Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française en rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues

Part 35

Chapter 353,656 wordsPublic domain

Tous ces proverbes, fondés sur des comparaisons différentes, ont la même signification, et reviennent à celui-ci: _Biens mal acquis ne profitent point_. _Malè parta malè dilabuntur._

_Il est du bois dont on fait les flûtes._

Cette expression s’emploie en parlant d’un homme qui par complaisance ou par faiblesse, n’ose contredire personne. Elle s’explique par cette autre: _Il est de tous bons accords_.

_Il souvient toujours à Robin de ses flûtes._

On se rappelle volontiers les goûts, les penchants de sa jeunesse; on revient facilement à d’anciennes habitudes. Le Duchat dit que ce proverbe est venu d’un ami de la bouteille, nommé Robin, qui, n’osant plus, à cause de la goutte dont il était tourmenté, boire dans de grands verres appelés _flûtes_, ne pouvait cependant en perdre le souvenir[47].

=FLÛTEUR.=—_Les flûteurs d’Orléans._

M. Fétis dit qu’il y avait à Orléans, sous le règne de François I^{er} et de Henri II, des flûteurs qui jouaient de la flûte à neuf trous. Mais la célébrité proverbiale des flûteurs d’Orléans date d’une époque plus reculée. Martial d’Auvergne en a parlé.

=FOI.=—_Par ma foi._

Ce juron fut d’un grand usage et d’une grande valeur dans les temps où l’on se battait en France pour la foi. Aujourd’hui, il est à peu près insignifiant.

_Foi de gentilhomme, un autre gage vaut mieux._

Les anciens gentilshommes ne se piquaient pas de tenir les promesses qu’ils fesaient aux vilains, et les vilains, fatigués d’être dupes de ces promesses, y attachaient fort peu de valeur. De là ce proverbe, où la franche défiance des derniers accuse la foi suspecte des premiers.

=FOIRE.=—_La foire n’est pas sur le pont._

Il n’est pas nécessaire de tant se presser.—Locution fondée sur une ancienne coutume autorisant les petits marchands, après la clôture d’une foire, à continuer leur vente, pendant une demi-journée ou une journée entière, dans un quartier particulier, ordinairement près d’un pont et sur le pont même.

=FOIREUX.=—_Les foireux de Blois._

Les habitants de Blois assurent que ce sobriquet n’a rien d’offensant pour eux, et qu’il leur a été appliqué à cause de plusieurs foires accordées à leur ville par nos anciens rois.

=FOLLE.=—_Tout le monde en veut au cas de la reine folle._

Brantôme, dans ses _Dames galantes_, rapporte cet ancien proverbe, que Le Duchat explique ainsi: «Quelque qualifiée que soit une femme, dès qu’elle s’en laisse conter, chacun se croit en droit d’aspirer à ses faveurs.»

Les Italiens disent de cette femme, dont la qualité compromise par la galanterie n’impose plus à personne, qu’elle est comme le bénitier où chacun vient tremper le doigt, quoiqu’il soit sacré. _Ella e la pila dell’acqua benedetta._

=FONTAINE.=—_Il ne faut pas dire: Fontaine, je ne boirai pas de ton eau._

Il ne faut pas assurer qu’on n’aura pas besoin de telle personne ou de telle chose.—Allusion à l’aventure d’un ivrogne qui jurait sans cesse qu’il ne boirait jamais d’eau et qui se noya dans le bassin d’une fontaine. Cette aventure est rappelée dans les vers suivants de l’Arioste:

_Come veleno e sangue viperino, L’acqua fuggia, quanto fuggir si puote. Or quivi muore, e quel che più l’annoia El sentir che nell’acqua sene muoia._

Il fuyait l’eau comme le poison et le sang de vipère, autant qu’il est possible de la fuir. Cependant il y laissa la vie, et sa plus grande douleur fut de sentir qu’il mourait dans l’eau.

=FORCE.=—_Force n’est pas droit._

Ce proverbe se trouve dans Huon de Villeneuve.

_Force n’est mie drois_: piéça l’ai oi dire.

On dit aussi: _Où force règne droit n’a lieu_.

=FORGERON.=—_A force de forger on devient forgeron._

_Fabricando fit faber._ Par l’exercice on parvient à faire les choses facilement; l’usage est un excellent maître.

=FORMALISTE.=—_Dieu nous garde des formalistes._

«Les formalistes s’attachent tout aux formes et aux dehors, pensent être quittes et irrépréhensibles en la poursuite de leurs passions et cupidités, pourvu qu’ils ne fassent rien contre la teneur des lois et qu’ils n’omettent rien des formalités. Voilà un richard qui a ruiné et mis au désespoir de pauvres familles; mais ça été en demandant ce qu’il a cru être sien, et ce par voie de justice. Qui peut le convaincre d’avoir mal fait? O combien de méchancetés se commettent sous le couvert des formes! On a bien raison de dire: Dieu nous garde des formalistes!» (Charron.)

=FORTUNE.=—_Faire fortune._

«C’est une si belle phrase et qui dit une si bonne chose qu’elle est d’un usage universel. On la connaît dans toutes les langues: elle plaît aux étrangers et aux barbares; elle règne à la cour et à la ville; elle a percé les cloîtres et franchi les murs des abbayes de l’un et de l’autre sexe: il n’y a point de lieux sacrés où elle n’ait pénétré, point de désert ni de solitude où elle soit inconnue.» (La Bruyère.)

_Bien danse à qui la fortune chante._

Proverbe qu’on applique à une personne qui voit tout lui succéder à souhait, et qui doit moins les avantages qu’elle obtient à une habile conduite qu’à l’aveugle faveur de la fortune.

_Chacun a dans sa vie un souris de la fortune._

_Semel in omni vitâ cuique arridet fortuna._—Proverbe du moyen-âge que le cardinal Impériali avait sans doute présent à l’esprit lorsqu’il disait ces paroles citées par Montesquieu: «Il n’y a point d’homme que la fortune ne vienne visiter une fois dans sa vie; mais lorsqu’elle ne le trouve pas prêt à la recevoir, elle entre par la porte et sort par la fenêtre.» Heureux celui qui sait profiler de cet instant avant lequel la fortune ne lui sourit point encore, et après lequel elle ne lui sourit plus!

_Grande fortune, grande servitude._

_Magna fortuna, magna servitus._—Celui qui possède une grande fortune est obligé d’exercer beaucoup de surveillance et de se livrer à une foule de soins qui ne lui laissent aucun repos, de sorte que, dans cette occupation continuelle, il semble moins être le maître que l’esclave de ses richesses; et presque toujours il devient tel réellement.

_Être affligé d’une grande fortune._

C’est être fort riche. Il y a peu d’expressions plus philosophiques et plus vraies que celle-ci, quoiqu’elle semble énoncer un paradoxe. En effet, les prestiges d’une grande fortune n’ont qu’une courte durée et les jouissances qu’elle donne sont promptement suivies de la satiété; car, lorsqu’on peut avoir tout ce qu’on désire, on finit bien vite par ne plus rien désirer. Alors, il ne reste plus au possesseur blasé que les inconvénients, les embarras et les inquiétudes inséparables des richesses trop abondantes; et cet état malheureux ne fait qu’empirer, s’il n’a pas la sagesse d’y remédier en pratiquant la bienfaisance. _Les richesses sans la vertu_, dit Sapho, _sont des hôtesses trop fâcheuses_.

=FOSSÉ.=—_Au bout du fossé la culbute._

On pense à tort que le mot _bout_ est ici un mot impropre qu’il faudrait remplacer par le mot _bord_. D’après un usage féodal, les manants tenus d’amuser le seigneur châtelain et sa compagnie, en certains jours de fête, devaient franchir, à qui mieux mieux, un fossé plein d’eau, qui allait en s’évasant d’un bout à l’autre. Les sauteurs commençaient par la partie la plus étroite et continuaient jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés à la plus large. C’est là qu’ils aspiraient à signaler leur agilité. Mais il était fort rare que leur élan dépassât la distance des deux bords, et presque tous tombaient dans l’eau la tête la première. De là ce dicton, _Au bout du fossé la culbute_, dont on se sert lorsque, se conduisant avec étourderie ou avec audace, on veut faire entendre que, s’il en résulte pour soi des suites fâcheuses, on ne s’en plaindra point, on les verra d’un œil indifférent.

=FOU.=—_Le fou se trahit lui-même._

Traduction littérale d’un proverbe latin qui se trouve dans Sénèque: _Stultus ipse se prodit_.

Le cœur de l’insensé publie à haute voix ses folles pensées. _Cor insipientium provocat stultitiam._ (Salom., _Prov._, chap. XII, v. 25.)

Le cardinal Mandruce disait: Ce n’est pas être fou que de faire une folie, mais c’est l’être que de ne pas savoir la cacher. Le proverbe allemand qui correspond au nôtre est très spirituel: _Der Kuckuck seinen einigen Namen ruft aus_. _Le coucou chante son propre nom._

Celui des Italiens se fait remarquer par le même caractère:

_Se tacesse la gallina non si saprebbe che a fatto l’uovo._ _Si la poule n’avait pas chanté, l’on ne saurait pas qu’elle a pondu._

_Qui ne sait être fou n’est pas sage._

La multitude des fous est si grande, que la sagesse est obligée de se mettre sous leur protection. _Sanitatis patrocinium est insanientium turba._ (St Augustin, _de Civit. Dei_, lib. VI, c. 10.)

Il faut avoir un peu de folie, qui ne veut avoir plus de sottise. (Montaigne, _Ess._, liv. III, ch. 9.)

On n’est estimé sage qu’autant qu’on est fou de la folie commune. (Fontenelle.)

_Il vaut mieux être fou avec tous que sage tout seul._

Le sage qui se trouve en compagnie des fous ne doit pas afficher un rigorisme déplacé, parce qu’il ne peut lui revenir rien de bon d’une pareille conduite.

La raison même a tort quand elle ne plaît pas. (LACHAUSSÉE.)

Il y a de la folie à vouloir se montrer sage tout seul, et de la sagesse à savoir à propos contrefaire le fou.

J’ai toujours vu, dit Montesquieu, que, pour réussir dans le monde, il faut avoir l’air fou et être sage.

_Un fou avise un sage._

«Tous les jours, la sotte contenance d’un autre m’avertit et m’avise... Ce temps n’est propre qu’à nous amender à reculons, par disconvenance plus que par convenance, par différence que par accord. Étant peu appris par les bons exemples, je me sers des mauvais, desquels la leçon est ordinaire.» (Montaigne, _Ess._, liv. III, ch. 8.)

On demandait à Lokman de quels maîtres il avait appris la sagesse, il répondit: De ceux qui ne la pratiquaient point.

Les poisons, disait Confucius, deviennent des antidotes entre les mains d’un médecin habile: il en est de même des mauvais exemples pour le sage.

C’est d’après ce principe, inhumainement appliqué, que les magistrats de Lacédémone fesaient enivrer un ilote qu’ils offraient en spectacle à leurs concitoyens, pour leur inspirer l’horreur de l’ivrognerie.

_Les fous sont plus utiles aux sages que les sages aux fous._

Paroles de Caton l’Ancien qui sont passées en proverbe.

_Sans les fous, les sages ne pourraient pas vivre._ (Proverbe turc.)

_Les sages vont chercher de la lumière, et les fous leur en donnent._ (Proverbe espagnol.)

_Au rire on connaît le fou._

Le rire, dit Oxenstiern, est la trompette de la folie.

L’abbé Damascène, espèce d’astrologue italien, a fait un traité où il distingue les tempéraments des hommes par leur manière de rire. Cet appréciateur burlesque prétend que le _ha ha ha_ caractérise les flegmatiques, le _hé hé hé_ les bilieux, le _hi hi hi_ les mélancoliques, le _ho ho ho_ les sanguins. Il ne fait pas mention expressément du rire des fous; mais ce rire est facile à reconnaître, malgré ses innombrables variétés. C’est celui qui naît tout à coup sans sujet, c’est-à-dire sans sujet apparent, car il est toujours produit par quelque hallucination. Salomon le compare au bruit que font les épines en brûlant sous la marmite, _Sicut vox spinarum sub ollâ, ita risus stultorum_. (Ecclés., c. VII, v 7.) Les épines pétillent beaucoup, se consument promptement, donnent peu de chaleur et ne font pas bouillir la marmite. Il en est de même de la joie des fous: elle éclate d’une manière bruyante, n’a pas de consistance, ne dure qu’un moment et n’amène pas de bon résultat.

_Plus fou que ceux de Béziers._

Le troubadour Giraud de Borneil dit qu’un baiser qu’il a reçu de sa dame l’a rendu _plus fou que ceux de Béziers_. C’est encore un espèce de proverbe injurieux que _Dans chaque maison de Béziers il y a la chambre d’un fou_; et les habitants de cette ville paraissent reconnaître la notoriété du fait, lorsqu’ils disent en parlant d’eux-mêmes: _Nous avons tous de l’esprit, mais ils sont fous_.

Il y a aussi un dicton qui reproche aux habitants de Béziers d’être capables de pousser la folie jusqu’au déicide. Lorsqu’on cite le vers proverbial auquel a donné lieu la beauté de leur pays,

_Si Deus in terris, vellet habitare Bliteris,_

Si Dieu descendait sur la terre, il viendrait habiter Béziers,

On ne manque guère d’ajouter, _ut iterum crucifigeretur_, _pour être crucifié de nouveau_.

_Plus on est des fous, plus on rit._

Un fou rit beaucoup, témoin l’expression proverbiale _Rire comme un fou_, et plusieurs fous réunis rient encore davantage, car ils s’excitent l’un l’autre à la joie.

_Fou qui se tait passe pour sage._

_Stultus quoque si tacuerit sapiens reputabitur, et si compresserit labia sua intelligens._ (Salomon, _Parab._, c. XVII, v. 23). _L’insensé même passe pour sage lorsqu’il se tait, et pour intelligent lorsqu’il tient sa bouche fermée._

_Dieu aide à trois sortes de personnes: aux fous, aux enfants et aux ivrognes._

Il semble, en effet, que Dieu leur accorde une protection spéciale pour les préserver des malheurs et des dangers qui les menacent continuellement.

_Tous les fous ne portent pas la marotte._

Proverbe qui a le même sens que cet autre: _Tous les fous ne sont pas aux Petites-Maisons_.—Les Italiens disent: _Se tutti i pazzi portassero una beretta bianca, pareremmo un branco d’oche_. _Si tous les fous portaient le bonnet blanc, nous ressemblerions à un troupeau d’oies._

=FOUETTER.=—_Chacun se fait fouetter à sa guise._

Chacun fait comme il veut, en ce qui le touche personnellement.—Un Espagnol repris de justice était conduit sur un âne d’un lieu à un autre, et frappé à coups de fouet pendant tout le trajet, conformément à l’ancienne coutume du pays. Comme on le raillait d’affecter, en subissant sa peine, une gravité mal placée, qui l’empêchait de piquer sa bête pour la faire aller plus vite, il répondit qu’il voulait que cela fût ainsi, et qu’il était bien maître de _se faire fouetter à sa guise_. C’est de là, dit-on, qu’est venu le proverbe. On peut croire, avec plus de raison, qu’il a dû son origine à un autre fait que voici: Les moines, dès le onzième siècle, avaient trouvé bon de se donner mutuellement la discipline par esprit de pénitence, mais tous ne se conformaient pas à cet usage avec le même zèle. Les capucins, qui se fouettaient chaque jour vigoureusement, reprochaient aux Augustins de ne se fouetter que trois jours par semaine, avec mollesse, et ceux-ci leur répliquaient: _Chacun se fait fouetter à sa guise_.

La flagellation monastique n’avait d’autre lénitif que le chant du psaume _Miserere_, pendant la durée duquel on ne cessait de l’appliquer. Et c’est ce qui donna lieu de dire proverbialement d’un homme bien battu: _Il en a eu depuis miserere jusqu’à vitulos_; depuis le premier jusqu’au dernier mot de ce psaume.

=FOURGON.=—_La pelle se moque du fourgon._

Proverbe dont on fait l’application à une personne qui reproche à un autre des ridicules ou des défauts qu’elle a elle-même. Le mot _fourgon_ désigne ici une perche à laquelle est emmanché un long morceau de fer recourbé par le bout, qui sert à remuer le bois ou la braise dans le four.—Les Espagnols disent: _Dice la sartena a la caldera: Tirte alla, culo negro_. _La poêle dit au chaudron: Retire-toi, cul noir._

On disait autrefois: _Le piètre se moque du boiteux_; et par le mot _piètre_, formé de _pes tritus_ (pied trituré, broyé), on entendait un boiteux des deux pieds. Ce mot n’existe plus que comme adjectif dans le sens de mesquin, chétif, de nulle valeur, en parlant des choses et des personnes.

=FRANÇAIS.=—_Parler français._

La langue française est moins susceptible qu’aucune autre d’amphibologie et d’obscurité, grâce à l’heureuse simplicité de sa construction qui, conformant presque toujours, dit M. Allou, la phrase à l’ordre direct, fait que l’enchaînement des mots s’y trouve exactement le même que celui des éléments dont se compose la pensée. Ce caractère lui est tellement propre, qu’on peut établir en axiome de grammaire que _ce qui n’est pas clair n’est pas français_; et c’est à cause de cela sans doute qu’elle a été choisie pour la rédaction des traités diplomatiques dont on peut dire que l’unique bonne foi c’est la clarté. Mais il faut observer qu’elle n’a pas été choisie, ainsi qu’on le croit communément, sous le règne de Louis XIV. Le congrès de Nimègue ne fit alors que consacrer l’usage dès longtemps reçu de l’employer, dans les transactions politiques, comme l’interprète la plus fidèle et comme la garantie la plus assurée qu’à l’avenir _on ne sèmerait plus la guerre dans des paroles de paix_.

On voit, d’après ce que je viens de dire, que l’expression _parler français_ doit signifier: s’exprimer sans détour, sans équivoque, énoncer franchement sa pensée. C’est dans ce sens que Montaigne l’a employée en parlant des femmes qui, après avoir fait mauvais ménage avec leurs maris, paraissent inconsolables quand ils sont morts. «Est-ce pas, s’écrie-t-il, de quoy ressusciter de despit, qui m’aura craché au nez, pendant que j’estoy, me vienne frotter les pieds quand je ne suis plus? Ne regardez pas à ces yeux moites et à ceste piteuse voix. Regardez ce port, ce teinct et l’embonpoint de ces joues soubs ces grands voiles. C’est par là qu’_elle parle françois_.»

Montaigne dit encore: «_Il faut parler françois_, il faut montrer ce qu’il y a de bon et de net dans le fond du pot.»

Les Latins se servaient de l’expression _latinè loqui_, _parler latin_, à laquelle ils attachaient le même sens.

_Parler français_ signifie aussi parler avec autorité, d’un ton menaçant; et il n’est pas besoin de remarquer que cette nouvelle acception n’a pas été fondée sur le caractère de la langue, mais sur celui du peuple qui la parle.

=FRANCOLIN.=—_Muet comme un francolin pris._

Le francolin, que Gesnerus nomme gelinotte sauvage et perdrix de montagne, est un oiseau pulvérateur qui multiplie beaucoup. Il ne s’apprivoise pas et devient muet dans l’état de captivité; mais il recouvre la voix quand la liberté lui est rendue. C’est ce que dit le vieux naturaliste Belon, dans le quatrain suivant de son livre intitulé: _Portraits d’oiseaux_:

Le francolin étant oiseau de pris, En liberté chante et se tait en cage; Aussy celui qui a peu de langage Est dit _Muet comme un francolin pris_.

=FRELAMPIER.=—_C’est un frelampier._

C’est un homme de peu ou de rien.—Les uns dérivent ce mot de _frélampe_, menue monnaie de douze à quinze deniers, qui d’ordinaire était entre les mains des pauvres gens; d’autres, avec plus de raison peut-être, le font venir de _frère lampier_, frère allumeur de lampes dans les couvents. Borel l’explique par _charlatan_; mais cette acception n’est plus usitée, si elle l’a été.

=FRELUQUET.=—_C’est un freluquet._

C’est un homme léger, frivole, un damoiseau qui n’a d’autre mérite que sa parure. Le mot _freluquet_ est dérivé du roman _Freluque_ rapporté dans le _Glossaire_ de Roquefort, qui le traduit par bouquet, flocon, petit paquet de cheveux.

=FRÉQUENTER.=—_Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es._

On prend les goûts et les mœurs des personnes avec lesquelles on vit. La communication a tant d’influence sur l’homme, qu’elle ne lui permet pas d’avoir un caractère à soi. Elle le modifie et lui pétrit une ame sur le moule de ses liaisons, nourrit Achille avec la moelle des lions quand il est chez les Centaures, et l’habille en femme parmi les courtisans de Lycomède.

=FRÈRE.=—_Le frère est ami de nature, Mais son amitié n’est pas sûre._

Ce distique proverbial est une traduction de la phrase suivante de Cicéron: _Cum propinquis amicitiam natura ipsa peperit, sed ea non satis habet firmitatis_. (_De Amicitiâ_, cap. VI.)

On voit que Legouvé ne doit pas avoir eu beaucoup de peine à faire ce vers charmant.

Un frère est un ami donné par la nature[48].

_La borne sied très bien entre les champs de deux frères._

«C’est à la vérité, dit Montaigne, un beau nom et plein de dilection que le nom de frère; mais ce meslange de biens, ces partages, et que la richesse de l’un soit la pauvreté de l’autre, cela destrempe merveilleusement et relasche cette soudure fraternelle.»

Il y a un proverbe espagnol qui dit: _Partir como hermanos: lo mio, mio; lo tuyo de entrambos_. _Partager comme frères: le mien est mien; le tien est à nous deux._

Remarquons pour l’honneur de la fraternité, que l’expression française _Partager en frères_ exprime une pensée différente; elle signifie: partager également, amiablement, sans contestation. Il faut avouer pourtant qu’elle est rarement exacte dans son application.

=FRIANDISE.=—_Avoir le nez tourné à la friandise._

Le peuple de Paris disait autrefois, en parlant d’un gourmand: _Il est comme saint Jacques-de-l’Hôpital, il a le nez tourné à la friandise_, phrase proverbiale venue de ce que l’image de saint Jacques, placée sur le portail de l’église, regardait la _rue aux Oues_ (aux Oies), dans laquelle il y avait beaucoup de rôtisseurs dont les boutiques étaient garnies d’oies rôties, mets très estimé de nos bons aïeux[49]. C’est de cette phrase qu’on a pris l’expression _Avoir le nez tourné à la friandise_, en y attachant un nouveau sens; car on l’applique ordinairement à une jeune femme qui a l’air coquet et éveillé, l’air d’aimer le plaisir.

=FRICASSÉE.=—_Sentir de loin la fricassée._

Avoir un pressentiment des inconvénients ou des dangers auxquels on s’exposerait en acceptant une invitation.—Cette façon de parler, employée par Brantôme (_Capitaines étrangers_, t. II, p. 177), fait allusion, suivant Le Duchat, au repas où furent arrêtés les comtes d’Egmont et de Horn, malheureuses victimes de la tyrannie de Philippe II.

=FRINGALE.=—_Avoir la fringale._

C’est-à-dire un appétit désordonné, une faim dévorante.—Ce mot est une corruption de _faim-valle_. La mauvaise habitude qu’a le peuple de dire _fraim_ pour _faim_ a changé d’abord _faim-valle_ en _fraim-valle_, puis en _fraim-galle_, et finalement en _fringale_. Quant à l’étymologie de _faim-valle_, M. Ch. Nodier pense qu’elle est assez difficile à trouver. «Il faut peut-être la chercher, ajoute-t-il, dans cette vieille expression employée par Baïf (feuillet 22 des _Mimes et enseignements_, 1581):

Tout l’été chanta la cigale, Et l’hiver elle eut la faim-vale.

«_Vale_ est ici adverbe, et vient de _valdè_; ou adjectif, et vient de _valens_, ou de _valida_.»

=FROID.=—_Souffler le chaud et le froid._

C’est parler tantôt pour, tantôt contre une personne ou une chose; en dire tantôt du bien, tantôt du mal, suivant les circonstances et les dispositions de ceux à qui l’on parle.

Plutarque, dans son _Traité du premier froid_, ch. VII, rapporte cette expression qu’il explique en disant, d’après Aristote, que quand on souffle la bouche ouverte, on exhale un air intérieur qui est chaud, et que quand on souffle les lèvres serrées, on ne fait que pousser l’air extérieur qui est froid.

On connaît l’apologue où figure un satyre qui, voyant un villageois souffler tour à tour dans ses doigts pour les rechauffer et sur son potage pour le refroidir, s’écrie: «Je n’aurai jamais amitié ni accointance avec un homme qui d’une même bouche _souffle le chaud et le froid_.» Cet apologue n’a pas été l’origine, mais l’application de l’expression proverbiale, qui remonte à la plus haute antiquité.

Si vous soufflez l’étincelle, il en sortira un feu ardent; si vous «crachez dessus, elle s’éteindra; et c’est la bouche qui fait l’un et l’autre.» (Ecclésiastique, ch. II, v. 14.)

=FRONDEUR.=—_C’est un frondeur._