Part 39
Ce proverbe est, dans l’application qu’on en fait, une critique déguisée sous la forme de la louange, une manière ironique d’excuser la sottise. Il est fondé sur cette vérité incontestable que l’auteur d’une hérésie doit allier à l’énergie du caractère l’exercice des facultés intellectuelles; car on ne remue point les hommes sans ces deux puissants leviers. M. de Châteaubriand, dans ses _Études historiques_, a très bien montré l’affinité des hérésies et des systèmes philosophiques: «L’hérésie, dit-il, cette branche gourmande du christianisme, ne cessa de pousser avec vigueur, et reproduisit de son côté le fruit philosophique dont le germe l’avait fait naître.» Il s’est rencontré dans cette pensée avec Tertullien et avec saint Jérôme. Le premier accusait les écrits de Platon d’avoir fourni la matière de la plupart des hérésies, et le second disait que les erreurs des hérétiques avaient toujours eu leur repaire dans les broussailles de la métaphysique d’Aristote.
=HÉRITIER.=—_Un troisième héritier ne jouit pas des biens mal acquis._
Ce proverbe est traduit de ce vers latin:
_De male quæsitis non gaudet tertius hæres._
Il a pour pendant cet autre proverbe: _Qui bien acquiert possède longuement_.
_N’est héritier que celui qui jouit._
Il ne faut compter sur un héritage que lorsqu’on le tient. Un autre proverbe dit: _Qui attend les souliers d’un mort, risque d’aller pieds nus_.
=HÉROS.=—_Il n’y a point de héros pour son valet de chambre._
On croit que ce proverbe a été inventé par le maréchal de Catinat, qui disait: _Il faut être bien héros pour l’être aux yeux de son valet de chambre_. La pensée qu’il exprime se trouve dans le passage suivant de Montaigne: «Tel a été miraculeux au monde à qui sa femme et son valet n’ont rien vu seulement de remarquable. Peu d’hommes ont été admirés par leurs domestiques. Nul n’a été prophète non-seulement en sa maison, mais en son pays, dit l’expérience des histoires.» (_Ess._, liv. III, c. 2.)
«Écoutez ceux qui ont approché autrefois de ces hommes que la gloire des succès avait rendus célèbres; souvent ils ne leur trouvaient de grand que le nom: l’homme désavouait le héros. Leur réputation rougissait de la bassesse de leurs mœurs et de leurs autres penchants; la familiarité trahissait la gloire de leurs succès. Il fallait rappeler l’époque de leurs grandes actions pour se rappeler que c’était eux qui les avaient faites.» (Massillon.)
La plupart des héros sont comme de certains tableaux, pour les estimer il ne faut pas les regarder de trop près. (La Rochefoucauld.)
Pour son siècle incrédule un héros n’est qu’un homme.
(M. de LAMARTINE.)
=HEUR.=—_Il n’y a qu’heur et malheur._
C’est-à-dire que le hasard décide de la plupart des choses. Les Grecs avaient un proverbe semblable, qu’Amyot a traduit ainsi:
Tous faits humains dépendent de fortune, Non de conseil ni de prudence aucune.
Plutarque, dans son _Traité de la fortune_, s’est attaché à démontrer la fausseté de ce proverbe, qui attribue tout au sort et ne laisse rien à la prudence. Cependant il est vrai de dire que la raison humaine est presque toujours en défaut, et que la fortune semble se moquer d’elle en donnant des résultats différents à des entreprises semblables; ce qui revient à la pensée de Juvénal, que de deux scélérats qui commettent le même crime l’un est mis en croix et l’autre élevé sur un trône,
_Multi_ _Committunt eadem diverso crimina fato. Ille crucem sceleris prelium tulit, hic diadema._
L’Ecclésiasle dit: _Vidi sub sole nec velocium esse cursum, nec fortium bellum, nec sapientium panem, nec doctorum divitias, nec artificum gratiam, sed tempus casumque in omnibus_ (c. IX, v. 2). _J’ai vu sous le soleil que le prix de la course n’est point pour les plus légers, ni la gloire pour les plus vaillants, ni le pain pour les plus sages, ni les richesses pour les plus habiles, ni la faveur pour les meilleurs ouvriers; mais que tout se fait par rencontre et à l’aventure._
«L’heur et le malheur sont à mon gré deux souveraines puissances. C’est imprudence d’estimer que l’humaine prudence puisse remplir le rôle de la fortune.» (Montaigne.)
=HEURE.=—_L’heure du berger._
L’heure, l’occasion favorable aux amants.—Ce nom de _berger_, employé comme synonyme d’amant, a été introduit dans notre langue par les pastorales galantes.
_L’heure du berger_ se prend aussi pour le temps propre à réussir en quelque chose que ce soit.—Danton, mécontent de la journée du 20 juin, où Louis XVI n’avait pas été assassiné, disait: _Ils ne savent donc pas que le crime a aussi son heure du berger._ Ce mot caractérise Danton.
_Chercher midi à quatorze heures._
Chercher des difficultés où il n’y en a point, allonger inutilement ce qu’on peut faire ou dire d’une manière plus courte, vouloir expliquer d’une manière détournée quelque chose de fort clair.—Cette locution est fondée sur la division du cadran en vingt-quatre heures, dont la première, commençant toujours une demi-heure après le coucher du soleil, qui varie progressivement, fait changer celle qui doit marquer le milieu du jour, en raison de la durée que comprend celle variation, de sorte que midi peut se trouver tour à tour de dix-neuf à quinze, mais jamais à quatorze heures. Une telle manière de mesurer le temps, encore usitée en Italie, le fut autrefois en France. Il s’est conservé plusieurs petites montres du XV^e siècle où les vingt-quatre heures sont exactement marquées.
On connaît les jolis vers de Voltaire pour servir d’inscription à un cadran solaire placé sur la façade d’une auberge:
Vous qui fréquentez ces demeures, Êtes-vous bien? tenez vous-y, Et n’allez point chercher midi A quatorze heures.
=HEUREUX.=—_N’est heureux que qui le croit être._
Le bonheur ne consiste guère que dans l’imagination. En général, la mesure du bonheur comme du malheur d’un homme, c’est l’idée qu’il en a.
_A l’heureux l’heureux._
La fortune vient ordinairement à celui qui est heureux: _In beato omnia beata_.
_Plus heureux que sage._
On assigne à ce dicton une origine mythologique qu’on fait remonter jusqu’à la fondation d’Athènes. Neptune, irrité que Minerve eût obtenu l’honneur, qu’il lui avait disputé, de donner un nom à cette ville, en maudit les habitants, et les voua au génie des mauvais conseils, pour les punir de ne s’être pas prononcés en sa faveur; mais la déesse corrigea le maléfice en mettant sous la protection de la fortune toutes les folles entreprises que son peuple adoptif pourrait former, et l’on dit dès lors de ce peuple: _Il est plus heureux que sage_. Ce qui s’applique aujourd’hui à tout homme qui réussit malgré ses imprudences.
_Heureux comme un roi._
Ce bonheur a peut-être existé dans les temps les plus reculés; mais Dieu sait ce qu’il est aujourd’hui. Il y a peu de malheurs qui ne lui soient préférables, et pourtant existe-t-il quelqu’un qui, une fois dans sa vie, n’ait envié le sort des rois?—Si j’étais roi, disait un petit pâtre, je garderais mes moutons à cheval.—Et moi, disait un autre, je mangerais de la soupe à la graisse dans une écuelle de velours. Ils pensaient aux bénéfices de la place et non à ses charges.
_Plus heureux qu’un enfant légitime._
On dit aussi _heureux comme un bâtard_, ce qui est la même chose. Les enfants issus d’unions prohibées sentent, de bonne heure, qu’ils doivent tirer toutes leurs ressources d’eux-mêmes, et ils s’accoutument aussi de bonne heure à faire tous leurs efforts pour échapper à l’état de délaissement et d’humiliation où la société semble vouloir les retenir. Rien ne les détourne de ce but; leur vie entière est une lutte opiniâtre contre les obstacles; leurs facultés acquièrent beaucoup de force et d’énergie sous l’impulsion du besoin; ils finissent par sortir vainqueurs de ces épreuves, et deviennent quelquefois des hommes célèbres. Alors la fortune les adopte et leur donne de grandes destinées. L’histoire dépose de cette vérité, consacrée jusque dans la fable, par l’exemple de tant de dieux et de héros. Bacchus, Hercule, Romulus, etc., avaient une origine entachée de bâtardise. Il en était de même de Guillaume, qui conquit l’Angleterre; de Dunois, qui délivra la France, et d’une foule d’autres guerriers illustres, tels que le duc de Vendôme, le duc de Berwich, le maréchal de Saxe, etc. C’est probablement de là que sont nées les deux expressions proverbiales. Il se peut aussi, dit M. A. V. Arnault, que le sens de ces expressions soit venu de ce que, privés de parents, mais exempts de maîtres, les bâtards sont placés, par leur malheur même, plus près de l’indépendance que le commun des hommes. En songeant à ce malheur là plus d’un légitime, impatient du joug, a pu s’écrier: _heureux comme un bâtard_.
_On ne doit appeler personne heureux avant sa mort._
Mot de Solon à Crésus.—«Cet adage semble rouler sur de bien faux principes. On dirait, par une telle maxime, qu’on ne devrait le nom d’heureux qu’à un homme qui le serait constamment depuis sa naissance jusqu’à sa dernière heure. Cette série de moments agréables est impossible par la constitution de nos organes, par celle des éléments, de qui nous dépendons, par celle des hommes, dont nous dépendons davantage: prétendre être toujours heureux est la pierre philosophale de l’ame. C’est beaucoup pour nous de n’être pas longtemps dans un état triste; mais celui qu’on supposerait avoir toujours joui d’une vie heureuse et qui périrait misérablement, aurait certainement mérité le nom d’heureux jusqu’à sa mort, et on pourrait prononcer hardiment qu’il a été le plus heureux des hommes. Il se peut très bien que Socrate ait été le plus heureux des Grecs, quoique des juges superstitieux et absurdes ou iniques, ou tout cela ensemble, l’aient empoisonné juridiquement, à l’âge de soixante-dix ans, sur le soupçon qu’il croyait un seul Dieu. Cette maxime philosophique tant rebattue, _nemo ante obitum felix_, paraît donc absolument fausse en tous sens, et si elle signifie qu’un homme heureux peut mourir d’une mort malheureuse, elle ne signifie rien que de trivial.» (Voltaire, _Dict. phil._, art. HEUREUX.)
«A mon advis, c’est le vivre heureusement, et non, comme disait Anthisthènes, le mourir heureusement, qui fait l’humaine félicité.» (Montaigne, _Ess._, liv. III, c. 2.)
=HEURTER.=—_On se heurte toujours où l’on a mal._
Il n’en est pas ainsi sans doute, car on prend des précautions; mais il semble qu’il en soit ainsi, parce que les moindres coups reçus à un endroit sensible sont des coups qui comptent, tandis qu’ailleurs ils passent inaperçus.
=HIC.=—_Voilà le hic._
Les lecteurs d’une pièce manuscrite ou imprimée, dans les temps voisins de l’imprimerie, mettaient souvent à côté des endroits remarquables le monosyllabe _hic_, abrégé de _hic sistendum, hic advertendum_ (ici il faut s’arrêter, faire attention), et cet usage, étant devenu familier, a amené fort naturellement la façon de parler proverbiale: _c’est là le hic_; c’est là la principale difficulté de l’affaire, l’argument le plus fort de la cause. (L’abbé Morellet.)
=HIRONDELLE.=—_Une hirondelle ne fait pas le printemps._
Il n’y a point de conséquence à tirer d’un seul exemple. Ce proverbe est la traduction littérale d’un proverbe latin qui est littéralement traduit d’un proverbe grec cité par Aristote. (_Morale_, liv. I.)
_Hirondelles de carême._
On appelait ainsi, dit M. Saignes, les sœurs de Sainte-Claire, religieuses qui fesaient vœu de pauvreté, et qui voyageaient tous les ans pour recueillir les aumônes des fidèles, parce qu’elles étaient, comme les hirondelles, vêtues de noir et de blanc, et qu’elles quittaient leurs couvents au commencement du carême. Elles paraissaient avec le printemps, dont l’une d’elles était toujours l’image. Elles voyageaient par couples solitaires; leur nid était dans les abbayes, les prieurés, les presbytères. Elles revenaient fidèlement aux lieux qui les avaient accueillies; leur robe noire, leur colerette blanche, leur teint vermeil et leurs yeux piquants en fesaient un des plus jolis oiseaux de nos climats. Le vent de la révolution a détruit leurs asiles, et ce n’est pas une des moindres pertes que nous ayons à regretter.
=HOC.=—_Cela m’est hoc._
Cela m’est assuré.—Cette expression a été employée par La Fontaine dans la fable 8^e du liv. V:
Oh! que n’es-tu mouton! _car tu me serais hoc._
Elle est venue, suivant Ménage, du jeu appelé le _hoc_, dans lequel on dit _hoc_, en jouant certaines cartes qui font gagner. L’abbé Morellet pense qu’elle a une origine plus ancienne, fondée sur le fait bien connu de la distinction des deux parties de la France, l’une en deçà, l’autre au delà de la Loire, en langue _d’oil_ et en langue _d’hoc_, c’est-à-dire en deux pays, dans l’un desquels, pour exprimer le contentement, on disait _oil_, tandis que dans l’autre on disait _hoc_. (_Oil_ et _hoc_ signifient _oui_.) De là, ajoute-t-il, il a été tout naturel de dire _cela vous est hoc_, pour je vous accorde ce que vous demandez, tenez-vous en sûr; j’y consens, je dis _hoc_[54].
=HONNEUR.=—_L’honneur est le loyer de la vertu._
C’est-à-dire le prix, la récompense de la vertu. Ce proverbe est littéralement traduit des paroles suivantes de saint Cyrille, rapportées par Stobiée: μιϚθὸς ἀρετὴς ἔπαινος
Trop tard, hélas! la gloire arrive, Et toujours sa palme tardive Croît plus belle sur un cercueil. (FONTANES.)
_Les honneurs changent les mœurs._
_Honores mutant mores et non sæpe in meliores._
Plutarque (_Vie de Sylla_, c. 64) rapporte que ce proverbe fut fait pour Sylla qui, dans sa jeunesse, s’étant montré d’un caractère jovial, doux et compâtissant, devint, pendant sa dictature, sévère, cruel, implacable.
Jean de Meung, dans le _Roman de la Rose_, soutient que les honneurs ne changent pas les mœurs, qu’ils ne font que les démasquer;
Car honneurs ne sont pas muance, Ains sont signes de démonstrance Quels mœurs en eulx devant avoient Quant ès petits estats estoient.
Philippe II, roi d’Espagne, disait que peu d’estomacs étaient capables de digérer les grandes fortunes, et qu’une mauvaise nourriture n’engendrait pas tant de corruption dans les corps que les honneurs dans les esprits mal faits.
C’est beaucoup tirer de notre ami, dit La Bruyère, si, étant monté en faveur, il est encore un homme de notre connaissance.
_Il villano nobilitato non cognosce suo padre._ Le vilain anobli ne connaît pas son père.
=HONNI.=—_Honni soit qui mal y pense._
Suivant une tradition vulgaire, mais qui n’est appuyée d’aucune autorité ancienne, la comtesse Alix de Salisbury, dans un bal donné à la cour d’Édouard III, roi d’Angleterre, laissa tomber en dansant le ruban bleu qui attachait un élégant bas de chausse qu’on portait alors. Le monarque s’empressa de le ramasser, et ayant vu sourire plusieurs courtisans, qui n’avaient pas l’air de croire que cette faveur fût due au simple hasard, il dit à haute voix: _Honni soit qui mal y pense_. Et comme tout événement susceptible d’une tournure galante était célébré avec éclat parmi les guerriers de cette époque, le prince, en mémoire de celui-ci, institua l’ordre de la jarretière, auquel il donna pour devise les mots qu’il avait prononcés. Cette origine, quelque frivole qu’elle paraisse, n’est pas incompatible avec les mœurs de ce siècle (1349), et il est difficile, en effet, de rendre raison autrement de la devise et du signe particulier de la jarretière, ni l’un ni l’autre n’ayant aucun rapport sensible à des coutumes et à des ornements militaires de ce temps[55].
Le duc d’Orléans, père du roi Louis-Philippe, avait fait inscrire, dit-on, dans ses écuries la devise de l’ordre de la jarretière, en changeant l’orthographe du dernier mot: _Honni soit qui mal y_ PANSE.
=HONTEUX.=—_Il n’y a que les honteux qui perdent._
Il ne faut pas se laisser dominer par une mauvaise honte; faute de hardiesse et de confiance, on manque de bonnes occasions. _Honte fait dommage_, dit un autre proverbe.
_Jamais honteux n’eut belle amie._
En amour il faut être entreprenant. Les honteux ne gagnent rien auprès des femmes; elles sont comme le paradis, qui veut qu’on lui fasse violence, suivant l’expression de l’Évangile: _Vim patitur regnum cœlorum_.
=HORLOGE.=—_Il est plus difficile d’accorder les philosophes que les horloges._
Ce proverbe est une phrase retournée de Sénèque, qui a dit dans son Apocoloquintose, en parlant de la mort de l’empereur Claude: «Je ne puis vous apprendre l’heure précise de cet événement; il sera plus facile d’accorder les philosophes que les horloges. _Horam non possum tibi certam dicere: facilius inter philosophos quàm inter horlogia conveniet._»
Charles-Quint, retiré dans un monastère d’Hiéronimites, à Saint-Just, en Estramadure, après avoir abdiqué l’empire, avait toujours sur sa table une trentaine d’horloges de poche, ou montres, auxquelles il voulait faire marquer la même heure[56]. Comme il ne pouvait y réussir, il s’écriait: «Quoi, cela m’est impossible! et quand je régnais j’ai pu croire que je ferais penser mes sujets de la même manière en matière de religion! O mon Dieu! quelle était donc ma folie!» Un domestique entre étourdiment dans sa cellule, renverse la table et brise les montres. Charles se prend à rire, et lui dit: Plus habile que moi, tu viens de trouver le seul moyen de les mettre d’accord.
=HOROSCOPE.=—_L’horoscope des trois papes._
Un docteur de Louvain, tirant l’horoscope de trois ecclésiastiques en même temps, leur prédit à tous trois qu’ils seraient papes, et ils le furent en effet: c’est ce qu’on appelle _l’horoscope des trois papes_ (Léon X, Adrien VI et Clément VII). L’astrologie peut tirer vanité de cette prédiction, à laquelle croira qui voudra.
=HOTE.=—_Qui compte sans son hôte compte deux fois._
On se trompe ordinairement quand on compte sans celui qui a intérêt à l’affaire, quand on espère ou qu’on se promet une chose qui ne dépend pas absolument de soi.—Les fréquents démêlés des voyageurs avec leurs hôtes, lorsqu’il s’agit de régler les comptes, ont donné lieu à ce proverbe.
=HUCHE.=—_Enflé du vent de la huche._
Expression proverbiale qu’on applique à une personne dont les joues sont rebondies, et qui a le pain à discrétion.—On appelait autrefois _vent de la huche_ un vent qu’on fesait en ouvrant et fermant avec précipitation la huche ou le pétrin. Ce vent était réputé très salutaire dans plusieurs maladies; on croyait surtout qu’il pouvait guérir ceux qui avaient le visage couvert de dartres, et donner de l’embonpoint aux gens d’une excessive maigreur, lorsqu’ils étaient exposés à son action trois fois chaque matin, pendant neuf jours consécutifs. Il est fort probable que l’expression proverbiale est née d’une allusion à cette pratique superstitieuse.
=HUITRE.=—_C’est une huître à l’écaille._
On a regardé l’huître comme étant placée au dernier degré de l’animalité, quoiqu’il y ait au-dessous d’elle un assez grand nombre d’animaux qui lui sont inférieurs sous le rapport de l’organisation, ainsi que des résultats de l’organisation, et l’on a cru que ce bivalve, jugé incapable de se mouvoir, était à peine doué de sensibilité, et totalement dépourvu des facultés de l’instinct: de là l’expression proverbiale dont on se sert pour désigner une personne fort stupide.
_Raisonner comme une huître._
C’est-à-dire fort mal, en dépit du bon sens.—Cette expression peut être dérivée de la même observation que la précédente; cependant on pense qu’elle est provenue d’une allusion aux discours tenus par une huître dans la _Circé_ de Giovanne Baptista Gelli, poète et philosophe florentin. Cet ouvrage, qui fut très répandu et très goûté en France au XVI^e siècle, représente Ulysse dialoguant avec ses compagnons changés en bêtes, et cherchant à leur persuader de reprendre la forme humaine, que la magicienne Circé doit leur rendre, pourvu qu’ils en témoignent le désir. Le premier auquel il s’adresse est une huître, qui se montre fort contente de l’être, et qui veut prouver par une foule de raisons qu’une huître vaut mieux qu’un homme. Il s’adresse ensuite tour à tour aux autres; mais tous, à l’exception du dernier, qui est l’éléphant, lui répondent par de semblables arguments; _ils raisonnent comme l’huître_.
=HUPPÉ.=—_Les plus huppés y sont pris._
C’est-à-dire ceux qui se croient les plus habiles y sont pris.
Autrefois les personnes les plus considérables avaient leur couvre-chef orné d’une _huppe_ ou d’une _houppe_; la _huppe_ était une touffe de plumes et la _houppe_ un flocon de soie, de fil ou de laine. Fauchet remarque qu’on disait _les plus huppés_ en parlant des gens de guerre, et _les plus houppés_ en parlant des clercs ou gens de lettres. Les raisons sur lesquelles était fondée cette différence n’ont pas entièrement cessé d’exister. Encore aujourd’hui l’ecclésiastique et l’homme de robe, quand ils sont en fonction, portent un bonnet surmonté d’une houppe, et certains militaires ont un plumet à leur chapeau ou à leur casque.—Montaigne a dit _des plus crêtés pour des plus huppés_. (_Ess._, liv. III, ch. 5.)
I
=I.=—_Mettre les points sur les i._
L’addition du point sur l’_i_ minuscule est une invention moderne. Son origine date de l’époque où l’on adopta les caractères gothiques. Deux _i_ se confondant quelquefois avec un _u_, on les distingua par des accents tirés de gauche à droite, et cet usage s’étendit à l’_i_ simple, quoique, selon l’auteur du _Dictionnaire diplomatique_, l’_i_ simple pût s’en passer. Les accents devinrent des points au commencement du XVI^e siècle. Ce dernier changement, adopté d’abord par quelques copistes, parut vétilleux à quelques autres, et de là vint la locution _mettre les points sur les i_, dont on fait l’application à une personne qui pousse l’exactitude jusqu’à la minutie.
=ILOTE.=—_Traiter quelqu’un comme un ilote._
C’est-à-dire avec une excessive rigueur.—Les ilotes étaient originairement les habitants de la ville d’Hélos, située près de l’embouchure de l’Eurotas, en Laconie. Devenus tributaires de Sparte sous le règne d’Agis, ils entreprirent de reconquérir leur indépendance sous celui de Sous; mais ayant été vaincus, ils furent réduits en esclavage avec toute leur postérité, et distribués dans les terres des vainqueurs pour être employés aux travaux de l’agriculture. Depuis lors, traités toujours avec barbarie, quelquefois égorgés par milliers, sous prétexte que leur trop grand nombre pouvait les porter à la révolte, ces malheureux se perpétuèrent dans cet état d’oppression jusqu’au temps de la domination romaine. L’empereur Auguste leur rendit la liberté et leur permit de prendre le nom d’_Eleuthéro-Laconiens_, en mémoire de leur affranchissement. Ce qui n’empêcha pas celui d’_ilotas_ de rester comme synonyme d’esclaves.—Ils auraient dû être appelés _hélotes_, dit l’abbé Gedoyn, mais parce qu’ils étaient λιλῶτες (prisonniers de guerre), ils furent appelés _hilotes_ ou _ilotes_, tant à cause du nom d’Hélos qu’à cause de leur état.
=IMAGINATION.=—_L’imagination est la folle du logis._
L’imagination est de toutes les facultés intellectuelles la plus sujette à s’égarer quand la raison ne lui sert pas de guide; elle est la cause de beaucoup d’écarts, de beaucoup de folies. Théophraste compare l’imagination sans jugement à un cheval sans frein.—Cette dénomination proverbiale de _folle du logis_ a été employée pour la première fois par sainte Thérèse. Montaigne, Malbranche, Voltaire, etc., ont pris plaisir à la répéter.
=IMPOSSIBLE.=—_A l’impossible nul n’est tenu._
Dieu lui-même ne peut pas l’impossible, et s’il fesait, par exemple, d’une buse un épervier, ce qui serait un grand miracle, il ne pourrait faire également que cet épervier n’eût pas été une buse.—Bien des gens allèguent ce proverbe pour se dispenser d’accomplir des devoirs; mais leur mauvaise volonté est la cause de ce qu’ils attribuent à une impossibilité prétendue. _Nolle in causâ est, non posse prætenditur._ (Senec. _Épist._ 116.)
Les Basques disent: _Ésina ascar-ago da es sina_. _L’impossible a plus de force que le serment._
=INCENDIE.=—_Il ne faut qu’une étincelle pour allumer un grand incendie._