Part 20
C’est-à-dire avec hauteur et dureté, comme fesait, dans les joutes et dans les tournois, un chevalier qui demandait raison à un autre.
_C’est son grand cheval de bataille._
C’est la chose sur laquelle il s’appuie et compte le plus dans une discussion ou dans une affaire, comme le guerrier d’autrefois sur son _grand cheval de bataille_.
_Monter sur ses grands chevaux._
Parler avec hauteur et emportement.—Les chevaliers avaient des chevaux pour la route et des chevaux pour le combat. Ces derniers, appelés _dextriers_ ou _destriers_, parce que les écuyers chargés de les conduire les tenaient à leur _dextre_ ou droite, étaient d’une taille plus élevée que les autres, et, quand l’ennemi paraissait, ils étaient amenés à leurs maîtres, qui _montaient_ alors _sur leurs grands chevaux_, _sur leurs grands chevaux de bataille_, pour se lancer dans la mêlée.
=CHÈVRE.=—_Ménager la chèvre et le chou._
C’est ménager deux intérêts opposés, pourvoir à deux inconvénients contraires. Cette locution est fondée sur le problème suivant qu’on propose aux enfants pour exercer leur sagacité: Un batelier doit passer en trois fois du bord d’un fleuve à l’autre bord un loup, une chèvre et un chou, sans laisser la chèvre exposée à la dent du loup, ou le chou à la dent de la chèvre. Comment faut-il qu’il s’y prenne? Voici la solution de ce problème: il faut qu’il passe 1º la chèvre, 2º le chou qu’il gardera dans son bateau, 3º le loup qu’il débarquera avec le chou.
La locution _Ménager la chèvre et le chou_ s’applique d’ordinaire en mauvaise part, et ce n’est point sans raison. Il y a par le temps qui court tant de gens qui ne _ménagent la chèvre et le chou_ que dans l’espoir de mettre le chou au pot et la chèvre à la broche! comme dit très bien M. A. A. Monteil.
_Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute._
Suivant Feydel, ce proverbe ne concerne pas les hommes. Il ne concerne pas même les femmes en général, et il n’a guère d’application que pour imposer silence poliment à une femme qui se plaint de son mari. Tel est, en effet, le sens qu’il a eu autrefois; mais le sens actuel est que toute personne doit se résigner à vivre dans l’état où elle se trouve engagée, dans le lieu où elle est établie. Le texte a subi aussi un changement. Dans plusieurs éditions du _Dictionnaire de l’Académie_, il était énoncé ainsi: _Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle y broute_; dans celle de 1835, on a supprimé l’avant-dernier mot autorisé par l’usage ancien de la langue, et condamné par l’usage moderne qui le regarde comme une périssologie.
_Il aimerait une chèvre coiffée._
Cette expression, qu’on emploie en parlant d’un homme qui s’éprend de toutes les femmes quelque laides qu’elles soient, n’est pas aussi hyperbolique qu’elle le paraît. On peut en voir la preuve dans le _Lévitique_ (ch. 17, v. 7), dans le traité de Plutarque, _Que les bêtes usent de la raison_ (ch. 17), et dans un chapitre des _Mémoires d’Artagan_, où il est parlé de deux mille chèvres qui étaient couvertes de caparaçons de velours avec des galons d’or, et avaient la tête parée d’ornements de poupée.
Rhulières rapporte qu’à une époque qu’il ne précise point, la cour de Russie s’amusa à célébrer le mariage d’un bouffon avec une chèvre.
On connaît la fameuse épigramme de l’Anthologie qui a été traduite par Voltaire, et qui commence par ce vers:
Charmantes filles de Mendès, etc.
_On n’a jamais vu chèvre morte de faim._
La chèvre trouve à vivre partout; elle broute également les plantes de toute espèce, les herbes grossières et les arbrisseaux chargés d’épines. De là ce proverbe, qu’on emploie pour signifier qu’il y a de l’avantage à prendre l’habitude de n’être point difficile sur les aliments et de manger de tout.
_Prendre la chèvre._
«La chèvre, dit Buffon, est vive, capricieuse et vagabonde... L’inconstance de son naturel se marque par l’irrégularité de ses actions; elle marche, elle s’arrête, elle court, elle bondit, elle saute, s’approche, s’éloigne, se montre, se cache, ou fuit, comme par caprice et sans autre cause déterminante que celle de la vivacité bizarre de son sentiment intérieur; et toute la souplesse des organes, tout le nerf du corps, suffisent à peine à la pétulance et à la rapidité de ces mouvements qui lui sont naturels.» Quelqu’un qui courrait après une chèvre échappée pour la prendre serait donc obligé de se donner une agitation extraordinaire, et il éprouverait en même temps beaucoup d’impatience. On croit que de là est venue l’expression, _Prendre la chèvre_, pour dire se fâcher, s’emporter sans raison.
Peut-être vaudrait-il mieux rapporter cette expression au jeu de la _cabre_ ou de la _chèvre_, espèce de trépied de bois que les joueurs renversent avec des bâtons lancés d’une distance de vingt à trente pas, et que l’un d’eux relève dans un rond marqué, jusqu’à ce qu’il ait mis la main sur quelqu’un de ceux qui osent franchir ses lignes pour reprendre leurs bâtons, tandis que ce trépied est debout. Le _cabrier_ ou _chevrier_, c’est-à-dire l’individu chargé de garder la chèvre ou de _prendre la chèvre_, suivant les termes techniques du jeu, ne cesse de se démener, afin de redresser son trépied fréquemment abattu, et de poursuivre ses adversaires entrés dans son quartier. Il va, vient, court de côté et d’autre, s’élance par sauts et par bonds, et présente l’image naturelle d’un homme qui se laisse emporter à tous les brusques mouvements que l’impatience et la colère peuvent produire.
Ce jeu, en usage dans quelques départements du midi, fesait autrefois le délassement des soldats, et l’on peut s’étonner que Rabelais ait oublié de l’ajouter à la liste des deux cent-quinze jeux _auxquels s’esbattait_ le jeune Gargantua, _après s’estre lavé les mains de vin frais, et s’estre escuré les dents avec un pied de porc_.
_Les chèvres de Blois._
Ce sobriquet, rapporté par Guill. Crétin (page 176), fut autrefois donné aux femmes de Blois, parce que, dit Le Duchat, _elles étaient toutes, généralement parlant, laides et de mauvais air, de vraies chèvres coiffées_.
Je crois que le sexe blaisois possède aujourd’hui toutes les qualités opposées aux défauts signalés dans cette citation, dont il ne saurait se plaindre, s’il est vrai qu’il n’y ait que la vérité qui offense.
=CHEVRIER.=—_Les chevriers de Nîmes._
Le territoire de cette ville comprenait autrefois une très vaste lande aujourd’hui défrichée, où l’on fesait paître beaucoup de chèvres. De là le sobriquet de _Cabriers ou Chevriers de Nîmes_.
On dit, en Languedoc et en Provence, d’un homme qui brave le respect humain: _Il fait parler de lui comme le chevrier de Nîmes_. Ce qui vient, dit-on, de ce qu’un chevrier nîmois, rustique Érostrate, voulut mettre le feu à la Maison carrée pour se rendre célèbre.
=CHIEN.=—_Chien qui aboie ne mord pas._
C’est-à-dire que celui qui fait le plus de menaces n’est pas celui qui est le plus à craindre.—Ce proverbe est très ancien. Quinte-Curce nous apprend qu’il était usité chez les Bactriens. _Apud Bactryanos vulgo usurpabant canem timidum vehementius latrare quam mordere._—Les Turcs disent: _Le chien aboie, mais la caravane passe_.
_Un chien regarde bien un évêque._
On ne doit pas s’offenser d’être regardé par un inférieur.
Ce dicton, qu’on adresse à un sot dont la susceptibilité s’irrite quand on fixe les yeux sur lui, signifie en développement: Êtes-vous donc un objet si sacré qu’il faille baisser respectueusement la vue en votre présence, et un homme ne peut-il vous regarder, lorsqu’un chien peut regarder un évêque qui est un personnage bien au-dessus de vous? Quant au rapprochement du chien et de l’évêque, qui fait le sel de ce dicton, il n’a pas été produit par le simple caprice de l’imagination, qui aurait pu choisir tout aussi bien un chien et un roi, un chien et un pape; il a probablement sa raison dans ce fait historique peu connu: c’est qu’autrefois il était défendu aux évêques d’avoir chez eux aucun chien. La défense avait été faite par le second concile de Mâcon, le 23 octobre 585, afin que les fidèles qui iraient leur demander l’hospitalité ne fussent point exposés à être mordus.
_C’est le chien de Jean de Nivelle, Il s’enfuit quand on l’appelle._
Jean II, duc de Montmorency, voyant que la guerre allait se rallumer entre Louis XI et le duc de Bourgogne, fit sommer à son de trompe ses deux fils, Jean de Nivelle et Louis de Fosseuse, de quitter la Flandre où ils avaient des biens considérables, et de venir servir le roi. Ni l’un ni l’autre n’obéirent; leur père, irrité, les déshérita en les traitant de _chiens_.—Suivant le dictionnaire de Trévoux, Jean de Montmorency, seigneur de Nivelle, ayant donné un soufflet à son père, fut cité au parlement, proclamé et sommé à son de trompe pour comparaître en justice. Mais plus on l’appelait, plus il se hâtait de fuir du côté de la Flandre. Il fut traité de _chien_, à cause de l’horreur qu’inspiraient son crime et son impiété.
Telle est l’explication généralement adoptée; en voici une autre moins connue et peut-être plus exacte. Il y avait autrefois sur le haut du clocher de Nivelle un homme de fer, appelé Jean de Nivelle, qui frappait les heures sur la cloche de l’horloge. Comme les heures, représentées par des statues, ne se montraient que pour disparaître à mesure que ce jaquemart semblait les appeler avec son marteau, on disait d’une personne qui se dérobait à un appel, qu’elle était _comme les heures de Jean de Nivelle_. Le peuple, qui abrége volontiers les termes, même aux dépens du sens, supprima les _heures_, en attribuant le rôle qui leur appartenait à Jean de Nivelle; et plus tard, probablement à l’époque où l’on traita de _chien_ le seigneur du même nom, il introduisit cette épithète dans le dicton.
La Fontaine paraît avoir cru qu’il s’agissait d’un véritable chien, lorsqu’il a dit:
Une traîtresse voix bien souvent vous appelle; Ne vous pressez donc nullement. Ce n’était pas un sot, non, non, et croyez-m’en, Que le chien de Jean de Nivelle.
Les Italiens disent: _Far come il can d’Arlotto che chiamato se la batte_; _faire comme le chien d’Arlotto, qui décampe quand on l’appelle_. Ici le mot _chien_ désigne l’animal de ce nom.
_Jamais bon chien n’aboie à faux._
Proverbe qu’on applique à un homme qui ne menace point sans frapper, ou à un homme dont les paroles et les résolutions ne restent point sans effet.
_Il n’est pas nécessaire de montrer le méchant au chien._
Proverbe fort ancien, qui se trouve dans le petit lexique de l’ancienne langue bretonne, à la suite des origines gauloises de Boxhornius: _Nid rhaid dangos diriaid i gwn_.—Le chien est doué d’un instinct merveilleux qui le tient constamment en garde contre les hommes capables de nuire ou de faire du mal à son maître. Il les connaît aux vêtements, à la physionomie, à la voix, à la démarche, aux gestes. Il semble même qu’averti par l’odorat, il les devine avant de les apercevoir. De là ce proverbe, dont le sens est qu’il n’est pas besoin de signaler à un homme habile et vigilant les piéges qu’il doit éviter.
_Bon chien chasse de race._
Les enfants tiennent ordinairement des inclinations et des mœurs de leurs parents. Ce proverbe, appliqué à un homme, s’emploie en bonne et en mauvaise part; appliqué à une femme, il se prend toujours en mauvaise part.
_Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage._
On trouve aisément un prétexte quand on veut quereller ou perdre quelqu’un.
_Chien hargneux a toujours l’oreille déchirée._
Il arrive toujours quelque accident aux gens querelleurs.
_Battre le chien devant le lion._
C’est châtier le faible devant le fort, ou le petit devant le grand, pour une faute que l’un et l’autre ont commise. _Ma fille_, disent les Turcs, _c’est à vous que je parle, afin que ma bru me comprenne._
_Entre chien et loup._
Cette expression, qui a de l’analogie avec le πρῶτη υπ̓ Αμφιλυκη des Grecs (_à la première heure autour du loup_), est fort ancienne en France, puisqu’on lit dans les Formules de Marculfe, auteur du VII^e siècle, _Infra horam vespertinam_, INTER CANEM ET LUPUM. Elle s’emploie pour dire: à l’heure du crépuscule du soir, _lorsque n’étant plus jour il n’est pas encore nuit_; _sideribus dubiis_. Mais ce n’est point par allusion à la difficulté qu’éprouve alors la vue de discerner les objets sans se méprendre entre ceux qui se ressemblent, sans confondre, par exemple, un chien avec un loup, ou un loup avec un chien, comme l’ont prétendu tous les glossateurs qui ont adopté pour explication ces deux vers de Baïf:
Lorsqu’il n’est jour ne nuit, quand le vaillant berger Si c’est un chien ou loup ne peut au vrai juger.
L’expression _Entre chien et loup_ désigne proprement l’intervalle qui sépare le moment où le chien est placé à la garde du bercail et le moment où le loup profite de l’obscurité qui commence pour aller rôder à l’entour, car c’est un usage, de tout temps observé par les bergers, de lâcher le chien ou de le mettre en sentinelle aussitôt que la chute du jour les avertit que le loup ne tardera pas à sortir du bois; et de là vient sans doute qu’on ne peut dire _Entre loup et chien_, comme on dit _Entre chien et loup_, car l’ordre des faits serait interverti.
On trouve dans des lettres de rémission de 1409: «A l’heure tarde, _quæ vulgariter vocatur_ INTER CANEM ET LUPUM, _à l’heure d’encour_ (entour) _chien et leu_.» Madame de Sévigné a employé substantivement l’expression _Entre chien et loup_, pour signifier des idées douteuses ou obscures. On lit dans sa 802^e lettre à madame de Grignan: «Il me semble que vous êtes une substance qui pense beaucoup. Que ce soit du moins d’une couleur à ne pas vous noircir l’imagination. Pour moi, j’essaie d’éclaircir mes _entre chiens et loups_, autant qu’il m’est possible.»
_Leurs chiens ne chassent point ensemble._
Les chiens savent pénétrer les sentiments de leur maître et s’y conformer. Prévenants pour ses amis, ils se déclarent contre ses ennemis, et s’éloignent même par un instinct naturel des chiens qui leur appartiennent. De là cette expression proverbiale, qu’on emploie en parlant des personnes qui ne sont pas en bonne intelligence.
_Les chiens d’Orléans._
Mathieu Paris, dans la vie de Henri III roi d’Angleterre, rapporte que les Orléanais furent appelés _chiens_, pour être demeurés tranquilles spectateurs et même approbateurs de la violence qui fut faite aux écoliers et au clergé de leur ville par les pastoureaux, brigands dont les bandes fanatiques désolèrent la France durant la captivité de saint Louis. Il paraît que ce fut leur évêque qui les qualifia de la sorte dans une bulle qu’il fulmina contre eux à cause de leur lâche silence. Si cette origine est vraie, dit l’abbé Tuet, il faut prendre le sobriquet dans le sens du passage de l’Écriture, _Canes muti non valentes latrare_... _chiens muets qui ne savent pas aboyer_. Mais Lemaire, dans ses _Antiquités d’Orléans_, pense que ce sobriquet fut donné aux Orléanais parce qu’ils firent preuve de fidélité envers nos rois.
_Il n’est chasse que de vieux chiens._
Parce que les vieux chiens sont les plus habiles à dépister le gibier dont ils connaissent toutes les ruses. Le sens figuré du proverbe est, qu’il n’y a point d’hommes plus propres au conseil et aux affaires que les vieillards, à cause de leur expérience.
Camus, évêque de Belley, fit un jour à ce proverbe une variante assez singulière. Peu partisan des saints nouveaux, il s’écria dans un de ses sermons: Je donnerais cent de nos saints nouveaux pour un ancien. _Il n’est chasse que de vieux chiens_; _il n’est châsse que de vieux saints._—Il avait peut-être raison dans le fond, à cause de certains abus de la canonisation. Mais il avait tort dans la forme, et l’on aurait pu lui adresser cette interrogation proverbiale de l’_Ecclésiastique_ (ch. 13, v. 22): _Quæ communicatio sancto homini ad canem?_ _quel rapport a le saint avec le chien?_
_D’oiseaux, de chiens, d’armes, d’amours, Pour un plaisir mille doulours._
Ce vieux proverbe atteste combien les anciens seigneurs français devaient prendre à cœur tout ce qui concernait la fauconnerie, la vénerie, les tournois et la galanterie, quatre objets importants de leurs occupations et de leurs goûts.
_Rompre les chiens._
Au propre, c’est rappeler les chiens de la voie qu’ils suivaient, leur faire quitter ce qu’ils chassaient; au figuré, c’est interrompre des propos qui prenaient une tournure désagréable pour quelqu’un des auditeurs, ramener la conversation sur un autre sujet.
=CHOSE.=—_Il ne faut pas mépriser les petites choses._
Notre Seigneur Jésus-Christ, dit une vieille légende, se promenant un jour avec quelques-uns de ses disciples, aperçut un morceau de fer de cheval qui se trouvait sous les pas de saint Pierre, et il invita cet apôtre à le ramasser; mais celui-ci, dédaignant une si pauvre trouvaille, le repoussa du pied. Le Seigneur ne dit rien, se baissa modestement et le prit dans sa main. Bientôt après, un atelier de forgeron s’offrit sur la route. Il y entra et vendit le fragment de fer pour lequel il reçut trois sous. Avec cet argent, il acheta des cerises, les mit dans un pan de sa robe, et continua la promenade. Lorsque tout le monde fut bien fatigué, il laissa tomber les cerises l’une après l’autre. Saint Pierre, qui avait grand’soif, s’empressa de s’en emparer à mesure qu’elles tombaient, et se désaltéra en les mangeant. Comme il portait la dernière à la bouche, le fils de Dieu, qui l’avait vu faire sans avoir l’air de le regarder, se tourna vers lui en souriant et lui dit avec beaucoup de douceur: «Pierre, tu n’as pas voulu te baisser une fois pour prendre le morceau de fer, et tu t’es baissé plus de cent pour prendre les cerises, dont tu aurais été privé si j’avais été aussi dédaigneux que toi de ce débris. Tu sens maintenant le tort que tu as eu: souviens toi donc qu’il ne faut jamais mépriser les petites choses, et qu’elles ont souvent d’importants résultats.»—_Celui qui méprise les petites choses_, dit un autre proverbe, _n’en aura jamais de grandes_.
_Il ne faut pas négliger les petites choses._
«Parfois petite négligence accouche d’un grand mal, dit le bonhomme Richard: faute d’un clou, le fer du cheval se perd; faute du fer, on perd le cheval; et faute du cheval, le cavalier lui-même est perdu, parce que l’ennemi l’atteint et le tue: le tout pour n’avoir pas fait attention à un clou de fer de cheval.»
Qu’on examine les grandes affaires, et l’on verra que la négligence des menus détails les empêche presque toujours de réussir. _Qui spernit modica paulatim decidet_ (Ecclésiastique, ch. 19, v. 1), _qui ne fait pas attention aux petites choses, tombera peu à peu_.
L’attention aux petites choses, dit Confucius, est l’économie de la vertu.
=CHOU.=—_Envoyer quelqu’un planter ses choux._
C’est le reléguer à la campagne, le priver de son emploi. La Dixmerie prétend que Dioclétien donna lieu à cette expression proverbiale lorsque, après avoir abdiqué l’empire, il vivait à Salone sa patrie, occupé à cultiver son jardin. Les députés du sénat étant venus l’engager à remonter sur le trône, il leur montra des choux supérieurement plantés de ses mains, en disant: «Voilà mes nouveaux sujets: ils répondent à mes soins, ils ne sont jamais indociles; je ne veux pas les échanger contre d’autres.»
_Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris._
Autrefois, le terrain du village d’Aubervilliers était presque entièrement planté de choux qui passaient pour meilleurs que ceux des autres endroits. De là ce proverbe, dont on se sert pour égaler sous quelque rapport deux choses dont l’une a été trop rabaissée, ou pour signifier que chaque chose a une qualité qui la rend recommandable.
_Arrive qui plante, ce sont des choux._
Cette phrase proverbiale, dont le second membre explique le premier, s’employa primitivement pour dire qu’on n’attachait point d’importance à une chose, et qu’on en laissait le soin à qui voudrait. Elle ne s’emploie aujourd’hui que pour signifier la résolution qu’on a prise de faire une chose, au risque de tout ce qui peut arriver; et le dernier membre de la phrase est presque toujours supprimé.
_Il s’y entend comme à ramer des choux._
C’est-à-dire, il ne s’y entend pas du tout, il n’a pas la moindre connaissance de la chose dont il veut se mêler. Ramer signifie soutenir des plantes grimpantes avec des rames, petits branchages qu’on fiche en terre. On rame les pois, dont les tiges ont besoin de support parce qu’elles s’élèvent à une certaine hauteur; mais on ne rame point les choux.
=CHOUETTE.=—_Larron comme une chouette._
La chouette dont il est ici question est une espèce de corneille, le petit choucas, que les Latins nommaient _monedula_, parce que cet oiseau aime beaucoup à prendre et à cacher les pièces d’argent et d’or qu’il peut trouver. _Monedula_, dit Vossius, _quasi monetula a surripiendis monetis_.—On dit aussi: _Larron comme une pie_, et l’histoire de la pie voleuse est bien connue.
_Faire la chouette._
C’est jouer seul contre plusieurs qui jouent alternativement.
_Être la chouette d’une société._
C’est être l’objet ordinaire des railleries de cette société.
Ces expressions sont des métaphores empruntées de la chasse à la pipée. Cette chasse est due à l’antipathie naturelle qu’ont les oiseaux de jour pour les oiseaux de nuit. Le pipeur, caché dans une loge de feuillage, au pied d’un arbre qu’il a couvert de petits tuyaux de paille enduits de glu, imite le cri de la chouette ou fait crier une chouette qu’il a avec lui. A ce cri, les oiseaux irrités accourent pour se jeter sur l’ennemi nocturne qui ose se montrer en plein jour. Le plus petit roitelet, n’écoutant que sa haine et son courage, arrive comme les autres, impatient de donner aussi son coup de bec. Ils se posent sur l’arbre fatal, ils voltigent de branche en branche afin de découvrir la chouette. La glu s’attache à leurs ailes, arrête leurs pieds délicats et les livre au chasseur qui s’applaudit du succès de la ruse.—Le mot _pipée_ est une onomatopée du cri, ou, comme dit Nicod, du _pippis_ des petits oiseaux, parce que dans cette chasse on imite aussi le cri de ces petits oiseaux, ou l’on en fait crier un qu’on a pris, afin d’attirer les autres.
=CHRÊME.=—_Être du bon chrême._
C’est être fort crédule. Mauvaise allusion au saint-chrême, dont l’évêque oint le front de ceux qu’il confirme dans la foi. On trouve dans _les XV joyes de Mariage_ (p. 64, éd. de 1726): «Le bonhomme est de la bonne foy et _du bon cresme_.»
=CHUTE.=—_De grande montée, grande chute._
Leçon donnée aux ambitieux. La fortune est inconstante: _E summo retro volvi suevit_, dit Tite-Live. Ainsi monter ce n’est souvent qu’élever sa chute; et plus une chute est élevée, plus elle creuse un abîme profond.
......._Tolluntur in altum Ut lapsu graviore ruant._ (CLAUDIEN.)
Les Espagnols emploient le même proverbe en y ajoutant un exemple tiré de l’histoire naturelle: _De gran subida gran cayda: por su mal nacen las alas a la hormida_; _de grande montée, grande chute: pour son mal naissent les ailes à la fourmi_.
Nous disons encore: _Qui saute le plus haut, descend le plus bas_.—Les Italiens disent: _A cader va chi troppo in alto sale_; _c’est se précipiter que de s’élancer trop haut_.
=CIMETIÈRE.=—_Il a de l’esprit, il a couché au cimetière._