoi les débiteurs qui ne payaient pas plus à l’échéance de la pleine lune que s’il n’eût pas été pleine lune, ou qui déclinaient cette échéance par une banqueroute, furent supposés _faire une brèche_ ou un _trou à la lune_; et cette locution figurée fut bientôt dans toutes les bouches, parce qu’elle joignait à la singularité le mérite de rappeler un proverbe des anciens, qui disaient d’un homme ingénieux à chercher des expédients dilatoires, lorsqu’il devait accomplir ses promesses ou acquitter ses dettes: _Laconicas lunas causatur_. _Il allègue les lunes lacédémoniennes._

Ce proverbe des _lunes lacédémoniennes_ était venu de ce que la mauvaise foi des Lacédémoniens envers les autres peuples, prenait souvent pour prétexte un conseil donné par Lycurgue, de n’entreprendre aucune expédition militaire ni aucune affaire importante, tant que la lune n’était pas dans son plein.

_La lune annonce par sa pâleur la pluie, par sa rougeur le vent, et par sa blancheur la sérénité._

_Pallida luna pluit, rubicunda flat, alba serenat._

Ce proverbe est fondé sur l’expérience, et il est d’une vérité incontestable. Mais de ce que la lune, à ses différentes phases, indique des changements de temps, il ne faut pas conclure qu’elle les produise. Malgré l’opinion généralement répandue dans les campagnes à ce sujet, il n’y a point de raisons pour affirmer l’influence de la lune sur les vicissitudes de l’atmosphère, et il y en a beaucoup, au contraire, pour la révoquer en doute, tant qu’on n’aura pas prouvé par une longue suite d’observations que ces vicissitudes se distribuent avec précision sur les époques des points lunaires, conformément à leur nature et à celle de ces points. Que devient d’ailleurs l’influence de la lune dans les climats où le temps reste constamment le même pendant plusieurs mois?

_La lune de miel._

Le premier mois du mariage, où tout est douceur pour les époux. Expression prise de ce proverbe arabe: _La première lune après le mariage est de miel, et celles qui la suivent sont d’absinthe_.

=LUNEL.=—_Il est de Lunel._

Il est timbré, il est fou. Ancien dicton, rapporté par Le Duchat, et moins usité aujourd’hui que cet autre qui a la même signification: _Il a une chambre à Lunel_. Ces dictons n’ont pas d’autre fondement, sans doute, qu’une mauvaise allusion de _Lunel à la lune_, qui, d’après l’opinion populaire, exerce une malicieuse influence sur le cerveau et détermine les accès des maniaques, nommés pour cette raison _lunatiques_.

=LUNETTES.=—_Bonjour, lunettes; adieu, fillettes._

C’est-à-dire qu’il faut quitter l’amour, quand on commence à prendre les lunettes; ce qui arrive malheureusement à une époque de la vie où notre cœur est souvent en meilleur état que nos yeux, et où nous sommes d’autant plus à plaindre, qu’en amour tout nous abandonne, sans que nous voulions rien abandonner.

On dit aussi: _Les lunettes sont des quittances d’amour_.

=LURON.=—_C’est un luron._

«Ce mot très caractéristique, très populaire, sans être trop trivial, et que Désaugiers, toujours si correct, a souvent employé dans ses jolies chansons, ne se trouve dans aucun dictionnaire. Il y a plus: on ne lui connaît aucune analogie immédiate, et la lettrine _lur_, qui exprime une des racines les plus gracieuses et les plus fluides que puisse articuler la voix humaine, est tout à fait inusitée chez nous comme initiale. Je ne serais pas éloigné de croire que _luron_ est fait de ce mimologisme commun du chant et de la danse, de ce _trala deri dera_, qui supplée aux paroles, et quelquefois à la musique dans les fêtes joyeuses du peuple, et qui a fourni aux vieux chansonniers, entre autres gais refrains, _luron_, _lurette_ et _lalure_. Un luron ne demande qu’à chanter et à danser. _Ma lurette_ est devenu, dans ce sens, un nom de femme. Dans le langage grivois, on appelle une fille de mœurs suspectes, une _landarirette_, une _luronne_. Ménage n’aurait pas manqué de tirer _luron_ de l’italien _lurcone_, un homme de plaisir, un voluptueux, un gourmand. S’il n’avait pas l’origine que je lui attribue, je le chercherais plus volontiers dans les langues du nord. C’est à elles que nous devons son complément _godelureau_, littéralement un _bon lureau_, ou un _bon luron_. Nous avons conservé cette dernière expression en adoptant l’autre.» (M. Ch. Nodier.)

=LUSTUCRU.=—_C’est un lustucru._

Terme burlesque qui est formé des mots l’_eusses tu cru_, et qui s’emploie pour suppléer à un nom qu’on a oublié, quand on ne veut marquer aucune considération pour la personne qui porte ce nom. Le Roux dit qu’on traite de _lustucru_ un benet, un sot, un mari trompé.

Le mot _lustucru_ a été usité au féminin, si l’on en juge par un poème burlesque, intitulé _le Mariage de Lustucru_, et terminé par ces deux vers:

Et le pauvre _Lustucru_ Trouve enfin sa _lustucrue_.

=LYNX.=—_Avoir des yeux de lynx._

Au propre, c’est avoir la vue fort bonne; au figuré, c’est pénétrer les pensées, les secrets, les desseins des autres.—Cette expression nous est venue des anciens, qui attribuaient au lynx, animal dont les yeux sont très perçants, la faculté merveilleuse de voir à travers les murs.

M

=MAÇON.=—_J’aimerais mieux servir les maçons que de..._

On lit dans le _Blason des faulces amours_, par Guillaume Alexis: